‹ Quatre cents ans de Concordat (volume 2)Chapitre 5 sur 21 · L ANCIE>' REGIME ET LE CONCORDAT · texte numérisé non relu

L ANCIE>' REGIME ET LE CONCORDAT

le peuple incriminent l'épiscopat; l'évêque cVOrléans est qualifié de « traître et de méchant » dans toutes les chaires de sa ville épiscopale; Tévêque d'Auxerre voit la population soulevée contre lui par le gardien des Cordeliers; celui de Châlons est réduit h s'enfuir devant les habitants que le gouvernement lui-même a ameutés. On réclame donc les élections dans la pensée qu'elle donneront des évèques plus ardents et plus en communion avec le peuple catholique. On essaie d'y déterminer le pape qui alors faisait cause commune avec la Ligue. Le P. Félix de Bertinoro, commissaire général de la province de Paris pour Tordre des Capucins, écrit à Sixte-Quint : (( Il est temps de restaurer en ce royaume la religion et la liberté ecclésiastique, d'enlever les évêchés, les abbayes, les églises des mains de femmes, de laïques et de religieux à la vie dissolue et licencieuse. Lu plupart des évèques simoniaques et opposés au concile de Trente font entendre au roi que les décrets du Concile le priveront de son autorité K »

Le légat pontifical se laisse dédier le violent livre de Génébrard, archevêque d'Aix (livre qui devait être en 1090 brûlé par la main du bourreau et dont l'auteur fut banni à perpétuité) : De sacranim electionuni jure et Jiecessitate ad Ecclesiœ Gallicanœ redintegratioiiem .

Les États de i588 sont l'expression de cet état

* Lettre du 9 janvier i58(), citée par FEpinois, La Ligue et les papes^ p. 3oo.

d'esprit. Les élections canoniques y furent impérieusement réclamées, sans qu'il se trouvât une voix pour soutenir le concordat qui avait lié Léon X et François V^. De même encore aux États de 1 5g3, convoqués h Paris pour élire un roi catholique, le clergé d'Auxerre, dont le cahier seul a été conservé, renouvelle le même vœu avec la même énergie.

Henri IV se convertit et la paix renaît en France ; dès lors tout va changer; et nul plus que le clergé français ne gagnera à cette œuvre merveilleuse de restauration qui, suivant la juste remarque du duc Victor de Bloglie, fait des dix années du règne d'Henri IV, avec les quatre années du Consulat, (( la meilleure, la plus noble partie de l'histoire de France- ».

L'édit de décembre 1606 remet en vioueur, et cette fois tout de bon, les articles de l'ordonnance de Blois : « Que notre intention et vouloir a toujours esté et est encore, avenant vacation de prélatures, abbayes et autres bénéfices consisloriaux qui sont de nostre nomination, de les pourveoir de personnes de mérite, qualité et suffisance requise pour se bien et dignement acquitter de leurs charges. Voulons à ceste fin les articles i, 2 et 5 de nos ordonnances des Estats tenus en la ville de Blois en 1576... estre exactement entretenus et observez^. »

' Picot. Histoire des Etats généraux, t. III, p. i5G.

- Souvenirs du duc Victor de Broglie, t. I. p. 33.

' Isambert. Recueil des anciennes lois françaises, X. XV, p. 3o4 .

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Aux Etats de 1614, le tiers état seul persiste h demander l'élection des évêques ; mais les termes modérés par lesquels il exprime sa pensée pouvaient suffire à démontrer combien les temps étaient autres. Le clergé n'a garde de réveiller les souvenirs de la Pragmatique; il se borne h demander la création d'un conseil supérieur ecclésiastique qui éclairera le roi sur l'exercice de (( la plus périlleuse de toutes ses prérogatives ». Six prélats et deux membres du conseil du Roi formeront une commission, seule chargée déjuger la valeur des candidats et de recueillir les informations ; sur le rapport de cette commission, le roi signera la nomination \

Le projet du clergé qui eût donné aux catholiques des garanties sérieuses ne fut point adopté par le gouvernement royal. Les deux ministrescardinaux Richelieu et Mazarin, (qui ne toléra pas jusqu'au bout la bienfaisante action de saint Vincent de Paul), disposèrent en maîtres des bénéfices. Après eux commença le ministère de la feuille exercé sous Louis XIV par le confesseur de Sa Majesté, au xviii*^ siècle par divers prélats, souvent par le grand aumônier. Si les choix ne furent pas toujours heureux, — nous le dirons tout à l'heure, — du moins le silence se fit; le concordat était entré dans les mœurs, et l'opinion la plus générale des ecclésiastiques français était, comme l'écrivait en 1641 Pierre de ALirco, dans

' Picot. Histoire des Etais gcnéraur^ t. III, p. 4.5.').

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son fameux livre : De concordia sacevdolil et imperil, que (( cet acte avait rétabli la paix dans TEglise de France et fait plus de bien au royaume que la Pragmatique-Sanction ^ ».

Le vieux droit cependant garda toujours des partisans et il ne manqua point de théoriciens et de canonistes pour le prôner. Mais ce fut surtout sous rinfluence du jansénisme qu'au xvm^ siècle un si grand nombre de curés et de religieux se passionnèrent de nouveau pour le principe des élections et en arrivèrent h cet état d'âme qui leur fit accepter la Constitution civile du clergé. Qu'on lise a ce sujet les Obser^'citio/is du futur évêque constitutionnel d'Ille-et- Vilaine Le Coz ^ et plus encore les virulentes déclamations de l'abbé Fauchet, futur évêque constitutionnel du Calvados, dans son livre De la religion nationale^ : « Le concordat, dit-il, conception infernale d'un des princes les plus odieux qui aient porté le sceptre, de Louis XI, ouvrage consommé de la politique impie de Léon X et de François F'", ou plutôt de son infâme ministre Du Prat, n'a point le caractère de la loi, quoiqu'il en ait eu trop longtemps la force. Il n'a jamais été consenti par les Etats généraux. Il a même été rejeté toujours avec indignation dans ces grandes assemblées nationales. Après les plus

^ De concordia saccrdotii et imperii, 1. YI, ch. ix, p. S88, de la 3'' édition.

- A. Roussel. Un éi>êque assermenté^ Le Coz, p. lo-ir. " Paris, 17S9, p. 107.

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vives résistances, les Parlements ne l'ont enregistré que par contrainte. Il porte dès son origine le sceau le plus noir du despotisme. Il n'a pas cessé un moment d'en porter l'empreinte hideuse lors même que par le bienfait des circonstances on a lait de bons choix. Ce code de brigandage, où le chef du Sacerdoce et celui de l'Empire se donnent ce qui de l'aveu de tous ne leur appartient ni h l'un ni à l'autre, les droits des peuples et l'argent des églises, a mis l'obstacle jusqu'à présent invincible à la sage ordination du ministère pastoral et h la sainte magistrature de la vertu. On sait ce qu'il a produit. Nous n'entrerons pas dans le détail des bassesses, des perfidies, des abominations qui ont procuré les honneurs du sanctuaire et des richesses immenses à des hommes souvent les plus vils de tous, avec le stupide orgueil de leur nom ; c[uelquefois incapables par leur lourde ignorance et leur manque de bon sens d'être sacristains de paroisse ; presque toujours pétris de toutes les petitesses de la fatuité et de tous les vices de la mollesse. »

Qu'y avait-il de fondé je ne dirai pas dans les assertions de l'abbé Fauchet, dont l'exagération se condamne elle-même, mais dans les griefs analogues, tant de fois énoncés, quoiqu'avec plus de modération, par les adversaires les plus qualifiés du concordat de 1D16 ? telle est la question qu'il nous faut maintenant examiner.

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Si on laisse de côté le reproche, dont nonsavons déjà montré le peu de fondement, d'avoir été fait par des autorités qui n'en avaient pas le droit et par conséquent d'être radicalement illégitime, on peut ramènera deux les griefs formulés contre le concordat : les abus et particulièrement les choix indignes qu'il a permis, l'excessive dépendance des évêques à l'égard de l'Etat et leur trop grande indépendance à l'égard du Saint- Siège.

Qu'entre les mains de rois despotes et peu consciencieux, le concordat ait été la source de beaucoup d'abus, voire de choix fort regrettables, c'est ce qui ne saurait être contesté. La cour de Rome peut a ce sujet faire un gros meâ culpâ. Sous les derniers Valois, de François P'" à Henri III, elle a laissé passer, presque sans mot dire, les créatures du roi quelles qu'elles fussent, et elle s'est pliée, en accordant autant d'induits et de dispenses qu'il fallait, aux dangereuses fantaisies des souverains. Appliqué à la lettre, le concordat eût donné d'excellents résultats, mais il ne l'était pas ; les conditions exigées n'étaient point remplies; Rome fermait les yeux, ou même consentait ; or les rois ne voyaient trop souvent dans le siège épiscopal ou dans l'abbaye que le bénéfice et nullement la fonction ; par le bénéfice, ils récompensaient des services, ou achetaient des

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