‹ Quatre années en OcéanieChapitre 27 sur 35 · PEAU ENVISAGÉE COMME ORGANE ANIMAL · texte numérisé non relu

PEAU ENVISAGÉE COMME ORGANE ANIMAL

Point du vue géométrique et point de vue mécanique,

forme et mouvement.

Qui dit plante, dit être vivaht ne pouvant se déplacer ni remuer, de ison propre chef ; et qui dit animal, dit. au contraire, organisme susceptible de faire, peu et surtout beaucoup, l'un et l'autre.

Parlant de là, étudier la peau de l'homme, en la considérant comme un organe animal ; c'est évidemment l'examiner à un point de vue géométrique et mécanique tout à la fois> c'està-dire, au point de vue des reliefs qu'elle peut successivement offrir et des mouvements qu'elle peut successivement opérer.

Or ces reliefs et ces mouvements ne sont, à leur tour, que les traductions plus ou moins exactes des poses et des contours que nos os,

\ nos muscles et nos autres tissus affectent ;

» quand ils obéissent aux manières d'élre que

î déterminent, en nous, les influences pr(fsen/e«

i du milieu qui nous entoure et surtout celles

passées (beaucoup plus nombreuses et beaucoup . plus puissantes) du monde qui nous a dressés, de générations en générations, à aimer, agir et penser d'une façon plutôt que d'une autre.

Donc, puisque ces reliefs et ces mouvements ne sont que la traduction de plus en plus exacte • des poses et contours que prennent nos os, nos muscles et nos autres tissus, à mesure que notre pays et ses habitants de toutes sortes nous ancrent, de plus en plus aussi, dans tels et tels sentiments, telles et telles habitudes et tels et tels préjugés ; pour bien étudier noire tégument externe (en tant que machine locomobile animale) et bien comprendre toutes ses particularités morphologiques, nous devons commencer par décomposer tout noire être, aussi logiquement que biologiquement, en parties fonctionnelles, bien nettement accentuées; et chercher, dans les qualités du milieu où il vit, les résultats qu'il exige de chacune d'elles, si nous voulons rationnellement déterminer les modifications de volume et de forme qu'il leur impose.

Eh bien ! cette analyse de plus en plus détaillée de notre corps, ce fractionnement préliminaire de notre organisme en ensembles fonctionnels de plusen plusspéciaux ; faisons-le.

Evidemment, l'homme est aussi décomposable, anatomiquement parlant, en deux grandes régions (l'une, sus-diaphragmatique ou supérieure, Taulre sous-diaphragmalique ou inférieure) que les animaux les mieux faits le sont en deux grosses moitiés : Tune, antérieure, leur avant-train ; l'autre, postérieure, leur arrière- train.

Evidemment' encore, à ces deux régions primordiales de notre être, se rattachent respectivement, en haut, les organes qui surtout servent à notre vie de relation : tête>col, membres supérieurs et poitrine ou soufflet vocal ; et, en bas au contraire, ceux qui plus spécialement ont trait à l'existence matérielle de notre individu ou de notre espèce : viscères abdominaux, appareil génital, bassin et jambes.

Enfin, non moins évidemment, ces deux premières moitiés de notre être (bien qu'elles soient plus inséparables et plus solidaires, en notre espèce qu'en aucune autre) sont respectivement dominées par deux cbnceptions différentes. Conce[^lions qui sont, la première, plus

mentalo-animale que matérielle et, la s€fcoi\de, plus ania alo-végélative que sj)irituelle.

Donc il en est un peu de nous comme de notre planète, autrement dit nous ayons deux pôles: l'un moral, l'autre beslial; et c'est à faire jirédominer celui-là sur celui-ci que nous devons consacrer et consacrons effectivement presque tous la phase ascendante de notre existence.

Comme je viens de l'affirmer à l'instant même, chez nous plus que chez tout autre animal, les deux grosses moitiés primordiales de l'être sont absolument inséparables et parfaitement solidaires.

Néanmoins, si l'on veut bien remarquer : premier ementy que les hommes de génie, quel que soit leur genre, sont aussi difficiles à nourrir qu'in^tptes à se reproduire ; secondement^ que les très-belles femmes, de n'importe quelle variante humaine, sont identiquement dans le même cas; iroisièmement^ que nous soldons toujours, à l'instar de tous les animaux et de tous les végétaux philanthropes, l'exagération d'un mode fonctionnel ou moral quelconque par l'infériorité de notre vigueur plastique, surtout procréatrice ; quatrièmement enfin, qu'une population épuisée comme je viens de

le dire, par une manière trop exclusive de vivre, ne s'est jamais revivifiée que par des barbares» absolument comme nos plantes et nos bêtes, par trop cultivées, ne se ravivent jamais que par des sauvageons... Si, dis-je, nous voulons bien prendre en considération ces quatre grandes catégories de phénomènes humains, ^oologiques et botaniques ; nous en arriverons forcément à la conclusion que vpici :

En dépit de Tunion indissoluble et de la solidarité parfaite qui les accole tout d'abord, dans le sein de notre être ; les deux grosses collectivités d'organes que j'ai nommé nos moitiés sus et sous-diaphragmatiques sont en antagonisme secondaire. . . absolument comme, dans notre globe encore, sont en antagonisme électrique également secondaire, le pôle magnétique nord et le pôle magnétique sud ; bien qu'ils soient primordialement en solidarité telle (de par la commune chaleur solaire qui détermine la formation de chacun d'eux en chauffant inégalement nos deux hémisphères) ; bien qu'ils soient, dis je, en solidarité telle que l'un d'etix ne saurait varier sans qu'aussitôt l'autre ne variât.

Cette rivalité, secondaire seulement, des deux

points de yae (pour ne pas dire des deux p\exus) qui gouyement (en se le disputant) notre individu tout entier, tient à ce qu'il faut, $ous peine de mort, que ces deux foyers, directeurs (l'un) de notre vie sociale et O'aulre) de notre existence matérielle puisent, en sens inverse, dans les communes réserves de notre sang artériel et de notre pulpe nerveuse ; attendu que nous ne pouvons, en vingt-quatre heures, nous faire qu'une quantité limitée de liquide nourricier et une quantité limitée aussi d'huile administrative.

'Eh bien! parce qu'il en est ainsi, parce qu'un de nos deux pôles compensera toujours, par ses économies, l'excès qu'aura dépensé l'autre ; nous pouvons affirmer que notre arrière-train s'atténuera, toutes les fois que la moitié sus-diaphragmalique de notre être s'ampliGera, pour obéir aux exigences du milieu matériel qui nous entoure, ou de la société que nous fréquentons, ou bien encore de l'âge que nous prenons, et caetera, et caetera; et que cet arrière- train, susdit, s'hypertrophiera, au contraire, toutes les fois que les phénomènes cosmiques, sociaux ou individuellement chronologiques, dont nous subissons forcément l'influence, nous travaillerons en sens inverse.

Nous pouvons, dis-je, affirmer cela! Et nous pouvons afûrmer pareillement que les divisions et subdivisions que nous allons établir dans chacune de ces deux grosses moitiés feront comme elles ; si l'antagonisme fonctionnel menfaloanimal et animalo-végétatif, qui domine dans ces deux premières moitiés de notre personne, se poursuit dans chacune de leurs moindres parties constituantes.

Donc, si nous voulons arriver jusqu'au modèle de chacune d'elles, en prenant pour base de nos déterminations sculpturales le plus ou moins de mentalité animale ou d'animalité végétative que chacune d'elles doit exprimer, il faut que nous répondions tout d'abord à celte question : la loi de solidarité primordiale mais d'antagonisme secondaire que je viens de signaler comme gouvernant les rapports des deux grosses moitiés de l*être humain, tout aussi bien que celle de l'avant et de l'arrièretrain de tous les animaux un peu supérieurs, domine-t-elle aussi (oui ou non) les rapports des autres divisions et subdivisions^dicothomofonctionnelles (si petites qu'elles soient) qu'on peut établir dans ces deux grosses premières moitiés de notre être?

Eh bieni oui, cette loi de solidarité primordiale et d'antagonisme secondaire se poursuit à travers tous les appareils, organes et portions constituantes d*organes formant un élément constituant si petit qu'il soit^ ne fût-ce qu'un simple acinus excrétant.

Comme Ténumération de ces divisions et subdivisions (toujours dicothomiques) de premier, second, troisième, quatrième ordre, et caetera suffira largement à justifier mon assertion ; permettez, qu'au moins je vous commence la liste de ces décompositions anatomo*physiologiques de moins en moins importantes.

KOITlA BU8-DIAPHRAO)lÂTIQTnB BB KOTBB ÊTBlB.

Tête. Région crânienne et région faciale.

Dans la première de ces deux régions, nous trouvons un contenant (successivement pileux* peaucier, osseux, membrano-séreux et liquide) protégeant un appareil nerveux si bien fait pour élaborer des résolutions mentalo-anima^ les plutôt que des combinaisons animalo^végé*

tatives, bien qu'il en fasse de deux sortes 1

Si bien fait, dis-je« pour élaborer des résolutions mentalo-animales ; que bien certainement on trouverait, à la surface grise qui élu-

ddd ces susdites résolutions, mille, mille et mille fois plus d'étendue qu'à celle où s'amalgament les arrangements, seulement animalo-végétatifs, qui gouvernent plastiquemenl notre être; s'il était possible d'étaler, à côté du très-petit développement des parois et surtout du plancher de nos Tentriciiles encéphaliques, l'énorme surface qu'offriraient les lobes, circonvolutions, plis, feuillets et folioles de notre périphérie cérébrale complètement rectifiés.

Tout au contraire, le plan et le mécanisme de notre région faciale témoignent bien plus d'une mission animalo -végétative (par ses organes servant à introduire en nous les solides, liquides et gaz qui nous sont nécessaires) que d'une mission mentalo-animsle; bien quecette môme face abrite les organes sensoriels qui nous servent à voir, écouter, sentir et déguster l'espace.

Col. Région laryngo-pharyngienne et région céphalo-motrice.

La texture et la structure de la première de ces deux régions où réside l'organe de notre expression par excellencp (la voix) dénotent un appareil bien plus évidemment fait pour traduire des Gonceptitins meotalo-animales que

pour servir d'entonnoir, bien qu'il en fasse au besoin TofiSce.

Le plan et le mécanisme de la seconde, au contraire (par la vigtieur de ses os et de ses muscles, ainsi que par la présence du corps thyroïde qu'ils abritent si bien, par derrière et latéralement;, dénotent un office beaucoup plus végétativo-animal qu'expressif; un appareil beaucoup plus utile à la conservation de notre snng (par sa partie glandulaire) et aux vigoureux mouvements et coups de notre crâne (par ses muscles moteurs) qu'à la fine expression mimée de nos pensées.

Je dis : Beaucoup plus utile à la conservation de noire sang qu'à la fine expression mimée de nos pensées; parce qu'en général (pour dire oui, non, ou manifester le déplaisir qu'on nous cause) nous remuons la tête et le col tout aussi brusquement que le font les sau-

vages.

Membre supérieur. Nous «distinguons, en cet f»rgane, deux régions : Tune, axillo -brachiale; Tautre, ma nuelo- exploratrice.

Evidemment, la richesse toute glandulaire et toute lymphatico ganglionnaire de la première dénote par ses hypersécrétions odorantes (en cas de violent exercice) et ses accidents

pathologiques (en cas de conlacis malsains) Un appareil bien plus fait pour veiller sur la composition matérielle de notre sang que pour servir à manifester, par les mouvements de notre épaule, ce qui nous plaît ou déplaît, bien que chez lous les peuples encore ces gestes aient la même valeur; et non moins évidemment la texture et la forme de la deuxième de ces deux régions (avec son manche et son éventail, son avanl-bras et sa main, beaucoup plus riches en os, en muscles et nerfs qu'en vaisseaux et en glandes) accusent une destination plus, énorméiiKîiit plus, menlalo-animale qu'animalo- végétative.

Donc nous pouvons affirmer, pour en tinir avec celte moitié sus-diaphragma ligne de noire être, que nous avons deux régions bien distinctes dans rinlérieur4e la poitrine ; et qu'en dépit de leur mission commune d'organes (aspirants et refoulants) on ne peut plus utiles à notre vie plastique, ces deux régions bien dislinclcs témoignent parfaitement de l'antagonisme s(^ condaire qui présida à leur structure ainsi qu'à leur texture.

Parlant ainsi, je fais allusion à notre appareil thoraco-pulmonaire et à notre appareil péricardo cardiaqne.

— MB —

En effet, le premier* phono-respiratoiro, sert (malgré son office d'appareil hématoseur inhalo*exhalant) de souflQel à l'orgue expressif de notre appareil mental ptan dis que le second (en dépit de sa texture exclusivement animale, c'est-à-dire musculo contractile) sert non-seu* lement à lancer, vers toutes nos chairs, notre sang artériel qui est leur aliment, mais encore à les débarrasser toutes de leur sang noir, qui est leur excrément.

Je passe à Pénumération des divisions et subdivisions qu'on peut établir de la seconde moitié primordiale ou $ou8 diaphragmatique de notre individu; quand on met, d'un côté, les organes qui servent plus à notre vie végéta tivo-ani maie qu'à notre vie animalo-mentale et, de l'autre, ceux qui, tout au contraire, servent plus à notre vie de relation qu'à notre vie plastique.

Nous avons dans l'abdomen deux régions bien distinctes : l'une digestivointeslinale qui, de prime abord, semble ne servir qu'à notre existence personnelle : l'autre, reino-génitale qui, évidemment, joue un rôle fort important dans notre vie de relation, puisque sans elle notre espèce disparaîtrait.

Eh bien ! ces deux appareils (qui témoiguent si bien, par leur présence, des deux concep* tioQS antagonisto polaires, qui se partagent le contenu de notre abdomen) peuvent, eux aussii se respectivement subdiviser en deux régions» témoignant à leur tour, de l'incontestable eon* currence que se font, partout notre être, les deux points de vue végétalivo animal et ani« malo-mental qui se disputent notre vie.

En effet, si de même que notre tube intes* tinal se divise, tout naturellement en deux ré* gions : Tune supérieure (digestivo-inhalante) plus glandulaire que musculaire, qui surtout sert à notre nutrition : l'autre inférieure (excrémento exhalante, plus musculaire que glandulaire) qui (sans nous être» en cas d'attaque, aussi util» qu'aux hérissons, aux crapauds et aux seiches) nous sert, grâce à la vigueur croissante aveeTÂge de notre sphincter anal, à respecter de plus en plus nos semblables.... les gens les plus grossiers étant les seuls qui fassent usage de leurs gaz odorants, pour témoigner le peu de respect qu'ils ont pour les autres et

eux mêmes De même, dis je, que notre

tube intestinal se divine, tout naturellement en ces deux régions, à fonctions comme à structure jusqu'à un certain point opposites ; de même

notre appareil génito-urinaire se divise, luiaussi, en deux régions : l'une reinovésicourétrale (plus abondamment et plus chimiquement excrétante que musculaire) qui ne sert absolument qu'à notre vie personnelle et purement végétative : l'autre, au contraire, copulalivo-procréatrice (beaucoup plus mécaniquement sinon beaucoup plus musculaire^ ment puissantii et beaucoup plus nerveusement, bien qu'infiniment moins copieusement sécrétante) qui, certainement, sert à la conservation de notre espèce, encore plus qu'à la nôtre, et, certainement aussi, contribue plus à nous lancer dans la vie domestique et, par celte dite vie domestique, dans la vie civile que ne le font nos autres organes de relation (oreilles, yeux, bouche ou nez) bien qu'ils soient infiniment plus jolis et plus montrables.

Enfin, disons pour en finir avec ces divisions secondaires et tertiaires de notre moitié inférieure, que nous avons dans son support une région iliaco-fémorale , ou mieux, inguinocuissale (rolativo-désambulatrice) et une région pédo-telluro-palpante ; qui sont, la première, plus riche en graisse, en glandes, en vaisseaux lymphatiques et ganglions que la seconde ; et la seconde, au contraire, éminemment plus

riche que la première en os, en muscles et surtout en nerfs, bref, en instruments servant beaucoup plus à notre vie de relation (transport et toucher) qu'à notre existence purement plastique.

Je passe à la subdivision de nos régions anatomo-morphologiques tertiaires en contrées quaternaires.

Dans notre crâne, ou mieux dans son contenu si éminemment nerveux, la région qui surtout élabore des conceptions et des mouvements volontaires est Tantéro-supérieure (notre surface grise cortico-cérébro-cérébelleuse, la tète de Thomme étant supposée placée comme celle des animaux), et celle qui surtout forge des combinaisons plastiques et des mouvements involontaires est la postéro-inférîeure, notre surface grise cortico-cérébello-ventricuculaire.

Dans notre face, la région qui surtout nous sert à recueillir des aliments intellectuels et moraux, des images lointaines (tant olfactives et visuelles qu'auditives) est la sus-palaUne : et celle, au contraire, qui ne sert qu'à recevoir des matériaux sapides ou non et à les déglutir (pour nous faire non plus des idées et des

Touloirs bien précis, mais des appétits brutaux et surtout de la chair e^ des oa) est, la sous platine ou intra-maxillaire.

Dans notre appareil larynyo-pharf/ngien, Torgane qui surtout sert à notre vie de relation est le larynx, d'autant plus inhabile à émettre des sons intelligibles, que riodiïidu ou son espèce est plus jeune; et celui qui, au contraire, fonctionne le plus en faveur de notre plasticité matérielle, est le pharynx si habile à déglutir aux âges (personnels et sociaux) où son voisin de l'avant est si maladroit.

Dans notre cœvr^ les cavités de droite et celles de gauche ; dans notre appareil digMif la région intestinale située au-dessus de la barrière desapothicaires et celle située au-dessous; dans notre appareil urinaire* les reins et la vessie ; dans notre génital, les testicules et le mécanisme éjaculateur, et caetera, etcœtera •. sont des subdivisions dont l'antagonisme (au point de vue des services de plus en plus mécaniques ou de plus en plus plastiques) k rendre est trop connu pour que j'insiste davantage.

Je dis et cœtera, et csetera» et cœt^a, parce que prolonger indéfiniment une liste semblable

ne pourrait évidemment aboutir qu'à trois choses: ennuyer > fatiguer et faire perdre de vue le problème dont nous poursuivons la solution; problème qui, je le répèle, est Qelui*ci :

Préciser les formes qu'a dû prendre le oorps de l'homme, dans les pays où maintenant encore nous ne trouvons que des noirs ; pour faire face : premièrement ^ à toutes les exigences cosmiques; secondement, à toutes les influences morales des sociétés, petites ou grandes/ qui ont pu s'y former; et, troisièmement, enfin, à toutes les exigences encore que pouvait imposer non plus le milieu (purement cosmique ou purement social), mais bel et bien le temps, autrement dit, la succession des âges : préciser, disje, toutes les formes de l'homme, travaillé par ces trois sortes d'influences ;

Sachant que, d'un bout & l'antre de son être, il y a (comme chez tous les animaux un peu supérieurs) antagonisme entre ceux de ses appareils, organes ou fragrïients d'organes qui sont plus utiles à sa vie mentalo-animale qu'à sa vie animalo-végétative, et ceux (au contraire) de ses appareils, organes ou fragments d'organes qui sont plus utiles à sa vie matérielle qu'à sa vie morale.

Posé de la sorte, ce problème d'architecture ou mieux de sculpture anatomo-physiologique devient immédiatement fort simple.

En effet, du moment que le milieu du genre d'hommes qui nous occupe est si monotone et si aride, si pauvre de spectacles sensoriels et si avare d'aliments nutritifs! que son encéphale ne peut pas plus élucider un ensemble de résolutions nettes (un but précis, pour ne pas dire un idéal) avec ce qu'il perçoit dlmages, que ses viscères ne se peuvent fabriquer un sang quelque peu riche (une vigueur quelconque) avec ce qu'ils reçoivent d'aliments ; il est évident que l'ensemble des influences qui déterminent et gouvernent sa vie ne lui impose qu'un devoir : développer son être en longueur, en épaisseur et en hauteur ; sans lui permettre de perdre son cachet d'animal, ne pensant qu'à une chose, se gaver ; n'agissant qu'en vue d'une chose, se gaver ; et gavé, n'aimant qu'une <:hose, dormir.

Ainsi n'ont à faire, ne font, et ne peuvent songer à faire autre chose, les enfants qui viennent de naître ; surtout quand la misère du sein maternel les a créés faméliques.

Conclusion. — L'ensemble des influences qui mènent la vie du noir lui impose le devoir

de ne devenir, de plus en plus, qu'un grand enfant ; en d'autres termes, de ne se développer que, de plus en plus, matériellement ou, si mieux vous aimez, de ne faire que, de plus en plus, prédominer (en tout ses pareils, organes et fragments d*organes) le point de vue animalo-végétalif surle point de vue mentaloanimal ; par conséquent le volume et la plasticité des pulpes inhaloexhalantes et des tissus purement inertes sur le volume et la plasticité des fibres contractiles et (dans les appareils, organes ou fragments d'organes constitués par ces fibres contractiles elles-mêmes) ces susdites fibres contractiles sur les éléments nerveux qui les gouvernent.

Eh bien! celte besogne d'amplificateurs éminemment matérialistes; faisons la pour chacune des deux grandes moitiés primordiales de l'homme noir, ainsi que pour chacune des divisions et subdivisions dans lesquelles nous avons biologiquement fragmenté sa statue ; afin d'aboutir» comme résumé, à son portrait.

Premièrement. — Parce que dans la tête de ce genre d'homme, ce qui sert à penser doit être beaucoup moins développé que ce qui peut à la rigueur ne servir qu'à respirer, boire

et manger; le cr&ne du noir est beaucoup plus petit que sa face.

Secondement. — Parce que, dans ce crâne, ce qui sert à élaborer des conceptions mentalo-animales (des idées et des expressions) doit être beaucoup moins développé que ce qui peut (à la rigueur) ne servir qu'à fabriquer des combinaisons purement plastiques et des mouvements involontaires; la région antéro-supérieure est moins développée que la région postéro-inférieure.

Parlant ainsi, je fais aussi bien allusion au contenu qu'au contenant, à la région frontale qu'à la région occipitale et à la surface grise cortico-cérébrale de notre encéphale, qu'à la surface également grise de l'extérieur de notre cervelet et de l'intérieur de notre cavité encéphalo-ventriculaire.

Troùièmement. — Enfin, parce que, dans la face du noir, ce qui sert à loger les organes des sens, qui ne peuvent que nous fournir des éléments intellectuels et moraux, doit être moins développé que les cavités servant à humer, savourer et déglutir les gaz, liquides et solides indispensables à nos tissus animalo- végétatifs ; tout ce qui est au-dessus de notre palais est beaucoup moins développé que ce qui est audessous ; et, dans la moitié supérieure de notre

visage, les cavités osseuses réservées à roreille et à l'œil sont relativement beaucoup moindres que les reliefs et dépressions destinés k Vépa* nouissement du nerf olfactif, qui si bien guide les carnassiers en leurs chasses.

Comme je compte (à roccasîon de Vhistoîre naturelle de la peau du noir, envisagée comme appareil mental) faire très en détail l'anatomie de ses organes sensoriels, en partant de la physiologie qui leur est imposée par son milieu ; je crois devoir, pour le moment, n'insister que fort peu sur les détails morphologiques de son appareil acoustique, oculaire, nasal, et buccal. En conséquence, je passe à Teiamen sculptural de son col.

— Quelle est (chez Venfaût qui vient de naître, chez l'enfant qui doit avant tout bien plastiquement travailler, pour bien plastiquement se développer) quelle est, dis-je. la partie la plus faible de ce d<^partement anatomiquë.

— La région posléro-inférieure, ou mieux, verlébro-musculaire, celle qui lui servira plus tard à mouvoir son plus précieux explorateur du monde: sa tête, qu'en naissant il ne peut même pas soutenir.

— £ty dans ce mémedépartement anatomiquë »

dans ce col, qu'y a-t-il au contraire de plus fort ? — Son appareil anléro-supérieur ou laryngopharyngien qui tant lui sert à crier et surtout téter.

— Enfin dans cet appareil lui-môme, qu'elle partie prime l'autre ?

— La partie hyoîdo-thyroïdienne qui sert de base à la langue et à sa bascule déglutissante, et non la cryco-arythénoïdienne si exclusivement phonique .

— Donc, chez le noir, la pomme d'Adam sera très-grosse, le dessous du menton large et le coup long et grêle.

Je passe au membre supérieur.

— Quelle est, dans le membre Ihoracique de l'enfant, la région la mieux faite?

— La supérieure.

— El dans celte supérieure ?

— Le département axillaire qui tant sécrète, même dans le sein maternel.

^ Et, dans ce même membre Ihoracique, qu'y a-t-il de moins bien fait ?

— L'aVant-bras et la main, autrement dit l'appareil menlalo-animal, l'organe du toucher par excellence.

— Et dans cet organe du loucher par ex-

cellence, qu'est-ce qui est le moins achevé?

— La main ; et, dans cette main, les doigts ; et, dans ces doigts, le bout, tant supérieur qu'inférieur, tant région unguéale que région corpusculo-nerveuse malpigienne.

— Donc?

— ... Le noir a, dans le membre thoracique, l'épaule et le bras mieux faits que Tavantbras et la main ; dans Tépaule, le surveillant végétatif de sa circulation brachiale (le creux axillaire) mieux fait que le moteur osso-musculaire de son bras, témoin la gracilité de l'un et l'odeur pénétrante de l'autre ; dans le bras et l'avanl-bras, la région lymphatico-ganglionnaire par excellence, le pli du coude, mieux faite que les régions purement motrices ; et finalement, dans la main, ce qu'il peut employer comme support, pour ne pas dire comme patte, la paume mieux faile, infiniment mieux faite que ce qui peut servir d'éventail explorateur, les doigts si plats, si gros du bout> et si dénués d'ongles bombés.

Je passe à la poitrine.

— Dans celte partie constituante de Tenfant, la région la plus développée quelle est-elle ?

— La région cardio-circulatoire.

Et la plus étriquée ?

— La phono-respiratoire-

Et (dans Ja première de ces deux régions, la cardio circulatoire) qu'y a-t-il de plus re" marquable ?

— Le cœur droit qui fait pour ainsi dire tout, grâce au trou de botal ; tandis que le cœur gauche ne fait rien.

Et (dans la deuxième de ces régions susdites, la phono-circulatoire) que faut-il remarquer aussi?

— La double exiguïté de l'appareil ossomusculaire thoracique et de l'appareil animalophonique ! Double exiguïté qui entrave l'action hématosante du poumon, en gênant l'expansion de cet organe et le passage des gaz qu'il inspire et expire.

— Donc?...

— Le noir a une poitrine qui paraît, avec l'âge, s'élriquer de plus en plus relativement. Et, dans cette poitrine étriquée, un cœur qui devient, au contraire, de plus en plus gros non relativement mais de fait ; et, dans ce cœur de plus en plus gros, des cavités droites qui se développent et fonctionnent plus que les cavités gauches, bien que, finalement, le trou de botal se bouche comme chez le blanc.

Je passe à l'examen morphologique de la moitié sous-diaphragmatique du noir.

— De tous les appareils inférieurs de Tenfant, quel est le plus développé?

— L'appareil viscéro-abdominal, incontestablement.

— Et dans cet appareil viscéro-ab dominai?

— Le tube digestivo-inteslinal.

— Et dans ce tube digestivo-intestinal?

— La région supérieure : estomac, intestin grêle, foie, pancréas, vaisseaux chlyifères, ganglions et conduits lymphatiques, veines mœsentériques et rate, bref, tout ce qui sert, à la rigueur, à transformer nos aliments en liquide cruorifiable, sinon cruorique, et empêcher ce dernier, devenu veineux, de se coaguler en attendant Thématose pulmonaire : de se coaguler, dis-je, bien qu'il ne circule pas.

— Donc, chez le noir, tous les organes que je viens d'énumérer seront, comme chez son modèle, très-développés et surtout très-développables. Par conséquent, le contenant de ces organes sera prépondérant, à parois antérieures fort dilatables, et pourra, en formant besace au besoin, tomber beaucoup plus bas que le pubis. Donc chez le noir, comme chez l'enfant, cet organe (il s'agit toujours du ventre) ne sera pas enfermé latéralement dans une ceinture osseuse

Mais je vais un peu trop vite, en parlant de

la forme du contenant avant d'en avoir fini avec celle du contenu. Donc j'en reviens à l'appareil génito-urinaire.

Chez l'enfant qui vient de naître, ce double appareil est excessivement peu développé, surtout dans sa région génitale : celle des deux qui évidemment comporte le plus la vie de relation et même, en certains moments, la commande si impérieusement qu'elle affole l'individu.

Donc, chez le noir, l'appareil génito-urinaire ne se développera que fort peu ; et, par suite, la région lombo-reinale qui sert tout à la fois de siège aux reins et de point d'attache aux glandes génitales sera peu développée; d'où échine étriquée.

Mais, parce que chez le petit garçon qui vient de naître et surtout chez la petite fille, les organes copulateurs (verge et petites lèvres) sont énormément plus développés que ceux qui sont vraiment générateurs (testicules et ovaires"); chez le noir comme chez la noire (qui copient les enfants, en exagérant, à mesure qu'ils se développent, leurs disproportions puériles) ces deux organes s'exagéreront de plus en plus et le feront tellement (surtout chez celui des deux sexes qui reste le plus en-

fant toute sa vie) qu'ils finiront par constituer une hideuse difformité.

— De sorte, me direz-vous, qu'à Tinverse de ce qui arrive pour tous ses autres organes; c'est, l'appareil du rapprochement sexuel qui, chez le noir, domine l'appareil glandulo-proHfique ; autrement dit, l'appareil copulativo- sensoriel qui domine celui dont la sécrétion n'est socialement utile qu'à l'espèce et tend à végétativement appauvrir l'individu?

— Précisément; et la seule conséquence qu'on doive tirer de ce fait, qui n'est anormal qu'en apparence, est que l'antagonisme qui existe entre les deux j)oints de vue (mentaloanimal et animalo-végétatif)qui se disputent en tous nos organes n'est, comme je l'ai répété si souvent, que tout à fait secondaire et que tout, chez le noir, est emménagé pour favoriser la nutrition et modérer les dépenses matérielles.

Au reste, comme je traiterai fort en détail l'architecture et la contexture des hanches, des fesses, et cœtera, et cœtera, du noir et de la noire, à propos de notre sens vénérique, lorsque j'envisagerai la peau comme appareil mental, je passe outre momentanément. Autrement dit,^ j'en arrive à la forme du membre inférieur.

Chez l'enfant, le membre inférieur est certainement plus lent à se perfectionner assez pour remplir son office que ne Test le membre supérieur, et, dans ce membre inférieur, certainement encore, les muscles sont beaucoup plus tardifs à prendre leur maximum de vigueur et leur forme définitive que les os*

Donc, chez le noir (qui ne fait qu'exagérer, en grandissant, les formes de l'enfant) le défaut d'équilibre morphologique s'accentuera de plus en plus entre les os et leurs moteurs contractiles ; autrement dit, à mesure que ceux-là exagéreront leurs reliefs pour compenser par leur longueur la faiblesse de leurs moteurs, ceux-ci, au contraire, réduiront relativement leur volume et, par suite, feront paraître la cuisse et la jambe d'autant plus maigres et décharnées que le noir qui nous occupe s'approchera plus de la virilité.

Quant au pied, n'ayant qu'un office : celui de servir de support à un être de plus en plus mal équilibré et de lui offrir une base d'autant plus large qu'il est moins bien fait, il devra paraître évidemment d'autant plus plat et plus large qu'il servira de base à une colonne plus grêle.

La conclusion à tirer de tout ce qui précède, la voici :

4u point de vue esthétique du blanc (qui prend pour prototype de la beauté humaine la statuaire grecque et la peinture italienne), le noir n'est jamais plus beau qu'au moment où il vient de naître; quant à ce qui est de son portrait, au moment où il atteint le nec pins ultra de sa puissance végétative, aux pays les plus torrides qui soient (n'oubliez pas cette restriction), le voici :

Tête petite; front fuyant; face énorme, surtout en bas; col grêle; poitrine étriquée; épaules étroites; bras longs et maigres; mains énormes et on battoirs ; échine maigre et sans courbure ; ventre énorme, quand il est plein, (vous (liriez alors celui d'un rachitique) flasque et tombant, quand il est vide ; bassin étroit, comme latéralement écrasé; organes copulateuts (verge et nymphes) hideusement développés, surtout chez la femme ; jambes abominablement mal faites, beaucoup trop longues et beaucoup trop grêles, principalement chez l'homme ; enfin pieds larges, grands et affreusement faits, chez ce dernier principalement; bref, en tout et partout, exagération des formes d'un nouveau-né, arrivant en ce monde aussi exténué que possible.

Soit» me direz- vous, du moment que vous posez en principe (chose que, du reste, on ne saurait nier), du moment, dis- je, que vous posez en principe que le milieu cosmique du noir blesse constamment ses organes sensoriels, n'offre (en fait d'aliments) à son imagination que des images et des événements d'une monotonie excessive, et lui donne (pour unique mission biologique) de consacrer toutes les forces de son organisme au développement de son pouvoir végétatif; vous devez, évidemment, aboutir, de parla théorie, aux formes que vous dites.

ïlais qu'en pense la pratique ou, si mieux vous aimez, qu'en disent Messieurs les voyageurs et habitants des pays torrides?

— Ils partagent mon opinion. Car, è propos du noir, tous les individus qui ont vécu sous les tropiques (aussi bien en pays civilisés qu'en pays sauvages) disent : premièrement, que le petit négrillon naît tout aussi gentil que le petit blanc ; secondement, qu'il est, en venant au monde, à peu près aussi peu coloré que nos enfants d'Europe; troisièmement, qu'il meta devenir décidément noir 3, 4, 5, 6, 8 jours; quatrièmement j que sa couleur va fonçant jusqu'à ce qu'il soit en pleine virilité, époque à laquelle il atteint son maximun de nigritisme,

pourvu (cela va de soi) qu'il ne soit pas malade, car en état morbide il est toujours plus pftle; cinquièmement, qu'il ne devient laid qu'en prenant de l'âge ; $ixiémetnent, que la négrillone est dans le même cas ; septièmement, qu'elle reste, en devenant nubile, plus ou moins jolie tant qu'elle est susceptible d'avoir des enfants; huitièmement, que, malheureusement, en perdant ses règles, elle enlaidit si vite et . tant, qu'elle ne rattrape que trop (hélas I) le temps perdu, si temps perdu on peut appeler les quiilques années pendant lesqnelles elle était présentable; neuvièmement, qu'èiêi^e égal l'enfant noir est infiniment plus précoce que l'enfant blanc à se débrouiller au milieu du monde matériel : dixièmement, que c'est quand il faut en arriver à comprendre les diUicultés sociales et surtout les phénomènes purement intellectuels que son infériorité mentale commence à se trahir; onzièmement, enfin, que si le noir est, une fois adulte, le dernier de nos trois grandes variétés humaines, pour ce qui est de l'esprit et même du caractère ; pour ce qui est du cœur et de l'instinct, c'est-à-dire, de bien sentir (sinon bien saisir) tous les penchants et toutes les coutumes des êtres vivants qui se meuvent et gouvernent sans beaucoup réfléchir, ce susdit noir n'a pas son pareil.

Conclusion tocialo-htstorique — Pour bien sympathiser et, partant, bien vivre avec les bêtes et les plantes, ce genre d'hommes n'a pas son pareil. Donc, le noir est excellent jardinier et excellent palfrenier. Si excellent jardinier et si excellient palfrenier I que c'est très-probablement à lui que notre vieux monde (Afrique, Asie, Europe) doit la domestication de presque tous les végétaux et presque tous les animaux que nous cultivons encore* Mais, évidemment, je m'écarte de mon sujet, en insistant, comme je le fais, sur les services matériels que nous a rendus notre variante végétative en temps pré-historique. En conséquence, je ne saurais faire mieux qiie d'en rester là quant à présent.

Page 1