‹ Quatre ans de campagnes à l'Armée du Potomac (volume 3)Chapitre 25 sur 54 · LE COMMENCEMENT DE LA FIN · texte numérisé non relu

LE COMMENCEMENT DE LA FIN

Campagne présidentielle de 1864. — Convention de Cleveland. — Convention de Baltimore. — Exposé de principes. — Nomination de M. Lincoln.

— Convention de Chicago. — Profession de foi des démocrates. — La question des prisonniers de guerre. — Barbaries du gouvernement rebelle.

— Nomination du général Mac Clellan. — Manœuvres désespérées. — L'élection. — Le vote de l'armée. — Le contre- coup parmi les confédérés.

— Le jour d'actions de grâces.

Tandis que les opérations militaires se poursuivaient ainsi devant Petersburg avec une persévérance inébranlable, les opérations électorales se poursuivaient dans le Nord avec une infatigable activité. Plus le jour de 1 élection présidentielle approchait, plus les deux partis apportaient d'ardeur à la lutte. D'un côté, les républicains voulaient la continuation de la guerre jusqu'à l'extinction de la rébellion, et le rétablissement intégral d'une union consacrée par la victoire et ennoblie par l'abolition immédiate de l'esclavage. De l'autre, les démocrates réclamaient la suspension de la guerre au moyen de compromis avec la rébellion, et la restauration conditionnelle d'une union soumise aux prétendus droits du Sud impliquant toutes les réserves en faveur du maintien de l'esclavage. Les premiers étaient prêts à féconder les sacrifices passés par des sacrifices nouveaux; les seconds demandaient à passer le sang répandu, et les trésors dépensés, aux profits et pertes, pour n'avoir point à encourir d'autres

charges. Les uns ne voulaient point de pacte avec la trahison; les autres auraient pactisé avec l'enfer, s'ils y avaient trouvé leur intérêt. L'inspiration des républicains était un patriotisme éclairé; le mobile des démocrates était un égoïsme à courte vue.

A l'origine de la campagne présidentielle, le parti républicain avait été menacé d'une scission compromettante. La fraction radicale, poussée par des impatiences révolutionnaires et influencée par des rancunes personnelles, convoqua pour le 31 mai, à Cleveland, une première convention dont l'intention fut explicitement dirigée contre la réélection du président Lincoln. L'appel adressé, comme il est d'usage en pareil cas, « à tous les hommes indépendants, jaloux de leurs libertés et de la grandeur nationale, » s'appuyait sur deux considérations : en premier lieu, la présente administration avait abusé sans mesure des facilités de corruption {patronage) résultant de l'organisation d'une armée d'un million d'hommes. Donc, il fallait, à la prochaine élection, s'en tenir inflexiblement au principe d'un seul terme présidentiel pour un seul homme, <« principe ayant presque acquis force de loi par la consécration du temps. » Ce qui n'était pas exact. L'histoire des Etats-Unis était là pour le démontrer. — En second lieu, la convention républicaine convoquée pour le 8 juin, à Baltimore, n'était pas réellement une Convention nationale. Pourquoi? Parce qu'elle siégerait trop près du centre de l'administration. Donc, il fallait en convoquer une autre sur un point plus central, tant pour ménager la bourse de ses membres que pour sauvegarder leur conscience.

Jamais aux Etats-Unis manœuvre politique plus transparente n'avait été échafaudée sur prétextes plus pauvres. Le bon sens populaire ne s'y méprit pas un instant, et la convention de Cleveland fit un éclatant fiasco. S'il y eût eu en elle un germe de vie, la lettre d'acceptation de son candidat à la présidence eût suffi, du reste, pour l'éteindre du premier coup. Le général Fremont y déclara sans

ambages que si tout autre candidat que M. Lincoln était nommé par la convention de Baltimore, il ne ferait pas obstacle à une fusion en faveur de ce concurrent ; mais que si c'était M. Lincoln qui obtenait la nomination, « alors il ne resterait d autre alternative que d'organiser contre lui tous les éléments d'opposition consciencieuse, afin d'empêcher le malheur de sa réélection. » Or, il faut savoir que le général Fremont, chargé en 1861 du département du Missouri, y avait soulevé de telles tempêtes par les actes abusifs de son administration, que le gouvernement s'était vu forcé de le rappeler au bout de quelques mois. Inde irœ! Son ancienne popularité, ébranlée depuis lors par son attitude hostile à l'égard- de l'administration, ne survécut pas à ce dernier manifeste tout empreint de rancunes personnelles, et, en fin de compte, il ne lui resta, pour sortir du mauvais pas où il s'était engagé, qu'à rallier ses partisans à M. Lincoln, en retirant sa propre candidature.

La convention républicaine se réunit à Baltimore au jour fixé. Elle comprenait les délégués de tous les États du nord et de certains districts du Tennessee, de la Louisiane et de l'Arkansas, au nombre de plus de cinq cents. Ses principes furent exposés nettement dans les résolutions suivantes :

« Résolu : Que le plus haut devoir de tous citoyens américains est de maintenir contre tous leurs ennemis l'intégrité de l'Union et l'autorité suprême de la constitution et de lois des États-Unis ; — que, mettant de côté toute différence d'opinions politiques, nous nous engageons, comme unionistes animés d'un sentiment commun, et tendant à un commun objet, à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour aider le gouvernement à abattre par la force des armes la rébellion actuelle contre son autorité, et à soumettre au châtiment dû à leurs crimes les rebelles et les traîtres soulevés contre lui.

« Résolu : que nous approuvons la résolution du gouvernement des Etats-Unis de n'entrer dans aucun compromis

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