‹ Quatre ans de campagnes à l'Armée du PotomacChapitre 3 sur 34 · GOMMENT SE FIT LA SÉCESSION · texte numérisé non relu

GOMMENT SE FIT LA SÉCESSION

Campagne électorale de 1860. — Menaces directes de sécession. — Scènes violentes dans le Congrès. — Convention de Charleston. — Convention de Baltimore. — Convention de Chicago. — 2« Convention de Baltimore. — Élection de M. Lincoln à la présidence. — Les États du Sud prennent les armes. — Complicité passive de M. Buchanan. — Trahisons dans le cabinet. — Sécession de la Caroline du sud. t- Dernières tentatives de compromis. •— Sécession du Mississippi. — De la Floride. — De l'Alabama. — De la Louisiane. — De la Géorgie. — Premier coup de canon. — Organisation de la Confédération du Sud. — Inauguration du président Lincoln.

La question de l'esclavage aux États-Unis, dont je viens d'indiquer les phases successives et les développements irrésistibles pendant quarante ans, définit clairement le caractère exclusif de la campagne présidentielle de 1860. Pour ou contre l'esclavage, — voilà le dilemme. Le reste n'était rien. Les préludes de la lutte furent orageux à l'extrême, parfois même sanglants comme à Baltimore, où les élections locales coûtèrent la vie à quelques citoyens.

La première menace officielle de sécession vint de la Louisiane. La législature de l'Etat adopta, dès le mois de janvier, des résolutions déclarant que : l'élection d'un républicaiïi-noir(l) à la présidence des États-Unis, serait

(1) Cette désignation signifiait simplement un lépublicain dévoué à Téman* dpation des noirs, et non pas uu républicain de race a^fricaine, comme l'intcp:pr^re](Lt ridiculement plusieurs journaux français de cette époque.

une cause suflSsante. pour la dissolution de l'Union et pour l'appel en convention des États du Sud, où la Louisiane fixait d'avance le chiffre de sa représentation à six délégués. Le pays ne s'émut pourtant pas encore de cette déclaration. Un intérêt plus immédiat concentrait alors son attention sur la lutte dont l'élection du speaker était l'objet dans la Chambre des représentants au Congrès. Les forces s'y trouvèrent assez balancées pour la prolonger obstinément pendant plus de huit semaines (du 5 décembre au jer février). Mais les républicains finirent par l'emporter, et M. Pennington, leur candidat, fut élu au quarantecinquième tour de scrutin.

En encourageant la confiance des adversaires de l'esclavage , cette victoire parlementaire eut aussi pour effet de stimuler leurs efforts. Pour la première fois, M. A. Lincoln parut à New- York. Il n'y était connu que par le rapport de ses luttes oratoires contre M. Douglas à qui il avait disputé, dans l'IUinois, un siège au Sénat des États- Unis. Un vaste meeting fut organisé pour l'entendre, et le programme du parti y fut par lui exposé et discuté avec un succès qui fit sensation, mais sans menaces à l'adresse des États à esclaves. De ce côté cependant, l'horizon s'assombrissait de plus en plus, et la législature de la Caroline du sud, suivant en cela l'exemple de la Louisiane, recommandait l'envoi de délégués à une convention du Sud.

Ce fut alors que, pour calmer les inquiétudes qui se manifestaient dans l'opinion, M. Seward prononça devant le Sénat, un discours-manifeste qui faisait plus d'honneur à son imagination qu'à sa clairvoyance. Selon lui, il n'y avait lieu d'appréhender aucun résultat matériel des menaces de désunion tant de fois insinuées, formulées, répétées. C'était un épouvantail destiné simplement à influencer les élections, etc., etc. M. Seward était-il, au fond» aussi optimiste qu'il le voulait paraître? Et ne travaillait-il pas ainsi quelque peu à son profit? Le résultat sembla l'indiquer, puisque adoptant ses vues, l'opinion le considéra dès lors comme le candidat désigné du parti républi-

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cain pour la présidence. Les déclarations comminatoires des Etats du Sud restèrent donc sans effet sur les idées et la conduite des Etats du Nord où lès adversaires de lesclavage triomphèrent partout dans les élections partielles du mois de mars.

Des symptômes plus graves d'hostilité se produisirent même sous forme de conflits de juridiction entre le gouvernement fédéral et .quelques États libres. Ainsi, dans le Massachussetts, un témoin récalcitrant dans l'affaire du Harper s Ferry, appréhendé par ordre du Sénat, à Concord, sa résidence, fut aussitôt remis en liberté par l'intervention de la justice locale soutenue par la population. Ainsi encore à Racine, dans le Wisconsin, un homme prévenu d'avoir aidé à l'évasion d'un esclave, fut enlevé par les mêmes moyens aux fonctionnaires fédéraux impuissants à exécuter leur mandat. Au nord-ouest comme au nord-est, la haine de l'esclavage était la même et produisait les mêmes résistances. Elle eut ses explosions violentes jusque dans l'enceinte du Congrès.

Le 5 avril, M. Lovejoy, de l'IUinois, s'en fit l'interprète à la Chambre des représentants : « L'esclavage, s'écriait-il, a été appelé justement la source de tous les crimes. Mettez dans un creuset moral tous les crimes, tous les vices de la nature humaine, et le résultat sera l'esclavage. Il a la violence du vol; il a la sanguinaire fureur de la piraterie; il a la luxure brutale de la polygamie... etc., etc. » On devine l'effet immédiat de cette sortie furibonde. Un représentant du Sud s'élança armé d'une canne pour châtier l'orateur; des représentants du Nord se précipitent pour le protéger; un membre du Kentucky armé d'un long bowie knife s'en nettoie les ongles avec affectation, épiant le moment d'en faire un autre usage. Les injures , les menaces se répondent de tous côtés, et le président, impuissant à calmer la tempête, ne peut que lever la séance au milieu d'une effroyable confusion.

Ce fut sous le coup de cette surexcitation universelle, dans le Nord comme dans le Sud, dans le Congrès comme

dans le peuple, dans la presse comme à la tribune, que s'ouvrit la campagne présidentielle par la convention du parti démocrate réunie à Charleston dans les derniers jours d'avril. L'objet en était de formuler une déclaration de principes, et de désigner un candidat à la présidence. Sur ces deux points, une divergence d'opinions se manifesta tout d'abord, — résultat à peu prés inévitable des éléments divers qui composaient la convention, et de leur disproportion avec les intérêts qu'ils représentaient. Je m'explique.

Tous les États de l'Union, Nord et Sud, étaient représentés à Charleston dans la proportion de leurs populations respectives et par conséquent du chiffre de leur représentants au Congrès. Or, les États libres, étant à peu prés tous assurés au candidat républicain, ne pouvaient fournir que quelques voix électorales au parti démocrate qui néanmoins comptait 366 délégués sur 604 à Charleston, — tandis que les États du Sud qui, au contraire, devaient donner la presque unanimité des suffrages au candidat présidentiel du parti, n'avaient à la convention que 238 membres. Vice radical. La majorité appartenait à ceux-là mêmes qui ne pouvaient rien pour le succès, certains d avance d'une défaite dans les États qu'ils étaient censés représenter.

Autre cause de division : — le candidat proposé par les démocrates du Nord était M. Douglas, plus que suspect aux démocrates du Sud par ses doctrines en faveur de la liberté laissée aux habitants des territoires de se choisir leurs institutions locales, en dehors de toute intervention du Congrès. Mises en pratique dans le Kansas, ces doctrines avaient produit un résultat dont le Sud était loin d'avoir à s'applaudir. Cependant M. Douglas était le seul homme qui pût encore faire tourner la victoire en faveur du parti. Eût-il été nommé à Charleston, les chances de la lutte auraient pu être favorables encore. Mais c'était précisément là ce que ne voulaient pas les séparatistes. Déterminés à tenter l'épreuve de la séces-

sion, préparés déjà à la soutenir par les armes, ils en étaient venus à écarter tout gage de conciliation qui, à leurs yeux, n'était qu'un délai temporaire, préjudiciable à leurs projets. L'élection d'un candidat républicain à la présidence leur fournirait l'occasion ou plutôt le prétexte désiré. Ils se résolurent donc à le hâter par la défaite de M. Douglas. Pour la forme, ils se soumirent à l'épreuve constitutioanelle du vote; dans le fond, ils s'armèrent pour l'épreuve révolutionnaire de la rébellion. Ils consentaient à jouer la partie, mais ils se réservaient bien, s'ils la perdaient, de n'en point payer l'enjeu.

Le premier travail de la convention de Charleston fut, en conséquence, l'élaboration d'un programme politique en opposition formelle avec le système de M. Douglas. On y réclamait l'intervention directe du Congrès dans le gouvernement des territoires, pour y protéger et garantir l'importation des esclaves ; — la vigoureuse exécution de la loi sur les esclaves fugitifs en dépit de toute opposition des législatures d'Etat, etc., etc.. C'était le gant jeté à la fraction démocrate du Nord qui le releva, et disposant de la majorité, y substitua une déclaration par laquelle le parti s'en rapportait simplement aux décisions de la cour suprême des États-Unis, sur les sujets contestés. Sur quoi, les délégations de sept États du Sud se retirèrent avec éclat, refusant de prendre part plus longtemps aux actes de la convention.

Cette retraite avait pour but évident de vicier la noijaination de M. Douglas qui paraissait assurée. Le chiffre des deux tiers nécessaire à une élection se trouvait ainsi abaissé à 165 voix. Mais pour parer le coup, la convention décida que le chiffre resterait le même que s'il n'y avait point eu scission, — c'est à dire 202. Cette décision rendit tout résultat impossible- M. Douglas obtint 150 voix, et à bout d'efforts inutiles, la convention s'ajourna après cinquante-cinq tours de scrutin, pour se réunir encore à Baltimore le 18 juin suivant. Six semaines environ étaient laissées aux démocrates du Nord et aux démo-

crates du Sud pour réconcilier leurs irréconciliables différends.

Cependant, les hommes modérés qui avaient prévu ces différends et n'avaient point foi dans leur ajustement, s'étaient mis à l'œuvre depuis quelques mois pour édifier un parti mixte, sorte de juste-milieu entre les deux extrêmes, — ni chair ni poisson, — se gardant de marcher sur le sol brûlant de l'abolitionisme ou de nager dans les eaux bouillantes de l'esclavage, — content d'arborer la bannière tant soit peu déchirée déjà de l'Union quaad même. Le parti unioniste se réunit en convention à Baltimore, le 9 mai. Son programme fut des plus honnêtes, mais des plus vagues. Il se bornait à cette formule laconique : « L'Union, la Constitution, le respect des lois. » Il ne fallut que deux séances à l'eau tiède pour faire paisiblement sortir de l'urne le ticket électoral suivant : — Pour président : John Bell du Tennessee ; — pour viceprésident : Edward Everett du Massachussetts. Après quoi, la convention incolore se sépara, sans doute avec l'illusion inoffensive d'avoir trouvé une ancre de salut pour la République en dérive.

A son tour, la convention républicaine se réunit le 16 mai à Chicago. Quel contraste avec la convention démocrate de Charleston! Ici, quatre États du Sud seulement étaient représentés : le Missouri, le Maryland, la Virginie et le Texas. La phalange compacte des délégués, comme une armée disciplinée marchant à la victoire, se mit tout d'abord à l'œuvre avec cet esprit à la fois intelligent et pratique qui va droit au but sans se laisser distraire par des intérêts secondaires ou égarer par des dissentiments dangereux. Le programme était connu d'avance. Il reconnaissait l'esclavage comme une institution locale dont l'abolition ne pouvait procéder que des États où elle existait. Mais il revendiquait la liberté des territoires pour en arrêter l'expansion. Quant au candidat, M. Seward était bien le chef reconnu du parti; mais à l'épreuve du scrutin préparatoire, il fut jugé trop com-

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promis et surtout trop compromettant. Les voix se portèrent sur M. Abraham Lincoln de Tlllinois pour président, et Annibal Hamlin du Maine, pour vice-président. Le parti républicain tenait compte à M. Lincoln dé son infatigable activité pour assurer à la cause l'État de l'IUinois encore indécis, et les délégués surent discerner en lui cette modération intelligente, et ce bon sens pratique qui devaient bientôt caractériser son administration, au milieu des épreuves les plus terribles.

Comme toujours dans les partis en désarroi qui s'accrochent à une cause perdue, l'exemple des républicains fut sans effet sur les démocrates. Les querelles s'envenimaient entre eux, et dans le Sénat, M. Pugh de l'Ohio, répondant à une attaque de M. Benjamin de la Louisiane contre M. Douglas, avait signifié sans ambages « que le Nord ne se soumettrait point aux prescriptions (dictations) du Sud par rapport à ses principes et à ses candidats. » Déclaration explicite — qui présageait clairement le sort de la seconde convention des démocrates à Baltimore. Elle se réunit en effet au jour fixé, et la première question fut celle des prétentions rivales de certaines délégations du Sud se présentant en double.

On se rappelle qu'à Charleston, les délégations de sept États du Sud s'étaient retirées à la suite de l'adoption d'un programme contraire à leurs vues. Ces délégations se présentaient de nouveau à Baltimore. Mais pendant l'intervalle, d'autres délégations s'étaient organisées avec des titres plus ou moins douteux dans les mêmes États, et réclamaient le droit exclusif de les représenter à la convention. Nouvelle cause de divisions. La convention qui avait gardé rancune aux dissidents de Charleston, se prononça contre eux et admit leurs compétiteurs. Aussitôt la scission éclate de plus belle. Une seconde convention s'installe et s'organise en opposition à la première. L'une représente la fraction du Nord, l'autre la fraction du Sud, et de cet antagonisme irrémédiable, sortent bientôt deux tickets électoraux : l'un désigne au

suffrage populaire : — pour président : Stephen A. Douglas de riUinois; — jpour vice -président : Herschel V. Johnson de la Géorgie. L'autre proclame comme cah^ didats de la démocratie : — pour président : John C. Breekenridge du Kentucky; -7- pour vice-président : Joseph Lane de TOrégon. Vingt-cinq États, la plupart républicains, étaient censés représentés dans le premier. Dix-huit Etats, presque tous démocrates-esclavagistes, avaient dans le second l'expression beaucoup plus réelle de leurs convictions et de leurs tendances.

Ainsi les sécessionistes du Sud en étaient venus à leurs fins. En scindant irrévocablement en deux le parti démocrate, en se séparant de leurs alliés du Nord, ils avaient délibérément assuré le triomphe du candidat antiesclavagiste. Certains désormais du résultat, ils n'attendirent plus qu'avec impatience le signal de la rébellion ouverte, se hâtant d'ailleurs d'en compléter tous les préparatifs avec un redoublement d'activité.

Les meneurs du parti se mirent à prêcher partout la sécession avec une ardeur infatigable, et à exploiter tous les moyens pour exciter la haine du Nord dans les populations. Des incendies fréquents et inexpliqués avaient-ils lieu au Texas? c'était l'œuvre des abolitionistes envoyés de la Nouvelle-Angleterre. Des liqueurs frelatées introduites en contrebande par quelques cabaretiers, étaientelles découvertes et saisies, elles étaient transformées dans les journaux en bouteille de strychnine envoyées aux esclaves pour empoisonner les blancs en masse.

Au Nord, les tentatives de rapprochement n'aboutissaient à rien, contrariées qu'elles étaient par les rivalités même des candidats. M. Breekenridge dans le Kentucky attaquait M. Douglas qui, à son tour, dénonçait son adversaire partout où le conduisait sa tournée électorale, à travers le Nord, et jusque dans le Sud. Chez les républicains, au contraire, ni divisions, ni conflits. M. Seward parcourait les États de l'Ouest, appuyant de tous les efforts de son éloquence la candidature de M. Lincoln. Dans les

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meetings, le langage violent des orateurs secondaires engendrait çà et là de rudes bagarres. A Philadelphie, un meeting unioniste fut assailli par les républicains ; à Hannibal (Missouri) les républicains au contraire étaient attaqués par les démocrates. A New- York même il y eut une échauflfourée au passage d'une procession de wide^ aiuakes (association républicaine) devant le Nev-York hôtel, quartier général des démocrates.

Au mois d'octobre, l'agitation était à son apogée quand vint l'époque des élections partielles — dans une partie des États du Nord. Le résultat de ces élections était depuis longtemps reconnu comme présageant le sort de l'élection présidentielle. Or, cette fois, la victoire des républicains fut complète, et la Pennsylvanie précédemment démocrate, se rangea définitivement sous leur bannière.

Ce fut alors que toute illusion se dissipant devant l'évidence, trois plans distincts de sécession furent formulés et discutés publiquement dans le Sud :

1^ Au lendemain de l'élection de M. Lincoln, la législature de la Caroline du sud convoquée d'urgence passerait, au nom de l'État souverain, une loi révoquant les fonctionnaires fédéraux, prescrivant la prise de possession des fonds de la sous-trésorerie fédérale, etc., etc. En cas de tentative de coercition, l'assistance matérielle des autres États du Sud serait invoquée;

î^ Les gouverneurs des États convoqueraient leurs législateurs par proclamation, aussitôt que l'élection de M. Lincoln serait constatée ; on déclarerait l'Union dissoute et on proclamerait M. Breekenridge président de la Confédération du Sud ;

3^ On attendrait l'inauguration de M. Lincoln, sans s'y opposer, et la proposition au Congrès de l'abolition de l'esclavage dans le district de Colombie serait, pour les représentants des quinze États du Sud, le signal de se retirer en masse, et de proclamer la sécession.

On le voit, la question de séparation n'était plus même l'objet d'un doute. La discussion portait simplement sur

la manière de procéder. Cela est si vrai que dès cette époque, des ouvertures furent faites au gouvernement français au nom de la future Confédération.

Vint enfin le grand jour, — le jour de l'élection présidentielle, — le mardi 6 novembre 1860, — date à jamais mémorable non seulement dans l'histoire des États-Unis, mais encore dans l'histoire du monde civilisé. Le vote se fit partout avec un calme solennel, — le calme momentané qui, dans l'ordre moral comme dans l'ordre physique, précède souvent le déchaînement immédiat des tempêtes. Le soir môme on sut que l'État de New- York, dernier espoir des esclavagistes, donnait une majorité de plus de 40,000 voix à Abraham Lincoln. Voici quel fut le résultat :

LINCOLN EX HAMLIN ÉTATS. Totes présWeatieli

Californie Connecticut .

Illinois . .

Indiana . .

lowa . . .

Maine. . .

Massachussetts Michigan. .

Minnesota .

New-Hampshire New-Jersey .

New- York .

Ohio . . .

Oregon . .

Pennsylvanie.

Ehode-Island Vennont . .

Wisconsin .

Total

ïicT

BBEEKEN&IDQE ET I<ANB

ÉTATS. Total prtsideitiiU.

Alabama 9

Ârkansas ...... 4

Caroline du nord . . 10

Caroline du sud . . . 3

Delaware 3

Floride 3

Géorgie 10

Louisiane 6

Maryland 3

Mississipi 7

Texas Jt^

Total . . 62

BELL £1 ETEfiETT

Kentucky 12

Tennessee .... 13

Virginie 15

Total . . 40

DOUGLAS ET JOHNSON ÉTATS. Tôles prtiWeatioli.

Missouri .

New-Jersey

Total

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Majorité de Lincoln sur tous ses concurrents : 67 votes présidentiels. Dans le vote populaire, il l'emportait de 506,060 voix sur le plus favorisé de ses concurrents.

A partir de l'élection de M. Lincoln, l'action remplace la menace. Dés le lendemain (7 novembre), la législature de la Caroline du sud passe des résolutions pour convoquer une convention d'État; puis coup sur coup elle vote l'armement immédiat de la population, — la levée d'un million de dollars et différentes mesures de guerre. En même temps, les organisations militaires se forment de tous côtés; les meetings sécessionistes se succèdent sans relâche. La fièvre de séparation gagne tous les États à coton, et même en Virginie, les milices prennent les armes. Le drapeau de l'Union disparaît pour faire place, dans la Caroline, à celui du palmier, dans la Géorgie à l'ancien étendard fédéral. Enfin, comme pour compliquer encore les difficultés, de nouveaux troubles éclatent au Kansas, par suite des retards apportés par le Congrès à Tadmission formelle du nouvel Etat.

A ces attaques directes et multipliées contre le gouvernement fédéral, M. Buchanan n'opposait que l'inertie d'une imbécillité sénile ou l'hypocrisie d'une trahison latente. A l'ouverture du trente-sixième Congrès qui eut lieu le 3 décembre, son message présidentiel sans élan, sans inspiration, ne s'éleva point au dessus des procédés étroits et chicaniers d'une discussion technique. M. Buchanan avait dit autrefois de M. Webster : « C'est un homme d'État remarquable, mais il n'est pas politicien. » Ce à quoi M. Webster avait répondu : « M. Buchanan est un grand politicien, mais il ne sera jamais un homme d'État. » Les derniers actes de sa carrière politique prouvèrent qu'il était tombé encore au dessous de cette appréciation. Un mot de M. Seward caractérise parfaitement le piètre document adressé au Congrès. « Le président, dit le sénateur de New- York, — a démontré deux choses : P qu'aucun État n'a le droit de se retirer de l'Union, à moins qu'il n'en ait envie ; — 2^ que le devoir du président

est de donner force aux lois, à moins que quelqu'un ne s'y oppose. »

La trahison siégeait en outre dans les conseils de ce président-soliveau. MM. Cobb secrétaire du trésor, — Thompson secrétaire de l'intérieur, — Floyd secrétaire de la guerre, appartenaient au Sud, et favorisaient activement la sécession. Pour les faire renoncer à leur position influente dans l'administration qu'ils avilissaient, il fallut la découverte de vols gigantesques au département de l'intérieur, vols dans lesquels M. Floyd se trouva directement compromis par sa signature apposée sur des bons indiens falsifiés. Ce ne fut pas toutefois avant que les pouvoirs du secrétaire de la guerre eussent été employés à expédier dans le Sud, sous divers prétextes, des quantités considérables d'armes qui devaient servir à la rébellion. M. Buchanan lui-même ne se retira point les mains nettes de toute participation à ces envois, après qu'une émeute populaire à Pittsburg eut empêché l'envoi dans le Sud de pièces et de munitions d'artillerie, expédiées par son ordre. Voilà dans quelles mains était tombé le gouvernement de la république, et à quels hommes le soin de son salut restait encore confié pour quelques mois. Isolés de la nation par la déconsidération générale, ils n'avaient plus autour d'eux qu'un groupe d'intrigants âpres à la curée jusqu'au bout, se hâtant aux dernières faveurs du pouvoir, et quasi apud senem festinantes.

Le 20 décembre, la Caroline du sud, réunie en convention, déclara l'Union dissoute, et, se constitua en État indépendant. La scène fut solennelle. Les délégués vinrent à tour de rôle déposer leurs votes à l'appel de leurs noms. Ils étaient 169. Il n'y en eut pas un qui se prononçât contre cette mesure révolutionnaire. Une ordonnance prescrivit le versement des revenus de la douane dans le trésor de l'État. Le gouverneur fut investi de tous les pouvoirs exercés précédemment par le président, et un conseil exécutif de quatre membres lui fut adjoint. La sécession était désormais un fait accompli, dans la Caro-

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line du sud. Exemple fatal qui ne pouvait manquer d'être promptement suivi, surtout en présence de lïnertie persistante du gouvernement fédéral. Déjà en effet, les conventions de cinq autres États étaient convoquées pour le mois de janvier, et l'armement des volontaires s'y poursuivait sans relâche.

Pour conjurer le mal, M. Buchanan n'imagina rien de mieux que d'ordonner un jour de prières publiques. Ne sachant à quel saint se vouer, il lança une proclamation en style de mandement pour invoquer l'intervention de la Providence, à la date spéciale du 4 janvier 1861. L'inspiration ne parut pas être celle du Saint-Esprit à un peuple dont la maxime pratique est en fait de religion : « Aidetoi, le ciert'aidera. » Et il ne semble pas que VOrate, fratres du révérend James Buchanan ait eu plus de succès auprès de la Providence, pour qui la sécession était le moyen d'accomplir l'abolition radicale et définitive de l'esclavage.

Au Congrès,. les représentants du Sud revendiquaient hautement le droit de séparation que les représentants du Nord déniaient absolument. Vaines discussions, — ce me semble. Qu'est-ce que le droit sans la force? Une fiction. Dans les circonstances où l'on se trouvait alors aux États- Unis, qu'était-ce d'ailleurs que ce droit abstrait? où se trouvait-il? Les arguments ne manquaient ni d'un côté ni de l'autre. Il en était de la Constitution en politique comme de la Bible en religion. Chacun l'interprétait à sa conve- Dance, et tout le monde y trouvait chaussure à son pied.

— La Constitution, disait le Sud, reconnaît l'esclavage qui est la base de notre organisation sociale et politique. Vous la violez en attaquant nos institutions particulières !

— N«n ! — s'écriait le Nord, — la Constitution tolère, il est vrai, l'esclavage , et nous le tolérons dans les États où il existe; mais nous en combattons l'introduction dans les territoires qui sont libres et qui resteront libres en vertu des pouvoirs donnés au Congrès par la Constitution. — Le pacte fédéral étant violé, — disait encore le Sud, — il cesse d'être obligatoire. Nos pères ont fondé une Union

d'États souverains basée sur le principe fondamental du self govemment , sur la concurrence d'intérêts communs, et sur le partage égal d'influence dans le pouvoir central. Aujourd'hui les intérêts sont devenus incompatibles, l'égalité de pouvoir illusoire , et en vertu du même principe de self govemment, nous usons de notre droit, et nous dissolvons l'Union. — Le pacte fédéral n'est pas violé, répliquait le Nord, et il demeure obligatoire. L'Union fondée par nos pères est basée sur la renonciation formelle et perpétuelle par les Etats à certains droits de souveraineté définis. L'intérêt commun domine toujours quelques intérêts locaux doat la divergence n'a rien d'inconciliable; le partage du pouvoir est proportionnel au chiffre des gouvernés, conséquence logique des institutions démocratiques. Vous n'avez pas le droit de dissoudre l'Union. — Avant tout, proclamait enfin le Sud, nous devons allégeance à la souveraineté de nos États respectifs. — Avant tout, proclamait le Nord, — nous devons allégeance à la souveraineté du gouvernement fédéral. — Telles étaient en somme, les questions débattues à grands renforts de développements oratoires.

Allons au fond des choses, et cherchons ce qu'il y avait en réalité sous ce fiot tumultueux d'argumentations. Pour moi qui, à cette époque, voyais de près manœuvrer les machinistes derrière la scène du journalisme, je n'y ai découvert que ceci : en dépit de la prépondérance croissante du Nord, le Sud par son comité d'action et la supériorité de ses hommes politiques, avait jusqu'alors gouverné l'Union. Du moment que le pouvoir lui était enlevé, il tombait dans une infériorité relative irrémédiable. Malheureusement pour lui, la disproportion créée pat son état de stagnation comparative en face des progrès gigantesques du Nord, tenait à des causes qui, en dehors du développement des intérêts matériels, avaient creusé entre eux un abîme que rien ne pouvait combler. Je veux parler de l'esclavage. Il faut toujours y revenir. L'esprit de liberté qui produisait des merveilles dans le Nord , ne

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pouvait pactiser plus longtemps avec les superstitions vieillies qui interdisaient à sa marche progressive l'accès de ces riches contrées, de ce beau climat réservé au travail forcé des noirs. Dans les États libres, la haine de l'esclavage avait marché de pair avec les développements de la civilisation. De là cette lutte de plus de quarante ans qui avait moralement scindé l'Union en deux, et qui ne pouvait aboutir qu'à la guerre, cet argument décisif et irréfutable.

En pareil cas, à quoi bon les discussions? Les hommes du Sud ne s'y livraient plus guère que pour gagner du temps et s'assurer les meilleures chances possibles dans l'épreuve des batailles. Mais ce temps par eux si bien employé, le Nord le gaspillait au contraire en tentatives puériles de conciliation.

M. Crittenden, le Nestor de l'ancien parti whig, le collègue des Clay et des Webster, croyait encore sauver l'Union par un retour pur et simple au Compromis du Missouri. Un certain nombre de représentants des États frontières se groupaient autour de lui ; mais pour réaliser sa proposition, il eût fallu la concurrence des deux tiers du Congrès, et la Chambre des représentants refusait même d'en entendre la lecture. La formation, au Sénat et à la Chambre, de comités chargés de s'occuper spécialement de la condition de l'Union , n'avait rien produit. En désespoir de cause, une convention générale « de la paix » fut convoquée à Washington sur l'initiative de la Virginie encore indécise et in(juiète de se sentir entre le marteau et l'enclume. Treize Etats seulement (sept libres et six à esclaves) s'y firent représenter. Inutile d'ajouter que les conférences de la paix, auxquelles les États du centre avaient seuls pris part, n'aboutirent à rien.

Pendant qu'on pérorait dans le Nord, que faisait-on dans le Sud?

Le mois de janvier avait vu s'accomplir la sécession successive de cinq États : le Mississipi, la Floride, l'Alabama, la Louisiane et la Géorgie.

Si QUATRE ANS DE CAMPAGNES

Le Mississippi transformait le poste fédéral de Wicksburg en forteresse commandant la navigation du fleuve. La Floride s'était emparée des forts fédéraux de Key^ West; — la Géorgie, des forts Pulaski et Jackson et des arsenaux de Savannah et d'Augusta; — la Louisiane, de tous les forts et arsenaux situés dans l'État; — l'Alabama avait fait de même.

En dehors des États formellement séparés, la Caroline du nord avait pris l'avance en occupant les fortifications de Beaufort et de Wilmington, et l'arsenal de Fayetteville ; l'Arkansas en s'emparant de l'arsenal de Little Rock contenant neuf mille fusils et quarante pièces d'artillerie; — eafin le Tennessee fortifiait Memphis, et la trahison du général- Twiggs livrait à l'ennemi les forts, le matériel et partie des troupes qui se trouvaient au Texas. Le premier coup de canon avait même été tiré dans la Caroline du sud toujours ardente à pousser les choses à l'extrême.

Lorsqu'en décembre, la convention carolinienne avait ^

passé l'acte de sécession, le gouvernement des États-Unis ;;

n'avait à Charleston qu'une centaine de soldats casernes .,:

au fort Moultrie, sous le commandement du major Andersen. Cet officier, d'une loyauté inébranlable, comprit -: tout de suite qu'avec sa poignée d'hommes, il était là à la i merci de l'ennemi. Le fort Sumter, isolé au milieu de l'eau^ t à l'entrée de la baie qu'il commandait, lui offrait un poste 'i beaucoup plus sûr. Il se hâta de s'y transporter. Là da |i moins, il était à l'abri d'un coup de main. Mais sa posi- j^ tion n'en restait pas moins très précaire. Les Caroliniens j;: occupaient tous les forts de la baie, dont ils poursuivaient |: l'armement avec une grande activité. Ils élevaient en outre '^ sur divers points de nouvelles batteries dont les lignes de j; tir convergeaient sur le fort Sumter. Le major Andersen rendait compte au département de la guerre du progrès de ces travaux menaçants. Le fort Sumter en voie de réparations n'était point, à vrai dire, en état de défense. On y était à court d'hommes, à court de munitions, à cottrt

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de provisions. Il était urgent de le ravitailler et d'en renforcer la petite garnison. Après bien des retards et des hésitations, on décida enfin d y expédier le vapeur Star of the west portant deux cent cinquante hommes et des provisions. Il était déjà trop tard. Le transport arrivant dans la passe, pavillon déployé, y fut reçu à coups de canon par une batterie élevée sur Morris Island. C'était un bâtiment marchand nolisé par le gouvernement. Il dut rebrousser chemin sans avoir accompli sa mission. Andersen et sa petite troupe fidèle restèrent abandonnés à leur sort, et sous le coup de pareille insulte au pavillon national, le président Buchanan s'humilia jusqu'à promettre de ne plus envoyer ni hommes, ni munitions, ni provisions à cette poignée de braves qui seuls arboraient et défendaient encore le drapeau des États-Unis en face des rebelles de la Caroline du sud. Si c'est là de la mansuétude, qu'est-ce donc alors que la lâcheté?

L'orgueil national s'indigna d'une faiblesse si honteuse, mais le peuple se résigna à la patience. L'administration avilie n'avait plus que quelques semaines d'existence. L'opinion trouva du moins quelque consolation à reconnaître que dans le cabinet se trouvait un homme dont le coeur ne recelait ni trahison ni faiblesse, lorsque le général Dix, le nouveau secrétaire du trésor, envoya au commandant d'un des cotres de la douane cet ordre péremptoire : If any one attemps to haul down the American flag^ shoot him on the spot (1).

Ce fut le seul membre de ce gouvernement eunuque qui donnât signe de virilité. Le général en chef Winfield Scott n'était plus à la hauteur des circonstances. Sa glorieuse réputation appartenait au passé. Affaibli moralement et physiquement par les années, l'ancien candidat à la présidence ne voyait qu'une issue à la lutte engagée : la dislocation de l'Union en quatre confédérations, — et

(1) Si qaelqa'im tente d'amener le pavillon américain, brûlez-lui la cervelle sur place.

le vainqueur de Mexico ne pouvait plus ni organiser ni conduire une armée. Et cependant, la capitale commençait à être menacée, et avec sa population imprégnée de l'esprit du Sud, elle pouvait inspirer la tentation de quelque aventureux coup de main.

Dans le commencement de février, dédaignant même d'attendre l'inauguration du président élu, et profitant de la complicité passive du président encore en fonctions, les six États séparés organisèrent un gouvernement provisoire à Montgommery (Alabama)! M. JeflFerson Davis du Mississippi, y fut proclamé président, M. Alexandre Stephens, de la Géorgie vice-président. La constitution de la confédération nouvelle fut calquée sur celle des Etats-Unis, sauf quelques variantes en accord avec les circonstances.

M. Davis était connu comme un des chefs exaltés du mouvement sécessioniste. Né dans le Kentucky en 1806, il avait par conséquent cinquante-cinq ans à cette époque. Ancien élève de Westpoint, il avait suivi pendant quelque temps la carrière militaire et s'y était distingué contre les Indiens. Retiré en 1835 sur une plantation où il se livrait à la culture du coton, il avait repris les armes en 1846 pour se battre au Mexique comme colonel d'un régiment de volontaires du Mississippi. La paix l'ayant rendu à la vie civile, il avait été élu sénateur, avait occupé le poste de secrétaire de la guerre pendant la présidence de M. Pierce, et avait ensuite repris au Sénat le siège que lui fit abandonner la sécession de l'État qu'il représentait. Malgré son éducation, il était plus homme d'État qu'homme de guerre ; d'une volonté tenace, d'une énergie infatigable, il marchait à son but avec la persistance des convictions absolues ou des ambitions sans scrupules. : M. Stephens, au contraire , avait été l'un des derniers unionistes de la Géorgie. Il avait résisté d'abord au mouvement révolutionnaire, et risqué sa popularité, pour exposer, avec une hauteur de vues et une justesse d'appréciation remarquables, les dangers, les obstacles, les

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catastrophes inséparables d'une scission. Mais ce devoir accompli, il avait accepté sa part des calamités prévues, et suivi la fortune de son État qui, dans ses idées, avait sur lui des droits supérieurs à ceux du gouvernement fédéral. En lui donnant la seconde dignité dans la Confédération du Sud, la convention faisait acte d'habileté. Elle s'assurait la coopération active d'une haute personnalité dont l'influence derait rallier beaucoup de consciences indécises et de caractères chancelants.

Lors donc que M. Lincoln prit en main le pouvoir, il se trouva en face d'une Confédération constituée dans le Sud et organisée sur le pied de guerre. De Springfield à Washington, son passage à travers une partie des États libres avait été signalé par une série d'ovations ; mais pour arriver dans la capitale, il lui fallait traverser le Maryîand, État à esclaves qui avait voté contre lui avec l'extrême Sud. Les informations assez précises d'un complot contre sa vie, l'obligèrent à se séparer de sa suite à Harrisburg, et ce fut sous le plus strict incognito que , sans s'arrêter à Baltimore, il atteignit le but de son voyage. Il fut inauguré le 4 mars, date prescrite. Son discours fut sobre d'engagements, exempt de menacés, mais non de fermeté, «t explicite en un point : le devoir de recouvrer par la force toutes les propriétés fédérales enlevées au gouvernement par les États en rébellion, et la détermination de l'accomplir. C'en était fait des lâches tergiversations; l'heure de l'action avait sonné.

Pour cette épreuve terrible où le sort de la République allait se jouer sur les champs de bataille, M. Lincoln s'entoura d'abord d'hommes dévoués à la cause nationale et résolus à donner force à la volonté du peuple. C'étaient : M. Seward, de New- York, désigné d'avance pour la secrétairerie d'État; M. S. P. Chase, de l'Ohio, au trésor; M. S. Caméron, de laf Pennsylvanie, à la guerre; M. G. Welles, du Connecticut, à la marine ; M. C. B. Smith, à l'intérieur, etc., etc. Mais tout était à faire, tout à créer.

En quittant le pouvoir , pour se dérober au mépris pu-

blic dans lobscurité de la vie privée, M. Buchanan laissait à son successeur TUnion démembrée, une Confédération rebelle de six États auxquels allait, dans quelques jours, s'adjoindre un septième, le Texas , — six autres États en révolte contre l'autorité fédérale, et appartenant déjà virtuellement à la Confédération du Sud. Contre cette formidable levée de boucliers, point d'armée; — 653 hommes, officiers compris, dans la capitale ; — des arsenaux vides ; — des forts sans garnison et sans armement; — une marine disséminée au loin , et suffisante à peine à la protection du commerce en temps de paix ; — un trésor à peu prés à sec; — enfin, le Nord encore inactif, travaillé dans son immobilité par des dissidences d'opinion, trahi par des intérêts personnels, livrant clandestinement au Sud le produit des manufactures d'armes particulières.

Telle était la situation. Beaucoup la jugeaient désespérée; mais on ignorait encore quelles immenses ressources un peuple libre peut trouver dans les élans de son patriotisme et quels prodiges il peut accomplir pour sauver à la fois et son existence et ses institutions. Ce grand spectacle, l'Amérique allait le donner au monde. Elle n'attendait que le signal des canons du fort Sumter, et il ne se fit pas longtemps attendre.

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