‹ Quatre comédies. Edited with an introd. and notes by Raymond WeeksChapitre 43 sur 75 · Scène X · texte numérisé non relu

Scène X

ROSEMBERG, KaLÉK.\IRI

KALÉKAiRi, entrant avec deux plats Voilà le souper. Il y a des concombres et une salade de laitues.

ROSEMBERG

Bien obligé ! tu servais d'espion, te voilà geôlière à présent ! méchante Arabe que tu es ! Pourquoi as-tu pris mes sequins?

KALÉKAiRi, mettant une hourse sur la table

Maintenant je puis vous les rendre.

ROSEMBERG

Hé ! je n'ai que faire d'argent en prison. (On entend le son des trojnpettes.) Qui arrive là? quel est ce bruit? j'entends un fracas de chevaux dans la cour.

KALÉKAIRI

C'est la Reine qui \ient ici.

La Reine, dis- tu?

KALÉKAIRI

Et le comte Ulric aussi.

ROSEMBERG

Le comte Ulric ! la Reine ! ah ! je suis perdu, Kalékairi, fais-moi sortir d'ici.

KALÉKAIRI

Non, il faut que vous y restiez.

ROSEMBERG

Je te donnerai autant de sequins que tu voudras; mais, de grâce, laisse-moi sortir. Dis à la sentinelle de me laisser passer.

KALÉKAIRI

Non. — Pourquoi êtes- vous venu?

ROSEMBERG

Ah ! tu as bien raison. Où est la comtesse? Je veux lui demander grâce, où plutôt l'accuser; oui, l'accuser devant la Reine elle-même,' car on n'enferme pas les gens de cette façon-là. Où est ta maîtresse?

KALÉKAIRI

Sur le pas de sa porte, pour recevoir la Reine.

ROSEMBERG

Et que diantre la Reine vient-elle faire ici?

Kalékairi avait écrit.

ROSEMBERG

A la Reine?

KALÉKAIRI

Non, au comte Ulric.

ROSEMBERG

Et à propos de quoi?

KALÉKAIRI

Pour qu'on vienne ici.

ROSEMBERG

Et qu'on me trouve dans cette caverne? •

KALÉKAIRI

Non. — Kalékairi, quand elle a écrit, ne savait pas qu'on vous ferait filer.

ROSEMBERG

Ah ! c'est donc la comtesse toute seule, à qui est venue cette gracieuse idée?

KALÉKAIRI

Oui, et la comtesse ne savait pas que Kalékairi avait écrit, car la comtesse a écrit aussi.

Elle a écrit aussi ! c'est fort obligeant.

KALÉKAIRI

Oui, pendant que vous criiez si fort. Elle allait voir, et puis elle revenait. Mais Kalékairi avait écrit longtemps auparavant. Kalékairi avait écrit dès que vous lui aviez parlé.

ROSEMBERG

Ainsi toi, d'abord, et puis la comtesse ! Deux dénonciations pour une ! c'est à merveille; j'étais en bonnes mains. Ensorcelé par deux démons femelles !

LA SENTINELLE, sur U pds de la porte Seigneur, vous êtes libre. La Reine va venir.

ROSEMBERG

C'est fort heureux. Adieu, Kalékairi ! Dis à ta maîtresse, de ma part, que je ne lui pardonnerai de ma vie, et, quant à toi, puissent toutes tes salades . . .

KALÉKAIRI

Vous avez bien tort, car ma maîtresse a dit qu'elle vous trouvait très gentil; oui, et que vous ne pouviez

manquer de plaire à beaucoup de dames à la cour, mais que pour cette maison, ce n'était pas l'endroit.

ROSEMBERG

En vérité! elle a dit cela? Hé bien, Kalékairi, je crois que je lui pardonne. Et pour toi, si tu veux être discrète. . .

KALÉK.\IRI

Oh 1 non,

ROSEMBERG

Comment ! tu te vantais ce matin. . .

KALÉKAIRI

C'était pour mieux savoir ce soir. Voici la Reine avec tout le monde.

ROSEMBERG

Ah ! je suis pris.

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