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l'égard du savoir, il nous est peut-être plus difficile d'en juger que de tout le reste... ; contre cette difficulté j'ai observé, autant que je l'ai pu, de ne donner des bénéfices importants qu'à des docteurs de Sorbonne. Non pas qu'il n'y ait assez d'inégalité entre les connaissances et les lumières deceux qui portent ce titre ; mais au fond on ne peut jamais y être parvenu, sans une capacité très raisonnable fort éloignée de cette ancienne io^norance des prélats qui a fait tant de mal h l'Eglise... Quant à la piété et aux mœurs, ce qu'il y a de bien ou de mal ne se peut cacher longtemps aux yeux du monde. Ecoutez sans préoccupation les divers rapports qu'on a^ous fera..., regardez vousmême..., vous en saurez bientôt tout ce que les hommes en peuvent savoir, et vous n'êtes pas obligé de pénétrer le reste. J'en dis de même de ce c|ue je nomme conduite, qui est un troisième point bien important. Car si, dans la première simplicité, les apôtres même ont voulu qu'on examinât, pour faire un évêque, quelle prudence il avait montrée dans son domestique et dans ses propres affaires, c^ue sera-ce aujourd'hui, où, par la constitution de l'Etat, ces sortes de dignités ont part en plusieurs choses au gouvernement civil? Ainsi, mon fils, je ne louerois pas volontiers qu'on pratiquât ordinairement ce qui peut se faire quelquefois avec dignité et avec éclat pour rendre hommage a une piété éminente, je veuxdire d'aller prendre dans les solitudes, sur une réputation assez souvent trompeuse, des sujets pour remplir ces
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places... Au contraire, j'ai souvent pensé que pour mieux connoitre nos ecclésiastiques et de quoi ils sont capables, il seroit bon de faire observer, dans cette milice sacrée, ce que j'observe aujourd'hui avec soin dans la plupart de mes troupes, où on monte par degré de charge en charge, ce que j'apprends aussi être tout h fait conforme au premier esprit de l'Eglise dans l'institution des cinq ordres sacrés. Mais comme les temps et les nsages sont changés, il suffiroitanjourd'hui, ce me semble, de n'admettre aux évèchés et autres dignités considérables, que ceux qui auroient actuellement servi l'Eglise durant un certain temps, soit dans la prédication assidue et continuelle aux grandes paroisses de Paris, soit dans les missions des provinces, soit dans une application particnliëre à convertir les hérétiques, soit, ce qui seroit le plus important, en faisant les fonctions de curé ou de vicaire, qui embrassent toutes ces choses et plusieurs autres : de quoi les jeunes gens de la plus haute naissance ne seroient non plus à plaindre qu'ils le sont, quand ils portent le mousquet dans mes gardes, pour parvenir quelque jour à commander mes armées. ^lais il faut, mon fils, et pour vous et pour moi, gagner peu à peu ce que nous pouvons sur notre siècle, sans prétendre de le réformer en une seule fois \ »
Louis XV lui-même, s'il eut une fois, en 1737. la coupable faiblesse de placer entre les mains
* Œuvres de Louis XIV. Éd. de 180O, t. I^', p. 199-204.
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crua Jaiente la feuille des Ijéiiéfices, ne la confia, pendant tout le reste de son règne, qu'à des prélats dignes de la tenir; le cardinal de Fleury qui, aidé du supérieur de Saint-Sulpice, M. Couturier, ne fit guère que des choix dignes d'éloge ; Boyer, ancien évêque de INIirepoix, qui montra une énergie indomptable et peut-être trop raide ; le cardinal de La Rochefoucauld, archevêque de Bourges, à c|ui le roi put dire : u Je vous ai nommé pour vous donner l'exemple d'un bon choix » ; le cardinal de La Roche-Aymon, archevêque de Reims, parfois un peu faible à l'égard du pouvoir, si sacerdotal pourtant.
Tous les documents contemporains nous montrent Louis X\I très résolu à ne nommer que de bons évêques. Il dit à M. du Tillet qu'il venait d'appeler au siège 'd'Orange : «Vous êtes le premier évêque que je nomme depuis mon avènement au trône. Je m'applaudis de mon choix qui n'a pour motif que votre propre mérite. Je crois que ce commencement sera de bon augure pour les nominations suivantes, si Dieu en fait la grâce. » N'a-t-on pas dit de Louis XVI qu'il fut « plus heureux dans le choix des ministres du sanctuaire que dans celui de ses propres ministres^ ? »
De fait l'Eglise de France, si on la considère aux diverses époques de l'Ancien Régime , d'Henri IV à Louis XVI, présente dans son
* Abbé Proyart. Louis XVI et ses vertus, t. I*'^ p. 387. Sur le choix des évoques sous l'Ancien Régime, il faut lire Sicard, V Ancien elers^é de France, t. II, liv. I'^'', <;h. i.
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ensemble bonne et grande figure, avecles Camus à Belley, les Sourdis à Bordeaux, les Marquemont à Lyon, les Joyeuse à Rouen, les Fenoillet à Montpellier, les Solminhiac h Cahors,' les Henri et François de Gondi à Paris, les Pvichelieu lui-même à T.uçon, pour la prendre, cette Eglise, h Faube de sa réforme; et, si je me transporte à l'autre extrémité du siècle, aux dernières années du règne de Louis XIV, est-ce que je ne vois pas un cardinal Le Camus a Grenoble, continuant dans un âge avancé sa vie austère, laborieuse et charitable ; un Bossuet à Meaux, un Fénelon à Cambrai, un Fléchier h Nimes, un Mascaron à Agen, un Huet à Avranches, qu'il n'est besoin que de nommer, puisque ces gloires de l'Eglise sont aussi des gloires de la France ; un d'Urfé, poursuivant à Limoges'Fœuvre de réforme entreprise par son prédécesseur ; un Baudry de Riencourt qui, à Mende, multiplie les œuvres utiles et ramène un grand nombre de protestants ; un Godet des Marais a Chartres ; un Guillaume de la Brunetière à Saintes ; un Armand de Béthune au Puy ; un Hippolyte de Béthune à Verdun ; un Michel le Peletier à Angers; un Alphonse de Valbelle àSaint-Omer; un Matignon a Lisieux ; un Brûlart de Sillery à Soissons ; un François de Nemond à Bayeux ; un Poucet de la Rivière h Uzès; tous remarquables par leurs vertus privées, leur zèle épiscopal, l'importance et la générosité de leurs fondations. Quatre-vingts ans plus tard, à la veille de la Révolution, les nobles