CHAPITRE m
Pean du Noir enTlsaj^ée comme organe animal
Des papilles tactilo*sensoneIIes du noir — des eifets que leurs perceptions produisent, tout particulièrement sur la moelle épinière — et de la manière d'être que la puissance #eflexe de cette dernière impose aux parties dures et molles de la machine locomobile que tout particulière* ment elle gouverne.
Envisagée comme un vêtement naturel, dont les continuelles variations de formes, de température, de goût, d'arôme, de couleur et de sonorité trahissent les incessantes variations involontaires que nous fait éprouver le monde, en changeant à chaque instant de propriétés physico-chimiques, notre peau exige, pour être bien étudiée, qu'on examine tous ses organes tactilo-sensoriels, le mécanisme qui sert à les placer de manière à bien remplir leur office de receveur d'impressions et, tout au moins, le système nervoso-spinal dont le pouvoir perceplivo-reflexe suffit, à la rigueur, pour mettre enjeu ce susdit mécanisme.
(J'entends par organes tactilo-sensoriels seulement ceux dont les papilltjs nerveuses servent à mesurer la chaleur, Thumidilé, la consistance et la dureté des corps.)
Donc, nous devrons, à propos de la nouvelle étude que nous allons faire de la peau du noir, parler, en premier lieu, des innombrables papilles taclilo- sensorielles qu'abritent son pigmentum et son épiderme ; en second,* de sa moelle épinière (au moins) ainsi que de tous les nerfs qui s'y rendent ou en sortent ; et en troisième lieu, enfin, de tous les os, ligaments, cartilages, périostes, aponévroses, muscles, tendons, membranes et capsules ou manchons synoviaux qui composent notre machine locomobile.
Ainsi qu'on peut dès à présent s'en former une idée, ce triple examen ne sera pas court ; donc, pour abréger, entrons, sans autre préambule, en matière.
PREMIÈREMENT. — Des papUles tactilo^sensovielles que renferme la peau des noirs.
Pendant que le noir du désert trop chaud, trop aride et trop lumineux se fait, tout le
long du jour, le plus d'ombre et de fraîcheur quMl peut, avec son pigmentum et ses glandes sudofciles, afin de ne pas mourir desséché ; celui qui hante les marécages, les ilôts surbaissés et les délias fangeux, se fabrique^ avec ses glandes sébacées, le plus qu'il peut aussi deThuile dépurativo-odorante, afin de n'être ni noyé, ni surtout empoisonné par les miasmes fébripares qui surchargent son atmosphère.
Donc, sur la côte aussi bien qu'au désert, soit d'Afrique, soit d'Australie; il y a, tant que le jour dure, surcharge de liquide sur la peau du nègre ou du Papou.
Surcharge de ^liquide I C'est-à-dire détrempe de toutes les papilles nerveuses que renferme cette enveloppe de notre être ; partant, impossibilité de suffisant éréthisme ; partant, fonctionnement plus qu'imparfait ; partant, epfin, faute de convenable exercice, diminution de, volume et de sensitiilité.
Quand la nuit vient, des influences diamétralement contraires aux précédentes se font sentir et produisent, sous le rapport de l'atrophie anatomo-pbysiologique des organes en question, un résultat encore plus accentué.
En effet, au désert torride, la différence entre les chaleurs maiima du jour et minima
de la nuit est encore plus grande qu'à Bagdad et à Calcutta. Or, en cesdeuxlocalités^.reau qu'on isole gèle pendant la nuit, tant est considérable le rayonnement sidéral ; tandis que> durant le jour (même à Vombre, que doit- ce être au soleil?) le thermomètre monte jusqu'à 50, 52 et 54 degrés. Donc, au désert torride, le froid nocturne ratatine et rend insensibles les papilles tactilo-sensorielles du noir encore plus que la chaleur diurne ne les détrempe et paralyse.
Et, dans les pays d'excessive chaleur humide? me direz'vous. Dans ces pays-là, c'est chose pire encore. Car il ne s'agit plus du rayonnement nocturne, qui peut refroidir seulement le dos et les épaules du malheureux noir, mais bien d'une buée glaciale qui va se plaquer sur tout son corps.
Conclusion. — En quelquepays qu'il soif, le noir grelotte la nuit autant qu'il sue le jour. Donc les plusieurs centaines de mille (pour ne pas dire millions) de papilles nerveuses tactilosensorielles que renferme sa peau manquent, autant d'ampleur que de sensibilité; de par le fait de leur détrempe diurne que par celui de leur crispation nocturne.
Comme souvent la théorie, en oubliant cer-
taines données biologiques ou cosmologiques aboutit à Terreur ; voyons si la pratique (autrement dit, l'œil et l'observation du vulgaire) confirment tous nos raisonnements.
Les régions de notre peau qui savent le mieux sentir et toucher sont inconstestablement nos deux mains et nos deux pieds. Et, dans nos deux mains et nos deux pieds, celles qui s'entendent le mieux à le faire sont incontestablement encore nos dix extrémités digitales que renforcent, pour en faire des organes éminemment préhenseurs et palpeurs, que renforcent, dis-jo, par en dessus, nos ongles et, par en dessous, les coussinets cellulo-graisseux qu permettent à nos papilles nervoso-cutanées d'être plus nombreuses à tâter les petits objets en même temps que plus habiles à se niouler sur leurs surfaces.
Eh bien ! examinez, chez le noir, ces lingt extrémités digitalesde notre être ; et vous verrez, premièrement, que, chez cette variante de notre espèce, les vingt ongles et les vingt petits coussinets cellulo-graisseux, qui en font des organes de perfectionnement, sont aussi plats (et aussi mal faits que chez nos petits enfants si maladroits à tâter et surtout à saisir.
Vous verrez, dis-je, premflèrement cela, et
secondement vous verrez que sous ces ongles si plats et sur ces coussinets graisseux si mal faits, les papilles taclilo-sensorielles sont nonseulement plus petites et moins nombreuses que chez les jaunes ou les blancs, mais que de plus elles sont plus mal rang/^es : témoin les saillies beaucoup moins accentuées et beaucoup moins régulières des lignes parallèles, droites ou courbes, qu'elles dessinent sous les ongles ou sur les coussinets cellulo-graisseux en question .
Comme il me parait à peu près impossible de rien dire d*anatomiquement plus probant, je passe au point de vue expérimentalo -physiologique; et, ne pouvant mieux dire que le docteur Pruner-Bey, je lui abandonne complètement la parole.
Voici comment il s'exprime, en son mémoire de janvier 4 86* , sur les noirs :
« Le phénomène le plus frappant, par rap- » port à la sensibilité générale, c'est l'apalhie » au moins apparente du nègre en face de la » douleur ; nous n'en avons jamais observé la
» moindre manifestation spontanée
« Les contrariétés et les mauvais traitements » font verser des torrents de larmes à la né- > gresse, à son enfant, au nègre lui-même ;
» jamais la douleur physique ne provoque rjen » de pareil. Le nègre fait assez souvent résis- » tance aux opérations chirurgicales; mais, » une fois décidé, il fixe son regard immobile » sur l'instrument et la main du chirurgien, » sans donner le moindre signe d'inquiétude > ou d'impatience ; ses lèvres cependant chaula geront de couleur et la sueur ruissellera de » son corps pendant l'opération.
» Un seul exemple suffira pour appuyer » notre manière de voir.
» Une négresse subit d'abord l'opération de » la moitié droite de la mâchoire inférieure » avec un sang froid étonnant; puis, dès que » la partie malade fut enlevée, elle entonna un » chant d'une voix sonore et pénétrante; et, » malgré toutes nos instances, ce fut seule- » ment après avoir terminé son hymne de y^ grâce qu'il fût possible de la panser. »
SECONDEMENT. — De la moelle épinière du noir^ de son couronnement encéphalique^ et de tous les nerfs qui se rattachent à l'un ou à Vautre de ces deux organes.
Nos trois systèmes nerveux (grand sympathique, spinal et encéphalique) nous font, respectivement et sans que nous nous en doutions.
des forces ou pulpes nerveuses (végétativo-carnifiante, animalo-mouvementante, et mentalocoordonnaute), eu fonctionnant sous la triple influence des agents physico-chimiques, des impulsions mécaniques et des évënemenls esthétiques (ou spécialement sensoriels) que produisent les êtres qui nous entourent, en agissant les uns sur les autres ; absolument comme nos différents viscères nous font, à notre insu, du sang, en fonctionnant au contact des matériaux (solides, liquides ou gazeux) que nous ingérons volontairement ou non.
J'entends par événements esthétiques, ou spécialement sensoriels, ceux dont les sons, les aspects, les arômes, les saveurs ou les contacts peuvent assez éveiller notre intelligence ; pour qu'elle désire leur prolongation; se rappelle eu avoir perçn de semblables ou d'analogues ; et Surtout, surtout I) se complaise h en imaginer de meilleurs.
Evidemment, notre moelle épinière, son couronnement (notre surface grise encéphalique) et, dans celte surface grise encéphalique, la région la plus précieuse de toutes (notre couche cortico-cérébrale) ne déterminent, tout à la fois, les modifications matérielles que devront éprouver nos différents appareils (viscéraux.
locomoteurs et mentaux) et les différentes quantités et qualités de pulpes nerveuses que de^ vront dépenser chacun des nerfe qui surveillent
ces différents appareils évidemment, dis-je,
notre moelle épinière, notre surface grise encéphalique et plus particulièrement notre couche cortico-cérébrale ne déterminent les modifications matérielles à produire en nos organes» et les quantités et qualités de pulpes nerveuses à y consacrer qu'en appréciant, du même coup, ce qui se passe en nous et hors de nous.
Donc, si tous nos organes tactilo-sensoriels barométriques, Ihermométriques, hygrométriques et électrométriques (impressionneurs spéciaux, si je puis ainsi parler, de notre moelle épinière), plus tous nos organes sensoriélo-es- Ihétiques (auditifs, optiques, olfactifs, gustatifs) plus encore tous nos organes sensoriélo-végétatifs (individuels ou spécifiques, si je puis encore ainsi parler, autrement dit, sitiques, respiratoires, faméliques, urinaires, défécaleurs ou vénériques) inhérents, soit à notre peau, soit à notre muqueuse, sont dans un état tel que forcément ils ne peuvent que mal percevoir ; forcément les actions réflexes qu'ordonnera notre moelle épinière et les résolutions de toutes sortes que forgera notre suprême coordinateur pécheront par la qualité, la quantité ou les
deux à la fois; et forcément aussi les pulpes nerveuses végétatives animales ou mentales chargées d'en surveiller la réalisation seront dans le même cas.
Il va sans dire que ce double résultat, déjà si fâcheux, serait pire encore ; si les impressions à recueillir par ces susdits organes per^ cepteurs, forcément infidèles, étaient, les unes, tellement faibles et monotones qu'elles ne sauraient raeltre en activité suffisante nos centres nerveux et, les autres, tellement nombreuses et puissantes, qu'elles ne pourraient que les blesser et» partant, les pousser à mal.
Ceci posé, parce que les noirs qui nous occupent n'ont, pour stimuler leurs trois grands appareils nerveux que des phénomènes caloriques et lumineux tellement intenses qu'ils déterminent (en dépit de l'inertie des papilles tactilo-sensorielles qu'ils affectent) des hypersécrétions considérables ou des phénomènes bygrémétriques, barométriques, électriques, acoustiques et olfactifs si peu accentués d'habitude, qu'ils sont insuffisants; nous dirons de ces pauvres hères Africains ou Papous qu'ils sont (de par le ciel, la terre, Tair et l'eau) insuffisamment innervés au point de vue animalo-actif et surtout au point de vue mentalo-
spéculatif, et que c'est tout au plus s'ils le son} assez au point de vue végétativo-plastique.
Donc, ils seront (comme les enfants), énormëment faibles de poitrine et de membres, encore plus énormément faibles d'esprit ; et, par cela même, auront un grand sympathique relativement plus développé que leur moelle épinière et surtout que leur encéphale.
Une conséquence forcée de tout ce qui précède est qu'ils auront, dans ce susdit encéphale, une surface grise circumventriculaire beaucoup plus développée relativement que leurs surfaces, grises aussi, péricérébelleuse et (surtout, surtout!) certico-cérébrale. Mais n'anticipons pas sur les considérations que nous ne devrons émettre qu'au chapitre où nous examinerons la peau sous le rapport mental, et puisque nous savons maintenant vers quel but, éminemment matériel, tous les êtres qui entourent le noir l'acheminent et comment ils l'innervent; tirons profit de ces instructions pour déterminer et la structure intime, d'abord, et la forme, ensuite, que doivent prendre ses muscles, os, périostes, aponévroses, et caetera, et côBtera bref, toutes les pièces de la
machine qui doit lui servir à mellre en postures et mouvements convenables tous ses appareils taclilo-sensoriels cutanés ou muqueux.
TROISIÈMEMENT. — De tousles 0$^ HgamentSj cartilages, périostesj aponévroses, muscles, tendons, membranes et capsules ou manchons synoviaux qui composent la machine locomobile du noir.
Muscles. — Le noir use beaucoup de pulpe contractilo musculaire : premièrement, à envoyer jusqu'à sa peau la presque totalité de son liquide sanguin, afin que cette noire surface artérialise de son mieux ce que ses poumons hématosent si imparfaitement f secondement, à faire continuellement se raccourcir les fibriles musculaires qui vident les innombrables glandes (sud orales ou sébacées) que renferme cette susdite surface noire qui lui rend tant de services, afin qu'elle soit toujours fraîche et dispose ; troisièmement, à mécaniquement brasser, depuis la bouche jusqu'à l'anus, les si tristes aliments dont il lui faut extraire jusqu'au dernier atome nutritif; et quatrièmement, enfin, à faire continuellement se raccourcir aussi les fibriles musculaires qui pareillement vident les innombrables glandes gastriques, biliaires, duodénales, pancréatiques et intestinales, dont les sucs ne sauraient être trop abondants, puisqu'il s'agit de convertir en chyle des substances quasi indigestes.
Or, cette pulpe nerveuse contraclilo-musculaire, que noire système nerveux animalo-rachidien fournit à son collègue végétativo-sympathique, la moelle épinière du noir ne la fabrique, nous venons à l'instant même d'en montrer le pourquoi, ne la fabrique, dis-je, qu'en fort petite quantité.
Donc, si les muscles de sa vie végétative en dépensent beaucoup, ceux de sa vie de relation forcément n'en auront à user que fort peu.
Conclusion, parce que c'est en forgeant qu'on devient forgeron et qu'on se fait de vivigoureux organes contraclilo -volontaires ; autant les muscles de la vie de relation, chez le noir, seront relativement faibles de consistance, de coloration artérielle et de pouvoir contractile ; autant, au contraire, ceux de la vie purement végétative seront forts sous ces trois rapports.
Mais, direz-vous, ceci est de la théorie et semble peu conciliable avec les courses énormes dont vous nous avez parlé. A cette objection, je répondrai : premièrement, qu'au repos les chairs du noir qui nous occupe sont pendantes, preuve qu'elles manquent de consistance; se-
cohdement, que le noir aime mieux rester trois, quatre, cinq jours et même beaucoup plus sans manger (quitte à se couper le ventre avec une corde, pour modérer ses orages instestinaux) que de se mouvoir prématurément, preuve qu'il ne se sent que faiblement innervé; troisièmement, qu'il ne se meut jamais que lorsqu'il est profondément amaigri, c'est-à-dire aussi léger que possible, pour avoir moins à supporter; quatrièmement, qu'il aime mieux courir que marcher, la loi d'inertie favorisant d'autant mieux l'équilibre des corps en mouvement que leur course est plus rapide ; et cinquièmement, que, ce faisant, il ne contracte jamais ses muscles au grand complet et jamais non plus ne fléchit ni n'étend ses jambes au maximum.... En un mot, que, si vite qu'il aille, ila toujoursunedémarche déhanchée et toujours fait TefiFet d'un homme qui cherche à rattraper son équilibre en courant après son centre de gravité.
Voyons si l'anatomie vérifie ces explications physiologiques des us et coutumes du noir; autrement dit, laissons parler le scalpel.
Chez le noir, l'acier nous montre, en premier lieu, un tube digestif énormémeut épaissi par les muscles circulaires et longitudinaux
qui doublent et triplent sa muqueuse; en second, un cœur très-volumineux, surtout du côté droit; c'est-à-dire un organe analogue à celui du fœtus, qui si bien envoie son sang veineux respirer non-seulement dans son foie, non-seulement même dans ses glandes cutanées, mais bel el bien dans son placenta; enfin, en troisième lieu, des muscles à contraction volontaire brun- jaunâtre plutôt que rouges, ridiculement petits (vu les os qu'ils doivent mouvoir) et à fibres trop facilement pendantes.
Ne font eïception, à cette dernière règle, «lue les moteurs de la mâchoire inférieure, les muscles de la bouche et ceux du larynx, que la dissection nous montre gros, forts et bien teintés- Je dis exception et j'ai tort; car chez le noir, aussi maladroit parleur qu'habile suceur, les susdits muscles buccaux laryngiens et faciaux ne (servant que très-peu à causer entre adultes, mais beaucoup à sucer, humer et déglutir, en particulier) appartiennent beaucoup plus à la vie végétative qu'à la vie sociale el, dès lors, n'infirment pas la règle, mais tout au contraire la confirment.
fiappelez-vous ce que je vous ai dit, au sujet des Papous australiens de la côle Ouest se régalant de baleine, ou de la côte Sud engloutissant
des entrailles d'Opossum, et vous serez, je crois, parfaitement couvaincus.
Tissus BUNcs DU NoiR. — Nous l'avons déjà dit et prouvé maintes fois, le noir n'est, sous tous les rapports, qu'un grand enfant; refaire continuellement ses chairs, parce que son pays continuellement les lui consume, est sa grande mission ; vivre, ou mieux, végéter est tout ce qu'il peut faire. Donc, en lui, tout est sacrifié à la vie végétative. Donc, en lui, les tissus qui (par leur structure, leur rigidité ou leur élasticité) rappellent le mieux la structure, la rigidité ou même l'élasticité des végétaux, sont les mieux élaborés.
— Eh bien ! ces tissus quels sont- ils ? — Ceux, évidemment, qui sont le plus universellement répandus dans la série animale ; ceux qui semblent composer exclusivement les bêtes placées aux plus bas degrés de l'immense échelle zoologique; ceux dont, en notre corps, nous modifions le plus difficilement la vitalité ; ceux que nous guérissons avec le plus de peine, quand ils sont endommagés ; ceux que les maladies, qui stérilisent le mieux notre espèce, n'atteignent heureusement qu'en dernier lieu ; ceux, enfin, qui prédominent chez les enfants des
familles qui s'éteignent dans la scrofule et la misère : les tissus blancs.
Les tissus blancs ! C'est-à-dire, le tissu cellulaire, le derme (tant cutané que muqueux), les aponévroses, le névrilème, les ligaments, les cartilages et surtout (surtout I) les os et leur périoste qui vivent si bien (ceux-là par celui-ci) comme les arbres par leur écorce.
L'anatomie et la physiologie confirment-elles ces à priori théoriques ?
On ne peut mieux ; car, chez le noir, les tissus que je viens d'énumérer sont aussi fermes et aussi abondants que leurs moteurs rouges (les muscles) sont faibles et raréfiés. Pas d'aponévroses, pas de névrilèmes humains plus corsés que celles et ceux du noir. Pas d'os humains surtout qui soient plus gros, plus lourds, plus blancs et plus accentués, en tous leurs reliefs d'insertion tendineuses, que ceux du noir.
Comme la singularité de ces faits anatomiques pourrait, jusqu'à un certain point, vous empêcher d'y croire ; laissez-moi vous en donner les raisons physiologiques ; en m'appuyant sur les trois apliorismes les plus généraux, les plus justes et les plus encourgeants qu'il y ait en histoire naturelle aphorismes qui, à la
rigueur, pourraient n'en former qu'un seuli et dont voici les énoncés :
Il n'y a pas de plante ou de bête qui, passant de l'état sauvage à l'état civilisé, n'anioindrisse ou ne perde ses défenses naturelles, tant internes qu'externes, en même temps que sa vigueur plastique , aussi bien individuelle que spécifique ;
Et vice versa, il n'y a pas de plante ou de bête qui, repassant de Tétat civilisé à l'état sauvage, ne recouvre, tout au contraire, et celle-ci et celles-là:
Autrement dit, les êtres vivants sont d'autant mieux armés contre le monde qui les entoure que les éléments nerveux (personnels ou étrangers) qui les gouvernent sont moins solidaires et moins capables de former.de bonnes conceptions défensives ; et réciproquement, ou mieux, inversement plus les éléments nerveux qui gou^ vernent, et caetera, et cœtera.
J'entends (comme tous les biologistes, éleveurs et pépiniéristes) par défenses ou armes naturelles, tant externes qu'internes, des végétaux, les épines, poils, écorces, piqiiants, duvets, aspects hideux, odeurs repoussantes, sucs malfaisants; bref tous les produits quelconques susceptibles de les faire respecter ; et par dé-
fenaes ou armes naturelles des animaux, pareillement, les fourrures fauves, cuirs épais, gri(fesdéchiraules,corpesaiguës,dents acérées, incrustations résistantes, exiîréta nauséabonds et sécréta dangereux qui peuvent déterminer h le respecter.
Cela dit, entrons en matière.
Evidemment, la conclusion à tirer (sinon la traduction à faire) de tout ce qui précède est la suivante. Si parfaits que puissent devenir un organisme et les centres nerveux qui le gouvernent, jamais ceux-ci ne pousseront celui-là à réaliser autre chose que des actes et des produits grossiers ; tant qu'une sollicitude intelligente et morale n'épargnera point , à tous ses Qfganes sensoriels, cutanés ou muqueux, de mauvaises influences physico- chimiques, de méchantes impulsions dynamiques, ou de laides images sonores, optiques, olfactives ou sapides.
Donc, parce que (dans l'organisme du noir, maintenu h l'état sauvage par La sauvagerie de son désert) le névrilème est, pour le cylindre a^is du nerf et son liquida protecteur, une matérielle défense ; le névrilème est, surtout aux mains et aux pieds du sauvage noir, excessive* iQent épais.
Donc encore, parce que (dans Torganisme du noir, maintenu à l'état sauvage par la sauvagerie de son milieu) les aponévroses sont, pour les misérables muscles contraclilo-volonlaires qu'elles guident ou protègent, une défense matérielle ; les aponévroses sont chez le noir excessivement épaisses.
Donc aussi, parce que (dans l'organisme de ce môme noir) les ligaments et cartilages sont, pour les os qu'ils doivent maintenir en rapport, une véritable défense contre les déplacements que pourraient opérer des muscles insuffisamment foris et surtout insuffisamment bien gouvernés, les ligaments et cartilages sont chez le noir fort solides.
Donc enfin, parce que (dans l'organisme du noir, maintenu à l'état 'sauvage par la sauvagerie de son désert) le phosphate calcaire (tout en déterminant l'excès de poids, de blancheur et de dureté des os) est, pour ces leviers inflexibles, une très-grande cause de solidité, autrement dit une véritable défense matérielle ; le phosphate calcaire est, dans les os du noir, beaucoup plus abondant que dans ceux du jaune et du blanc; et contribue, par cette surabondance même, à leur donner leur état particulier.
Soit ! me dîrez-vous ; le surcroît de volume,
de poids, de blancheur et de dureté des os du noir (que vous auriez pu expliquer par ce fait, que le point de vue végétativo-matériel primant tout, chez ce genre d'homme, la malière calcaire devait plus abonder en ses leviers rigides que l'élément gélatineux), vous le justifiez par ce fait que les défenses brutales abondent là où les précautions morales ne peuvent même pas s'organiser. Mais l'excès de relief des parties où viennent s'implanter les tendons de ces muscles relativement trop faibles ; comment l'interprétez-vous ?
— Comme l'excès phosphalo-calcaire; en posant en principe qu'il en est du consensus animalo- mécanique de noire organisme, comme de son consensus piastico végétatif; ou, si mieux vous aimez, en disant : chez le noir (dont l'activité, pour ne pas dire la logique, corlico-cérébrale est si faible) l'aclivilé (pour ne pas dire aussi la logique) péricérébelleuse compense l'insuffisance musculaire par l'exagération des bras de leviers osseux; absolument comme l'activité, la logique, ou le surcroît d'étendue (car ces trois équivalents marchent de front) absolument, dis-je, comme l'activité, la logique ou le surcroît d'étendue do la surface végéta tivo-ventriculaire de l'encéphale compense le défaut d'hématose pulmonaire,
par Vexagération de la sécrétion cutario-sttdorale (dans les pays qui sont trop secs en tnêiHB* temps que trop chauds) ou par les hypersécrétions hépatiques et sébacées (dans ceux qtii sont au contraire en mêàie temps (}ue tlrop chauds, trop humides).
Comme ces dernières phrases, que surchargent peut-être beaucoup trop de mots scientifiques, pourraient manquer de clarté; rèpré»
nons cette question des reliefs osseux exagérés, en partant directement du problème de îocomotion que doit résoudre le hoir, soit qu'il ait à se mouvementer en un pays de sables mobiles ou en un pays de boues plus mobiles encore.
— Pour lui, si pauvre de sang artériel et de pulpe nerveuse de quoi s'agit- il en fait de tùécanique animale ?
-^ De fournir, au moins de frais possible de comburant et de commandernenl, des quantités considérables de mouvement, sur lirl sol toujours prêt à se dérober sous lui ; le tout au moyen d'une machine très-mal équilibrée, fort lourde en ses leviers et, pour comble de malheur, garnie de muscles coniraclilo-volontaires énormément trop faibles.
— Donc, il lui faudra par en bas (comme à
tousîes animaux qui ont pour coutume de se mouvoir sur Teau ou de courir sur les herbes) une emplânture considérable, et par en haut (comme aux saltimbanques funambules, toujours sur le point de perdre leur équilibre) un énorme balancier.
— Autrement dit?....
— ....Au bout des jambes, d'énormes pieds munis d'orteils bien longs et bien facilement écartables ; au bout des épaules des bras démesurément longs, terminés par d'énormes mains, afin que leur plus petit écart ait beaucoup d'importance; et, tout le long du corps (toujours comme les saltimbanques en question) jamais la moindre raideur; autrement dit une demi flexion perpétuelle, aussi bien du rachis que des membres inférieurs. D'oii cartilages in ter- vertébraux aussi bien qu'interosseux plus élevés.
— Voilà pour le squelette; passons à ses moteurs. Ils sont, avons-nous dit, flasques, mous et décolorés; donc pour mouvementer les bras de leviers si longs et si lourds, qui doivent permettre au corps du noir de marcher, ramper, grimper et nager au besoin avec la même facilité, que faut-il?
— Oue toujours les tendons d'insertion
musculaire s'attachent le plus loin possible du centre de rotation.
— Donc les énormes pieds du nègre seront plats, c'est-à-dire fort peu cambrés, afin que leurs os ne perdent rien de leur longueur.
Donc ses calcanéums seront comme ceux du singe fort prolongés en arrière.
Donc ses tibias seront très longs aussi.
Donc ses rotules seront fort saillantes.
Donc, au dessus comme au-dessous de son articulation fémorale, les os de son bassin, par devant aussi bien que par derrière, seront aplatis et prolongés, afin de n'amoindrir aucunement leur longueur, en prenant des courbes gracieuses. Certainement ses fesses n'en seront que plus creuses et pointues ; mais qu'importe 1
Doue ses côtes (au lieu de s'étendre latéralement, au sortir de la gouttière vertébrale) se porteront brusquement en avant. Ce qui rétrécira sa poitrine.
Donc ses mains seront énormes, ses poignets tout osseux, ses avant-bras et bras énormes, son olécrane et sa tête humérale énormément accentués et prolongés, ce qui lui donnera un coude excessivement pointu et une épaule toute décharnée.
Donc, sa clavicule (exception, confirmant la règle, si je puis ainsi parler) sa clavicule,
dis-J6, obUgée de servir toute seule de point d'appui à ce bras (ce demi-balancier) si démesurément long et lourd, sera seule très-arquée, pour gagner en force et cambrure ce qu'elle perdra en longueur, quitte à faire paraître les épaules encore plus maigres et plus étriquées.
Donc, sa mâchoire inférieure, ici nous rentrons dans la règle, sera presque aussi droite que celle de Venfant qui tète encore, d'où résultera son prognatisme facial.
Donc, enfin, son occipital (point d'attache de tous les extenseurs de sa tête, qui font tous contre-poids à son énorme face), sera trèsprolongé, surtout en arrière, et, partant, causera, si je puis ainsi parler^ son prognatisme crânien.
— Eh bien ! pour contenir des muscles, faibles à la vérité, mais si hardiment lancés loin du centre de rotation des mouvements qu'ils déterminent, que faut-il?
— De très-fortes aponévroses.
— Et pour prévenir les glissements que ces points d'attache si lointains pourraient causer, que faut-il encore ?
— Des ligaments très-forts.
— Donc (car évidemment il faut conclure), donc, de cette démonstration nouvelle que
nous venons de faire, du besoin qu'il y a, pour le noir, que ses surfaces d'insertion tendineuses soient exagérées en volume et ses aponévroses en ligaments très-vigoureux, nous conclurons que, de quelque façon qu'on s'y prenne et à quelque point de vue qu'on se mette, on trouve que tous ses tissus blancs sont et doivent être tels que nous l'avons dit.
Au point où liOus en sommes arrivés, nous n'aurions, évidemment, qu'à recouvrir de leur noire enveloppe tous les reliefs et toutes les dépressions que nous venons de théoriquement disséquer et à en faire la somme, si je peux ainsi dire, pour déterminer les formes et les mouvements du nègre.
Mais parce qu'il importe, quand on veut justifier une ihécrie, de démontrer qu'on arrive toujours, au moyen de son principe, aux mêmes conclusions aussi verifiables que vérifiées par les faits, sous quelque jour qu'on envisage l'être qu'elle sert à étudier et faire comprendre, je vais, dans le chapire suivant, expliquer les formes du noir, en parlant non plus de chacune de ses parties composantes pour arriver à l'ensemble, mais* au contraire de l'ensemble pour descendre jusqu'aux moindres détails .