CHAPITRE PREMIER
La Côte Ouest australienne et la baie des Chiens- Marins.
La côte occidentale de la Nouvelle-Hollande, généralement sablonneuse et basse, est un peu moins aride et un peu plus fréquentée que son voisin : le désert torride.
Moins aride I parce que les grandes brises de sud-ouest portent, en vertu de leur vitvse acquise, leur excessive humidité, jusqu'aux herbes et buissons qui s'efforcent de gagner le littoral. Et plus fréquentée I parce que le courant péri-océanique indien méridional y engage, dans les hauts fonds, ou jette, sur le rivage, tout ce qu'il a pu ramasser de détritus en son immense parcours.
Toutefois, il ne faut se faire aucune illusion à rég?.rd de ces parages si nouveaux pour nous* Car voici ce que dit, à propos de la baie
des Chiens-Marins Qsl plus vaste et la moins stérile qui soit sur cette côte si grande) le commandant anglais C. B. TIe, en son routier d'Océanie:
« Les îles et le continent (formant la^ côte » ouest de la baie des Chiens-Marins ainsi que » la presqu'île Pérou) ont un aspect brûlé et » désolé, sans aucune trace d'eau douce.
» Le peu de végétation qu'on y vit était d'une » nature étiolée et rabougrie. Cependant M. de » Freycinet avait pu s'y procurer du bois à » brûler.
» Les premières traces d'habitants, dont » parle le capitaine Denham, furent quelques » huttes sur la côte Ouest de la presqu'île > Pérou, On y vit aussi des traces de Kangou- » lous et d'Emieux. »
Des traces, remarquez bien, des traces, rien que des traces I Je reprends ma citation.
« La côte Est est basse, entrecoupée par des >► criques et bordée de mangliers, à travers les- >*quels, dans quelques endroits, la marée re- » monte jusqu'à une distance considérable » dans^rintérîeur. »
Un autre auteur, dont je ne puis retrouver le nom» dit, en parlant de cette même baie:
» Située presque sous les tropiques, elle a » U4 milles de long sur 30 à 40 de large.
» Sur la côte orientale seulement, on a » trouvé une rivière dont le principal chenal» » embarrassé d'ilots> bien qu'il n*eùt que trois » quarts de mille, n'était, à Tépoque de ses » plus hautes eaux, navigable, pour un canot » ordinaire, que durant un mille au plus.
» Quelques Papous vivaient sur ses rives. »
De cette double citation, nous n'aurions certainement pas tort de conclure que, dans l'immense majorité de son pourtour, la baie des
Chiens- Marins est absolument inhabitable
d'une façon permanente. Inhabitable 1 à l'Est, où précisément il existe un petit cours d'eau ; parce que le pays est tellement plat et tellement couvert de mangliers que, fatalement, il est fiévreux : et inhabitable aussi à l'Ouest, parce que le sable et le grès rouge qui forment le sol et le sous-sol de la plage, la rendent absolument stérile. Mais!
Mais, parce que nous n'aurions pas tort de conclure que, dans l'immense majorité de son pourtour, cette baie est absolument inhabitable
d'une façon permanente, même pour quelques individus seulement ; s'ensuit-il que nous ferions bien d'affirmer qu'elle ne peut jamais, vu son peu de ressources, être fréquentée par beaucoup de monde à la fois ?
Non I Car je le répète, la mer lui envoie des épaves parmi lesquelles il y en a, de temps à autre, d'une nature et d'un volume tels qu'ils peuvent (précisément) déterminer l'arrivée de ce beaucoup de monde à la fois.
Laissez-moi vous en fournir un exemple qui me conduira, tout naturellement, à vous parler des faits, gestes, mœurs et coutumes des Papous australiens occidentaux.
C'est de feu mon bon ami Henry Serre (chirurgien du baleinier la Fanny^ pendant les années 1835, 36, 37,etcœtera) qwje tiens la portion de récit qui va suivre.