‹ Quatre ans de campagnes à l'Armée du Potomac (volume 2)Chapitre 7 sur 42 · INVASION DE LA PENNSYLVANIE · texte numérisé non relu

INVASION DE LA PENNSYLVANIE

Position de Hooker après ChancelloraTille. — Lettre da président. — L'année de Lee eo mouvement. — Marche sur Manassas et Centreville, — Les guérillas. — Combats de carateiie. — Entrée en Macjland. — AccneildespopuUiiona.— L'ennemi «nPennBjlvanie.— Comment Hooker fut relevé de son commandement. — Meade nommé général en clief. — Le couvent de Saint-Joseph à Emmettsburg. — Combat sanglant près de Getlyabnrg. — Mort do générât Eeynoliii, — Rapport dn général Hancock. — Concentration générale des denx armées.

Après la bataille de Chancellorsville, la position du général Hooker «devint des plus difficiles. Déjà réduite de dix-sept mille hommes, son armée perdit encore les régiments dont le terme de service expirait à cette époque. A la fin du mois, il ne comptait plus qu'environ quatrevingt mille hommes sous son commandement. L'ennemi s'était renforcé en proportion inverse. Le corps de Longstreet était revenu du sud de la Virginie, et de nouvelles troupes avaient été envoyées au général Lee, qui se trouvait désormais supérieur ou tout au moins égal en forces à son adversaire.

Le même revirement s'était opéré dans le moral des deux armées. Les confédérés, exaltés par la victoire, remplis de confiance en eux-mêmes et en leurs généraux, étaient prêts à marcher à de nouveaux succès, avec un ensemble auquel répondait l'unanimitë des opinions dans le Sud. — lilos soldats humiliés par la défaite, ébranlés dans leur confiance en eux-mêmes et en leur commandant

en chef, se sentaient hésiter entre les divisions qu'ils devinaient parmi leurs généraux, et celles que le parti Copperhead fomentait avec éclat dans les États du nord.

La bonne entente entre les différents corps s'était sensiblement affaiblie. Le 11* était l'objet d'un toile général, sans que personne songeât à s'enquérir si la condition dans laquelle l'attaque de Jackson l'avait surpris n'offrait pas quelques circonstances atténuantes en sa faveur. Ceus qui avaient le plus souffert n'étaisnt pas loin de reprocher aux autres l'inaction à laquelle ceux-ci avaient été condamnés, tant l'injustice eet prompte à germer dans l'adversité. Enfin, le 6* corps était vivement froissé de voir sa belle conduite et -ses rudes combats de deux jours, amoindris systématiquement, dans le but de faire peser sur son commandant la responsabilité d'une défaite qui n'était pas son ouvrage.

Matériellement, il y avait à procéder à de nombreux détails de réorganisation. L'artillerie se trouvait hors de proportion avec l'infanterie; la cavalerie, au contraire, avait perdu plus de la moitié de' son effectif, sans profitât sans gloire. Pleasonton qui remplaçait Stonemann dans le commandement, n'y pouvmt trouver cinq mille hommes pour le service. En somme, Hooker était hors d'état de rien entreprendre, au moins de quelque temps. Sa position se trouve parfaitement résumée dans une dépêche du président en date du 14 mai :

« Lorsque je vous ai écrit, le 7, j'étais sous l'impression que peut-être, par un prompt mouvement, vous pourriez tirer quelque avantage de ces faits supposés : que les communications de l'ennemi étaient rompues et que sa {tosition se trouvait dérangée jusqu'à un certain point. Maintenant, cette idée s'est évanouie, puisque l'ennemi a rétabli ses communications, repris sa position, et reçu des renforts. Il ne me semble plus probable que vous puissiez rien gagner à tenter de nouveau le passage du Rappahanock. Je ne me plaindrai donc pas si, pendant quelque temps, tous ne faîtes rien de plus que tenir l'en-

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nemî en échec par des menaces, et à l'occasion par quelques pointes de cavalerie, si elles sont praticables, tandis que vous remettrez votre armée en bonne condition.

« Cependant, si vous jugiez clairement que vous puissiez renouveler l'attaque avec succès, je ne prétends pas vous en empêcher. A ce propos, je dois vous dire que j'ai reçu la regrettable information que plusieurs de vos commandants de corps et de divisions ne vous donnent pas leur entière confiance. Ce fait serait ruineux, s'il était vrai, et vous devriez, avant tout, vous assurer de ce qu'il en est, de façon à ne conserver aucun doute possible à ce sujet. »

Les revues recommencèrent. Dans notre division, on fit pour les sous-offîciers et soldats qui s'étaient le plus distingués pendant la guerre une distribution solennelle de croix de Kearny, en souvenir du générai dont le nom était resté le plus populaire dans nos rangs. Plusieurs régiments reçurent, de leurs États, de nouveaux drapeaux; mais rien de tout cela n'effaçait l'impression douloureuse d'un revers immérité.. Ce qu'il fallait à l'armée, pour lui rendre sa vigueur morale et sa puissance matérielle, ce n'était ni de vains ordres du jour où, à travers la vide sonorité des phrases, elle distinguait clairement l'inexactitude matérielle des allégations ; ni d'inutiles revues où elle comptait surtout les vides faits dans ses rangs à Chancellorsville ; ni de stériles démonstrations au dessous de Fredericksburg, où le passage de la rivière renouvelé par le 6' corps lui semblait une plaisanterie beaucoup trop prolongée. Le remède nécessaire à son atonie, c'était une ofi'ensive directe prise p^r l'ennemi, c'était surtout l'invasion du Maryland, menaçant Washington et transférant les opérations sur le sol des États libres. Et ce fut ainsi que Lee, plus que Hooker, réussit à nous remettre au pair.

Le 2 juin, le 38", ayant atteint le terme de son engagement, quitta l'armée pour retourner à New-York où il devait être licencié. Les hommes provenant du 55* furent

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transférés dans le 40°, et je fus assigné déficitivement au commandement de la 3' brigade, celle-là même que j'avais commandée la première par intérim, six mois auparavant. Elle ne comptait plus que quatre régiments : le 3* et le 5" du Michigan, le 17* du Maine et le 40" de New- York. Ce dernier, formé des débris de six organisations différentes, atteignait du moins le maximuo^ de l'effectif régimental. La division Whipple svait perdu son général, tué, lui aussi, à Chancellorsville ; se trouvant extrêmement réduite, elle fut fondue dans les deux autres. J'y gagnai l'adjonction du IIO" de Pennsylvanie à ma brigade. Pour la campagne qui se préparait, le 3" corps ne comptait donc plus que deux divisions : la première commandée par le général Birney; la seconde, par le général Humphreys.

Ce fut le 11 juin, à une heure de l'après-midi, que le 3' corps reçut le premier un ordre de départ immédiat. A deux heures nous étions en route.

Le général en chef était désormais délivré de toute incertitude. L'avant-veille, notre cavalerie, ayant traversé le Rappahanock, avait rencontré la cavalerie, ennemie. Il s'en était suivi un engagement très vif de part et d'autre, dont le résultat avait été de nous révéler la présence de Lee à Culpepper, avec le corps de Longstreet, Celui de Jackson, commandé maintenant par le général Eweli, avait pris l'avance vers la vallée de la Shenandoah. 11 ne restait plus à Fredericksburg que le corps de Hill attendant, pour se mettre en mouvement à son tour, que l'armée du Potomac se fût retirée pour aller faire face aux mouvements menaçants qui se développaient ailleurs. 11 n'eut pas à attendre longtemps.

Le premier devoir de Hooker, de fait la seule instruction impérative qu'il eût reçue du président et du général Halleck, était avant tout de couvrir Washington, et de protéger Harper's Ferry. Danscebut, il échelonna d'abord une partie de ses forces pour garder la ligne du Rappahanock, et en défendre les gués, tandis qu'avec le reste.

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il se repliait sur Manassas, le long du chemin de fer d'Orange à Alexandrie. Mais l'ennemi se souciait peu de traverser le Rappahanock. Il continua sa marche au nord-ouest par la vallée de la Shenondoah. Couvrant son flanc droit par le Blue-Ridge, chaîne de montagnes dont sa cavalerie occupait tous les défilés, il ne tarda pas à arriver à Winchester, où la garnison, commandée par le général Milroy, ne lui opposa qu'une misérable résistance. Une grande partie en resta prisonnière entre ses mains; sept cents hommes détachés à Berryville eurent le même sort; les troupes occupant Martinsburg se replièrent en hâte sur Harper's Ferry, et rien ne s'opposa plus à l'entrée des confédérés dans le Maryland.

Pendant ce temps, Hooker réglait ses mouvements sur ceux de Lee. Les beaux jours, les longs jours étaient revenus. Nous traversions un pays ruiné par la guerre, dévasté par l'homme, mais auquel le printemps rendait la vie et la jeunesse. Si nous faisions halte auprès de quelque habitation, généralement sur le dos arrondi d'une colline, nous trouvions la maison abandonnée et saccagée. Plus de portes, plus de fenêtres, plus de meubles ; des pelouses défoncées par les roues des trains ou de l'artillerie; des parterres pollués par de sales débris; des restes de huttes ayant supporté des tentes; mais partout l'éternelle nature souriant dans sa robe neuve, semant les tleurs sur les ruines, toujours prête à réparer le mal, dans l'inépuisable fécondité de ses transformations.

Si nous avions à souffrir, ce n'était plus du froid ou de la boue, mais de la chaleur et de la poussière. Nous avions quitté les bords de Rappahanock, pour suivre la voie ferrée par les stations de Bealiton et de Catlett où nous avions bivouaqué. Le 15, nous nous mtmes en route pour Manassas. Ce fut une terrible journée, sous un soleil torride, au milieu d'une poussière suffocante. Nous traversions de vastes landes entre-coupées çà et là de bas taillis. Pas un arbre ne nous prétait son ombre, et quand nous arrêtions la marche pour permettre aux hommes

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dans les rangs de reprendre haleine, et aux traînards de rejoindre, c'était encore en plein soleil, près de quelque mince ruisselet d'une eau chaude et bourbeuse.

Les coups de soleil étaient nombreux ; les suffocations plus-nombreuses encore. Les wagons d'ambulance ne suffisaient pas à ramasser tout ce monde sur la route , jonchée, derrière nos colonnes, de pauvres diables abattus par ces premiers feux de l'été. Il fallait marcher néanmoins, A la station de Bristow, nous trouvâmes enfin de l'ombre et de l'eau, au bord du Broad-Run. Partie des retardataires nous y rejoignirent, et, quelque peu rafraîchis et reposés, nous pûmes rejoindre le 6" corps à la jonction de Manassas, vers quatre heures de l'après-midi.

A neuf heures du soir, je reçus l'ordre de me porter avec ma "brigade sur le Bull-Run, au point où le pont du chemin de fer avait été depuis longtemps la proie des flammes. La nuit était obscure, mais la position fut reconnue sans difficulté aux terrassements qui subsistaient encore, aux tronçons de piliers charbonnés qui sortaient de l'eau, et à la ligne de retranchements derrière lesquels je disposai mes régiments. C'était là que, le 21 juillet 1861, la droite de l'armée de Béauregard avait attendu l'attaque de Mac Dowell, en ce jour néfaste qui éclaira le premier désastre de l'armée du Potomac.

La journée du lendemain s'écoula dans cet endroit charmant, que je recommande à tous les paysagistes en quête de beaux sujets d'étude. La petite rivière y décrit une courbe en suivant le pied assez abrupte de la colline. Dans cet espace ombragé d'arbres magnifiques, enguirlandé de vignes sauvages, parsemé d'épais gazons, les motifs les plus pittoresques se trouvent comme accumulés à plaisir. La lumière s'y joue dans les feuillages ; l'ombre y dessine ses vigueurs; le ciel et les arbres s'y reflètent dans les transparences de l'eau. En face de cette admirable nature, on voudrait n'avoir en main qu'une palette et des pinceaux; les fusils ne broient que du rouge.

Le 17, nous campâmes dans la plaine, en avant de Cen-

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treville. De là, nous nous rapprochâmes des montagnes qui nous séparaient de l'ennemi. Du côté de Gum-Spring, où noua restâmes cinq jours, le pays est fort beau et particulièrement favorable à l'élève des chevaux et du bétail. On n'y voit pas de sapins, mais de grands bois de chênes, et des prairies verdoyantes arrosées par des ruisseaux courant dans les ondulations du terrain.

Ce qui gâtait pour nous l'agrément du paysage, c'était l'abondance des guérillas dont tout le pays était infecté, 11 n'était possible d'aller aux provisions qi^e par escouades armées. Un certain nombre de soldats et deux officiers furent enlevés pour s'être écartés isolément. Un parti de ces maraudeurs eut mémo l'impudence d'attaquer nos wagons à deux ou trois milles du camp. Mal leur en prit. Ils furent aussitôt chargés, poursuivis et dispersés par un détachement de cavalerie. Ce n'était pas assez. Ou aurait dû pendre tous ceux qui nous tombaient entre les mains. Le Zl, il y eut un engagement à Aldie, dans notre voisinage. Nous entendîmes gronder le canon pendant une partie de la journée, sans savoir ce dont il s'agissait.

C'était Pleasonton qui, pour la seconde fois en trois jours, battait la cavalerie ennemie. Déjà, le 19, le général Gregg, commandant une brigade, avait délogé les forces avancées de Staart de leur position à Âldie , et les avait fait reculer au delà de Middleburg. Mais ce premier engagement n'avait rien fait découvrir des mouvements do Lee; un second produirait peut-être des résultats plus importants. Une division du 5* corps fut mise à la disposition du général Pleasonton qui , laissant deux brigades à Middleburg, n'emmena avec lui que la troisième pour appuyer et renforcer ses cavaliers. Le 21 , l'ennemi fut abordé avec une grande -vigueur, culbuté et poursuivi à travers Upperville jusqu'au déûlé de Ashby dans le Blue- Ridge. Là, il fallut s'arrêter devant l'artillerie et les retranchements qui défendaient le passage.

Dans cette brillante îtffaire, Pleasonton prit deux pièces de canon, trois caissons et nombre de cavaliers rebelles.

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parmi lesquels huit ou dix officiers. La perte de Stuart fut, en outre, considérable en tués et en blessés laissés par lui sur le terrain à Upperville. On apprit ainsi que l'ennemi n'avait que de la cavalerie dans la vallée de Londoo. Son infanterie continuait sa marche, de l'autre côté des montagnes, vers le Maryland.

Le 25, les deux corps de Hill et de Longstreet traversèrent le Potomac à "Williamsport. Celui d'Ewell les avait déjà précédés, et, éclairé par la cavalerie d'Imboden, avait poussé jusqu'à C^ambersburg en Pennsylvanie. Le même jour, notre armée opéra un mouvement parallèle et passa sur la rive gauche du fleuve, à Edward's Ferry. Le théâtre des hostilités se trouva ainsi transféré pour la seconde fois dans les États libres. L'épreuve d'Antietam était à recommencer; mais cette fois, elle devait être bien autrement décisive.

Quatorze heures de marche forcée nous conduisirent jusqu'à la rivière Monocacy, où sans abri, sans souper, par une pluie battante, nous dormîmes dans la boue, de ce sommeil imperturbable que connaissent seuls les soldats harassés de fatigue. Près de nous était ce même aqueduc que j'avais été chargé de défendre avec le 55', pendant la première invasion du Maryland. Nous le traversâmes le lendemain matin, sur le trottoir sans gardefousqui borde le canal, tandis que l'artillerie et les wagons passaient la rivière à gué au dessous de nous. Nous allions au devant de l'ennemi par la Pointe-aux-Rocs, Jefferson et Middetown, ou nous arrivâmes le 27 au soir. Là, nous fîmes un brusque crochet en arrière pour nous porter sur Fredericlc,.et de là, au nord, surTaneyto-wn.

Dans ces petites villes, nous défilions en colonne par compagnies, musique en tête, drapeaux auvent. Les couleurs nationales étaient aux fenêtres; les hurrahs saluaient notre passage. Cette partie du haut Maryland était loyalement fidèle à la cause de l'Union, différente en cela du reste de l'État qui n'y restait attaché que par nécessité. Du côté de Baltimore, on nous considérait comme des

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adversaires; ici, on nous accueillait comme des libérateurs. A Frederick, notre défilé eut quelque chose de triomphal. Toutes les maisons étaient pavoisées; toutes les femmes étaient aux fenêtres, agitant leurs mouchoirs ; tous les hommes étaient sur les portes agitant leurs chapeaux.

Au milieu de la rue principale, une jolie enfant de dix à douze ans se détacha d'un groupe assemblé sur le seuil d'une maison de simple apparence. Sa mère venait de lui remettre un large bouquet, en me désignant de la main. La fillette s'avança bravement devant les chevaux, tendant vers moi ses petits bras pleins de fleurs. Je me penchai sur ma selle pour recevoir le présent parfumé. Et elle, avec un rose sourire : — Good luck to you, gênerai! Bonne chance à vous! Je la remerciai de mon mieux. J'aurais bien voulu embrasser la petite messagère d'heureux présage; mais les défilés ne s'arrêtent pas pour si peu. Quand elle eut rejoint sa famille en courant, je me retournai pour lui envoyer du geste un baiser d'adieu. Elle fit un signe de tête, et, toute rougissante, se cacha dans le sein maternel. — Allons ! pensai-je en continuant ma route, voilà une enfant qui doit me porter bonheur. ■ Ces encouragements nous allaient au cœur. C'était la voix de la patrie, de cette mère commune qui nous criait : Défendez-moi! Ici, nous étions parmi les nôtres. En parlant des confédérés, les habitants disaient : ïennemi ou les reheUes. Ce n'était plus comme en Virginie, où ils disaient: nos hommes, notre armée, s'identifîant ainsi avec nos adversaires. Aussi, en traversant le Potomac, l'armée semblait-elle s'être moralement transformée. Une généreuse indignation faisait vibrer en elle toutes les cordes du patriotisme. Quoi! les troupiers à cheval d'un Jenkins avaient pénétré en Pennsylvanie, étaient entrés à Chambersburg et avaient rançonné le pays, ramassant tous les chevaux- et tout le bétail qu'ils y pouvaient trouver ! Et ces fermiers poltrons, ces miliciens timorés, au lieu de se défendre, ne savaient que s'enfuir comme des troupeaux

de moutons devant une bande de loups! A nous donc de faire justice de ces hordes de jaquettes grises; à nous de les jeter daas leur pays d'esclavage, et :

■ Qu'un sang impui abreuve nos silloag ! •

Tels étaient les sentiments de l'armée. Nous n'étions plus les vaincus de la veille ; nous nous sentions les vainqueurs prédestinés du lendemain, et nous allions à Gettjsburg!..,

A Frederick, le général Sickles nous rejoignit, et reprit le commandement du 3" corps, laissé, en son absence, au général Birney.

Ce pays était d'une magnifique richesse. Quel contraste avec celui que nous venions de quitter! Les moissons mûrissaient au soleil, couvrant les plaines de leurs épis dorés. Les fences étaient debout autour des blés jaunes et des vertes luzernes. Nous n'y touchions, pour allumer nos feux, qu'à la lisière des taillis ou au bord des terrains en friche. Les routes étaient généralement en bon état, excellentes comparativement aux bourbiers de Virginie.

Mais tandis que nous avancions par des chemins faciles et fleuris, le général en chef ne trouvait sous ses pasqu'un sentier semé d'épines. Depuis le moment où il avait mis son armée en mouvement, Hooker se heurtait sans cesse aux mauvais vouloirs du grand quartier général. Halleck et lui n'avaient jamais été en très bons termes. si bien que, lorsqu'il prit le commandement de l'armée du Potomac, il avait demandé au président de s'interposer pour le soutenir contre une hostilité qui s'était déjà déclarée à deux reprises, à propos de sa nomination. Les choses allèrent entre eux, tant bien que mal, jusqu'à la bataille de Chancellorsville, quoiqu'à l'état-major de l'armée, on eût l'idée qu'il suffisait que Hooker recommandât une mesure, pour qu'aussitôt Halleck s'y opposât. Une victoire aurait donné raison au premier ; une défaite ût pencher la balance en faveur du second.

A partir de ce momerit, leurs communications réciproques lajasèrent percer un antagonisme que n'atténuait pas l'aigreur du style. Hooker correspondait directement avec le président et le secrétaire de la guerre, Halleck s'en montrait offensé, et la querelle s'euvenîmait sous toutes les formes : à propos d'instructions sollicitées 3u président par rapport aux opérations militaires; à propos d'officiers du génie retirés de l'armée du Potomac pour être envoyés ^ailleurs; à propos de renforts de cavalerie demandéset refusés; à propos de coopération d'infanterie jugée nécessaire d'un côté et inutile ou impraticable de l'autre ; à propos surtout de la défense de Harper's Ferry qui, aux yeux de Halleck, était un point d'une importance vitale à protéger, tandis que, dans l'opinion de Hooker, c'était une position insignifiante à évacuer.

Entre l'un qui disait oui, et l'autre qui disait non, le président finit par trouver la tâche trop ardue, et, le 16 juin, il écrivit au général Hooker :

« Pour écarter tout malentendu, je vous place maintenant, vis-à-vis du général Halleck, dans la stricte relation militaire du commandant d'une des armées envers le commandant en chef de toutes les armées. Je n'ai Jamais eu d'autre intention ; mais comme il semble que la chose ait été comprise différemment, j'enjoindrai : à lui de vous donner des ordres, et à vous d'y obéir. «

Hooker avait perdu la partie. Le 26, au matin, il écrivit au général Halleck pour demander l'autorisation de retirer des hauteurs du Maryland, au dessus de Harper's Ferry, les troupes qui s'y trouvaient et qui pouvaient être beaucoup plus utilement employées dans son armée. La réponse fut, comme il devait s'y attendre, que les hauteurs du Maryland avaient toujours été regardées comme un point important à maintenir de notre côté; que de grandes dépenses et de grands travaux avaient été faits pour les fortifier; et que le commandant en chef (Halleck) ne pouvait consentir à leur abandon qu'en cas de nécessité absolue.

Le lendemain, Hooker, poussé à bout, cassa les vitres. 11 écrivit :

— « J'ai reçu votre télégramme par rapport à Harper's Ferry. J'y trouve dix mille hommes en condition d'entrer en ligne. Ici, ils ne comptent pour rien au monde. Ils ne peuventpas défendre un gué de la rivière, etquantàce qui concerne Harper's Ferry, c'est moins que rien. Quant aux fortiâcatîons, l'ouvrage des troupes, elles resteront où eUes sont, si les troupes sont retirés. Aucun ennemi n'en prendra Jamais possession pour etles-mâmes. Telle est mon opinion. Toute la propriété publique aurait pu être emportée cette nuit, et la garnison emmenée là ou elle aurait pu rendre quelque service. Maintenant, elle n'est plus qu'une bouchée pour les rebelles, s'ils reviennent. Je dëiDAnde que cette dépêche soit présentée au secrétaire de la guerre et à S. E. le président. »

Puis quelques heures plus tard :

« Mes instructiens premières m'enjoignent de couvrir Harper's-Ferry et Washington. Maintenant, il m'est imposé en outre de combattre un ennemi dont les forces devant moi sont supérieures auï miennes. Je prie respectueusement, mais fermement, qu'il soit entendu que je suis hors d'état de remplir cette condition avec les moyens mis à ma disposition, et je demande instamment d'être relevé immédiatement de la position que j'occupe. »

Le général Hooker fut pris au mot, et dès le lendemain, 28 juin, arriva l'ordre qui nommait le général G. G. Meado général en chef à sa placo.

Ce qui frappa surtout l'armée dans cette brusque mesure, ce fut son inopportunité au milieu d'opérations décisives, et à la veille d'une bataille dont le sort entrainerait probablement celui de la guerre. On s'étonna que, pour la seconde fois, le gouvernement manquât aussi complètement d'à-propos dans un acte d'une telle importance, et ce qu'on avait dit relativement à Mac Clçllan, on le répéta au suj^ de Jîooker. Cependant, cette fois, il n'y eut ni retard, ni temps d'arrêt. Aucun ordre ne futcontremandé;

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aucun mouvement ne fut suspendu. Chaque corps continua sa marche, comme si rien de nouveau ne fût survenu à l'état-major général. L'armée avait changé de chef, comme un convoi de chemin de fer change de mécanicien, — en poursuivant sa route.

Une remarque, cependant : aussitôt que Meade eut pris le commandement, les dix mille hommes stationnés à Harper's-Ferry, et refusés péremptoirement à Hooker, furent mis avec empressement à la disposition de son successeur. II était impossible, pour le général Halleck, de proclamer, avec moins de façons, les motifs personnels qui avaient dicté sa conduite en cette affaire.

Le 29, nous traversâmes Middleburg où se trouvait ce •jour-là le quartier général de l'armée, et Taneytown où nous tournâmes à gauche pour aller bivouaquer sur la route d'Emmettsburg, petite ville près de laquelle nous passâmes la nuit du lendemain.

Nous voici arrivés au 1" juillet. Nous devions-noua remettre en route de bon matin.maisily eutundélaidequeU ques heures. Puis on annonça que nous allions nous replier sur Middleburg, et les troupes commençaient déjà à se mouvoir dans cette direction, lorsque le mouvement fut subitement arrêté par l'arrivée d'une dépêche. Le général Ho- . ward envoyait de Gettysburg l'avis que le I"'etle 11^ corps avaient été rudement engagés, depuis le matin, contre des forces supérieures; que le général Reynolds, commandant l'aile gauche, venait d'être tué, et qu'il était de toute importance que le général Sickles amenât aussi promptement que possible ce qu'il pourrait avoir de troupes disponibles. L'appel était tellement pressant qu'il ne fallait pas songer à le soumettre à la décision du général en chef. C'était une responsabilité à prendre d'urgence. Sickles n'hésita pas. Laissant à Emmettsburg deux brigades et deux batteries, il partit avec ses deux divisions pour Gettjsburg, Les brigades laissées en arriére étaient la mienne et celle du NevF-Jersey, commandée par le colonel Burling, en l'absence du général Mott blessé à Chanceliers ville.

Burling était d'un côté de la ville, moi de l'autre, couvrant les différentes routes qui traversaient les montagnes dans la direction de l'ennemi. Nous avions pour instructions de les défendre coûte que coûte et d'arrêter tout mouvement tournant contre les derrières des trois corps déjà réunis à Gettysburg. Chacun disposa ses régiments et sa batterie en conséquence, et comme en cas d'attaque et de réunion des deux brigades le commandement m'était dévolu par rang d'ancienneté, le colonel Burling vint s'entendre avec moi sur toutes les éventualités à prévoir.

A Emmettsburg se trouve un vaste couvent, auquel est adjoint un pensionnat de jeunes personnes qui jouit d'une réputation étendue aux États-Unis. C'était là que j'avais établi ma brigade, sur le domaine de Saint-Joseph, dont une petite rivière marquait en partie les limites. Je laisse à penser si les bonnes sœurs furent émues en voyant les canons défiler sous leurs fenêtres, et les régiments, hérissés de baïonnettes, se répandre dans leurs vergers. Jamais rien de pareil n'avait troublé le calme de ces saintes retraites. Lorsque j'arrivai au galop devant la porte principale, la tourière, qui s'était aventurée de quelques pas au dehors, perdit complètement la tête. Dans sa frayeur , elle faillit se faire écraser par les chevaux de mon état-major qu'elle dut prendre pour les chevaux de l'Apocalypse, — s'il y a des chevaux dans l'Apocalypse, ce dont je ne suis pas bien sûr. La supérieure, que je fis demander au parloir, y descendit, au contraire; avec beaucoup de calme et de dignité. Je n'eus pas besoin de la rassurer. Sa conversation ne trahissait ni la crainte, ni même l'inquiétude. Les nécessités de la guerre n'avaient rien qu'elle ne comprît. Lors donc que je lui demandai de me faire conduire au belvédère, dont la vue s'étendait sur tous les environs, elle envoya chercher l'aumônier et le pria de me servir de guide là où je voudrais aller.

L'aumônier était un prêtre italien, ou d'origine italienne, qui ne sacrifiait point aux grâces, et dont les sermons n'ont jamais dû mettre l'Hudsonen feu. Il nous fit complai-

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samment traverser les dortoirs et lessalles d'étude du pensionnat désert en ce moment, la supérieure ayant fort sagement renvoyé toutes les élèves à leurs parents. Il n'en restait que 'cinq ou six appartenant à des familles du Sud dont on n'avait plus de nouvelles depuis longtemps.

On arrivait au belvédère par un escalier étroit et tournant. Je m'y engageai le premier. Au bruit de mes bottes résonnant sur les marches, un froufrou de robes et un chucbottement de voix se fit entendre au dessus de ma tête. C'étaient huit ou dix jeunes religieuses venues là pour jouir du spectacle extraordinaire des canons en batterie, des fusils en faisceaux, des sentinelles allant et venant l'arme au bras, des soldats faisant cuire leur café dans les jardins, des chevaux tout sellés mangeant leur avoine sous les pommiers; — toutes choses dont elles n'avaient jamais eu l'idée. Nous leur avions coupé la retraite, et elles se tenaient serrées contre les vitres comme des oiseaux effarouchés, demandant au ciel de leur envoyer des ailes pour s'envoler.

— Ah! mes sœurs, leur dis-je,je vous prends-là en flagrant délit de curiosité. Après tout, c'est un péché des plus véniels, et je suis certain que le révérend Père ici présent vous en donnera volontiers l'absolution.

Les pauvres filles se regardèrent avec embarras, ne sachant que répondre. Les moins timides hasardèrent un sourire. Au fond, elles ne pensaient qu'à une chose : s'esquiver aussitôt que les officiers qui m'accompagnaient laisseraient l'issue libre.

— Permettez-moi , repris-je , de vous adresser une recommandation. C'est de bien prier saint Joseph d'écarter d'ici les rebelles ; car s'ils y viennent avant que j'en sois parti, je ne sais trop ce qui pourra rester de votre beau couvent.

Aussitôt, elles disparurent, se poussant l'une l'autre dans l'escalier. Je ne suis jamais retourné àEmmettsburg; mais ce qui m'étonnerait le moins, ce serait d'entendre dire que, si les deux armées sont allées se battre à Gettys-

burg, c'est par un miracle dû à l'intercesâion de saint Joseph eu faveur des pieuses ûiles.

La nuit fut tranquille. Entre deux et trois heures da matin, l'ordre arriva du quartier général de l'armée, de rejoindre immédiatement notre corps à Gettysburg, Nous fûmes bientôt en route. La distance était de sept ou huit milles. Il avait plu ; la route était mauvaise. La brigade du New-Jersey marchait la première , la mienne ensuite. et nous nous hâtions , prévoyant bien une grande bataille imminente. A mi-chemin, nous rencontrâmes le géuéral Graham envoyé au devant de nous, pour nous conduire. Toute l'armée était en. effet réunie à Gettysbui^, saufle 6" corps qui n'était pas encore arrivé.

Là, j'appris que la veille (l" juillet) un combat sanglant et prolongé s'était livré au nord-ouest de la ville , sur une chaîne de collines auxquelles la construction d'un séminaire a fait donner le nom de Seminary kills. Le général Bufford qui, de ce côté, couvrait avec sa cavalerie les routes de Chambersburg et de Mummasburg, y fut d'abord attaqué parle corps de Hill. Pendant cette attaque, soutenue avec beaucoup de vigueur et d'habileté, Reynolds arriva amenant avec lui le 1" et le 11* corps. La division Wadsworth, qui entra la première en ligne, se trouva aussitôt engagée. Elle ne comprenait que deux brigades et avait affaire à la division Heth qui en comptait quatre; mais la valeur suppléa au nombre , et non seulement elle maintint sa position , mais par deux charges vaillamment exécutées, elle rejeta l'ennemi de l'autre côté du "Wil-, loughby-Run, capturant presque tous ceux qui avaient déjà passé ce cours d'eau. La brigade Meredith soutint brillamment son nom de " brigade de fer » et compta le général Archer au nombre de ses prisonniers. La brigade Cutler, de son côté, enveloppa deux régiments du Mississippi et les força à se rendre avec leurs drapeaux.

Ce fut dans cet engagement, dont il surveillait et dirigeait lui-même les détails, que le général Reynolds tomba mortellement frappé d'une balle. L'armée àt là une grande

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A L'ABHEE DU POTOHiC. 13S

perte, que les circonstances rendaient particulièrement difficile à réparer.

Les deux autres divisions du l""" corps arrivèrent alors, et le général Doubleday, à qui le commandement était échu, se forma eu ligne de bataille sur une plus grande échelle. En même temps, les confédérés se renforçaient plus encore, par l'adjonction du corps de Ewell à celui de Hill, tandis que, de notre côté, le 11' corps prenait position à la droite du 1". Ainsi, d'heure en heure et pour ainsi dire de minute en minute, le combat prenait de plus grandes proportions, et s'étendait sur la ligne des collines disputées avec acharnement. Toutefois, la partie n'était pas égale. Les 3eux corps ennemis s'élevaient ensemble à soixante mille hommes environ, tandis que les deux nôtres ne représentaient pas même le tiers de ce nombre.

Le général Howard, à qui incombait le commandement par rang d'ancienneté, ne sut pas en user pour diriger l'action avec ensemble. Il ût dire simplement au général Doubleday de combattre à la gauche, tandis que lui, Howard, combattrait à la droite, lui recommandant en môme temps de tâcher de se maintenir au séminaire. Au général Wadsworth, dont la division se trouvait la plus rapprochée, il donna pour instruction de tenir aussi longtemps .qu'il le pourrait, et de se retirer ensuite. Il y eut donc, après la mort de Reynolds, beaucoup de décousu dans l'affaire, par le manque de direction supérieure. Les deux corps étaient séparés par un intervalle que Doubleday s'efforça en vain de combler. La division de réserve n'y suffit pas. L'ennemi fît irruption par cette brèche avec d'autant moins de difficulté que le 11* corps ne tint pas longtemps et se rompit sans grande résistance.

Le 1" corps ne recula que lorsqu'il se vit presque enveloppé par des adversaires se renouvelant et se multipliant sans cesse. Les pertes furent énormes. D'après le rapport du général Doubleday, sur 8,200 hommes, après six heures de combat, il n'en resta que 2,450. Plus des deux tiers manquaient à l'appel! Encore le tiers restant opéra-

13e QUATRE ANS DE CAMPAGNES

t-il sa retraite en bon ordre, même à travers les rues de Gettysburg que les troupes de Howard encombraient dans une terrible confusion. Early, profitant du désordre, j ramassa des milliers de prisonniers. Décidément , le 11" corps jouait de malheur. Il-semblait que l'ennemi n'eût qu'à y jeter le filet pour y pêcher sa provision de captures.

Sickles, répondant à l'appel qui lui était adressé, arriva trop tard pour prendre part à l'action. II trouva le 1" et le 2" corps, ou ce qu'il en restait, ralliés dans une forte position, sur une hauteur faisant face, de l'autre côté de Gettysburg, à celle où l'on s'était battu pendant la journée. Le général Hancock était survenu, envoyé par le général Meade, pour voir où les choses en étaient, et prendre le commandement temporaire des trois corps. Il les établit solidement, examina la nature et la position du terrain pour accepter la bataille, et envoya, à ce su jet, un rapport que le général en chef lui avait demandé. Lorsque le général Slocum fut arrivé à son tour avec le 12",corps, ij lui remit le commandement, comme il en avait reçu l'ordre, et retourna au quartier général qui se trouvait à Taneytown.

Les amis du général Hancock ont représenté son rapport comme Ja cause déterminante qui avait triomphé des hésitations du gén&wl Méade; et qui l'avait décidé à accepter la bataille à Gettysburg. C'est une erreur. Ce rapport n'était qu'une note très sommaire sur la position des troupes, et il ne concluait à rien. Il y était dit textuellement : — « Nous occupons dans le cimetière une position qui ne peut pas être prise aisément. Cependant, c'est une position qu'il est facile de tourner... Quand la nuit sera venue, on pourra mieux dire ce qu'il y a de mieux à faire. Je pense que nous pouvons nous retirer; sinon, nous pouvons combattre ici, car le terrain ne semble pas défavorable avec de bonnes troupes, b La dépêche ne contenait pas un mot de plus sur ce sujet.

La vérité est que le général Meade n'avait pas l'inten-

tion de livrer bataille à Gettysburg plutôt qu'ailleurs. A cet égard, i! se réservait d'agir suivant les circonstances. Le seul plan qu'il eût arrêté, consistait à prendre une position défensive sur le Pipe-Creek, cours d'eau qui coule à une douzaine de milles en arriére, et traverse Middleburg avant d'aller se jeter dans le Monocacy. Cette ligne lui semblait avantageuse, et sur le rapport des officiers du génie envoyés pour l'explorer, il avait déjà adressé aux différents chefs de corps l'ordre de s'y replier. Mais lorsque l'engagement de Reynolds sur les hauteurs du séminaire eut produit la concentration accidentelle de quatre corps d'armée à Gettysburg, en face des deux tiers de l'armée confédérée, le général Meade n'hésita pas à abandonner son premier dessein. Ordre fut expédié à toutes les forces qui ne se trouvaient pas déjà à Gettysburg de s'y rendre sur-le-champ. On a vu que les deux brigades laissées à Emmettsburg n'avaient même pas été

De son côté, le général Lee se trouva entraîné à prendre les mêmes mesures; et durant toute la nuit, par toutes les routes, les canons roulèrent et les bataillons défilèrent, convergeant vers ce point de la Pennsylvanie ignoré la veille, célèbre le lendemain, où la fortune de la guerre allait se décider dans la plus terrible bataille que le Nouveau-Monde eût jamais vue.

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