‹ Quatre ans de campagnes à l'Armée du Potomac (volume 3)Chapitre 26 sur 54 · II · texte numérisé non relu

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avec les rebelles, ou de ne leur offrir aucune autre condition de paix que celles qui peuvent être basées sur une renonciation sans réserve à leur hostilité, et un retour à leur juste allégeance à la constitution et aux lois des États-Unis ; — que nous engageons le gouvernement à maintenir cette position, et à poursuivre la guerre avec la plus grande vigueur possible, pour compléter la suppression de la rébellion, pleins de confiance dans le patriotisme prompt aux sacrifices, dans la valeur héroïque, dans le dévoûment persistant du peuple américain pour son pays et ses libres institutions.

« Résolu : que comme Tesclavage a été la cause, et constitue maintenant la force de la rébellion, et qu'il ne peut être, toujours et partout, qu'hostile aux principes du gouvernement républicain, la justice et la sûreté nationale demandent son extirpation complète et absolue du sol de de la république ; — et que, tout en soutenant et maintenant les actes et proclamations par lesquels le gouvernement, pour sa propre défense, a porté un coup mortel à ce mal gigantesque, nous sommes de plus en faveur d'un amendement à la constitution', émanant du peuple conformément à ses prescriptions, qui termine et prohibe à jamais l'existence de l'esclavage dans les limites de la juridiction des États-Unis. »

Au premier tour du scrutin, M. Lincoln reçut 497 voix, et la nomination fut aussitôt rendue unanime par un vote d'acclamation.

Ce n'était pas à dire que, pendant sa durée, l'administration de M. Lincoln se fût montrée impeccable. Sans doute elle avait toléré plus ou moins volontairement un certain nombre d'abus ; mais le peuple tenait compte des immenses difficultés, des complications multipliées avec lesquelles le gouvernement s'était trouvé aux prises, au milieu d'événements sans précédents. En présence des grandes choses qu'il avait accomplies, la conscience publique ne songea point à lui opposer celles qu'il aurait pu faire. D'ailleurs, comme le dit M. Lincoln lui-même.

A LâRMÊB du POTOMAG. ^ 311

a^^ec ce bon sens spirituel qui le caractérisait : le peuple était de Tavis de ce fermier allemand qui pensait que « ce n*était pas le moment de changer^de chevaux, quand on était au milieu du torrent. »

La convention démocrate avait été fixée au 22 juin; mais les hommes de ce parti, embarrassés par des tiraillements en sens divers, désireux d'atténuer le coup qui venait de leur être porté, jugeant qu'il leur fallait un délai pour concilier leurs différends, retardèrent la réunion jusqu'au 29 août. Jusque-là, ils mirent le temps à profit pour vilipender l'administration par tous les moyens en leur pouvoir. Les associés du Sud leur vinrent en aide par des intrigues, à défaut de victoires. Sous prétexte de propositions de paix, il y eut sur la frontière du Canada des tripotages politiques dont quelques aventuriers rebelles se firent les agents, pour donner à penser que M. Lincoln se refusait à terminer honorablement la guerre avant l'extermination du Sud. Ces manœuvres s'épuisèrent après avoir fait plus ou moins de bruit, sans produire le résultat désiré. Néanmoins, les partisans de la paix à tout prix, conduits par M. Vallandigham, gagnèrent assez de terrain pour dominer la convention, quand elle se réunit à Chicago.

Horacio Seymour, gouverneur de New- York, qui s'était fait remarquer par son opposition hargneuse au gouvernement, fut appelé au fauteuil de la présidence. Vallandigham fut nommé président du comité chargé de Texposé de principes. La résolution suivante en fut lexpression :

« Résolu : que cette convention déclare explicitement, comme le sentiment du peuple américain, qu'après quatre années de vains efforts (failure) pour rétablir l'Union par l'épreuve de la guerre, — années pendant lesquelles, sous prétexte de nécessité militaire ou de pouvoir de guerre plus élevé que la constitution, la constitution elle-même a été méconnue dans toutes ses parties, la liberté publique et les droits privés ont été également foulés aux pieds, et

la prospérité matérielle du pays a été essentiellement atteinte ; — la justice, l'humanité, la liberté et le bien-être du peuple demandent que des efforts immédiats soient faits pour une cessation des hostilités, en vue d'une convention finale des Etats ou d'autres moyens pacifiques, à cette fin qu'aussitôt que possible, la paix puisse être rétablie sur la base de l'union fédérale des États. »

Le reste n'était qu'une virulente dénonciation de tous les actes du gouvernement, pervertis à ce point qu'il lui était reproché d'avoir supprimé la liberté de la parole et de la presse, au moment même où les feuilles démocrates se livraient sans contrainte à un déchaînement d'injures à l'adresse du président et de son administration, où la plus furieuse intempérance de langage retentissait sur toutes les estrades élevées pour des meetings du parti.

Une des résolutions reprochait au gouvernement de n'avoir pas fait son devoir envers ceux de nos soldats qui étaient prisonniers de guerre. Il est bon de remarquer que si le gouvernement confédéré n'avait pas montré la plus insigne mauvaise foi, pas un de nos prisonniers n'aurait dû rester entre ses mains, car à la date du 7 mai, par suite de la remise sous parole des forces rebelles capturées à Wîcksburg et à Port-Hudson, la balance se réglait en notre faveur par un chiffre de 33,596. Mais Jefferson Davis et ses fonctionnaires persistaient à arrêter ou à retarder les échanges sous toutes sortes de prétextes, dans le but de mettre d'abord nos malheureux soldats hors d'état de reprendre les armes, à force de tortures et de misère. Pour ne pas être soupçonné d'exagération à ce sujet, je me bornerai à emprunter textuellement quelques passages au rapport officiel présenté par le comité spécial du Congrès.

« .... L'évidence prouve, sans aucun doute possible, de la part des autorités rebelles, la détermination délibérément mise en pratique, avec une longue persévérance, de soumettre ceux de nos soldats qui ont eu le malheur de tomber entre leurs mains, à un système de traitement dont

le résultat a été de réduire beaucoup des survivants revenus parmi nous, à une condition physique et morale qu'aucun langage ne peut complètement décrire. Presque tous les patients maintenant à l'hôpital de l'école navale d'Annapolis et à celui de l'ouest à Baltimore, ont reçu les soins ' les plus attentifs et les plus intelligents depuis plus de trois semaines , et beaucoup d'entre eux pendant un plus long temps. Néanmoins, ils présentent encore l'apparence exacte de squelettes vivants n'ayant rien que la peau sur les os. Un certain nombre sont estropiés pour la vie, ayant eu des membres gelés , quand ils étaient exposés aux intempéries de l'hiver à Belle-Ile, forcés de coucher sur la terre nue, sans tentes ni couvertures, plusieurs sans pardessus et même sans habits...

« Il est constaté par les témoignages, que c'était une pratique générale, parmi ceux qui les faisaient prisonniers, de leur voler tous les objets de quelque valeur, argent, couvertures, habillements, pour lesquels ils ne recevaient en échange que quelques hardes usées valant à peine mieux que rien. »

Exemple : le lieutenant Fisher, attaché à l'état-major du général Mott, fut fait prisonnier à Deep.-Bottom , en allant porter un ordre. Le colonel rebelle du 27® régiment de cavalerie de Virginie lui vola sa montre en or, son argent et son portefeuille. Les subalternes , à l'exem^ pie de leur chef, lui prirent son chapeau et ses bottes, et il dut marcher nu-pieds et nu-tête où le conduisit son escorte, trop heureux de sauver au moins son uniforme. S'il n'eût pas été officier, on ne lui eût probablement laissé que son pantalon et sa chemise, et encore !

« .... Les témoins déclarent que souvent, en se levant le matin de leur couche sur la terre nue, ils trouvaient plusieurs de leurs, camarades morts de froid pendant la nuit... Par rapport à la nourriture fournie à nos hommes par les autorités rebelles, il est prouvé que la ration de chacun était totalement insuffisante en quantité, pour conserver la santé d'un enfant , quand même elle eût été de

qualité convenable, ce qui n'était pas le cas. Elle consistait habituellement en deux petits morceaux, au plus, d'un pain grossier de maïs où le bois de l'épi était broyé avec le grain, le tout mal préparé et mal cuit ; parfois seulement, environ deux onces de viande si mauvaise qu'elle n'était pas mangeable; et, à l'occasion, quelques haricots pleins de vers...

« Ceux à qui il avait été permis de recevoir des habits et des couvertures, envoyés par notre gouvernement pour leur usage, étaient obligés de les vendre à leurs gardiens et à d'autres, à quelque prix que ce fût, afin de soutenir leur vie par un supplément de nourriture....

« En outre de cette insuffisance de nourriture, d'habillements et d'abris, nos soldats prisonniers ont été soumis amx traitements les plus cruels de la part de ceux qui les gardaient. Ils ont été insultés et honteusement maltraités presqu'à toute occasion. Nombre d'entre eux ont été tués sans merci à coups de fusil, pour avoir manqué d'obéir aux exigences de leurs geôliers, quelquefois pour avoir violé des règlements dont ils n'avaient pas connaissance. Lorsqu'ils se trouvèrent entassés en grand nombre dans des bâtiments, les sentinelles leur tiraient dessus et les tuaient quand ils se montraient aux fenêtres pour respirer un peu d'air frais. Un homme, dont le camarade de service, de bataille et de captivité , avait été assez heureux pour être du nombre des échangés, fut tué sur place pendant qu'il agitait sa main en l'air comme un dernier adieu à son ami. Les témoignages révèlent d'autres cas de meurtre également injustifiables....

« Une partie de nos prisonniers échangés nous sont revenus sans habits, sans coifiures, sans souliers et sanjB

bas Le comité est impuissant à vous donner une idée

exacte de la triste et déplorable condition des hommes qu'ils ont vus dans les hôpitaux qu'ils ont visités. Malgré tous les soins dont ils sont l'objet, il en meurt chaque jour, et le comité a assisté au lugubre spectacle de l'agonie de l'un d'eux. Tous déclarent que l'état où ils sont réduit»

n'a pas d'autre cause que les traitements barbares auxquels ils ont été en butte pendant leur captivité, de la part des ennemis; les chirurgiens qui prennent soin deux n'ont pas le moindre doute que la déclaration de leurs patients ne soit exacte de tout point. »

Ma plume se refuse à reproduire ici tous les horribles détails de ce long martyrologe, que le comité compléta par les photographies des principales victimes. Ces photographies, reproduites par la gravure, rendent tout commentaire superflu pour ceux qui les ont vues. En comparaison des enfers abominables où nos prisonniers furent torturés par les tourmenteurs de JeiFerson Davis, les mines de Sibérie sont un lieu de paix et de confort. A Andersonville, ils furent jusqu'à trente-cinq mille entassés, empilés dans des estacades en plein air, sans abri, sans couvertures, presque sans vêtements. Ils y mouraient dans une proportion de cent par jour, pour ne rien dire de ceux qui y perdaient la raison sous les étreintes de la faim et de la misère.

Et le parti démocrate, à Chicago, faisait cause commune avec leurs bourreaux ! Et il reprochait à notre gouvernement de n'avoir pas rempli son devoir envers ces prisonniers de guerre! Et dans son audacieuse hypocrisie, il offrait ses sympathies à nos soldats et à nos marins! Mais la liberté a cela d'admirable quelle confond l'impudence et dévoile l'hypocrisie. Le bon sens d'un peuple libre fait justice de tous les mensonges et finit toujours par donner gain de cause à la vérité. Laissez parler, laissez écrire, et que le peuple soit juge. Le monde ira où il doit aller.

Lorsque la convention de Chicago passa à la nomination d'un candidat pour la présidence, le nom de Mac Clellan souleva un violent débat qui se prolongea pendant toute la journée. Le lendemain, il n'obtint que cent soixante-deux voix sur deux cent vingt-huit. Le général était coupable d'avoir combattu la rébellion par les armes, bien qu'il eût tout fait pour n'en pas triompher. Mais- il

avait une majorité qui fut finalement portée à deux cent deux voix, et il fut nommé.

Une portion du parti démocrate, qui s'était prononcée en faveur de la guerre et qui conservait encore des sentiments de patriotisme, fut atterrée de l'esprit de la Convention et du ton général des discours qu'on y avait prononcés. Pour en contrecarrer, ou tout au moins, pour en atténuer l'effet, les war-democrats , ainsi qu'on les désignait, obtinrent de Mac Clellan que, dans sa lettre d'acceptation, il ferait ses réserves en faveur d'une reprise vigoureuse de la guerre, dans le cas où toutes les ressources pacifiques, employées d'abord, viendraient à échouer. Le résultat fut d'irriter les hommes de la paix à tout prix, sans infiuencer les hommes de la guerre à tout risque.

Le général Mac Clellan avait été bien choisi par les meneurs, qui ne visaient qu'à faire leurs affaires en cas de succès. C'était un homme sans juste sentiment de sa dignité personnelle, et sans force de caractère. En tout ceci, il joua le rôle d'un instrument pliable, et il se prêta avec souplesse à tout ce qu'on voulut de lui. Fût-il arrivé à la Maison-Blanche, il est probable qu'il y eût figuré comme un président-soliveau, flottant à tous les courants et tournant à tous les remous.

Pour ceux qui étudiaient les signes du temps, les élections d'État, pendant les mois de septembre et d'octobre, indiquèrent clairement d'avance le résultat de l'élection présidentielle. Le Vermont, le Maine, l'Ohio, rindiana, la Pennsylvanie, tous donnèrent une majorité considérable aux républicains. Le Maryland lui-même se rangea de leur côté. Les associés du Sud aux abois eurent alors recours à des manœuvres désespérées. Le 19 octobre, une bande de voleurs à leurs gages fit irruption sur la frontière du Canada, et enleva la caisse de la banque de Saint-Albans, dans le Vermont. Une conjuration fut organisée dans le Nord, pour renverser l'administration par la violence. Les chefs qui appartenaient à la catégorie

des démocrates de la paix furent arrêtés, et le plan échoua, non pas toutefois sans que le général Butler eût été envoyé à New-York avec des troupes de son armée, pour prévenir tout désordre et assurer la pleine liberté du vote, le jour de l'élection.

Enfin, le 8 novembre arriva. Jamais plus grand calme ne signala plus importante élection. Tous les citoyens votèrent librement partout, et le résultat fut que M. Lincoln fut réélu président par tous les États, moins trois : le New-Jersey, le Delaware et le Kentucky, qui firent au général Mac Clellan l'aumône de quelques voix. La majorité dé M. Lincoln dans le vote populaire fut la plus considérable qu'aucun président eût jamais réunie avant lui. Elle s'éleva à plus de quatre cent mille voix.

L'armée y figura pour un chiffre relativement important : parmi les officiers et soldats, ceux-là seuls prirent part à l'élection, que les lois de leur État autorisaient à voter. Aucune sorte d'influence ne fut mise en jeu dans le sens du gouvernement. Les seules tentatives de prosélytisme vinrent du parti démocrate, qui nous envoya des agents électoraux, les poches bourrées de bulletins imprimés pour Mac-CleUan et d'appels en faveur de notre ancien général. Mais ces démarches furent généralement mal accueillies, et parfois la réception faite aux apôtres de la profession de foi de Chicago fut de nature à les dégoûter de leur mission.

Tel fut le cas d'un de ces prêcheurs trop zélés, pendant que je commandais temporairement la division. Il était venu à l'armée, muni d'une passe du gouverneur du Connecticut. Une mauvaise inspiration le conduisit à mon quartier général, où il trouva moyen de se faire héberger sous la tente du chapelain, et traiter à la table des officiers. Bientôt il démasqua ses batteries en faisant de la politique séditieuse devant les membres de l'état-major. Repoussé avec perte de ce côté, il alla tenter- fortune parmi les soldats de la garde du prévôt, auxquels il tint des propos si grossièrement insultants pour le président

de la république, et si transparents dans leur encouragement à la trahison, que ses auditeurs s'emparèrent de lui et le conduisirent à leur capitaine. La cause entendue, le capitaine Brennan fit enfermer l'orateur dans l'estao^^e qui servait de prison, pour qu'une nuit d'automne à la belle étoile y calmât l'intempérance de son zèle. Le lendemain, le commis- voyageur démocrate fut expédié au prévôt mar réchal de l'armée qui le renvoya à Washington, fort dégoûté sans doute du résultat de son excursion électorale.

Dans l'armée du Potomac, le vote fut de 7 contre 1 en faveur de Lincoln. Les armées de l'ouest lui donnèrent une majorité encore plus considérable. Dans ma brigade, un seul régiment, le 40® de New-York, fournit à Mac Clellan un nombre de voix assez notable. Parmi tous les autres, il n'obtint qu'une infime minorité. Le 17® du Maine vota même à l'unanimité contre lui.

Le peuple salua le résultat de l'élection comme le commencement de la fin, et les coadjuteurs de la rébellion furent atterrés du coup.

Pour les rebelles eux-mêmes, ce fut un coup terrible. Le succès du candidat de Chicago était leur dernière espérance, spes uliima Trojce ! Dans leurs lignes on les avait entendus crier : Hurrah pour Mac Clellan! Ce qui, on le pense bien, n'avait pas popularisé parmi nous la candidature démocrate. En pareil cas, nos hommes répondaient tout d'une voix : Hurrah pour Lincoln! Mauvais signe pour nos adversaires.

Trois jours avant l'élection, ils tentèrent un coup de main nocturne dont la réussite, — si réussite il y avait, — devait, au dernier moment, aiguillonner le zèle de leurs auxiliaires dans le nord. Le projet fut, paraît-il, éventé de façon ou d'autre, car le 5 novembre, entre neuf et àin heures du soir, je reçus l'ordre de faire prendre les armes à ma brigade, et de mettre en ligne, derrière les retranchements, mes cinq régiments de réserve. Vers minuit, une violente fusillade éclata tout à coup à ma droite, et s'étendit sur le front de mes piquets. L'artillerie entra

aussitôt en jeu de part et d'autre ; les canons illuminèrent les lignes de coups de foudre, et les mortiers rayèrent le ciel d'une averse d'étoiles filantes. C'était la légion de Hampton, composée de troupes do la Caroline du sud, qui se jetait sur la position occupée par notre 3® brigade. L'élan soudain de l'attaque emporta d'abord la tranchée des tirailleurs» et entama quelque peu les retranchements; mais avant que les assaillants pussent se loger quelque part, Mac Allister fut sur eux avec deux ou trois de ses régiments. Une lutte opiniâtre, quoique courte, s'ensuivit. L'ennemi culbuté regagna au plus vite ses retranchements, laissant entre nos mains une cinquantaine de prisonniers et, sur le terrain, nombre de morts et de blessés. Le coup manqué coûta à Lee de cent cinquante à deux cents hommes, et ne rapporta pas un vote à Mac Clellan.

A partir de la réélection de Lincoln, le nombre des désertions augmenta sensiblement dans les rangs confédérés. Beaucoup passèrent dans nos lignes ; beaucoup d'autres saisirent toutes les occasions d'abandonner l'armée, et de retourner clandestinement dans leurs foyers. Pour poursuivre et ramener une armée de réfractaires et de déserteurs, le gouvernement deRichmond dut distribuer un peu partout une autre armée d'employés militaires, ce qui ne fut pour lui qu'une source d'aiFaiblissement. Sur nombre de points, et spécialement dans la Caroline du nord, les déserteurs se retirèrent en armes dans les montagnes, où l'on n'osa pas entreprendre de les aller chercher. Ils vécurent là, jusqu'à la fin de la guerre, aux dépens des habitants qu'ils rançonnaient sans pitié, organisés en bandes nombreuses, et plus semblables à des brigands qu'à des soldats. Je laisse à penser si les populations rurales qu'ils victimaient, ne se sentirent pas dégoûtées à jamais de la Confédération du Sud.

Les seuls liens de cohésion qui maintinssent désormais l'armée de Hood devant Sherman et l'armée de Lee devant Meade, était l'empire de la discipline, et le point d'honneur de la fidélité au drapeau. Ni dans l'une, ni dans l'autre

on ne se faisait plus illusion sur l'issue prochaine de la guerre.

La division Mahone, composée principalement de troupes de la Floride, de l'Alabama et du Mississipi, parmi les quelles les désertions étaient le plus fréquentes, fut remplacée, devant le fort Hell, par les Caroliniens et les Virginiens d'Anderson, qui inspiraient plus de confiance. Ces mouvements donnèrent lieu à des bruits répétés d'après lesquels l'évacuation de Petersburg allait avoir lieu d'un moment à l'autre. Les déserteurs semblaient y croire euxmêmes, de sorte qu'on redoubla partout de vigilance. A plusieurs reprises, l'armée fut mise sous les armes pendant la nuit, prête à s'élancer à la poursuite de l'ennemi, à la première révélation de l'abandonnement de ses lignes.

Il est fort possible que le général Lee y ait songé. Mais s'il en eut l'idée, il se sentit surveillé de trop près pour la pouvoir mettre à exécution sans courir le risque d'un désastre irréparable. Il resta dcfnc cloué à sa position jusqu'à la fin, pressé de plus en plus, mais opposant toujours une résistance obstinée, tandis que les échos de l'ouest apportaient jusqu'à lui le retentissement des défaites écrasantes au milieu desquelles sombrait l'armée de Hood.

Le général Grant avait jugé sainement les choses, lorsqu'il avait dit que la Confédération n'était plus qu'une coquille vide dont toute la résistance était à l'extérieur. Or, avant la fin de l'année, il arriva que la coquille fut broyée d'un côté, et passablement entamée de l'autre.

Ce fut donc de bon cœur et de bon appétit que l'armée du Potomac célébra le jour d'actions de grâces pour lequel la population de plusieurs Etats lui envoya, de New-York, des cargaisons de victuailles de toute espèce. Le chemin de fer de City-Point nous apporta des montagnes de provisions, volailles de tout plumage, pâtisseries de toute sorte, conserves de toute nature. Les dindons et les plumpudings traditionnels y figuraient surtout dans une somptueuse abondance, beaucoup avec la carte des donateurs ou des donatrices. L'armée de Sheridam et celle de

Butler furent comprises dans cet acte de générosité populaire, si bien calculée qu'il n y eut pas, des bords du Potomac à ceux du James et de l'Appomattox, un soldat qui n'eût sa part complète du régal.

Ces détails pourront sembler insignifiants à ceux qui n'ont point passé par les épreuves de la guerre et n'ont jamais eu à leur foyer de place laissée vide pour un absent sous les drapeaux; mais ceux qui ont fait campagne au loin pendant plusieurs années comprendront la signification de ce souvenir envoyé, par 1« famille du pauvre * comme par celle du riche, aux soldats qui combattaient pour la cause commune. Ils ne s'étonneront donc pas que le don nous ait inspiré bien plus encore la reconnaissance du cœur que celle de l'estomac.

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