‹ Quatre années en OcéanieChapitre 25 sur 35 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la pdau, envisagée comme organe exclusivement végétatif, chez le noir qui habite les pays excessivement chauds et excessivement humides.

— Nous comprenons fort bien que (chez le noir, dont vous parlez ; chez l'habitant d'uu miHeu trop sec, trop chaud et trop stérile ; chez le sauvage forcé de faire, de sa muqueuse intestinale, une surface exclusivement digestivoinhalante ; de son péritoine, un simple pol à graisse ; de sa cavité abdominale, un gardemanger; de son système veineux spléno-mœsentérique un réservoir a nti-coagulatenr ; et cœtera et caetera) nous comprenons fort bien, dis-je, que la peau ait pris, d'abord, et conserve, ensuite, les qualités que vous dites.

Mais en maintes et maintes régions du littoral africain; asiatique ou océanien (au Sénégal, aux lies Adamans ou à la Nouvelle Guinée, par exemple) , toutes contrefis aussi parfaitement chaudes qu'humides, aussi parfaitement riches de végétaux que d'animaux ; tous les tours de

force organique, dont vous nous avez parlé, n'ont aucune raison d'être; et cependant rhomme (qui certainement ne les effectue pas) y est tout aussi noir qu'au désert central d'Afrique ou d'Australie I

Comment expliquez-vous ce phénomène?

Pourquoi une seule et même coloration en deux pays si différents ?

— ttien de plus simple à concevoir.

De ce que les vivres abondent, aux parages â la fois Irès-chauds et très-humides ; il résulte effectivement que les courses énormes, les efforts digestifs prodigieux, les distensions abdominales considérables, et cœtera, etcsetera, dont je vous ai parlé, n'ont plus lieu. Mais pour changer de nom ou mieux de diflScullé, le problème vital n'en est pas moins diflScile pour l'organisme-

En effet, il s'agit, pour le noir habitant de ces divers rivages, non- seulement d'y vivre, mais encore de n'y point péricliter; nonseulement d'y respirer (malgré la détrempe que fait subir, à sa peau et à sa muqueuse pulmo* naire, une surcharge de vapeur d'eau chaude en air chaud) , mais encore de n'y pas tomber malade, malgré 1<îs miasmes fébripares que que cette susdite surcharge tend forcément à

introduire daAs l'organisme; non-seulement enfin de se décarboniquer et de se désammoniaquer par des voies autres que l'haleine ou la sueur, mais encore de ne se point laisser pénétrer par des matières morbibes animalo ou végétativo-désassimilées, comme fatalement il s'en produit, en toute contrée, chaude et marécageuse, encombrée de bêtes et d'herbages.

De ne point laisser, dis-je, pénétrer son organisme par de pareilles matières I ou si la chose arrive, de le débarrasser de tous gaz insalubres provenant des décompositions organiques du dehors, en même temps que de leurs analogues, provenant des décompositions organiques aussi du dedans ; puisque nous ne pouvons, un seul instant, vivre, agir et môme penser, sans en produire.

— Si bien que, d'après vous, le problème de l'artérialisation de notre sang (au bord de certains fleuves, marais ou rivages sous-tropicaux d'Afrique, d'Asie ou d'Océanie) est autant, pour le moins, si ce n'est plus difficile qu'au désert torride.

— Vous l'avez dit : autant, pour le moins si ce n'est plus difficile qu'au désert torride*

— Alors, comment l'homme, privé de tout

médicament comme de tout produit antiseptique civilisé, s'y prendra-t-il pour vivre ?

— Tout d'abord, afin de n'être pas empoisonné par imbibilion cutanée ; il s'enduira le plus possible d'huile (humaine, bien entendu) c'est-à-dire du liquide que sécrètent ses glandes sébacées. Donc, afin d'exagérer leur rendement, le plus possible ; il tarira, le plus possible encore, le travail de ses glandes sudorales et, le plus possible aussi, celui de ses bulbes pilipares.

Eh bien 1 parce que tel sera son premier soin et parce que nul rendement ne saurait être fort, si l'organe rendant ne l'est pas un peu lui-même; tout naturellement le volume de ses glandes sébacées se trouvera doublé, triplé, quadruplé, peut-être, ou mutiplié par un nombre plus grand encore.

Par conséquent, au lieu de rester un homme à peau fraîche et lisse comme son frère des terres brûlantes ; il deviendra un être à peau huileuse et granulée : granulée surtout à la verge, surtout sous les aissellr»s, surtout au mamelon; bref, à tous les endroits, où pour éviter les mauvais effets d un frottement ou bien d'une succion, l'organisme réclamera un plus grand développement de ses glandes oléïpares.

— N'éprouvera-t-il que cette seule modification ?

— Oh I que non pas. Car, par cela même qu'il éprouvera cette modiGcalion cutanée, il deviendra plus odorant et moins poilu. Moins poilu ou mieux moins laineux. Il suflSt de comparer Ja chevelure du Papou à celle du nègre pour être convaincu de cette vérilé.

— Moins poilu ou moins laineux, soiti Mais cela ne dit pas comment il se fait qu'entouré d'ombre et de fraîcheur, que n'ayant plus à s'abriter derrière son pigmentum et sa propre vapeur d'eau, sa peau n'en reste pas moins noire.

— Aussi vais -je vous l'expliquer.

— Privée, comme elle l'est, de toute glande pouvant la graisser, sa muqueuse pulmonaire pourra-t-elle ne se pas laisser imbiber par le vétricule des miasme paludéens?

— Evidemment, non !

— Donc, toute la première, elle en sera pénétrée. Donc, toute la première, elle en sera endommagée. Donc, toute la première, enfin, elle ne fonctionnera que peu ou mal pour l'hématose générale.

Conclusion. — Aux parages sous- tropicaux, aussi chauds qu'humides ; le poumon nonseulement remplit mal son rôle d'arlérialiseur;

mais, qui pis est» devient voie d'intoiicalion marécagease.

— Eh bienlqi^el organe, appareil ou surface exosmosante non-^seulement le remplacera ; mais, qui mieux est, deviendra Texpalseur de toutes ses inhalations fébripares ?

— Le rein ?

— Nonl Ce parenchyme ne fonctionne bien qu'en pays froide

— La thyroïde ou la rate ?

— Où voulez-vous qu'elles crachent? Elles n ont aucune communication avec l'extérieur.

— La muqueuse intestinale, alors ?

— Pas davantage. En ces pays nouveaux, comme partout ailleurs, son office est d'absorber les graisses animales ou les huiles végétales ; et non d'en expulser,

— Alors, le foie?

— Eh oui I sans doute, le foie. Témoin son volume, témoin sa force et témoin son activité, fchez tous les nageurs d'eaux chaudes.

— Mais le foie suffira-t-il ?

— Telle est précisément la question 1

— Eh bien 1 disons-le tout de suite, afin d'en finir aussi vite que bien ; non le foie ne suffira pas. Et c'est parce qu'il ne suffira pas, aux époques les plus chaudes et les plus humides

surtout, qu'il faudra qu'à son tour (sous peine d'ictère, de fièvre jaune ou d'accès pernicieux) il trouve dans l'organisme un très-puissant auxiliaire. Donc, cet auxiliaire, quel sera-t-il?

— La peau, évidemment ; puisque c'est le seul excréteur qui nous reste.

— Eh bien I oui, ce sera la peau I

La peau fonclionnant beaucoup ; afin de sécréter non plus une sueur, qui serait nuisible en pareille occurence, mais bien un indispensable savon gras conlenant, comme la bile, force margarates, force oléates et force phosphates sodiques et calcaires, qui, à défaut de compagnons bu tireux etcaséeux, sauraient fort bien se faire sentir eux-mêmes.

—Force margarates, force oléates et force phosphates, qui, à défaut de composés butireux et easéuXy sauraient fort bien se faire sentir ; qu'est-ce que tout cela signifie ?

Tout cela signifie qu'il ne s'agit plus maintenant, pour la peau, de faire purement de l'eau sudorale ou de la perspiration carboniquée, autrement dit, des composés binaires seulement; mais bel et bien des produits ternaires, quaternaires, quinternaires ou plus compliqués encore.

Donc cette susdite peau d'habitant de pays

très-humides et très- chauds devra travailler autrement que celle du nègre ou du Papou des sables brûlants; autrement voulant dire plus.

Donc, autrement plus que le tégument externe de l'un ou l'autre de ces deux homn^es ; la peau du sauvage habitant des régions paludéennes sous-tropicales d'Afrique, d'Asie ou d'Océanie, devra être abondamment pourvue de charbon humain culinairo-végétalivant (autrement dit) de pigmentum ; plus de comburant cruorique (autrement dit encore) de sang artériel ; plus de science plastico-organisanle (autrement dit aussi) d'innervation sympathique ;

plus enfin et surtout de matière première à distiller, alambiquer, préparer, saponifier (peu importe le mot), c'est à dire : de sang veineux. Etonnez -vous après cela que cet habitant du littoral torride atlantique, indien ou pacifique, épaississe l'épiderme de sa peau, afin qu'elle devienne quasi imperméable à l'humidité, et se la fasse, en outre, aussi noire et pour le moins aussi riche, vasculo-veineusement parlant, que son compatriote de l'intérieur, qui (lui du moins) n'a point à combattre un air marécageusemeht empoisonné.

Demandez aux créoles, qui ont vu travailler les noirs aux colonies, s'ils ont tous la même

tifi-

teinte, s'ils ont tous la môme odeur, s'ils ont tous les mêmes aptiludes (quel que soit leur paysnalal et quelque temps qu'il fasse), s'ils sont aussi laborieux en élé qu'en hiver, s'ils ont tous la même peau (fine, fraîche et veloutée ou bien épaisse d'épiderme, granuleuse et gluante), si leurs femmes ainsi que les nôtres (alors qu'elles ont à vivre pour deux ou à se débarrasser prochainement d'un sang veineux devenu inutile faute de gestation) ne forcent pas leur couleur et leur odeur, et caetera, et caetera ; pesez bien tous les faits anatomiqnes ou physiologiques par lesquels ils vous répondront; et vous verrez qu'il n'y en n'aura pas un seul qui ne trouve son explication, dans ce que je vous ai raconté déjà ou dans ce que je vous raconterai par la suite sur le culte du bœuf, de l'éléphant, de l'hippopotame, du crocodile et du serpent, et cœlera, et caetera.

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