L ANCIEN REGIME ET LE CO^^CORDÂT I2D
Jansénisme, où le pape et le roi marchent d'accord, les prétentions gallicanes interviennent à chaque instant. Dans l'afï'aire des quatre évoques de qui Louis XIV veut obtenir la condamnation, ne verra-t-on pas jusqu'à dix-neuf évoques protester contre la procédure suivie par le pape ?
Au surplus toute velléité d'indépendance est réprimée. Les procédés dont Louis XIV usera pour s'assurer en 1682 une assemblée fidèle, Richelieu les a inaugurés : témoin sa conduite h l'égard de l'assemblée de 1641. D'abord, il pratique largement la candidature olïicielle ; il casse l'élection d'une province et nomme lui-même un autre député. Le résultat n'ayant pas quand même répondu à son attente, il expulse, dès la seconde séance, ceux qui sont hostiles à ses projets, il les renvoie, dit-il, « faire pénitence de leurs fautes ». Il renouvelle cette épuration, quelques jours plus tard en la personne de deux archevêques, ceux de Sens et de Toulouse, présidents de l'assemblée, et des quatre évêques d'Evreux, de Maillezais, de Bazaset de Toulon, auxquels il fait donner l'ordre de sortir de la ville par des lettres royales qui se terminent en ces termes : « Je prie Dieu, monsieur l'archevêque, qu'il vous donne une meilleure conduite et vous ait..., etc. »
Une députation alla demander leur rappel; l'évêque de Chartres s'agenouilla devant le roi ; sur quoi Louis XIII mit son propre chapeau sur la tête de ce prélat, se prit à rire et refusai
^ D'Avcnel. Richelieu et la inonarchic absolue, t. III, p. 38o.
126 QUATRE CENTS Âîs'S DE COISCORDAT
Avec Louis XIV, ce fut bien pis encore. Sans cloute il a, nous Tavons montré, de bonnes intentions dnns le choix des évoques et il nomme en général des piètres vertueux ; mais il les veut très dépendants de lui ; aussi les choisit-il, autant qu'il le peut, daiis son entourage ; il érige la chose en système : « Il n'est point vrai, dit-il, que ceux qui nous servent ou qui nous approchent, n'aient en cela nul avantage au-dessus des autres ; ils ont celui de nous faire mieux connoître ce qu'ils valent, grand sans doute auprès d'un prince éclairé, qui croit beaucoup plus à ce qu'il voit qu'à ce qui lui vient par le rapport d'autrui, toujours mêlé de bons ou de mauvais offices ^ » Surtout, il aime à les prendre dans les familles de ses ministres et de ses plus hauts fonctionnaires ; ils sont ainsi plus disposés à comprendre les intérêts de TEltat et plus liés au gouvernement ; c'est ainsi que les Colbert et les Le Tellier peuplent l'épiscopat, sans compter les Phélypeaux. A Fréjus, Louis XIV a nommé Daquin, frère de son médecin, et h Tulle le fils de sa nourrice, Ancelin, que l'on surnomme irrévérencieusement l'évêque Téton. Celui-là du moins n'était pas de ces leiides du xvii'^ siècle dont nous parlait M*'''" AfTre ; mais je ne pense pas que sa dépendance en fut diminuée.
Le même roi dans la pratique veut aggraver le concordat et en fait l'application la plus outrée. A plusieurs reprises, il tente d'enlever aux nonces les
^ Œuvres de Louis XIV, t. I<='". p. :^.oi.
L ANCIEN REGIME ET LE GONCOUDAT ( oy
informations canoniques sur les évêques nommés ; il persiste à assimiler la nonciature pontificale à la légation d'un souverain étranger et jamais ce mot n'est plus souvent employé que sous son règne. Il donne une telle extension h la commende c^u'elle devient comme une sorte de confiscation partielle des biens ecclésiastiques ; ceux-ci sont littéralement envahis par les familles des Lionne, des Le Tellier, des Colhert; d'ailleurs, ces biens, Louis XIV les considère comme siens : « Vous devez donc être persuadé, écrit-il, que les rois sont seigneurs absolus et ont naturellement la disposition pleine et libre de tous les biens qui sont possédés, aussi bien par les gens d'Eglise que par les séculiers \ » Chacun sait jusqu'où il poussera ses prétentions sur la régale. Bien entendu, il met obstacle à l'exercice de la juridiction pontificale.
Les cours de justice et lui-même interviennent même dans des c^uestions spirituelles. Par exemple, le Parlement annule les décrets pontificaux condamnant certaines publications, telles que le Biluel d'Alet ou la Version de Mons. Malgré les protestations de Clément IX, Louis XIV maintient la suppression de certaines fêtées chômées qu^il a prononcée, d'accord avec les évêques ; il prend des mesures pour tarir le recrutement des ordres religieux et supprime plusieurs maisons sous prétexte de réforme; par l'arrêt d'Agen
* Œuvres de Louis XIV, t. II, p. 121.
de 1669, il subordonne étroitement les religieux aux ordinaires, sans tenir compte des exemptions. Il prétend faire ratifier par Rome toutes ses usurpations et lui envoie des ultimatums, dont l'insolence ne sera pas dépassée par ceux de Napoléon. En 1673, il requiert du Saint-Siège la transformation (qu'il a déjà accomplie de sa propre autorité) des ordres de Saint-Lazare et du Mont-Carmel, la suppression et la sécularisation au profit de la couronne des petits monastères, une extension démesurée de la commende dans toutes les maisons de Tordre de Saint-Benoît, la suljstitution de la nomination royale à Télection pour tous les prieurs bénédictins, le droit de mettre des pensions au profit de toute personne sur tous les bénéfices, évêchés, abbayes, prieurés, h sa nomination, jusqu'au tiers du revenu, l'approbation d'un édit créant des officiers royaux, dont l'emploi sera obligatoire pour tous les Français dans leurs communications avec le Saint-Siège.
Tout cela prépare la fameuse assemblée de 1682 qui marque le point culminant, le moment précis où il semble que le roi de France, soutenu ou poussé par quelques-uns de ses évèques, va décidément incliner vers le schisme. Que ne devait-on pas craindre en effet des chefs d'une Eglise qui, à l'issue de l'assemblée de 1680, s'étaient laissés entraîner, sur l'initiative d'un des leurs, l'archevêque de Paris, Harlay de Champvallon, à signer, par surprise, je le veux bien, mais enfin à signer et à ne pas désavouer cette lettre où ils prenaient