CHAPITRE PREMIER
sur l'être le plus ■ingiilier de la Nouvellft- Hollande : rOrûitborhyaque.
Si jamais animal Tivant a dérouté Messieurs les naturalistes classificateurs ; c'est à coup sûr rOmilhorhynque I
I,a raison de leurs embarras est des plus faciles à comprendre. De quelque point de vue qu'on examine ce petit être ; on le trouve toujours commencé d'une façon et fini de l'autre.
Voyez plutôt.
Habillé de poils et, par conséquent, mammifère; il manque de tétines et, de plus, est génitalement fait comme l'oiseau-
Quadrupède; il commence par un bec de canard ; continue pnr un corps de taupe ; et finit par une queue de Castor.
Coureur ; il a des palmes pour nager.
Nageur ; il a des ongles aux mains, pour fouir.
Fouisseur; il a des pieds armés de griffes et d'épçrons pour grimper.
Enfin grimpeur ; il a des yeux pour habiter sous terre.
Quel bizarre assemblage I
Eh bien! de ce bizarre assemblage; savez vous la meilleure conclusion à tirer?
C'est qu'étant un petit galimatias de tout; cette petite bête peut vivre quasi de tout, en tous lieux et de toutes façons.
Donc, on ne doit pas s étonner si, malgré qu'elle soit nocturne et barboteuse, on Ta rencontrée(en tempsdefoh'eamoureuse,il est vrai I) en plein jour, au sommet du mont Wellington, à quatre mille toises au-dessus du niveau de la mer.
De ce que i'Ornithorhynque est de tous lieux, comme de tous temps et de tous régimes ; s'en suit-il qu'il n'ait pas ses préférences?
Aucunement!
Il les a fort bien , si bien môme que tout l'ensemble de sa vie est calculé de manière à fréquenter le milieu le plus favorable à son orga-
nisme ; pour de cel organisme tirer, somme toute, le parti le meilleur et le plus agréable.
Grâce à ses yeux, à ses pattes, à sa queue et à son bec ; ce cfu'il aime, par-dessus tout, c'est barboter, le soir, au clair de la lune.
C'est donc auprès des petits cours d'eau ou des mares qu'il va demeurer.
Donc c'est auprès des mares ou des petits cours d'eau, pendant la nuit, qu'il faut aller observer ses habitudes et son caractère aussi contradictoires que toute sa petite personne.
Car, tantôt, il n'est qu'un animal abominablement égoïste et bourru, n'aimant qu'une chose : la solitude ; et, tantôt au contraire, il est un are des plus aimables, ne pouvant vivre qu'avec les autres et ne travaillant que pour eux.
Ceci veut dire trois choses; premièrement, que l'Ornilhorhynque mâle (huit mois sur douze environ, de janvier en septembre) dort, lant que dure le jour, tout seul, au fond d'un des culs-de-sac du terrier (je dis du, parée qu'il en a plusieurs) du terrier que, généralement, il partage avec quelque ami ; secondement, que pendant le même laps de temps, TOrnithorhynque femelle vit comme lui dans la plus
rigoureuse continence ; et, troisièmement, qu'à son tour le petit Ornithorhynque fait comme le papa et la maman qu'il a quittés, dès qu'il a pu se passer d'eux.
J'ai dit : huit mois sur douze environ ; parce que pendant la saison de son attachement conjugal (septemhre et octobre) et celle de son amour paternel (novembre et décembre) maître Ornithorhynque, loin de se mijoter dans l'isolement, comme un parfait égoiste, est et vit d'une façon tout opposée.
En effet, à mesure qu'il entre en folie ; successivement, il passe de la douceur du béat cénobite à l'impatience du mâle, qui cherche une compagne; et de l'impatience du mâle qui cherche une compagne à la fureur du monomane qui veut en trouver une à tout prix.
Alors il est méchant ; si méchant ! que le
soir, où il rencontre..... enfin! celle qu'il
recherche ; il la poursuit, tourmente et bat tant et tant (pendant une heure environ) qu'à bout de patience et de mauvais traitements la malheureuse court se jeter à l'eau I
N'allez pas vous imaginer que cet acte de désespoir désarme son poursuivant 1 Tout au contraire^ plus furieux que jamais ;
il pîque sa tète, lui aussi ; nage, au plus vite, derrière sa fugitive ; Tatteint bientôt; lui met les mains sur les épaules ; la fait enfoncer quelque peu ; s'avance jfisque sur son dos ; l'empoigne par la nuque, avec son bec bien entendu ; se cramponne bien après elle, au
moyen de ses deux éperons; la torture à
cœur joie, pendant 5 ou 6 minutes, tout au plus ; et, changeant aussitôt d'humeur, se met à jouer, folâtrer, minauder autour d'elle, bref, la tant caresser (durant des heures entières) qu'elle finit par se calmer et, sincèrement lui pard^onner son manque absolu d'égards.
La fin de toutes ces gentillesses est qu'ils ïemme et mari ensemble) en celui de
'il a tout particulièrement meumps qu'ils vont passer en méurant quatre mois, ils vivront aite intelligence, dominés qu'ils jt la première moitié de leur tout bitation) par l'unique pensée de ement recevoir leur enfant, pour sse bien convenablement s'achever, et nés qu'ils seront aussi (pendant la sende) par le souci plus préoccupant encore de le bien éduquer.
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blé, pour nage ; et q en douce et seront (peq aimable bien c qu
rigoureuse continence ; et, troisièmement, qu'à son tour le petit Ornithorhynque fait comme le papa et la maman qu'il a quittés, dès qu'il a pu se passer d'eux.
J'ai dit : huit mois sur douze environ ; parce que pendant la saison de son attachement conjugal (septembre et octobre) et celle de son amour paternel (novembre et décembre) maître Ornithorhynque, loin de se mijoter dans l'isolement, comme un parfait égoiste, est et vit d'une façon tout opposée.
En effet, à mesure qu'il entre en folie ; successivement, il passe de la douceur du béat cénobite à l'impatience du mâle, qui cherche une compagne; et de l'impatience du mâle qui cherche une compagne à la fureur du monomane qui veut en trouver une à tout prix.
Alors il est méchant ; si méchant ! que le
soir, où il rencontre enfin! celle qu'il
recherche ; il la poursuit, tourmente et bat tant et tant (pendant une heure environ) qu'à bout de patience et de mauvais traitements la malheureuse court se jeter à l'eau I
N'allez pas vous imaginer que cet acte de désespoir désarme son poursuivant 1 Tout au contraire^ plus furieux que jamais ;
il pique sa tète, lui aussi ; nage, au plus vite, derrière sa fugitive: l'atteint bientôt; lui met les mains sur les épaules ; la fait enfoncer quelque peu ; s'avance jtisque sur son dos ; l'empoigne par la nuque, avec son bec bien entendu ; se cramponne bien après elle, au
moyen de ses deux éperons; la torture à
cœur joie, pendant 5 ou 6 minutes, tout au plus ; et, changeant aussitôt d'humeur, se met à jouer, folâtrer, minauder autour d'elle, bref, la tant caresser (durant des heures entières) qu'elle finit par se calmer et, sincèrement lui pardonner son manque absolu d'égards.
La fin de toutes ces gentillesses est qu'ils rentrent (femme et mari ensemble) en celui de ses terriers qu'il a tout particulièrement meublé, pour le temps qu'ils vont passer en ménage ; et que, durant quatre mois, ils vivront en douce et parfaite intelligence, dominés qu'ils seront (pendant la première moitié de leur tout aimable cohabitation) par l'unique pensée de bien chaudement recevoir leur enfant, pour qu'il puisse bien convenablement s'achever, et dominés qu'ils seront aussi (pendant la seconde) par le souci plus préoccupant encore de le bien éduquer.
rigoureuse continence ; et, troisièmement, qu'à son tour le petit Ornithorhynque fait comme le papa et la maman qu'il a quittés, dès qu'il a pu se passer d'eux.
J'ai dit : huit mois sur douze environ ; parce que pendant la saison de son attachement conjugal (septembre et octobre) et celle de son amour paternel (novembre et décembre) maître Ornithorhynque, loin de se mijoter dans l'isolement, comme un parfait égoiste, est et vit d'une façon tout opposée.
En effet, à mesure qu'il entre en folie ; successivement, il passe de la douceur du béat cénobite à l'impatience du mâle, qui cherche une compagne; et de l'impatience du mâle qui cherche une compagne à la fureur du monomane qui veut en trouver une à tout prix.
Alors il est méchant ; si méchant ! que le
soir, où il rencontre. .... enfin I celle qu'il
recherche; il la poursuit, tourmente et bat tant et tant (pendant une heure environ) qu'à bout de patience et de mauvais traitements la malheureuse court se jeter à l'eau I
N'allez pas vous imaginer que cet acte de désespoir désarme son poursuivant 1 Tout au contraire, plus furieux que jamais ;
il pîque sa tète, lui aussi ; nage, au plus vite, derrière sa fugitive; l'atteint bientôt; lui met les mains sur les épaules ; la fait enfoncer quelque peu ; s'avance jhsque sur son dos ; Tempoigne par la nuque, avec son bec bien entendu ; se cramponne bien après elle, au
moyen de ses deux éperons; la torture à
cœur joie, pendant 5 ou 6 minutes, tout au plus ; et, changeant aussitôt d'humeur, se met à jouer, folâtrer, minauder autour d'elle, bref, la tant caresser (durant des heures entières) qu'elle finit par se calmer et, sincèrement lui pard^onner son manque absolu d'égards.
La fin de toutes ces gentillesses est qu'ils rentrent (femme et mari ensemble) en celui de ses terriers qu'il a tout particulièrement meublé, pour le temps qu'ils vont passer en ménage ; et que, durant quatre mois, ils vivront en douce et parfaite intelligence, dominés qu'ils seront (pendant la première moitié de leur tout aimable cohabitation) par l'unique pensée de bien chaudement recevoir leur enfant, pour qu'il puisse bien convenablement s'achever, et dominés qu'ils seront aussi (pendant la seconde) par le souci plus préoccupant encore de le bien éduquer.
rigoureuse continence ; et, troisièmement, qu'à son tour le petit Ornithorhynque fait comme le papa et la maman qu'il a quittés, dès qu'il a pu se passer d'eux.
J'ai dit : huit mois sur douze environ ; parce que pendant la saison de son attachement conjugal (septembre et octobre) et celle de son amour paternel (novembre et décembre) maître Ornithorhynque, loin de se mijoter dans l'isolement, comme un parfait égoiste, est et vit d'une façon tout opposée.
En effet, à mesure qu'il entre en folie ; successivement, il passe de la douceur du béat cénobite à l'impatience du mâle, qui cherche une compagne; et de l'impatience du mâle qui cherche une compagne à la fureur du monomane qui veut en trouver une à tout prix.
Alors il est méchant ; si méchant ! que le
soir, où il rencontre enfin I celle qu'il
recherche ; il la poursuit, tourmente et bat tant et tant (pendant une heure environ) qu'à bout de patiefice et de mauvais traitements la malheureuse court se jeter à l'eau I
N'allez pas vous imaginer que cet acte de désespoir désarme son poursuivant !
Tout au contraire, plus furieux que jamais ;
il pîque sa tête, lui aussi ; nage, au plus vite, derrière sa fugitive ; l'atteint bientôt; lui met les mains sur les épaules ; la fait enfoncer quelque peu ; s'avance jïisque sur son dos ; l'empoigne par la nuque, avec son bec bien entendu ; se cramponne bien après elle, au
moyen de ses deux éperons; la torture à
cœur joie, pendant 5 ou 6 minutes, tout au plus ; et, changeant aussitôt d'humeur, se met à jouer, folâtrer, minauder autour d'elle, bref, la tant caresser (durant des heures entières) qu'elle finit par se calmer et, sincèrement lui pardonner son manque absolu d'égards.
La fin de toutes ces gentillesses est qu'ils rentrent (femme et mari ensemble) en celui de ses terriers qu'il a tout particulièrement meublé, pour le temps qu'ils vont passer en ménage ; et que, durant quatre mois, ils vivront en douce et parfaite intelligence, dominés qu'ils seront (pendant la première moitié de leur tout aimable cohabitation) par l'unique pensée de bien chaudement recevoir leur enfant, pour qu'il puisse bien convenablement s'achever, et dominés qu'ils seront aussi (pendant la seconde) par le souci plus préoccupant encore de le bien éduquer.
rigoureuse continence ; et, troisièmement, qu'à son tour le petit Ornithorhynque fait comme le papa et la maman qu'il a quittés, dès qu'il a pu se passer d'eux.
J'ai dit : huit mois sur douze environ ; parce que pendant la saison de son attachement conjugal (septembre et octobre) et celle de son amour paternel (novembre et décembre) maître Ornithorhynque, loin de se mijoter dans l'isolement, comme un parfait égoiste, est et vit d'une façon tout opposée.
En effet, à mesure qu'il entre en folie ; successivement, il passe de la douceur du béat cénobite à l'impatience du mâle, qui cherche une compagne; et de l'impatience du mâle qui cherche une compagne à la fureur du monomane qui veut en trouver une à tout prix.
Alors il est méchant ; si méchant ! que le
soir, où il rencontre enfin! celle qu'il
recherche; il la poursuit, tourmente et bat tant et tant (pendant une heure environ) qu'à bout de patience et de mauvais traitements la malheureuse court se jeter à l'eau I
JS 'allez pas vous imaginer que cet acte de désespoir désarme son poursuivant 1 Tout au contraire^ plus furieux que jamais ;
il pîque sa tête, lui aussi ; nage, au plus vite, derrière sa fugitive; l'atteint bientôt; lui met les mains sur les épaules ; la fait enfoncer quelque peu ; s'avance jfisque sur son dos ; l'empoigne par la nuque, avec son bec bien entendu ; se cramponne bien après elle, au
moyen de ses deux éperons; la torture à
cœur joie, pendant 5 ou 6 minutes, tout au plus ; et, changeant aussitôt d'humeur, se met à jouer, folâtrer, minauder autour d'elle, bref, la tant caresser (durant des heures entières) qu'elle finit par se calmer et, sincèrement lui pardonner son manque absolu d'égards.
La fin de toutes ces gentillesses est qu'ils rentrent (femme et mari ensemble) en celui de ses terriers qu'il a tout particulièrement meublé, pour le temps qu'ils vont passer en ménage ; et que, durant quatre mois, ils vivront en douce et parfaite intelligence, dominés qu'ils seront (pendant la première moitié de leur tout aimable cohabitation) par l'unique pensée de bien chaudement recevoir leur enfant, pour qu'il puisse bien convenablement s'achever, et dominés qu'ils seront aussi (pendant la seconde) par le souci plus préoccupant encore de le bien éduquer.
Donc, c'est pour lui seul seul dans toute
la rigueur de l'expression, vu que rOrnitho-
: rhynque n'a généralement qu'un petit
donc, c'est pour lui seul, dis-je, qu'ils se coucheront, tous les matins, côte à côte, en leur belle grande chambre conjugale, afin de mieux tasser leur lit d'herbes et de roseaux secs, et que (tous les soirs, en se levant) ils le battront et rebattront, pour le rendre imperméable à toute espèce d'humidité.
£t donc aussi, c'est pour lui seul Mais ce
qui me reste à vous dire exige, pour être bien compris, que vous sachiez au juste ce qu'est rOrnithorhynque, au moment de sa naissance.
^ ' Par conséquent permettez-moi de vous en ins-
truire.
Bien qu'il doive posséder un jour un bec de canard et une fourrure passablement rugueuse, doublée d'un fort épais duvet ; ce petit animal naît absolument nu, sans poils ni mandibute, et, qui pis est, avec des gencives si tuméfiées, si douloureuses I qu'il ne saurait les employer à sucer ou traire sa mère ; en admettant qu'elle eût des tétines.
J.e dis : en admettant qu'elle eût des tétines ; parce que cette singulière petite bête n'a, pour
commun aboutissant de tous ses conduits galactophoras, qu'une sorte de tissu spongieux longeant son ventre entre cuir et chair.
Eh bieni parce qu'il en est ainsi, force nous est de partager la première enfance du petit Ornilhorhynque en deux phases, savoir : celle où, faute de bec et de poil, on est obligé de le gaver et couver (pour ainsi dire) comme un petit oiseau : et celle où, ses mandibules et son pelage étant poussés, on est forcé de le conduire au grand air pour qu'il tire et boive son lait.
Je m'explique.
Première façon d'être et d'agir du petir Ornilhorhynque.— Il est encore trop nu de corps et de figure pour sortir et boire seul . En conséquence lui et sa mère ne quittent ni la belle grand'chambre ni le beau grand lit, dont je TOUS ai parlé. Ils y dorment ventre à ventre et littéralement fourrés l'un dans l'autre; la queue, l'abdomen, la poitrine, le col, le menton et les deux jambes ainsi que les deux bras de dame Ornithorbynque (assise sur son petit derrière et verticalement enroulée sur elle-même) entourant de tous côtés la tête, le corps et les membres de son petit enfant ; l'engouffrant,
pour ainsi dire, au beau milieu de ce qu'elle a de plus doux poil ; et tenant les deux gencives de son bambin appliquées sur son feutrage galactophore.
En position semblable de nourrice et de nourrisson, pour que ce dernier boive ; que faut-il ?
Que sa maman se laisse tomber à la renverse, n'est-ce pasi Que, ce faisant, elle maintienne, avec ses petites mains de taupe, son baby sur son ventre ; qu'elle le presse même un peu contre elle; et qu'impatienté ce dernier la piétine et farfouille de son mieux avec son moignon de figure, pendant qu'elle poussera, geindra, toussera et se gonflera, pour comprimer sa petite éponge abdominale et en faire jaillir le contenu.
Ainsi font-ils tous deux, quand l'heure est / venue de téter.
Seconde façon d'être et d'agir du petit Ornithorhynque, lorsqu'il est âgé de 15 jours au moins et de 20 au plus ; autrement dit, lorsqu'il est enfin complètement velu et muni d'un bec entièrement fini et terminé, qui lui permet de téter moins que jamais. ,
Comme l'eau froide n'est plus à craindre et que, déplus, le petit bambin peut nager; sa
mère le meneau bord de l'eau ; choisit une petite anse bien calme, pas trop profonde et sans courant ; nage tordue sur elle-même, de manière à montrer son ventre ; et ce faisant décrit un cercle. Son enfant, en nageant aussi, lui frappe et piétine l'abdomen. A chaque secousse le lait saute; surnage l'eau en retombant; soude, peu à peu, toutes ses gouttes; etfinitpar former une tache d'une belle couleur opaline.
La traite est faite, reste à boire.
Pour ce faire, la mère se retourne; nage comme d'habitude ; et tourne, en jouant du bec, à l'entour de son lait, comme ferait une canne qui le voudrait avaler.
Son petit, tout naturellement, fait comme elle, mais sans feinte aucune; et rogne si bien son assiétée nageante, en en happant toujours le bord, qu'il n'en perd pas une seule goutte.
Que d'artifices, que de travail (n'est-il pas vrai?) pour obvier aux imprévus d'un organisme, qui finit toujours par se contredire!
Eh bien I chez rOrnithorhynque, il y a quelque chose de plus remarquable encore que toutes ces inventions de l'intelligence ; c'est le sacrifice que cette petite bête fait de tous ses goûts personnels à son enfant, et la tendresse qu'elle lui témoigne jusqu'à la fia de son éducation.
Soyez-en juges.
L'Ornilhorhynque, vous ai-je dit, est un peu taupe: et quant aux mains et quant aux yeux.
Donc il préfère la nuit au jour.
Eh bieni quand sa femelle éduque son enfant; quand elle lui apprend à marcher, nager, plonger et barboter, pour trouver des insectes, des coquilles et des larves, aussi bien sur terre que dessous et surtout dons Teau; qudnd elle lui montre comment on ferme les deux narines et Tarrière-bouche pour être à même de pouvoir (sans éternuer ni tousser) rester à travailler sous l'eau jusqu'à sept minutes quinze secondes, sans respirer; c'est en plein soleil qu'elle l'instruit, pour ne le point perdre de vue.
Sa surveillance est excessive ; sa sollicitude est extrême; aucun mouvement de son petit ne lui échappe I
Voit-elle (cette pauvre mère craintive 1) son enfant un peu fatigué ? Un danger quelconque survient-il ? vite elle lui passe sous le ventre, le met sur son dos et l'emporte. S'il glisse, elle revient à la charge une, deux, trois fois ou plus; jusqu'à ce qu'enfin il se cramponne
bien après elle. Cars! pressée qu'elle soit de fuir, elle ne l'abandonne jamais.
Jamais I tant qu'il a besoin d'elle. Jamais ! tant qu'elle peut lui montrer comment on boit ; on mange; on chasse; on pêcbe; on éearquille les yeux, dans l'ombre; on les ferme presque au grand jour; comment surtout (ne comptant pas sur des organes si petits et sur une ouïe manquant d'oreilles) on joue du nez, pour se guider en flairant tout.
Lui peut-elle apprendre au[;e chose? Non !
alors au père à lui montrer le reste I
Au père à lui enseigner, de fado, comment (avecson bec, avec ses pattes, avec son éperon et sa queue) on satisfait des besoins plus relevés que ceux de son gosier ou de son estomac ; on fait mieux et plus que boire ou manger.
Donc, puisque c'est par gestes qu'il l'instruit, puisque c'est en travaillant devant lui qu'il lui montre conunent on travaille; regardons-le faire et parfaire son plus charmant ouvrage, à savoir son terrier.
Son terrier d'Ornithorhynque !
Son terrier d'animal on ne peut plus menant.
Son terrier de barbotour fantasgue, aussi prévenant et aussi bon pour sa femme et pour son petit (tant qu'il peul les aider) qu'indifférent et bourru, dès qu'ils n'ont plus besoin de lui, c'est-à-dire, aussitôt que le sexe de son enfant cesse d'être douteux.
Son terrier enfin I... que son bec, ses mains et sa queue vont accommoder à toutes les exigences d'un être qui peut (en marchant, grimpant, nageant et fouissant) jouer successivement (sur et sous terre ainsi que sur et sous l'eau) les rôles d'amant furieux, de tendre père, de travailleur infatigable, et de paresseux nostalgiste, se dédommageant de quatre mois de parfait dévouement par huit mois d'horreur du prochain.
Voici comment (en vue de satisfaire à ses diverses exigences végétatives, animales, pratiques, sentimentales et intellectuelles) est disposé le petit labyrinthe; qu'il se ci;euse toujours, auprès d'une mare ou d'un cours d'eau, à 45 ou 50 centimètres sous terre.
Au milieu, comme aboutissant général, le salon de famille, ou mieux, la chambre conjugalo-paternelle. avec son imperméable lit à trois places d'herbes bien sèches et bien tassées; d'un côté, parlant de ce commun sanc-
tuaire, trois, quatre, quelquefois cinq couloirs (plus ou moins tortueux) ayant (suivant la disposition du terrain) six, huit, dix, quinze et même seize mètres de longueur, avant de s'ouvrir sous l'eau, à cinquante, cinquante cinq centimètres de profondeur ; de l'autre, deux, trois ou quatre couloirs encore (de même diamètre que les précédents, mais moitié moins longs) se dirigeant en sens contraire, autrement dit, allant s'ouvrir (le plus clandestinement possible) du côté de la terre ; enfin, partant de ces susdits couloirs, trois, quatre ou cinq petits culs de-sac terminés, chacun, par un retrait des plus propres à la vie solitaire ; le tout pratiqué (autant que possible et pour cause de plus grande solidité) dans un terrain glaiseux.
Après le plan, l'exécution ! Donc
— Pour creuser, battre et crépir son terrier ; comment s y prend rOrnithorhynque?
— Avec son bec, il fend la terre ; avec ses ongles, il la déchire ; avec la paume de ses mains, dont la membrane natatoire est rétractile à volonté, il la nivelle ; avec ses pattes de derrière, il rejette ce qu'il a de trop.; enfin, avec sa queue, il bat et consolide vigoureusement son œuvre, à mesure qu'il avance .
— Il bat et consolide vigoureusement son œuvre, à mesure qu'il avance; fort bien ! mais comment avance-t-il?
— Comme avance une tarière, qui entre dans un morceau de bois ; c'est-à-dire, en pivotant continuellement sur lui-même et se tordant le rachis et les reins de telle façon que toujours il travaille, de l'avant et de l'arrière-train, en deux plans perpendiculaires l'un à l'autre.
Où pourrait-on rencontrer un plus bizarre ouvrier mineur, en même temps qu'une plus étrange machine animale; un architecte plus soucieux de cacher son œuvre, en même temps que plus habile à lui faire exprimer les amours délicieuses et les austérités claustrales, où le jettent successivement les différentes positions astronomiques de notre globe?
Nulle part, n'est-ce pas?
Eh bien ! les faits et gestes que la rotation journalière de ce même globe inspirent à cet être» aussi étonnant comme créature que comme créateur, ne sont pas moins curieux que ses agissements saisonniers.
Jugez-en vous-même.
Durant les huit mois de l'année que dorment, d'un sommeil absolu, les organes de rinslinct
sexuel, derattachementconjugaletde Tamour maternel ou paternel, chez rOrnilhorhynque, chez sa femme et chez son enfant ; chacun de ces trois personnages vit bien égoïstement retiré, depuis le matin jusqu'au soir, dans un cul-de-sac de terrier, comme (en sa celiulej fait un moine qui (depuis le matin jusqu'au soir' aussi) balbutie ses patenôtres tout en dormant et digérant.
Donc, c'est blottis, chacun en son petit coin, qu'ils prient tons trois, avec une égale ferveur, depuis l'aube naissante jusqu'aux dernières lueurs du jour, le dieu Morphée.
Voici leur attitude, uniforme comme leur piété : bec tombé sur la poitrine; mains reposant sur le ventre, ventre quelque peu fléchi sur lui-même ; et sommet de la tête reposant sur le dessous de la queue.
L'humilité de ces petits animaux est si grande ; ils savent si bien courber l'échiné, si bien plier les reins, et comme les poissons ont entre les corps de leurs vertèbres des disques si élastiques et si épais que le sommet de leur crâne peut toucher l'orifice de leur cloaque.
Ainsi ratatinés sur eux-mêmes, ils ressemblent à une sphère tronquée vers le quart inférieur de son diamètre et posée sur sa section. N'était
leur appendice caudal, qui se reconnaît à sa forme triangulaire et à sa teinte un peu moins sombre; on dirait une balle de poils.
La nuit faite, chacun se réveille, sort et s'en va courir, nager et barboter tout seul ; afin de rencontrer pitance, rien que pour lui.
La faim calmée, on prend le frais et, quand le jour arrive, on rentre ; peur, de nouveau, se rendormir; sans avoir assisté sa femme, sa fille ou bien sa mère, son père, ou bien son fils ; et même sans y avoir pensé.
Un dernier mot avant de conclure, sur ce petit animal qui (l'hiver, quand il fait trop froid) imite quelque peu la marmolte, autrement dit, ne sort pas et vit de sa graisse I
L'Ornithorhynque (si semblable aux oiseaux par les deux orifices extrêmes de son corps :
son bec et son cloaque) rOrnilhorhynque.
dis je, va-t-il aux provisions pour sa compagne ; pendant qu'elle couve (en quelque sorte) son pauvre petit enfant si nu?
Ou bien, ainsi qu'un chauffe -la-couche, la relève-t-il, de temps à autre, en son office de bassinoire ; pour qu'elle aille manger à sa guise ?
Ou bien enfin, comme font nos coqs, laisset-il sa malheureuse f^mme consommer et consumer tout ce qu'elle a de graisse, pour se nourrir et chauffer son enfant ?
Questions difficiles à résoudre.
En voyant, à ce petit être, des abajoues qu'il peut remplir, je ne répugne nullement à croire qu'il chasse et pêche, pour sa femelle, et qu'une fois ses deux poches pleines, il vient la gaver gentiment, comme font, grâce à leur gésier, beaucoup d'oiseaux.
Je le crois ; mais n'affirme rien.
Un mystère de plus ou de moins, dans les mœurs de ce petit animal si mystérieux luimême, ne doit pas nous empêcher de conclure à son égard ; en conséquence concluons I
Oui, mais comment?
En disant tout bonnement qu'il est (en tant qu'époux et père) aussi admirable, pendant quatre mois, que méprisable, pendant huit. Disons cela et ajoutons, pour indiquer le motif qui nous en a tant fait raconter sur son compte, qu'on ne saurait (ainsi que nous le prouvera le troisième chapitre de ce livre) en dire autant à beaucoup près de son compatriote : l'Australien oriental.