HOOKER, GÉNÉRAL EN CHEF
Cuactère du gênerai Hooker. — Améliorations dans l'armés. — Comioent be disaient tes promotions. — Intrigaes et concurrences. — Les privilégiés de la potitiqae.. — Brigadiers généraux à pied. — Création de aigoea spédau pour les différents corps d'année. — Misère des campagnards en Virginia. — tTn pasteur sans ouailles. — Mariage sous la tente. — Fêtes an camp. — Préparatifs de départ. — Marclie combinée sur ChaneellorsTiUe. — Brillant début d'une brillante conception.
L'élection du général Hooker au commandement en chef, fut accueillie avec faveur dans les rangs de l'armée, où il jouissait déjà d'une popularité assez étendue. Ses brillants services comme général de division, le rôle qu'il avait joué à Antietam comme chef de corps, la blessure qu'il y avait reçue, enfin, ses efforts pour empêcher une tuerie inutile à l'attaque des hauteurs de Fredericksburg; c'était là autant de recommandations à la faveur et à la confiance du soldat. Sur les troupes de ses anciens commandements, il exerçait une action directe par ses manières ouvertes, par ses allures militaires, et par son intrépidité au feu, qui l'avait fait surnommer « Joseph le batailleur » ifighting Joë).
Envers les officiers, ses façons étaient généralement avenantes, familières même jusqu'au verre de whiskey pour ceux qui lui plaisaient. Dans la haute position où il se trouvait placé , elles n'eussent rien perdu à s'empreindre d'un peu plus de réserve.
Il avait la parole facile , et il s'en servait volontiers pour
critiquer avec plus d'âpreté que de discrétion , même devant ses inférieurs, la conduite ou les actes de ses supérieurs. Par contre, lorsqu'il s'agissait de lui-même, il s'abandonnait aisément à des hâbleries de langage qui empêchaient qu'on pût accepter toujours ses récits comme parole d'Évangile , ou compter la modestie au nombre de ses vertus.
Bienveillant pour ses subordonnés, sa bienveillance aurait eu plus de prix s'il ne l'avait pas étendue trop indistinctement aux uns et aux autres. Prodigue de promesses,' ses promesses auraient inspiré plus de confiance si, à force d'enfaire,ilnesefût souvent enlevé le pouvoir de les tenir.
Le concours sympathique des généraux ne lui était pas acquis au même degré que celui des troupes. Il en avait froissé quelques-uns en les critiquant ouvertement ; il s'en était aliéné quelques autres en se faisant valoir à leurs dépens. Les amis de Mac Clellan ne l'aimaient pas. Ils avaient contre lui le double grief de ses appréciations militaires et de ses opinions politiques, non moins opposées les unes que les autres à celles de l'ancienne idole qu'il avait fort contribué à renverser.
Le premier effet de son élévation fut d'enlever à l'armée le général Sumner, à cause de son rang d'ancienneté , et le général Franklin, qui avait à se justifier de la responsabilité qu'on lui attribuait dans la défaite de Fredericksbui^. Hooker en profita tout d'abord, pour supprimer les grandes divisions. Il s'appliqua ensuite avec promptitude et énergie à relever le moral de l'armée et à perfectionner son organisation dans les diffêrentes branches du service, par une série de mesures bien inspirées dont l'efficacité prouva la supériorité de son jugement en ces matières. Il y gagna l'honneur incontestable d'être le premier qui ait élevé l'armée du Potomac .au niveau des armées permanentes de l'ancien monde et au dessus des autres armées du continent américain, d'une part par le perfectionnement de la discipline et de l'instruction , de l'autre par la réforme des abus et l'amélioration des règlements.
DictizedbyGoO^IC
" A l'époque OÙ le commandement me fut confié, — dit-il en rendant compte de ces améliorations, — la condition de J'armée était déplorable. Les désertions s'y élevaient à une moyenne de deux cents par jour. Les trains de messageries étaient pleins de colis renfermant des vêtements civils destinés aux déserteurs, tant les parents, femmes, frères et sœurs étaient empressés à favoriser la fuite de leurs proches... Je puis établir que lorsque je pris le commandement , le nombre des absents de l'armée s'élevait à 2,^2 officiers, et 81,964 sous-ofiSciers et soldats. Ils étaient dispersés par tout le pays, et la plupart étaient absents sans cause connue...
« Mon premier objet fut de prévenir la désertion. Lorsque j'y eus réussi, toute mon attention se concentra sur les moyens de faire revenir les absents, et d'assurer aux hommes restés présents autant de bieu-étre et de contentement que les circonstances le permettaient. Je réglementai les permissions et les congés temporaires dans certaines limites, et de façon que tous pussent s'absenter pendant quelques jours dans le cours de l'hiver. Les officiers déloyaux furent renvoyés du service, aussitôt que la preuve de leur déloyauté fut portée à ma connaissance
« Des changements importants furent introduits dans les diffërentes branches des états-majors et spécialement dans celle des inspections qui fut complètement organisée et confiée aux officiers les plus compétents que je pus trouver. Convaincu que l'oisiveté était le grand mal dans toutes les armées, je fis tous mes eflî'orts pour tenir les troupes occupées, particulièrement aux exercices et aux manœuvres, aussi souvent que le temps le permettait.
« La cavalerie fut consolidée en un corps séparé, et mise dans la condition la plus parfaite qu'on etlt connue dans notre service. Toutes les fois que l'état des routes et de la rivière se prétait à un mouvement, des expéditions furent mises sur pied pour attaquer les piquets et les avaat-postes de l'ennemi, et ramasser des approvisionne-
es QUATRE ANS DE CAMPAGNES
ments dans le pays qu'il occupait. Mon objet était d'encourager, de stimuler dans le cœur de nos hommes, par des succès si peu importants qu'ils fussent, un sentiment de supériorité sur leurs adversaires. En cela, nous réussîmes d'une façon remarquable
« Pendant cette période de préparatifs, l'armée fit des progrès rapides, et au commencement d'avril elle justifiait les plus hautes espérances. Tout le monde y était rempli de confiance et de dévoûment à la cause, et je sentis que c'était une armée vivante, une armée vraiment digne delà république. »
Le tableau n'a rien de trop coloré ; il donne une idée exacte de la transformation qui s'opéra pendant les mois de février et mars. Ajoutons qu'en ce qui concernait les désertions, le préaident vînt de son mieux en aide au général Hooker, en lançant, le 10 mars, une proclamation qui faisait grâce de toute punition (sauf la perte de leur paie), aux soldats alors absents sans permission, pourvu qu'avant le I" avril, ils eussent rejoint leurs régiments ou se fussent présentés aux lieux de rendez-vous établis à cet eft'et dans les différents États. La mesure eut de bons résultats; mais pour mettre fia aux désertions, il n'est qu'un moyen , c'est de fusiller les déserteurs. Or, on ne pouvait en venir là qu'en soumettant d'abord les arrêts de mort au président qui, dans la bonté de son cœur, approuvait la procédure, mais modifiait toujours la sentence. Il fallut donc investir les commandants d'armée de l'autorité nécessaire pour rendre les jugements exécutoires. A partir de ce moment, les exécutions militaires eurent cours, et les désertions devinrent aussi rares qu'elles avaient été fréquentes auparavant.
Cette période de repos pour l'armée, en général, fut au contraire une période de vive agitation pour les colonels et les brigadiers généraux. C'était l'époque des promotions, et depuis le 1*'^ janvier, on attendait avec anxiété la publication de la liste soumise par le président à la confîr-
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matiofl du sénat. Lorsque enfin elle nous parvint, le 25, ce fut un cruel désappointement pour ceux qui méritaient d'y figurer par leurs services, et dont les nonss avaient été écartés pour faire place aux intrus de la politique.
Là reparaissait un des vices les plus flagrants du système appliqué aux affaires de l'armée. La liste des promotions n'était point émanée des recommandations militaires. Les services rendus, les capacités prouvées, les droits acquis n'y figuraient que dans une proportion limitée ; la plus grosse part y était adjugée ouvertement aux protections du dehors, et par dessus tout aux influences politiques.
L'armée du Potomac avait plus que toute autre à en souffrir; car l'armée du Potomac, c'était l'armée du président, l'armée du Sénat, l'armée de la Chambre des représentants , l'armée de la presse et de la tribune , un peu l'armée de tout le monde. Chacun se mêlait de sesatfaires, blâmait ceci, approuvait cela, exaltait celui-ci, abaissait celui-là, donnait son opinion sur tout ce qui la concernait, et travaillait pour les amis qui se trouvaient en faire partie.
Du reste, les officiers supérieurs, dont la promotion dépendait du président, étaient loin d'avoir les mains nettes de cet état de choses. Tout en s'en plaignant ouvertement, ils ne négligeaient rien pour en profiter. Toute permission était pour eux un moyen de se rendre à "Washington, afin d'ymettre enjeu, per fas et nefas, ce qu'ils pouvaientTallier . d'influences en faveur de leur avancement. Ces efl'orts contrariés dégénéraient trop souvent en intrigues dans lesquelles ia bassesse des moyens se mêlait parfois à l'ardeur des sollicitations. Il n'est pas sans exemple qu'une dénonciation calomnieuse ait été l'arme ramassée dans la boue, pour écarter un concurrent. A la fin, l'aflluence et l'importunité des solliciteurs devinrent telles que le département de la guerre dut limiter à vingt-quatre heures le séjour, dans la capitale, des ofiSciers en permission, à moins qu'ils n'y eussent leurs familles ou leur résidence»
Heureux ceux qui comptaient des amis ou des protecteurs parmi les membres influeiïts du Congrès, surtout sur les bancs du Sénat. S'ils avaient de bons états de service, justice leur était faite; s'ils n'en avaient pas, la faveur leur en tenait lieu. La grande atfaire était de mettre en œuvre une pression directe sur le président, et cette pression ne pouvait venir des autorités militaires. Ce n'était pas elles qui votaient le budget, qui faisaient les lois, qui dirigeaient le peuple et guidaient le gouvernement. Avec les meilleures intentions, M. Lincoln ne savait pas résister à certaines influences qu'il ménageait moins pour lui-même que pour le bien du pays.
Du reste, la corruption n'entrait pas dans cette intervention des membres du Congrès. En s'employant acti- Tement pour leurs amis ou pour les officiers qui leur étaient particulièrement recommandés, ils croyaient généralement faire acte de justice. Abusés par de fausses représentations, ils n'étaient pas loin de considérer leurs protégés comme des héros méconnus, — surtout lorsque ces protégés tenaient à des familles influentes, et comptaient de nombreux amis dans leurs districts électoraux.
Que devenaient alors les officiers vraiment méritants qui n'avaient que la recommandation de leurs supérieurs pour faire valoir leurs droits.? Ils étaient laissés de côté, mortifiés, découragés de bien faire, et rongeant leur frein jusqu'à ce que, mieux avisés, ils se fussent mis en mesure d'obtenir euxaussi, parlesinfluences politiques, la récompense qui n'aurait dû être accordée qu'à leurs mérites mililiaires.
Le général Hooker, qui avait entrepris et réalisait beaucoup d'améliorations, ne fut pas de force à porter la main sur ces abus. Ses recommandations les plus pressantes et les mieux fondées ne purent lutter contre des courants contraires, et dans ce pêle-mêle depromotions incongrues, on vit flotter jusqu'à des noms d'avocats politiqueurs absolument étrangers à la carrière militaire. Ces messieurs ambitionnaient le privilège de se promener par les
rues, l'épaule ornée d'une étoile. A ce prix, leur patriotisme à vendre consentait à se rallier à la politique du goiwernement et à la guerre d'émancipation.
Un ordre du département de la guerre, en date du 18 août 1862, disait bien que " dorénavant aucune nomination de major gtînéral ou de brigadier général ne serait accordée, excepté aux officiers de l'armée régulière, pour services méritoires et distingués pendant la guerre, ou aux officiers volontaires qui auraient fait preuve en campagne des talents militaires requis pour les fonctions d'officier général. » Mais les ordres du secrétaire de la guerre n'étaient point obligatoires pour le président, et les sénateurs montrèrent en cette circonstance qu'ils n'en prenaient guère souci.
Cependant, lorsque la masse des promotions soumises à sa confirmation lui arriva en bloc, le Sénat refusa collectivement de sanctioilner l'œuvre à laquelle chacun de ses membres avait pourtant coopéré individuellement. La liste fut renvoyée au président comme dépassant de beaucoup le nombre de quarante majors généraux et de deux cents brigadiers généraux fixé par la loi. Il fallait en élaguer tout ce qui dépassait ce chifire. Je laisse à penser si les efforts redoublèrent. Le président fut assiégé, poursuivi, persécuté de tous côtés. Tout le monde avait des droits supérieurs à être maintenu sur la liste choisie ; personne n'admettait la possibilité d'être mis, sans injustice, parmi les élagués. M. Lincoln y perdit son temps et sa peine, et, en désespoir de cause, s'adressa au Congrès pour le tirer d'embarras, en élevant par une nouvelle loi le chiffre des officiers généraux.
Le Congrès s'y prêta de bonne grâce, et autorisa la eréation supplémentaire de trente majors généraux et de soixante-quinze brigadiers généraux, « pourvu, était-il ajouté, que les officiers promus en vertu du présent acte soient choisis parmi ceux qui se sont distingués par une conduite valeureuse et méritoire dans l'exercice de leurs fonctions, n La condition était excellente en soi. Elle pa-
7S QUATae ANS DE CAHPAGNES
cifia la conscience du CongrèSs mais elle dut troubler profondément celle de « l'honnête Abe », car il ne put venir à bout de se conformer à la prescription.
Dans cet assaut désespéré aux étoiles, le général Halleck garda l'immobilité impassible d'un dieu terme. M. Stanton appuya les recommandations venues de l'armée, et le général Hooker se rendit plusieurs fois à Washington pour les faire prévaloir. Malheureusement, la liste agréée au département de la guerre avait à passer par la Maison Blanche, pour arriver au Sénat, passage dangereux, tout semé d'embûches et de traquenards. Ce fut là que deux fois mon nom disparut, ainsi que d'autres, pour faire place sans doute à celui de quelque privilégié de la politique, dont il n'avait jamais été fait mention à l'armée.
Pendant ce temps-là, nou% étions bloqués dans nos tentes, par la pluie, la boue et la neige. Lorsque le soleil venait à se montrer, nous montions à cheval d'un quartier à l'autre, pour apprendre et commenter les nouvelles, discuter nos espérances ou donner cours à nos mécontentements. Les changements se succédaient dans les divers commandements. Dans le troisième corps, Stoneman retournait à la cavalerie, Sickles lui succédait à titre provisoire, en attendant sa confirmation comme major général. Berry, également promu, passait à l'ancienne division Hooker. Birney gardait le commandement de l'ancienne division Kearny, comme brigadier général. Il était parmi les élagués, et s'irritait, . non sans raison, de voir un officier commandant une brigade sous ses ordres, passer avant lui au grade supérieur.
Le 4 mars arriva, date fixée pour l'ajournement du Congrès, et la fameuse liste n'était pas encore confirmée. Or, ce jour-là, les promotions faites par le président dans l'intervalle des deux sessions précédentes perdaient tout effet par ce manque de oonflrmation. Pour les majors généraux, les commandements pouvaient rester les mêmes
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en vertu de leurs commissions de brigadiers généraux, lesquelles émanaient du président. Mais pour les généraux de brigade, le cas était tout différent. Leurs commissions comme colonels de volontaires, émanées des gouverneurs d'État, avaient pris fin, par le fait de leur promotion. Ils ne comptaient plus dans les cadres de leurs anciens régiments où ils avaient été remplacés, et, n-'étant pas colonels, cessant d'être généraux, ils n'appartenaient plus à aucun titre au service des États-Unis. Ceux-là seuls qui étaient officiers dans l'armée régulière y reprenaient leurs grades.
Le président dut garder le Sénat assemblé en session extraordinaire, pour remédier à cet état de choses, et au bout de quelques jours, les généraux à pied furent remis en selle.
Toutes ces émotions ne ralentirent point l'activité féconde que le général Hookar avait imprimée aux progrès intérieurs de l'armée. Ces progrès s'étendaient jusqu'aux moindres détails du service. Rien n'échappait à sa sollicitude. Ainsi, pendant la campagne de la péninsule, Kearny avait imaginé de rendre tous les hommes de sa division reconnaissables à une petite pièce d'étoffe rouge fixée à leurs képis. Il avait, par ce moyen, développé en eux l'esprit de corps, encouragé leur amour-propre, et contrôlé les traînards ou les poltrons qui ne pouvaient s'écarter des rangs ou se mêler à d'autres troupes sans être à l'instant reconnus. Hooker s'empara de cette idée, et retendit à toutes les troupes de son commandement. Chaque corps eut son signe particulier. Le I"' corps, le disque ; le 2*, le trèfle ; le 3", le losange ; le 5*, la croix de Malte; le 6*, la croix grecque; le 9", l'écusson; le 11% le croissant; le 12^, l'étoile. Chacun de ces signes était rouge pour la I" division, blanc pour la 2°, et bleu pour la 3'. Chaque état-major reçut également un drapeau spécial portant le signe et la couleur distinctifs. Il était carré pour le corps, oblong pour la division, triangulaire pour la brigade. De cette façon, soit en marche, soit en action, les généraux étaient toujours faciles à trouver.
Les tribunaux militaires ne restaient pas oisifs. Dans le courant de février, je fis partie d'une commission instituée sous la présidence du général Howard , pour juger quelques habitants du pays, prévenus d'avoir favorisé la fuite de nos déserteurs, en leur vendant des habillements. L'un d'eux était en outre accusé de brigandage.
La création de la. commission se rattachait, comme on le voit, aux mesures prises par le général Hooker pour arrêter la désertion. Les prévenus furent condamnés à des peines assez sévères. Celui contre lequel s'élevait l'accusation de brigandage échappa à un arrêt de mort, seulement par l'insuffisance des preuves. Un autre, qui avait fait de son logis une sorte de rendez-vous clandestin pour y cacher et aider les déserteurs, fut condamné à six mois de travaux forcés et à la destruction de sa maison rasée au niveau du sol.
Si la commission se montra plus indulgente envers les autres, ce fut en considération de l'épouvantable misère dans laquelle la guerre avait plongé ces malheureux. Dépouillés par les rôdeurs des deux armées, ils vivaient, au jour le jour, de ce qu'ils pouvaient ramasser, çà et là. Que des déserteurs se présentassent, et leur offrissent quelque argent pour de vieilles hardes accrochées dans un coin, la tentation était irrésistible, car, avec cet argent, ils pouvaient se procurer la nourriture qui manquait sous leur toit. Et d'ailleurs, s'ils refusaient de vendre leurs vêtements de rechange, comment pouvaient-ils empêcher les déserteurs de s'en emparer de force? Ceux-ci fouillaient la maison de la cave au grenier, et s'appropriaient ce quileilr convenait. S'ils consentaient à donner quelques dollars en échange, comment se résoudre à les refuser? Comment repousser le pain qui, pour quelques jours du moins, assurait l'existence de la famille?
Ceux-là étaient bien moins à plaindre qui résidaient à l'intérieur de nos lignes. Au lieu de les dépouiller, le soldat les nourrissait souvent ; le peu qu'ils possédaient leur restait du moins assuré. Néanmoins, il n'était guère que
les pauvres gens qui fussent restés dans leurs chaumières. Les maisons de campagne d'une certaine importance étaient presque toutes abandonnées ; les baracons de nègres étaient déserts, et, en pareil cas, le tout était invariablement saccagé.
Nos piquets s'étendaient fort loin. Le service en était fait par brigades. Chaque corps d'armée en fournissait une et la relevait tous les trois jours. Sur la portion de la ligne servie par le 3* corps, se trouvaient, deux habitations occupées, l'une par un avocat de Fredericksburg, l'autre par un ministre protestant. Ce dernier était de Baltimore. Il vivait tranquillement et confortablement dans cette ville, lorsqu'il eut la malheureuse inspiration d'accepter, près de Falraouth, la charge de deux églises qui n'avaient pas de pasteur. Notez que c'était en 1862, lorsque se préparait l'expédition contre Richmond. Mais tel était l'aveuglement des hommes du Sud, qu'ils croyaient volontiers Fredericksburg à l'abri des ravages de la guerre, derrière l'armée rebelle qui occupait encore les lignes de Manassas. L'armée du Nord, disaient-ils, ne pourrait jamais pénétrer au delà.
Sur la foi de ces raisonnements, le révérend partit avec sa femme et sa fille, 'emmenant aussi ses esclaves. Ils trouvèrent à louer une maison de campagne agréable dans le voisinage des deux églises, et s'y installèrent sans inquiétude. Mais voilà que tout à coup l'armée confédérée, se repliant sur Richmond , laisse le pays ouvert aux incursions de toute espèce. Aussitôt les esclaves de décamper. Bientôt les armées passent et repassent à travers le pays, dévorant tout sur leur passage. Les ouailles se dispersent et disparaissent; des deux églises, l'une est brûlée, l'autre mise à sac, et là où il y avait deux paroisses sans pasteur, il ne reste plus qu'une paroisse sans paroissiens. Il va sans dire qu'il n'était plus question de salaire à recevoir, mais en revanche, il n'y avait plus de loyer à payer. Le pauvre homme était ruiné. Qu'était-il allé faire dans cette maudite galère*
:g quatre ans de caupagnes
Je le trouvai là , pendant l'hiver, regardant d'un œil indifférent les plus beaux arbres du monde tomber soua la hache de nos pionniers. Sa placidité philosophique prouvait bien qu'ils n'étaient pas à lui. Les provisions du général de service alimentaient sa table; sa femme, affectée de surdité, s'employait silencieusement aux soins de la maison; sa fille chantonnait au salon des chansons nègres, souvenirs de Baltimore, et à la cuisine, sa vache maigre ruminait...
On se ferait difficilement une idée de la rapidité avec laquelle les forêts disparaissent autour d'une armée en quartiers d'hiver. Lorsque nous étions arrivés devant Fredericksburg à la fin de novembre, les environs de la ville étaient couverts de grands boisde chênes et de sapins. A la fin de février, tout était rasé, non seulement autour de nos camps, mîiis encore à des distances assez considé- ' rables. Le pays, si pittoresque quelques mois auparavant, n'offrait plus que le morne qspect d'un vaste désert boueux où rien ne reposait la vue, sauf quelques arbres épargnés de loin en loin, parce qu'ils abritaient la tente ou la maisonnette d'un général.
Dans les premiers jours de mars, il fallait aller chercher si loin la provision quotidienne dé bois à brûler, le transport en était si lent et si pénible pour les hommes et si fatigant pour les bêtes, que la plupart des camps durent être déplacés. Notre division se transporta, en arrière, près du chemin de fer d'Aquia-Creek, au bord d'une anse profonde du Potomac dans laquelle les petits transports débarquaient leurs cargaisons au dock de Belle-Plaine. Là nous campâmes littéralement au milieu des bois, sur le dos de petits monticules pierreux favorables à l'écoulement des - eaux, et plus- secs en tout temps que la plaine fangeuse d'où nous venions. Les chemins, frayés généralement dans les ravines, étaient, il est vrai, dans une horrible condition; mais nous eûmes bientôt fait d'en ouvrir d'autres.
Le temps commença peu après à s'améliorer; le soleil
reprit plus de chaleur; les beaux jours devinrent plus fréquents, et plus fréquents aussi les exercices et les revues. Des fêtes de divers genres égayèrent la vie de camp. 11 y eut, dans la division Berrj, un mariage célébré sous la tente avec toutes sortes de réjouissances. La mariée avait amené avec elle, de Washington, une escorte de dix garçons et dix demoiselles d'honneur. Le marié était un capitaine du 7* du New-Jersey. Colonel, il n'eût pas eu des noces plus pompeuses. Les généraux s'y rendirent en nombre imposant. On dansa, on but, on banqueta. Le général en chef lui-même s'y montra d'une gaîtéexpansive et exempte de tout souci. Puis vint un bal donné par le général Sickles à son quartier général, où, comme d'habitude, on s'en donna à bouche que veux4uî
Sickles est une des figures saillantes de cette guerre, plus comme homme que comme officier général ; par beaucoup de côtés, un type vraiment américain. Il est doué à un haut degré de cette multiplicité de facultés qui a fait dire qu'un Yankee était propre à tout. Jeune encore, il a touché à beaucoup de choses, et toujours avec succès : au barreau, à la politique, à la diplomatie, à la législature, aux armes. Il a été avocat et politicien à New- York, secrétaire de légation à Londres, législateur à Albany, représentant du peuple à Washington, général en Virginie, envoyé extraordinaire à Bogota. Et dans toutes les positions, il a fait parler de lui.
C'est une tête active, un tempérament énergique, une intelligence prompte et souple, une volonté persévérante. Ambitieux par nature, il met au service de ses ambitions une vue claire, un jugement pratique et une connaissance approfondie des ressources de la tactique politique. Quand il s'est fixé un but, il sonde le terrain, prépare ses moyens, rassemble ses forces et marche carrément à l'assaut. Les obstades ne le rebutent pas, mais il n'ira jamais se heurter à l'impossible, et comme il a volontiers plusieurs cordes à son arc, si l'une casse, il la remplacera par une autre.
Eu lui, l'habileté n'exclut pas la franchise. Il aime, au
contraire, à jouer plutôt cartes sur table avec ses amis et ■ contre ses ennemis. Aussi dévoué pour les uns, qu'hostile pour les autres, il mettra la même activité à servir les premiers qu'à combattre les seconds. Mais qu'un ami le blesse par quelque mauvais procédé, ou qu'un ennemi désarçonné cesse de lui faire obstacle, l'un et l'autre lui deviennent également indifférents, et il passe outre, sans plus s'occuper d'eux.
Gai, avenant, spirituel, il manquait rarement de pro- ■ duire une impression favorable, même sur ceux qui pouvaient être le moins prévenus en sa faveur. Pleasonton, ancien élève de West-Point, officier de l'armée régulière et connu comme n'étant pas toujours de l'humeur la plus facile, disait de lui : « Je n'ai jamais rencontré un général . qui coopérât plus harmonieusement sur le champ de bataille, ni qui saisît plus promptement une suggestion de la part d'un autre. »
Lorsque la guerre éclata, Sickles était dans les rangs du parti démocrate auquel il avait toujours appartenu. Pendant la période des discussions, il avait marqué parmi ceux qui s'étaient montrés le plus conciliants pour les prétentions et les agressions du Sud. Mais lorsque l'épée eût été tirée, il fut des plus ardents à en jeter au loin le fourreau, disant qu'il se tenait d'autant plus obligé à combattre la rébellion comme soldat, qu'il avait fait plus de concessions pour la prévenir, comme membre du Congrès. Dégoûté de la mauvaise foi de ses anciens alliés, et irrité de la fausse position dans , laquelle ils avaient placé les démocrates du Nord, il considérait son parti comme tenu plus qu'aucun autre à poursuivre la guerre à outrance, jusqu'au triomphe complet du gouvernement national.
Imbu de ces idées, il leva, à New- York, une brigade de volontaires à laquelle il donna pour désignation le mot qui sert de devise à l'État impérial. La brigade Excelsîor fut attachée dés le début à la division Hooker dans laquelle Sickles continua à servir, jusqu'à ce qu'il en eût le commandement. Promu mjgor général, et confirmé par le
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Sénat, il venait d'être assigné par le président au commandement définitif du 3" corps, où il ne tarda pas à acquérir une grande popularité.
De son côté, le général Birney ne voulut pas être en retard de réjouissances. 11 donna à son tour une fête qui fit époque dans les souvenirs de la division. Il y eutcourses de baies et courses plates sur le terrain de manœuvres. Le colonel prince de Salm-Sa!m faillit s'y rompre le cou. D'autres officiers y firent de belles culbutes dans des bourbiers. Mais ces chutes-là furent plus comiques qu'inquiétantes. Au-retour, collation au quartier général, girandoles, illuminations, feux d'artifice, et représentation de ménestrels noirs, sur un théâtre élevé ad hoc : rien ne manqua au succès de la fête à laquelle toute l'armée assistait, — comme tout Paris, tout Londres ou tout New- York, assiste à chaque fête qui se donne à Paris, à Londres ou à New- York.
Enfin, au commencement d'avril, M. et madame Lincoln vinrent visiter l'armée du Potomac. Le 6, il y eut revue de toute la cavalerie commandée par le général Stoneman; — le 7, promenade à travers les camps de quelques divisions, et collation au quartier général de Sickles; le 8, autre revue de quatre corps d'armée à la fois, le 2", le 3*, le 5* et le 6". Le 9, l'excursion présidentielle se termina par une visite au 11^ et au 12" corps, près d'Aquia-Creek où M . et madame Lincoln s'embarquèrent pour retourner à "Washington.
Le président parti, un redoublement d'activité se manifesta partout. Dès le lendemain fut publié l'ordre do consolider en cinq compagnies d'infanterie, ou six de cavalerie, tout régiment de volontaires réduit au dessous de la moitié du maximum réglementaire. La même mesure s'appliqua aux batteries d'artillerie. Elle avait pour objets : de faciliter la fusion des régiments; de rétablir la proportion normale entre le chiffre des soldats et celui des officiers; enfin de soulager le trésor d'une dépense considérable et inutile.
80 QUATBB ANS DE CAHPÀGNES
Le 13, les mouvements commeocèreDt par le départ de la cavalerie. En même temps, dos hommes reçurent huit jours de rations de marche (biscuit, café, sucre et sel), plus trois rations de porc salé, ne laissant place, dans leurs sacs, que pour une chemise, un caleçon et une paire de bas. Tout le reste dut être laissé en dépôt, aux soins des quartiers-maîtres.
Nous devions nous tenir prêts à marcher le soir même; mais le ciel avait toujours son droit de veto, et il ne manqua pas de l'ezercer en nous envoyant des pluies torrentielles qui mirent pour le moment le départ à vau-l'eau. L'opération commeucée fat donc forcément suspendue, au grand désappointement du général Hooker qui voulait entrer en campagne, avant (^ perdre un certain nombre de régiments dont le terme de service était près d'expirer.
Ces régiments se divisaient en deux catégories. La première contenait ceux qui s'étaient engagés pour deux ans, au début de la guerre. Bans l'armée du Fotomac, ils étaient au nombre de quarante, et, déduction faite des hommes engagés pour trois ans qui se trouvaient dans leurs rangs, ils formaient un total de 16,472 officiers et soldats à licencier en mars, avril, mai et juin.
La deuxième catégorie se composait de ces régiments de neuf mois qu'un fâcheux système d'expédients avait appelés aux armées, sous le coup des défaites de Mac Clellan et de Pope. Les conséquences fatales, sur lesquelles on avait obstinément fermé les yeux alors, se développaient maintenant sans remède possible. Ces hommes qui avaient pris les armes sans être à même de s'en servir, qui avaient appris le métier dans les camps pendant l'hiver, il fallait les renvoyer dans leurs foyers, au moment même où. leurs services, devenus réellement efficaces, ■ étaient le plus utiles à l'armée. Tels étaient huit régiments de Pennsylvanie, s'elevant ensemble à 6,4E1 hommes.
C'était plus de vingt-deux mille fusils à retirer de nos rangs .dès l'ouverture de la campagne ; ca à quoi ilfaudrait encore ajouter pour les mois d'août, de septembre et d'oc-
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tobre, dix-neuf autres régiments, formant un total de 11,097 hommes. Ainsi, dans le courant de l'année, et seulement à l'armée du Potomac, trente-quatre mille hommes allaient nous faire défaut. Ce n'était donc pas sans raison que le général Hooker se pressait de commencer les opérations. Il voulait frapper le premier coup avec toutes ses forces présentes.
On se rappelle quelle était la position des confédérés de l'autre côté du Rappahanock. Elle n'avait pas changé depuis la bataille de Fredericksburg. Comme alorSi, ils occupaient à la fin d'avril la ligne de hauteurs fortifiées qui s'étend depuis Skenkers' Creek, jusqu'au point où elles aboutissent à la rivière au dessus de Falmouth. Seulement, de ce côié, ils avaient étendu leurs lignes en couvrant, par des fortifications garnies de troupes, les deux seuls passages abordables entre Falmouth et le poiat où le Rapidan se jette dans le Rappahanock : les gués de Banks et des États-Unis. Encore, ces deux passages n'étaient -ils guéables qu'en été. Partout ailleurs, les escarpements abrupts et boisés des deux rives présentaient une barrière infranchissable. C'était un développement de vingt à vingt-cinq, milles à défendre; mais telle était la confiance inspirée par les avantages défensifs du terrain, que Lee avait cru pouvoir sans danger envoyer le corps de Longstreet opérer au sud du James contre Peck, qui occupait Suftolk avec des forces assez peu considérables. L'armée rebelle ne comptait donc guère plus de soixante mille hommes en face de Hooker, lorsque, le i^ avril, ce dernier commença son mouvement sur Chancellorsville, à la tête de plus de cent mille hommes.
Chancellorsville n'est ni une ville, ni un village, ni un hameau. C'est une maison isolée, au milieu d'une clairière cultivée qu'entourent de tous côtés de vastes bois déserts qui ont valu à cette région la désignation de wilderness. Véritable solitude, en effet, impénétrable aux déploiements et aux manœuvres rapides d'une armée. Aussi n'était-oe point là que Hooker avait projeté de livrer
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bataille. Mais c'était un point de ralliement parfaitement choisi, à trois ou quatre milles au sud-ouest du gaê des Etats-Unis, pour y masser ses forces. De là, il pouvait s'élancer sur l'ennemi pris ainsi à revers, ou, tout aii moins, le forcer à sortir de sa position aussi faible en arrière, qu'elle était formidable de front. Si l'armée confédérée se repliait sur Richmond, elle présentait forcément le flanc à notre attaque , et pour peu qu'elle fût arrêtée ou retardée par quelque obstacle et poursuivie enmême temps par une force assez imposante pour peser ■vigoureusement sur son arrière-garde, sa retraite devait se changer en déroute. Si, au contraire, elle marchait à notre rencontre vers Cbancellorsville, elle était contrainte d'accepter la bataille à découvert, dans des conditions imprévues, et toujours poursuivie sur cette route, comme sur celle de Richmond . Assaillie simultanément de front et en arrière, elle devait être taillée en pièces, et bien heureux serait Lee, s'il pouvait en sauver les débris.
Tel était le plan de Hooker, plaa parfaitement conçu et dont le secret ne fut confié à personne, pas même à ses chefs de corps, pas même à ses ofliciers les plus intimes.
Le point délicat, celui duquel dépendmt avant tout le succès stratégique, c'était d'arriver à masser l'armée à Chancellorsville, avant que l'ennemi eût le temps de s'j opposer. Cette partie du plan fut aussi habilement exécutée qu'heureusement conçue, et l'on peut dire que, jusquelà, le général Hooker se montra un admirable manœuvrier.
D'abord, il détacha toute sa cavalerie sous les ordres du général Stonemann, pour aller couper les communications de l'ennemi avec Richmond. L'entreprise n'avait rien de bien périlleux, car Stonemann emmenait avec lui plus de dix mille chevaux qui ne pouvaient rencontrer aucune résistance sérieuse. D'après ses instructions, il devait, après avoir traversé le Rappahanock, diviser ses forces en deux colonnes : l'une, sous le commandement du général Âveritl, menacerait ce que l'ennemi pouvait avoir
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de forces à Culpepper et à GordoQSviile, tandis que l'autre, conduite par Stonemann lui-même, irait accomplir l'objet principal de l'expédition. Toutes deux devaient se réunir  un point donné, pour faire tête à l'ennemi s'il retraitait directement sur Richmond, et le harasser s'il prenait la ville de Gordonsville.
En marne temps que la cavalerie se mettait en mouvement, le 1 1' et le 12^ corps (Howard et Slocum) marchaient ■ sur Kelly 's Ford, au dessus de l'embranchement du Rapidan, et à vingt-sept milles de Fredericksburg. Ils s'y rencontrèrent, le 28, avec le 5' corps (Meade) qui devait se joindre à eux. Le passage du Rappahanock s'effectua la nuit même sans opposition. Le 29, celui du Rapidan s'acheva aussi heureusement en deux colonnes, et le mouvement se continuant avec une promptitude d'heureux augure, les trois corps arrivèrent à Chancellorsville le 30 dans l'après-midi. Leur avance dégagea forcément le gué des États-Unis , derrière lequel le 2" corps (Couch) n'attendait que ce résultat pour jeter un pont de bateaux et venir le rejoindre, ce qui fut accompli avant ta nuit. Hooker lui-même arriva aussitôt au rendez-vous assigné, pour achever ce qu'il avait si brillamment commencé.
Pendant que ces mouvements importants s'accomplissaient d'un côté, l'attention de l'ennemi se concentrait du côté op^'^"'* sur ce qui lui semblait être le prélude d'une attaque ei orces. En effet, le 29, au point du jour, tandis que notre droite, ayant déjà traversé le Rappahanock, s'avançait vers le Rapidan , un pont de bateaux était étabU de viva force à l'endroit môme où, le 13 décembre précédent, Franklin avait passé la rivière, et le 6^ corps (Sedgwick), après avoir refoulé les tirailleurs ennemis, débouchait dans la plaine au dessous de Fredericksburg. Un peu plus bas, le 1" corps (Reynolds) poursuivait la môme opération, et enfin le 3'' corps (Sicklës) prenait position en réserve, prêt à passer à son tour, s'il était nécessaire. Telle était la force destinée soit à maintenir l'ennemi dans ses retranchements, par la menace d'une
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attaque, imminente, soit à le poursuivre directement si, découvrant le danger qui le menaçait , il abandonnait sa position.
Pendant cette journée, la démonstration réussit à souhait. L'ennemi ne parut préoccupé que de se mettre en défense du côté où l'attaque ne devait pas venir.
Le lendemain 30, les confédérés ne bougeant pas, Hooker appela le 3° corps à Chancellorsville. Nous nous mimes en route aussitôt, forçant la marche, afin d'arriver à temps pour le coup décisif. Le soir même nous allumions nos feux, à peu de distance des ponts sur lesquels le 2* corps avait passé déjà dans la matinée.
Donc, le 30, au soir, les confédérés, encore immobiles dans leurs positions derrière Fredericksburg, se préparaient à une attaque sur leur droite, indiquée par les mouvements des deux corps de Segdwick et de Reynolds, tandis qu'en arrière de leur gauche, quatre autres corps étaient déjà réunis, près d'être rejoints par un cinquième, — D'un côté, Sedgwick avec quarante mille hommes, y compris la division Gibbon du 2' corps, laquelle ayant son camp en vue de l'ennemi, n'avait pas encore bougé; de l'autre, Hooker avec soixante et dix mille hommes environ, dans une de ces positions qui semblent assurer d'avance la victoire. « Maintenant, — s'écriait-il, dans un ordre du jour à l'armée, — l'ennemi doit ou fuir honteusement, ou sortir de ses défenses pour accepter le combat sur notre terrain où il est voué à une destruction certaine !" — Et tout le monde répétait ; « Il est à nous ! » Et personne ne doutait qu'avant deux jours, tous les revers passés ne fussent eâ'acés par l'anéantissement de l'armée de Lee...