‹ Quatre années en OcéanieChapitre 7 sur 35 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les Papouft australieos occidenlaux.— Groupes masculins éphémères ou meutes accideutelles et oiTensives de chasseurs. — Groupes féminlas permanents ou sociétés puéromaternelles défensives.

« Donc, pendant que nous étions au

» mouillage (dans la baie des Chiens-Marins, » bien entendu), et que, pour en faire de > rhuile, nous faisions fondre le gras de noire » baleine ; le restant de son cadavre tout dé- » chiqueté s'en allait à la côte.

» Comme bien vous pensez ; l'odeur péné- » trante de cette masse énorme de viande qui » se mit immédiatement à pourrir, la fumée » noire*et sutTocanle que nous faisions et les » crépitations bruyantes de nos fourneaux re- » doublant d'ardeur à chaqiïe fois que nous

» les rechargions de grattions bref, tous

» les résidus, accessoires et apprêts de notre » cuisine infernale dirent, au plus vite, aux » affamés d'alentour: il y a bonne aubaine au » rivage. Et les affamés d'alentour accouru- » rent, au plus vite aussi.

» Les affamés de terre, cela va sans dire ; y^ car ceux du large, oiseaux ou poissons, s'é- » taient ficharnés sur le monstre marin, juste » en même temps que nous ; et ne Pavaient » pas quitté.

» Tout naturellement, les nouveaux arrivés » (coureurs et voiliers) se mirent à distribuer » et recevoir (tout en criant et hurlant) force » coups de dents et force coups de pattes, » force coups de bec et force coups d'elles. Et » non moins naturellement, leurs cris et hurle- » ments s'ajoutèrent aux hurlements et cris » qu'avaient, jusqu'alors, exclusivement pous- » ses les bétes marines (volantes ou nageantes) » en se disputant, bousculant et battant.

» Donc ce désordonné vacarme de Voraces » mangeurs de baleine s'en fut crescendo tout

> le jour.

» Sur le soir, à mesure que les phosphoros- » cences de la mer et celles des chairs du » monstre en décomposition remplacèrent l'é- » blouissante clarté du soleil ; les fauves amies

> des ténèbres succédèrent aux carnassiers » diurnes. Au lieu de glapissements aigus; » nous n'entendîmes plus que des cris lugu- » bres. Hais, pour être devenue plus sombre et

» plus sinistre, cette d^oùtante orgib de gouhis » de terre et de mer n'en demeura pas moins » acUye. •

» C'est donc le lendemain , seulement, de » notre arrivée dans la baie, que, d'exclusive-^ » ment bestiale qu'elle était, cette curée prit un » nouvel aspect ainsi qu'un nouveau timbre -, » en se faisant complètement papoues

» Des vociférations étranges et des paroles » gutturales (doublant, triplant, quadruplant, » s'il est possible), et finalement remplaçant la » sauvage cacophonie animale dont il vient » d'élre question) nous apprirent, bien avant » l'aube, que Messieurs les Australiens occi- » dentaux étaient arrivés. Par conséquent nous y> nous attendions à les voir.

» Eh bien ! quand nous aperçûmes (tranchant » en noir, sur l'horizon blariôhi par les pre- » mières lueurs du jour) leurs jambes longues » et minces, leurs bras plus longs et plus min-

> ces encore, et (plus longs et plus minces que » leurs bras et leurs jambes) leurs étranges

> boumarings, leurs singuliers woummaras et,

> finalement, leurs énormes lances; il nous » sembla, pendant quelques instants, que nous

» assistions A une macabre de squelettes car- » bonisés; tant (en allant, venant, courant, ges- » ticulant et criant à tue-téte) ils brandissaient

# bizarrement leurs armes ; et débitaient avec % foreur tout ce qu'ils savaient et pouvaient in-

# venter de clameurs et contorsions fantasti- » qoeS'

» C'est qu'il s'agissait pour eux, véritables » meurt-de-faim, de mettre en fuite non pas » les craintifs maraudeurs nocturnes qui s'es- » quivaient d'eux-mêmes, repus qu'ils étaient » à plein ventre, mais bien les plus audacieux » voiliers et les plus cruels nageurs du large : » les albatros et les requins qui revenaient, » dans l'air, par tourbillons vertigineux, et, » sous l'eau, par bancs énormes, réclamer leur » proie de la veille.

> A force de s'exténuer de gestes et de cris ; > ces malheureux Papous finirent-ils par s'en- » tendre assez, pour combiner un plan d'alta- » que et se nommer des chefs ?

» Probablement! car, à un moment donné, » ils s'abattirent, tous ensemble, sur le mons- » trueux cadavre, en repoussant les fauves » tant bien que mal ; et se mirent, pour la plu- » part, à pâturer en leur lieu et place, pendant

» qu'ua petit nombre d'entre eux s'exténuait à » tenir en respect Tincessanle foule des récla- » manls.

1^ Rien de plus hideux à voir que ces Auslra- » liens affamés grouillant (pour la déchiqueter) » sur cette masse énorme de viande ; que ces » noirs (tout ruisselants de sueur, d'eau, » d'huile et de sang) travaillant (des mains, » des pieds, des dents et des ongles) à décou-- » per les muscles gigantesques de ce monstre » marin; en lanières aussi longues que min- ^ ces, afin de les humer et avaler tout ensem- » ble ; de les boire à longs traits, si je peux » ainsi parler.

» Pendant que Messieurs les Papous s'émît piffraient de la sorte, ou, ce qui est tout aussi » vrai, s'approvisionnaient aussi sagement que » salement».... aussi sagement que salement ^ » voulant dire que ces Australiens de la cote

> ouest n'ont d'autre garde-manger que leur » ventre, d'autre liquide antiputride que leur » suc gastrique ou leur bile, et partant, d'au-

> tre procédé culinaire et conservateur que la » transformation, presque immédiate, de tout » ce qu'ils avalent en graisse humaine; tant » est prodigieusement puissante leur capacité

» digeslive durant, dis-je, que Messieurs

» les Papous occidentaux s'empiffraient de la » sorte ; que faisaient leurs femmes et leurs > enfants?

» Ils se tenaient, pour la plupart, accroupis » et cachés, tant bien que mal, derrière les » maigres touffes d'herbes et les buissons » quasi-transparents du rivage.

» Je dis pour la plupart ; vu que, parmi les » femmes, celles qui paraissaient les plusalèr- » tes, ou mieux, les moins épuisées, allaient » et venaient d'un groupe à l'autre, comme » avaient fait certains hommes ; tandis que les » plus réservées, c'est-à-dire, les plus amai-

» gries celles qui avaient les plus gros

» ventres ou les plus longues mamelles ; celles » qu'un enfant exténuait, soit qu'il les suçât » aux entrailles, soit qu'il Irar pesât au dos, » tout en tétant, celles, en un mot, qui mo- » mentanément étaient mères d'une façon quel- » conque. — tandis que les plus amaigries, » dis-je, paraissaient complélement absorbées » dans lattente et totalement insensibles aux » gestes, discours et démarches des plus » agiles.

— » Est-ce à dire qu'elles n'écoutaient pas » ces dernières?

~ » Oh; que si I Et certes, il y parut quand » vint leur tour de curée; quand, gavés jus- » qu'aux lèvres et jusqu'aux narines,* les Pa- » pous hommes durent enfin s'en aller digérer » et dormir comme les serpents : le ventre » en plein soleil •

» Il y parut!

» Car ces malheureuses sauvages évoluèrent

> alors beaucoup mieux que n'avaient fait les

> hommes ; pour écarter et maintenir en res- » pect et les poissons et les oiseaux et les quadru- » pèdes qui voulaient reprendre leurs places.

> Du reste, sauf des sentinelles plus nom- » breuses, des gestes plus extravagants et des » cris plus aigus ; ce furent, de la part de ces » malheureuses Papoues, manœuvres identi- » ques à celles des hommes.

» Rien déplus naturel que cette exagéra- » tion (sinon supériorité) de tactique I Plus » faibles et plus craintives, mais aussi plus » disciplinables et plus épuisées ; ne devaient- ^ elles pas se montrer, tout à la fois, plus ta- » pageuses et plus remuantes, en même temps

> que plus voraces et plus habiles à se dé- )> fendre.

» La satiété fiait par éloigner leur tablée, > €omme elle avait fait de celle dé leurs prédé- » censeurs. Les animauXi encore plus bruyants » qu'elles, entrèrent alors en ripaille ; et le va- » carme continuant, pour le moins aussi fort, » la journée se termina, comme celle de la » veille : par eux seuls.

» Le lendemain, ce fut même chose; et, le » surlendemain, aussi; ainsi de suite, pendant » plusieurs jours.

» Le bonheur pousse à la confiance ; et la » confiance à la familiarilé.

» Donc il advint, grâce à notre baleine, » que les Papous occidentaux et les Papoues » occidentales finirent par se rapprocher les » uns des autres, d'abord, et de nous, ensuite. » Si bien qu'au bout de quelques jours, » moyennant un peu de biscuit, nous pûmes » obtenir d'eux et d'elles, non pas des services, » non pas des amusements (danses ou chants)

• mais des cris, des gestes, et des actes

» étranges.

» Actes étranges I qui ûous apprirent que, » pour fort peu de choie à mancer, aucun Pa- » pou adulte n'hésitait à cyniquement violenter » n'importe quelle Papoue en vacuité. »

Raconter (ainsi que fît mon ami Serre, en cet endroit de son récit) comment la Fanny, surprise par un abominable raz-de-marée, chassa sur ses ancres, talonna, s'entr'ouvrit, sauva momentanément tout son équipage> en perdit ensuite la moitié, et cœtera , et cœtera . • . . , serait évidemment sortir de mon sujet.

Donc je passe à Tinterprélation de tous les faits que je viens de citer. Faits qui, je le répèle, m'ont été racontés par un témoin oculaire,

1° — Ce fut donc le lendemain^ sevlementy que, d'animale qu'elle était, cette grande curée baleinière se fit papoue l Que veut dite cette phrase?

— Que de tous les animaux rôdant aux environs (si abominablement stériles encore) de la baie des Chiens-Marins, l'homme Australien, le Papou est le plus mauvais chasseur.

— Eh bien ! pourquoi?

— Parce que (vu l'exiguilé relative de ses fosses nasales, de ses poumons et de ses jambes, terminées par des pieds aussi défectueusement emmanches qu'énormes) il a moins de flair, moins d'haleine et moins de vitesse à la course qu'aucun de ses compatriotes aniinaux;

A vrai dire, ce pauvre diable à» noir ne devine et n'atteint la plupart de ses bonnes aubaines, pour peu qu'elles soient éloignées, qu'en prenant pour éclaireurs et guides les oiseaux, les insectes, les quadrupèdes ou même les reptiles; qu'en interrogeant des yeux le vol des premiers, pendant le jour, ou le fumet des seconds, durant la nuit.

Forcé de régler sa marche sur celle des bandes (successives et plus ou moins rapprochées) d'animaux sentant, voyant et parcourant l'espace beaucoup plus; vite que lui : comment les pourrait-il devancer!

2* — Des cris étranges ; des paroles guttu-^ raies; des mouvements bizarres ; des allées et venues fort nombreuses avant de s'entendre ; des armes offensives I Mais rien que les pieds et les mainsy les ongles et les dents pour déchirer leur proie. Puis^ chacun s'en allant très-volontiers sans se soucier de ceux qui faisaient sentinelle ^ une fois repu, dormir ^ comme les serpents^ en plein soleil; pour transformer immédiatement^ en graisse^ la viande^ l'huile et le sang dont il vient de se gaver; qu'est-ce que tout, cela signifie ?

— Tout cela signifie qu^ les malheureux Papous de la cdte ouest australienne ont encore

un langage tout eiclamatoire et beaucoup plus mimé qu'oral; que rinstinct nutritif et l'instinct destructeur, éveillés chez eux d'une façon permanente, sont encore les seuls mobiles qui les font agir ; que, comme nos loups, ils ne forment et maintiennent (à fort grand'peine) des meutes exclusivement agressives que juste au- . tant qu'il en faut pour assouvir leur faim; et qu'en fait d*art culinaire ils n'en savent pas plus long que ces animaux si parfaitement indomesticables.

Donc, on pourrait dire de ces indigènes, s'ils n'avaient inventé déjà des engins destructeurs, qu'ils en sont encore, en fait d'organisation sociale, juste au même poitit que les bêles les plus farouches de nos bois.

Ceci terminant ce que j'ai à dire sur le sexe fort; je passe au faible.

Par cette phrase : Pendant que les hommes s'empiffraient de la sorte , les enfants et les femmes se tenaient, pour la plupart, accrou-pis et cachés; durant qu' allaient et venaient^ d'un groupe à l'autre, les Papoues qu'un bambin n'exténuait pas momentanément, soit qu'il les suçât au ventre, soit qu'il leur pesât au dos je veux donner à entendre :

Premièrement, que les groupes puéro-raaternels existent avant qu'il soit nécessaire, à leurs membres constituants, de se liguer pour l'attaque ; et que. par conséquent, ce n est pas l'instinct destructeur (exalté au point d'être actif) qui détermine et maintient la formation de ces sociétés, mais bel et bien le besoin (pour les femmes grosses ou nourrices) de se préserver, elles et leurs enfants, de la brutalité, saturnine au besoiiiy de leurs compatriotes;

Secondement, que si (chez ces mômes femmes, nourrices ou grosses) l'esprit militaire ne fonctionne qu'à l'état passivo-détensif; en revanche, le génie constructeur, grâce à la surexcitation forcée de leur amour maternel, est éveillé au point qu'elles fabriquent des berceaux porlalifs (peaux d'animaux, tresses ou nattes) pour Tenfant qui les tète ou tétera pardessus l'épaule ;

Et, troisièmement enfin, que les femmes parfaitement libres d'elles-mêmes, les Papoues en vacuité (qui, si prestement, vont et viennent pour momentanément, réunir, en une seule et même bande offensive tous les groupes puéromaternels) n'appartiennent, en propre, à aucun d'eux ; et, partant, vivent, ainsi que les hommes, à l'état errant et solitaire.

A l'état errant et solitaire I jusqu'à ce que la

gestation, d'abord, et l'allait^nent, ensaite, les poussent et maintiennent, pendant plusieurs années, dans une de ces réunions enfanto-

féminines, dans une de ces agglomérations

de deux tiers de familles temporairement consolidées, dans une de ces sociétés d'amazones liguées (surtout I) contre ceux qui les devraient protéger.

Je viens de le dire : les Papoues occidentales ont^se défendre, parfois, du cannibalisme, voir même du saturnisme de leurs compatrioteshommes.

— Eh bien! pourquoi, les sachant capables de pareils actes, ne les fuient-elles pas tout à fait?

— Parce qu'elles savent fort bien qu'avec leurs armes ils font la guerre aux fauves ; et qu'aux régions qu'ils fréquentent il y a, par cela même, sécurité plus grande pour eMes et leurs enfants.

Ou, si vous aime^ mieux, parce que, forcées (le éboisir entre la férocité animale et la sauvagerie humaine, elles préfèrent cette dernière; par celle raison, très-naturelle, qu'il est, mille et mille fois, plus facile de comprendre, deviner ou pressentir les besoins et les ruses d'un être, presque en tous points, fait comme soi, que de pressentir, deviner ou comprendre les ruses pt

les besoins d'une fauve à organisation toute différente.

La conclusion très-simple à tirer de cette dernière explication, si simple elle-même, est que (sans le vouloir aucunement et sans aucunement s'en douter) les Papous hommes de la côte occidentale australienne protègent les femmes et les enfants beaucoup plus qu'ils ne les maltraitent; tandis que c'est très-sciemment et très-volontairement que les Papoues femmes du môme parage recherchent le voisinage des hommes, sans toutefois pousser la chose jusqu'à vivre à côté d'eux.

Je reprends la suite de mes interprétations.

Les plus amaigries paraissaient

complètement absorbées dans l'attente (de la curée, bieij entendu) aï totalement insensibles aux gestes, discours et démarches des plus agiles. Cependant elles les écoutaient bien, très-bien même; car elles évoluèrent, à leur tour, beaucoup mieux que n'avaient fait les hommes.

— Eh bien ! pourquoi de la part de ces Australiennes occidentales, d'un côté, cette supériorité de manœuvres, ei, de l'autre, cette sorte d'inattention?

— Parce que, pour comprendre ces messagères qui avaient (en tant qu'enfants, jeunes filles ou mères déjà), vécu parmi elles plus longtemps qu'ailleurs ; il n'était pas même be* soin de demi-mots.

Donc, entr(î les différents groupes enfantomaternels (qu'elles connurent et connaîtront peut-élre encore) les femmes Papoues, puerpéralement libres, forment un véritable rudiment de lien social.

Par conséquent, alors même qu'elles n'auraient pas encore inventé le lauge, qui leur sert à porter l'enfant; on pourrait encore dire, de ces indigènes, qu'elles en savent non-seulement plus long que les femelles des loups, animaux quasi-insociables, dout les meutes ne sont jamais qu'agressives et accidentelles; non-seulement encore plus long que les femelles des cerfs, bétes apprivoisables déjà, dont les troupes de biches et de faons, saisonnièrement formées, sont exclusivement défensives ; mais encore plus long que les femelles des sangliers, dont les petits marcassins sont parfaitement domesticables.

Ceci posé, si nous prenons en considération ces faits: que l'éducation de l'enfant papou

dure (pour le petit garçon) jusqu'à sa deuxième dentition, c'est-à-dire, quatre, cinq, six ans au plus; et (pour la petite fille) jusqu'à sa première époque, c'est-à-dire aussi, huit, neuf, dix, onze années au très-rare maximum ; nous en arriverons à cette troisième et dernière conclusion : que les groupe»» d'amazones, qu'on rencontre en Australie occidentale, sont parfaitement permanents, grâce au roulement continuel des femmes que leur office maternel y amène ou en fait sortir successivement ; bien que la gestation (avec ses suites), soit pour chacune d'elles une fonction temporaire et se renouvelant une fois tout au plus, puisque c'est tout au plus si la race papoue persiste.

Eh bien I parce qu'il en est ainsi; nous dirons :

Premièrement ; que, dans les environs de la baie des Chiens-Marins, certaines populations

papoues vivent de par leur sauvagerie,

encore beaucoup trop primitive ; de par la durée de l'éducation, si longue partout de l'enfant humain ; de par le sol, un peu moins aride sur cette côte qu'au désert australien central, grâce au voisinage de la mer; et, surtout, de par les gastronomiques aubainesque les flots de celle-ci peuvent jeter au rivage...., nous dirons:

Premièrement ; que, dans les environs de la baie des Chiens-Marins, certaines populations vivant sous le protectorat, aussi méconnu d'elles que positivement réel, d'un immense canevas, filet, cadre ou réseau social (peu importe le mot 1) qu'elles transportent partout où elles s'en vont errer.

Ety secondement; nous dirons encore que cet immense réseau, cadre, filet ou canevas social -(instinctivement tressé par r amour maternel) est ainsi fait, qu'au beau milieu de ses mailles immenses, les hommes vaguent absolument solitaires, dans la parfaite plénitude de leur égoïsme exclusif; tandis qu'en ses asiles protecteurs, en ses nœuds véritablement sociaux, les mères et les enfants vivent par groupes de familles, aux deux tiers ébauchées déjà ; le tout, pendant que (sur les fils quasi-invisibles, les sentiers battus à peine, qui lient entre eux tous ces refuges puéro-malernels) vaguent, en embardant plus ou moins d'un bord ou de l'autre, les femmes que leur état de vacuité définitive ou temporaire rend (de formes, de caractèreet de besoin) plus ou moins semblables aux hommes.

Je dis : plm ou moim semblables aux hommes; parce que (suivant la saison, ou bien.

l'état d'épuisement ou de pléthore qu'elles traversent) elles s'éloignent forcément ou se rapprochent des localités qu'ils parcourent.

£t je dis, en parlant des endroits que fréquentent les petits enfants avec leur mère, I nomds sociaux et asiles véritablement pro- ^ tecteurs ; parce que l'activité continuellement errante des Papous solitaires, hommes ou femmes, qui vaguent autour des groupes puéromaternels, en écarte certainement beaucoup de fauves.

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