‹ Quatre cents ans de Concordat (volume 2)Chapitre 8 sur 21 · L ANCIEN REGIME ET LE CONCORDAT II · texte numérisé non relu

L ANCIEN REGIME ET LE CONCORDAT II

exemples ne sont pas moins nombreux. Au ^lans, a succédé au fort peu édifiant Grimaldi, M^"" de Goussans, prélat aux mœurs irréprochables, au cœur évangélique ; à Gap, M^'" Labroue de Vareille, pieux, austère, généreux ; à Clermorit, M^'" de Bonal, un apôlre ; à Dijon, M''^'" de Mérinville, bon et zélé ; à Tulle, M^'" Rafalis de Saint-Sauveur que toutes les bouches célèbrent h l'envi ; IM^'' de Chanterac, intègre, mortifié, initiateur de tous les progrès, clôt dignement la succession épiscopale du siège d'Alet. Les neuf évèchés de Bretagne présentent de dignes pontifes et parfois de vrais saiuts ; à Paris, M*'''' Le Clerc de Juigné est vénéré de tous etpopulaire par sa charité ; à Besançon, ^l'''' Raymond de Durfort rappelle les évèques des premiers temps de TÉglise. Non moins saint, non nioius apostolique est, à Boulogne, Ms'" de Partz de Pressy, de qui le zèle, la charité, la science s'élèvent à la hauteur de tous les besoins. L'archevêque de Vienne, M^'^' Lefranc de Pompignan, est Tobjet de la vénération universelle. A Rouen, M^'' de la Rochefoucauld pratique les mêmes vertus, simple, modeste, affable, bon, plein de foi et de charité. Saint-Paul-Trois-Chàteaux a un saint pour évêque, M^"" de Reboul de Lambert. Un ardent amour de Dieu et des hommes, sa science religieuse, son dévouement h son troupeau, sa foi profonde préparent M^'" Du Lau, archevêque d'Arles, à Phonneur du martyre; et je pourrais citer bien d'autres noms encore\

■* Abbé Sicard. L'ancien clen^é de France, t. H. 1. 1*='', ch. m.

M. Taine, après avoir reproduit le passage si connu de Tocqueville sur le respect qu'il avait conçu pour Fancien clergé de France, ajoute de son côté : « jNIon jugement, fondé sur l'étude des textes, coïncide comme ailleurs avec celui de M. de Tocqueville ^ » Nous croyons que quiconque a examiné les choses de près et sans parti pris doit se ranger à cette opinion.

C'est déjà beaucoup, n'est-il pas vrai, que de pouvoir rendre cet hommage h une convention destinée à maintenir le bon accord entre l'Eglise et l'Etat, qu'elle n'a, sauf d'inévitables exceptions, ni entraîné la déchéance morale du corps ecclésiastique, ni entravé son action proprement religieuse sur la masse de la nation. Mais il est, nous l'avons dit, un autre reproche qui a été fait au concordat de i5i6; M^^' Afifre le formulait ainsi, s'appuyant sur une très haute autorité : «Depuis le concordat de Léon X avec François P% ditFénelon, presque tous les liens entre le pape et les évoques ont été brisés, parce que leur sort ne dépend que du roi. Qu'on ne soit pas surpris si ce grand homme les accuse aussi de trop consulter le vent cjui souffle de la cour. Ils le consultèrent surtout lorsque Louis XIV fit ses choix presque exclusivement dans la noblesse.

* Tocqueville. L'Ancien Régime et la Réi^olntion, p. 169, et Taine, La Rét'oluéion, t. III, p. 410.

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Peu content de la convier à ses triomphes et aux pompes de Versailles, de lui livrer les commandements militaires etcivils, il voulutlafaire asseoir sur les sièges épiscopaux. Ces leudes du xvii'^ siècle, fiers d approcher le grand roi et de le servir, n'accoutumèrent que trop les prélats, leurs frères ou leurs enfants, à subir le même joug^ »

Louis XIY, dont le règne a été qualifié par Saint- Simon de « règne de vile bourgeoisie » a-t-il été aussi partial en faveur de la noblesse, des « Icudes du xvii*^ siècle », que le prétend M^*^ Afï're, ce n'est point ici le lieu de le discuter et j'en laisse à d'autres le soin; ce qui importe c'est le lond même du jugement porté parl'archevèque-martyr de Paris, comme par le grand archevêque de Cambrai, sur ce que nous avons appelé l'excessive dépendance de l'ancien épiscopat à l'égard du roi et son excessive indépendance h l'égard du pape.

Rien ne servirait de le nier, les évêques de l'Ancien Régime ont été fort dépendants du roi. Je l'ai dit ailleurs et j'y faisais allusion plus haut, — pris, h la fin du xvi® siècle, entre la Ligue que soutenait le pape, et le roi légitime, alors que ce roi était encore protestant, l'immense majorité des évêques, près de cent sur cent dixhuit, ont choisi le roi ; deux cardinaux sont entrés dans ses conseils ; d'accord avec eux, l'archevêque de Bourges, les évêques du Mans, d'Angers, de Chartres, de Nantes, de Beauvais et de Bayeux

* M^^ Affrc. De l'Appel comme (Vahus, p. 7'j.

ont déclaré nul et sans valeur le Monitoi/e p\\h\ié par le pape, « mal informé de Tétat des affaires » ; enfin les évêques de France ont pris sur eux de réconcilier et d'absoudre Henri IV, alors que cette réconciliation etcette absolution nepouvaient être prononcées que parle pontife suprême \ Acte dont l'importance capitale a été mise en une éclatante lumière par M. Hanotaux : «C'est ici, dit-il, le nœud de toute cette histoire du gallicanisme. C'est l'heure où le pacte décisif va être signé entre l'épis- €opat et le pouvoir royal. C'est le moment où les évêques de France, parfaitement éclairés sur leurs propres intérêts, animés d'un esprit de résolution trop rare dans ce corps, surent agir d'eux-mêmes et tirer la royauté française du mauvais pas où l'avait placée l'habileté romaine. C'est l'heure où devint «laire à lous les yeux Te fficacité. monarchique du concordat et où l'assemblée de 1682 fut préparée. L'épiscopat français, placé, lui aussi, dans le dilemme, ou de s'incliner devant Rome ou de se jeter dans l'hérésie, passa au travers des mailles 4'un filet si serré : il sut se tirer d'embarras et arracha au péril le représentant de la dynastie légitime, en se tenant fermement attaché aux maximes de l'indépendance du royaume et des libertés gallicanes. Ce fut là le grand service rendu par le gallicanisme à la France, service qui, présidant à l'avènement de la famille des Bourbons, ne pouvait être oublié par elle : il unit défi-

' Cf. A. Baudrillart : V Église catholique, la Renaissance, le Protestantisme, ch. v, p. iGG et 193. Paris, Bloud, 1904.

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nitivement dans la prospérité, dans les revers et jusque dans la mort la destinée de la monarchie légitime et celle de l'épiscopalisme gallican ^ »

Leur passion monarchique entraîne parfois ces évèques a de singuliers excès de langage. C'est un prélat courtisan, Léon d'Etampes de Yalençay, qui, en 1625, rédigeant la censure dont l'assemblée du clergé va frapper les pamphlets hostiles h la politique de Richelieu, laisse couler de sa plume ces lignes qui scandalisent le cardinal de la Rochefoucauld et que l'assemblée finit par ne point admettre : « Les rois ne sont pas seulement les images de Dieu sur la terre, mais ils sont eux-mêmes des dieux, vos dii esîis. » C'est César d'Estrées, évêque de Laon, candidat au chapeau, qui prononce cette parole, — triste contraste avec celle de Bonaparte h Cacault : « Comment le pape résiste-t-il à un roi qui a deux cent mille soldats sur pied ? »

Dans la pratique quotidienne, pour l'épiscopat français, « que d'actes difficiles à expliquer, à excuser, à soutenir en restant fidèle à la pensée de l'Eglise, à la pensée du Christ; les ménagements envers les hérétiques de l'intérieur et de l'extérieur, l'ingérence perpétuelle dans les matières religieuses, les jugements des cours souveraines touchant au dogme et h l'administration des sacrements, les nominations scandaleuses, la conduite notoirement immorale..., les violences contre des princes de l'Eglise, contre des cardi-

' Hanolaux. Recueil des I/istrHciio7is, Introduction, p. lxxxiii.

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naux, contre Rome même, la juridiction ecclésiastique foulée aux pieds, en un mot la modération et la patience' chrétienne des évêques, toujours mises àTépreuve, à moins qu'ils n'eussent pris de bonne heure le parti du servilisme » \ Car c'est tout cela qui se cachait sous le nom de maximes ou de liherlès gallicanes; et Ton sait comment ce code de libertés formulé en 1094 par le jurisconsulte Pierre Pitliou doublait le concordat de i5i6 tout comme les articles organiques ont doublé celui de 1801 .

Encore les rois, voire leurs ministres, ne se considèrent-ils pas comme assez maîtres de l'épiscopat. Toujours ils craignent quelque retour, ou quelque regard vers Rome; toujours ils semblent hantés par la pensée qu'exprimait en iSSq le grave parlementaire Hurault : « L'ordre ecclésiastique a toujours une porte de derrière... Ils regardent plus volontiers leur pontife que le souverain.

... Il ne se peut dire que cet ordre soit indissolublement lié à la monarchie, ni qu'il dépende purement et absolument du roi". » De là tant de précautions pour couper les communications avec Rome, la défense faite aux évoques, non seulement d'y aller, mais même d'y écrire sans la permission du roi, permission que Louis XIV par exemple accordera très rarement, l'interdiction de recevoir aucune bulle pontificale que par ordre de Sa Majesté, etc., etc. Même dans l'affaire du

* Hanotaux. îhid., p. cv.

■ Hurault. Discours d'État, i'^ discours.

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