Scène XVI Bettine, Calabre
BETTINE
Calabre.
CALABRE
Madame.
BETTINE
Je suis perdue.
CALABRE
Patience, madame. Il ne faut pas croire. . .
Je suis perdue, perdue à jamais.
Non, madame, je vous le répète, il ne faut pas croire que M. le baron vous ait dit là son dernier mot, ni même qu'il ait parlé sincèrement; non, c'est impossible. Il changera de langage quand son dépit sera
calmé, car ce n'est pas contre vous qu'il peut être irrité; il reviendra, madame, il va revenir.
BETTiNE, regardant au halcon Le voilà qui part.
CALABRE
Est-ce possible?
BETTINE
Tu ne le vois pas? Il part seul, à pied. Où va-t-il? Sans doute à la ville. Cours après lui, Calabre, retiens-le . . . Ah ! le cœur -^ me manque.
CALABRE
J'y vais, madame, je vous obéis. . . Mais permettez du moins . . .
BETTIXE
Non ! arrête ! laisse-le partir; mais il faut que tu partes aussi. Il faut que tu sois avant lui à la ville. Te sens-tu la force de prendre la traverse par le chemin de la montagne? {Elle va à la table et écrit.)
Pour VQUS, madame, je monterais au Vésuve.
BETTINE
Il n'y a que toi qui puisses faire ma commission. Filippo Valle te connaît. — Et toi, connais-tu la personne à qui Steinberg doit ce qu'il a perdu?
CALABRE
L'homme qui a apporté la lettre m'a dit que c'était le comte Alfani.
BETTINE
Voici un mot pour Valle. Il doit avoir à moi, chez lui, la somme nécessaire. Il faut qu'il l'envoie sur-lechamp à cet Alfani, et qu'il fasse dire que c'est la princesse qui prête cet argent à Steinberg.
CALABRE
Comment! madame, vous voulez. . .
BETTIXE
Oui. Il ne m'aime plus assez pour accepter de moi un service; mais, croyant qu'il vient d'elle, il n'osera refuser. Allons, Calabre, dépêche- toi; nous n'avons pas de temps à perdre.
CALABRE
]Mais, madame, pensez donc que cette somme est considérable, et que vous disiez ce matin même au notaire que votre fortune ne l'était guère. . .
BETTIXE
C'est bon, c'est bon. Ne t'inquiète pas. UN DOMESTIQUE, entrant
M. le marquis Stéfani demande si madame veut le recevoir.
BETTIXE
Stéfani 1 {Après un silence.) Oui, sans doute, qu'il vienne. Allons, Calabre, tu n'es pas parti?
CALABRE
Hélas ! madame. . .
BETTINE
Ne t'inquiète pas, te dis-Je. Je t'ai entendu tantôt, il me semble; offrir quinze mille francs à ton maître?
CALABRE
Oui, madame, et s'il se pouvait. . .
BETTINE
En possèdes-tu beaucoup davantage?. . .
CALABRE
Je ne dis pas; mais dans un cas pareil. . .
BETTINE
Et tu ne veux pas que je fasse ce que tu voulais faire? Va, Calabre, va, mon vieil ami, — -et quand je serai ruinée, tu me feras tes offres, à moi, et j'accepterai.
CALABRE
Je vais prendre le vieux cheval de chasse. Il a encore le jarret ferme, et moi aussi, quoi qu'on en dise. Je serai bientôt parti et revenu. Ah ! si M. de Steinberg a du cœur, il sera dans un quart d'heure à vos pieds !
BETTINE
Va, ne me fais pas penser à cela.