‹ Quatre comédies. Edited with an introd. and notes by Raymond WeeksChapitre 39 sur 75 · Scène IV Barberixe, Kalékairi · texte numérisé non relu

Scène IV Barberixe, Kalékairi

barberixe Que penses- tu de ce jeune homme, ma chère?

KALÉKAIRI

Kalékairi ne Taime point.

BARBERIXE

Il te déplaît ! Pourquoi cela? (Elle s'asseoit.) lime semble qu'il n'est pas mal tourné. ^^

KALÉKAIRI

Certainement.

B.A.RBERIXE

Qu'est-ce donc qui te choque? il ne s'exprime pas mal, un peu en courtisan, mais c'est la faute de sa jeunesse, et il apporte de bonnes nouvelles.

KALÉKAIRI

Je ne crois pas,

BARBERIXE

Comment, tu ne crois pas? Voici la lettre de mon mari qui est toute pleine de tendresse pour moi et d'amitié pour son ambassadeur. (Kalékairi secoue la tête. ) Que t'a donc fait ce monsieur de Rosemberg?

KALÉKAIRI

Il a donné de l'or à Kalékairi.

BARBERINE, riant C'est là ce qui t'a offensée? Eh bien, il n'y a qu'à le lui rendre.

KALÉKAIRI

Je suis esclave.

BARBERINE

Non pas ici. — Tu es ma compagne et mon amie.

KALÉKAIRI

Si on rendait l'or, il se défierait.

BARBERINE

Que veux-tu dire? explique-toi. Tu le traites comme un conspirateur.

Kalékairi n'avait rien fait pour lui. Elle n'avait pas ouvert la porte, elle n'avait pas arrangé une chambre, elle n'avait point préparé un repas. Il a voulu tromper Kalékairi.

BARBERINE

Mais Kalékairi prend bien vite la mouche. ^^ Est-ce qu'il a essayé de te faire la cour?

KALÉKAIRI

Oh ! non.

BARBERINE

Eh bien ! quoi de si surprenant? Il est nouveau venu dans ce château. N'est-il pas assez naturel qu'il cherche à s'y gagner quelque bienveillance? Il est riche, d'ailleurs, à ce qu'il paraît, et assez content qu'on le sache; c'est une petite façon de grand seigneur.

Il6 QUATRE COMÉDIES

KALÉKAIRI

Il ne connaît pas le comte Ulric.

BARBERINE

Comment, il ne le connaît pas?

KALÉKAIRI

Non. Il a parlé au portier L'Uscoque, et il lui a demandé s'il aimait son maître. Il m'a demandé aussi si je vous aimais. Il ne nous connaît pas.

BARBERIXE

Que tu es foUe ! voilà les belles preuves qui te donnent sur lui des soupçons I et quel grand crime penses-tu donc qu'il médite?

KALÉKAIRI

Quand j'ai été à Janina, un chrétien est venu qui aimait ma maîtresse; il a donné aussi beaucoup d'or aux esclaves, et on l'a coupé en morceaux.

BARBERIXE

Miséricorde 1 comme tu y vas 1 ^" voyez-vous la petite lionne ! et tu te figures apparemment que ce jeune homme vient tenter ma conquête? N'est-ce pas là le fond de ta pensée? {KaUkairî fait signe que oui.) Eh bien, ma chère, sois sans inquiétude. Tu peux laisser là tes frayeurs et tes petits moyens par trop asiatiques. Je n'imagine point qu'un inconnu vienne de prime abord me parler d'amour. Mais supposons qu'il en soit ainsi, tu peux être bien assurée. . . Voici notre hôtCj tu nous laisseras seuls — retirons-nous un peu à

l'écart. (A part.) Il serait pourtant curieux qu'elle eût raison. {Elles se retirent au fond du théâtre. )

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