‹ Quatre cents ans de Concordat (volume 2)Chapitre 10 sur 21 · L ANCIEN REGIME ET LE CONCORDAT · texte numérisé non relu

L ANCIEN REGIME ET LE CONCORDAT

parti pour le roi contre le pape : « Nous regardons avec douleur cette procédure extraordinaire qui, loin de soutenir l'honneur de la religion et la gloire du Saint-Siège, serait capable de les diminuer et de produire de très mauvais effets. ... Nous sommes si étroitement attachés à Votre Majesté que rien n'est capable de nous en séparer. Cette protestation pouvant servir à éluder les vaines entreprises du Saint-Siège^ nous la renouvelons à Votre Majesté avec toute la sincérité et toute Taffection qui nous est possible; car il est bon que toute la terre soit informée que nous savons comment il faut accorder l'amour que nous portons à la discipline de l'Eglise avec la glorieuse qualité que nous voulons conserver à jamais, Sire, de vos très humbles, très obéissants, très fidèles et très obligés sujets \ »

Ces évêques de l'assemblée de 1682, à vrai dire, ils furent triés sur le volet; nous n'en sommes plus h penser avec le cardinal de Bausset qu'ils formaient « l'élite de tout ce que l'Eglise gallicane comptait alors de plus pieux, de plus savant et de plus éclairé" ». En réalité, on y vit trente-six archevêques ou évoques et trente-huit ecclésiastiques du second ordre, dont un certain nombre étaient des hommes de valeur, mais dont beaucoup, par leur servilité à l'égard du maître, nous apparaissent comme médiocrement dignes d'estime. Je mets à part Bossuet de qui le grand

' Gérin. Recherches Iiistoiiqucs sur l'Assemblée de lOSa, p. 118. ■^ Vie de Bossuet, t. II, 1. Y], p. 121.

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nom avait paru nécessaire à Louis XIV pour couvrir les actes de l'assemblée et qui s'y conduisit, quoi qu'en aient pu dire ses ennemis, précisément de manière h prévenir le schisme. Plus encore que Richelieu en i6/\i, Louis XIV avait pratiqué la candidature oflicielle ; il avait pris la peine de désigner qui devait être nommé et qui devait être exclu. C'est ainsi qu'il avait prononcé l'exclusion contre les trois archevêques de Lyon, d'Aix et de Besançon, le premier parce qu'en qualité de primat des Gaules, il aurait pu revendiquer la présidence et que le roi la réservait à Harlay de Champvallon ; le second, parce qu'il avait écrit au chancelier que l'assemblée n'était pas canonique et ne ferait qu'augmenter la division, le troisième, parce qu'il était en lutte ouverte avec le gouvernement royal, qui, depuis la conquête de la Franche- Comté, portait atteinte à ses droits temporels.

Les deux présidents étaient Harlay de Champvallon, archevêque de Paris, et Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims ; Harlay de Champvallon, homme d'esprit et bon administrateur, de mœurs fort suspectes, courtisan dans Lame, de qui M"'*' de Coulanges devait écrire à M°'^ de Sévigné, le 12 août 1690, lorsqu'il mourut subitement : a II s'agit maintenant de trouver quelqu'un qui se charge de Loraison funèbre du mort. On prétend qu'il n'y a que deux petites bagatelles qui rendent cet ouvrage dillicile, la vie et la mort. » Le Tellier, doué de rares talents,

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sachant beaucoup pour avoir suivi avec soin les conférences qui se tenaient chez lui, mais frère de Louvois, très ambitieux, entièrement dévoué au pouvoir. Puis venaient Nicolas Colbert, coadjuteur de Rouen, fils du grand Colbert, animé des même dispositions que le frère de Louvois ; Phéljpeaux de La Vrillière, archevêque de Bourges, fils de l'ancien secrétaire d'État de ce nom, frère du marquis de Châteauneuf, alors recrétaire d'État, et lui-même ancien conseiller au Parlement ; Bourlemont, archevêque de Bordeaux, qui avait été. vincrt-deux années durant, aoeut du oouver-

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nement français à Rome. Un seul archevêque présentait des garanties d'indépendance, Théodore de Brias, le dernier archevêque de Cambrai qui ait été élu, d'une parfaite simplicité et d'une ferme vertu. Parmi les évêques, Colbert de Saint- Pouange, cousin du ministre, évêque de Montauban, et de La Berchère, évêque de Lavaur, tous deux dévoués à Montpezat, l'archevêque de Toulouse, l'exécuteur des volontés royales dans le schisme de Pamiers provoqué par la régale. Chavigny, évêque de Troyes, fils du secrétaire d'Etat de ce nom. alors assez dissipé ; Gilbert de Choiseul-Praslin, évêque de Tournai, sur les extrêmes frontières de l'orthodoxie, fougueux contre le pape ; Antoine de Noailles, évêque de Chàlons, a tendances jansénistes, faible de caractère ; Tessé, évêque d'Avranches, à qui Colbert avait écrit que le roi, « estimant qu il pourrait servir plus utilement qu'aucun autre, avait fait

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choix de lui pour être député à l'assemblée du clergé ; Daniel de Cosnac, évèque de Valence, si connu par son esprit et ses intrigues, auxiliaire dévoué de Ilarlay ; Roquette, évèque d'Autun, alors en lutte ouverte avec le pape et s'appuyant contre lui sur les juges séculiers ; Ancelin et Daquin, le fils de la nourrice et le frère du médecin de Sa Majesté,

L'assemblée de 1682 n'est donc pas la libre, sincère et complète représentation de l'Eglise de France, même telle que l'avait faite le despotisme de Louis XIV. Il n'en est pas moins vrai que l'on avait pu trouver dans cette Eglise plus de trente évêques disposés à suivre le roi et Colbert dans leurs projets fort peu respectueux des droits du Saint-Siège. Pour Colbert il s'agissait, ni plus ni moins, — cette intention il l'avait déjà manifestée lors de l'arrêt d'Agen, — d'assurer au chef de l'Etat une sorte de suprématie, même spirituelle, dans l'Eglise de France, suprématie que revendiquait pour Louis XIV « en tant que roitrès chrétien et protecteur des canons », le maître des requêtes Le Vayer de Boutlgny, cet habile légiste de qui le grand et despotisque ministre se servait pour répandre ses idées et y accoutumer l'opinion ^ Il voulait notamment amener l'assemblée du clergé à reconnaître au

* Le Vayer de Bouligny publia en 1669 son traité : De l autorité du roi touchant Vâge nécessaire à la profession religieuse et, en 1682, le traité : De l'autorité des rois dans Vadniinistration de VÉsUse.

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souverain, non seulement la régale temporelle, mais aussi la régale spirituelle, c'est-à-dire le droit de conférer tous les bénéfices vacants dans un diocèse, tant que le siège épiscopal était inoccupé, et cela pleno etpropriojuj'e, non pas même comme l'ordinaire, mais comme le pape, au détriment de tout patron même ecclésiastique, sans souffrir la prévention a parce que le roi n'a pas de supérieur ^ ». Et pour cela il fallait d'abord définir que le roi n'a pas de supérieur et par conséquent déclarer les limites de l'autorité pontificale ; dans le système tout se lient; mais, si l'on va au bout, on n'est plus Louis XIV, on est Henri VIII.

On sait comment l'Eglise de France se sauva elle-même et sauva du même coup une part essentielle de la discipline catholique en accordant au roi l'extension de la régale temporelle a tout le royaume, à condition qu'elle renonçât à la régale spirituelle, ce qu'il fit; mais le pape fut sacrifié. Non seulement l'assemblée blâma son intervention et ses votes dans les deux affaires du monastère de Charonne et du schisme de Pamiers ; mais elle vota les fameux quatre articles qui disaient en substance: i° que les rois et les princes ne dépendent en aucune façon au temporel de la puissance ecclésiastique ; 2"^ que la pleine jouissance du siège apostolique sur les choses spirituelles doit être entendue de telle sorte que les décrets du concile de Constance gardent leur entière valeur; 3° que

* C'est la thèse du Parlement de Paris. Cf. Fleuky. Institutions du droit ecclésiastique^ 2" pai'tie, ch. xviii.

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l'exercice de Tautorité pontificale doit être transféré par les canons de TEglise, que les règles et coutumes de TEglise gallicane valent aussi, ^mlere etianij 4° ^{^^^ les décisions du pape en matière de foi ne sont irréformables qu'avec le consentement de TEglise.

L'orgueil gallican des membres de l'assemblée se révolta lorsque Innocent XI annula leurs actes par le hveî Paternœ caritati du 1 1 avril 1682 et il inspira cette protestation du 6 mai qui commence par ces mots ; « L'Eglise gallicane se régit par ses propres lois; elle garde inviolablement ses coutumes, auxquelles les pontifes gallicans, nos prédécesseurs, n'ont jamais laissé déroger par nulle définition, nulle autorité. » Ces paroles ne sonnent-elles point le schisme, surtout si l'on se rappelle cjue Harlay de Champvallon entendant lire par Bossuet, avant l'ouverture de l'assemblée, cette phrase du sermon sur V Unité, qu'il fallait tout souffrir plutôt que de se séparer de F Eglise romaine, avait proposé de supprimer romaine et de s'en tenir à l'expression vague d'Église en général. Bossuet avait refusé.

Plus sage que tel de ses évêques, Louis XIV avait compris la leçon du grand évêque lorsqu'il s'était écrié dans le même sermon : « Quel aveuglement quand les royaumes chrétiens ont cru s'aO'ranchir en secouant, disaient-ils, le joug étranger... Quelle erreur quand des rois ont cru se rendre plus indépendants en se rendant maîtres de la religion ! ... Dieu préserve nos rois très chrétiens de pré-

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tendre h Tempire des choses sacrées, et qu'il ne leur vienne jamais une si détestable envie de régner ! »

L'assemblée voulait envoyer sa protestation à tous les évoques de France ; le roi l'en empêcha; le 9 mai, il suspendit ses séances, le 29 juin, il signa Tordre de dissolution immédiate. Ainsi, dit spirituellement Joseph de Maistre, a Louis XIV la rompit brusquement avec tant de sagesse et d'à-propos qu'on lui pardonne presque de Tavoir convoquée \ »

Croit-on que Louis XIY se fût montré aussi soucieux de l'unité de l'Eglise si, par le concordat, il n'eut été assuré de la fidélité et de la soumission de ses évêques ; h quels excès ne se fût-il pas laissé entraîner ? En cette circonstance comme en tant d'autres, le concordat a prévenu de plus grands maux.

Mais, dira-t-on, c'est au prix de la dignité de l'Eglise et même de l'intégrité de sa doctrine. Point. L'Eglise de France, ou une partie de l'Eglise de France, a commis une faute, c'est entendu; mais, 1^, cette faute, l'Eglise romaine était là pour la réparer, ce à quoi elle n'a pas manqué , et 2.° toute l'histoire de l'Eglise de

^ De r Église i^allicane. I. IT. ch. xi.

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France ne se résume pas dans la déclaration de

Si conciliante qu'elle fût, la cour de Rome n'a jamais capitulé devant Louis XIV sur le terrain spirituel, et, pour se défendre, le concordat lui a suffi. Alexandre YII n'a-t-ii pas répondu aux exigences injustifiées du grand roi en lui faisant attendre les bulles pour ses candidats à l'épiscopat ? Clément X n'a-t-il pas repoussé toutes les aggravations du concordat que Louis XIV lui a demandées en 1673? N'a-t il pas réclamé la suspension de tous les édits touchant aux matières ecclésiastiques jusqu'à ce que Taccord fût fait entre les deux puissances ? N'a-t-il pas écrit h Louis XIV : « Nous ne croirons jamais que Votre Majesté puisse oublier tant d'actions où elle a cherché la gloire de Dieu autant que la sienne; démentir le respect et la soumission invariables de ses ancêtres pour le siège apostolique ; rompre avec ses propres inclinations ; désavouer sa conduite passée et sa renommée » ? Innocent XI n'a-t-il pas, en 1680, alors que toute l'Europe tremblait devant Louis XIV, annulé la nomination faite par ce prince, en violation du concordat, d'une abbesse au monastère de Charonne ? N'a-t-il pas condamné les ordonnances du même Louis XIV sur la régale ? N'a-t-il pas cassé les actes de l'assemblée de 1682 ? N'a-t-il pas, — et son successeur tout comme lui, — refusé leurs bulles aux ecclésiastiques qui avaient pris part h cette assemblée et dont le roi de France prétendait faire des évê-

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ques, à tel point que, de ce chef, 82 diocèses de France se trouvèrent vacants? N'est-ce pas Louis XIY qui, après avoir essayé de divers expédients pour se passer de l'institution canonique, a dû s'incliner enfin devant Innocent XII, successeur d'Alexandre VIII ? Les évoques qu'il avait nommés n'ont-ils pas dii signer une rétractation et lui-même n'a-t-il pas dii s'engager a ne pas faire exécuter l'édit de mars 1682 prescrivant l'enseignement des quatre articles, soumission qui causa une sensation profonde en Europe ^ ? Ainsi, cette crise, la plus grave de toutes celles qu'aient traversées dans ses relations avec rÉglise l'Ancien Régime, se termina à l'entier avantage de la Papauté.

J'ajoute que l'Eglise de France elle-même, à part cette douloureuse affaire de 1682, n'entendit jamais le gallicanisme à la façon du roi et moins encore à la façon du Parlement. Ecoutez -la protester toutes les fois que ce corps veut toucher a la doctrine ou à la discipline catholique, que ce soit en 1625 dans l'affaire des censures réclamées par Richelieu, que ce soit en i665 et en 1666, dans la question janséniste, que ce soit en 1670, lorsque l'affaire de la régale se pose pour la première fois, que ce soit surtout sous Louis XV, au cours de l'interminable affaire des refus de sacrements, jamais elle n'hésite à déclarer schisma-

' Voir à ce sujet les deux chapitres de Gérin : Rétractation des évéques ; Rétractation du roi^ dans les Recherches historiques sur l'assemblée de 1682.

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tiques, voire même hérétiques, les théories parlementaires : (( Dans mon sermon sur Vunitè de V Eglise^ écrira Bossuet, indispensablement obligé de parler des libertés de l'Eglise gallicane, je me proposai deux choses, l'une de le faire sans aucune diminution de la véritable grandeur du Saint- Siège, l'autre de les expliquer de la manière que les entendent les évèques et non de la manière que les entendent les magistrats. » Et la manière des évèques est telle que l'historien Daunou ne craindra pas d'affirmer « le secret penchant qui, depuis iSôo, entraînait le clergé français au système ultramontain \ »

Au surplus nous possédons un document authentique où l'Eglise de France a nettement défini sa doctrine sur les relations des deux pouvoirs et le degré d'indépendance qu'elle revendiquait. Ce sont les fameux Actes du Clergé de i|^65 ; il nous est doux de les citer à côté de la Déclaration de 1682 : « Si les ministres de Jésus-Christ sont tenus d'obéir au prince dans l'ordre politique et temporel, l'Eglise universelle a toujours enseigné que les rois sont tenus d'obéir aux pontifes dans l'ordre de la religion ; c'est à eux seuls qu'appartient le gouvernement de rÉglise... A l'Eglise appartient la décision, au prince la protection, la défense, l'exécution des canons et des règles ecclésiastiques. Cette protection que les rois doivent à l'Eglise n'est point

' Daunou. Puissance temporelle des papes, t. I, p. 358.

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un droit qu'ils acquièrent sur ses décisions ; la défense des canons est un devoir que leur impose l'autorité dont ils sont revêtus. Mais les canons disent que c'est aux prêtres à juger les choses de Dieu et que le jugement de l'Eglise n'emprunte pas sa force delà puissance royale... Le prince est l'évêque du dehors, le vengeur des règles anciennes ; mais il ne peut en établir de nouvelles, ni contredire celles qui sont établies. »

Non moins énergiques étaient les évêques dans l'affirmation de leur droit d'enseigner librement. « L'enseignement est le premier devoir des pontiles : il est donc aussi le premier objet de leui indépendance. L'Eglise, persécutée dans les premiers siècles, n'a jamais cessé d'être libre au milieu des chaînes et des tourments ; et cette liberté qu'elle a su défendre contre la violence des persécutions n'a pu lui être ravie par la conversion des princes; en devenant ses enfants, ils ne sont pas devenus ses maîtres. Le silence ne peut être imposé à ceux que Dieu a établis pour ses organes... La règle de l'Eglise ne condamne au silence que ce qui est contraire à sa doctrine, et défend d'affirmer ou de nier ensemble la vérité et l'erreur. S'il n'est pas permis à la puissance civile d'arrêter l'enseignement des pasteurs, il ne peut également lui être permis de contredire la doctrine reçue dans l'Eglise, de suspendre l'exécution de ses jugements ou d'en éluder les effets. L'Église seule peut porter des jugements en matière de doctrine; c'est donc à elle seule d'en

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déterminer la nature et les effets : les lois de l'Eglise ne pouvant recevoir de qualifications que de l'autorité même qui les a prononcées; ces qualifications appartiennent à la foi même, elles déterminent le genre de soumission qui lui est du, et c'est h TEglise seule h en fixer le caractère et l'étendue. »

Les Actes du Clei'gé établissaient encore que l'infaillibilité de l'Eglise s'exerce aussi bien sur la règle des mœurs que sur les croyances, que les ordres religieux sont assujettis à son pouvoir et que la puissance civile ne peut anéantir les vœux reçus au nom de Dieu. A l'Église aussi, et à elle seule, tout ce qui concerne les sacrements.

(( Après l'enseignement le devoir le plus sacré des pasteurs est l'administralion des sacrements et c'est aussi le second objet de l'indépendance de leur ministère... A 'eux seuls il appartient de juger des dispositions nécessaires pour recevoir les sacrements... Si, pour obtenir des biens spirituels, un fidèle iiuplore une autorité étrangère, il devient coupable de tous les maux qui peuvent en résulter... Les rois et leurs officiers ne peuvent enjoindre de donner les sacrements. »

(( Tels sont, disaient enfin les évoques, les droits les plus intéressants de la puissance spirituelle sur lesquels nous avons jugé nécessaire d'exposer notre doctrine d'après lo langage de l'Ecriture et de la tradition. Nous n'avons pas prétendu, au surplus, renfermer dans cette exposition tous les droits que Dieu a donnés à ces ministres ; nous

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nous sommes contentés crexposer ceux su i* lesquels il nous a paru impossible de garder le silence \ ))

Les trente-deux évêques présents à rassemblée signèrent les Actes et quatre-vingt-six évèquesdu royaume y adhérèrent; quatre seulement refusèrent leur adhésion ; ils inclinaient vers le jansénisme.

Rapprochés de l'attitude de l'épiscopat depuis le commencement du règne de Louis XV, les Actes du Clergé mettent dans une vraie lumière ses rapports avec le gouvernement et nous montrent que, si étroitement uni qu'il lût à la royauté, il savait cependant parler le langage d'une sainte indépendance. Les sévérités dont le pouvoir menaçait les évêques ne parvinrent pas h suspendre les décisions qu'ils crurent devoir prendre comme interprètes de la doctrine catholique et responsables du salut des âmes. Indépendance en matière spirituelle, soumission dans l'ordre politique, union nécessaire des deux pouvoirs pour le bien de l'Église et celui de l'Etat, tels sont les principes proclamés dans les actes du clergé ; c'est ce qu'avait voulu réaliser le concordat de i5i6.

Et de fait, malgré des tempêtes violentes mais passagères, il y était parvenu. Vit-on jamais plus étroite union de l'Eglise et de l'Etat "^j vit-on

' Procès-i'erbal de V Assemblée du Clergé de 116^), p. lo-i ot suivantes. Cf. De Crousaz-Grétet. L'Eglise et l'Etat au XV1II<^ siècle.

* Hanotaux. Recueil des Instructions, Rome, p. CVIIf. déve-

jamais EgHse pins profondément nationale, je dis parmi celles qui restèrent catholiques, plus mêlée h la vie générale de la nation, plus enracinée au sol? Ah! certes elle pouvait bien, cette vieille Eglise gallicane, passer h l'Etat quelques libertés prises h son égard, quelques empiétements, quelques usurpations, car l'État était un ami, ami jaloux sans doute, mais un ami qui voulait, comme elle et avec elle, le triomphe de Jésus-Christ dans les âmes et dans le monde. « On pardonne beaucoup à ceux qu'on aime et dont on se sent aimé. Les rapports de l'Eglise et de l'Etat étaient des rapports de cœur, bien plus que des rapports de raison, a dit avec justesse et brillant, l'historien de llichelieu et la monarchie absolue. Le fils aîné de TEglise voulait la dominer, mais non l'amoindrir; le maintien, l'honneur de la foi catholique étaient aussi cher au gouvernement qu'à la nation. Ce Parlement, si pointilleux dans ses relations avec l'épiscopat, avec les ordres monastiques, délibère que lorsqu'on portera aux malades le Saint Sacrement, un conseiller de la première chambre l'accompagnera. Le prêtre se sent en sûreté avec ce magistrat qu'il a vu ce matin à la messe, et à la dernière fête, au confessionnal. Le fonctionnaire sait avec quelle sincérité l'officiant entonne le Te Deum pour les victoires du roi, fait prier pour lui quand il est malade et s'afflige de ses revers. C'est dans ce double sentiment qu'il faut chercher le secret d'une intimité, parfois orageuse, mais toujours

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profonde, que l'esprit moderne a détruite sans retour \ »

Il ne restait plus à cet épiscopat national et catholique, catholique parce qu'il avait défendu la vraie foi contre le protestantisme, auxvi^ siècle, et contre le jansénisme au xvii*^ et au xviii°, catholique parce qu'il avait su maintenir les droits de l'Eglise même en face du pouvoir absolu, catholique parce qu'il n'avait jamais accepté, pas même envisagé l'idée de se séparer de Rome, il ne restaifesplus, dis-je, à cet épiscopat, pour apparaître dans la plénitude de son honneur et de son orthodoxie, qu'à témoigner solennellement de son union avec le siège apostolique. Cette récompense de sa fidélité foncière lui a été donnée. A l'heure où finissait la vieille France, l'enjeu suprême de la lutte de l'épiscopat contre la constitution civile du clergé, c'était la suprématie du pape ; c'est pour maintenir les liens de la France avec Rome, c'est pour le pape en un mot, que les évoques de la Constituante et leurs frères ont livré l'héroïque combat de 1790 et 1791. Comme le primat des Gaules, M*=''* de Marbeuf, ils répètent h l'envi les paroles de Fénelon. a Que ma langue s'attache h mon palais, si jamais je t'oublie..., ô Eglise romaine, ô cité sainte, ô chère et commune patrie de tous les vrais chrétiens ! Tout fait un seul peuple dans votre sein. Tous sont concitoyens de Rome, et tout catholique est Romain. »

' D'Avenel. Richelieu et la monai due absolue^ t. 111, p. 38i.

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Ils sont prêts à se sacrifier eux-mêmes pour laisser au pape pleine liberté cVaction et c'est en ces termes admirables que les évêques de la Constituante proposent à l^ie VI de remettre leurs pouvoirs entre ses mains : « Elevez-vous, très Saint Père, dans toute la sagesse et la liberté de votre ministère. Sortez du milieu de ces considérations et de ces convenances privées qui meurent avec nous. Nous occupons un faible point dans le temps, comme dans l'espace, et notre sort ne peut pas entrer en balance avec les destins des empires et les promesses de TEglise... Est-il un moyen qui dépende de nous pour épargner h l'Eglise gallicane ces horribles divisions qui la déchirent?... Nous savons quels sont les exemples que l'Église nous donne, et nous avons appris comment on peut souflfrir pour elle. Que les principes soient en sûreté, que les pouvoirs de rÉglise soient respectés et maintenus, et qu'une mission canonique nous donne des successeurs légitimes. Nous mettons à vos pieds, très Saint Père, nos démissions, non pas ces démissions forcées, et les interprétations arbitraires auxquelles nous n'avons point consenti, ni tous ces actes garants de notre attachement à nos devoirs, qu'on traduit comme un renoncement à nos places ; mais nos libres et volontaires démissions, fondées sur ces mêmes sentiments qui repoussent le joug d'une contrainte que les lois civiles ne peuvent pas nous imposer et qui n'admettent dans l'ordre de nos fonctions d'autre autorité que celle de l'Eglise. Nous remet-

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tons nos démissions clans vos mains, afin que rien ne puisse plus s'opposer à toutes les voies que Votre Sainteté pourrait prendre dans sa sagesse pour rétablir la paix au sein de TEglise gallicane ^ ))

L'arbre tombe du côté où il penche. Sans avoir jamais sacrifié la patrie pour laquelle il a abandonné ou offert ses biens, sa puissance politique, et jusqu'à sa situation dans TEglise, Tépiscopat de l'Ancien Régime, issu du concordat de i5i6, n'est pas tombé du côté du schisme, il est tombé du côté romain.

' AbbéSioard. V Ancien Clergé de France, t. II, liv. II, chap. m : Lutte suprême de l'Eglise gallicane pour le pape, et chap. iv : Modération extrême de l'épiscopat.

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