‹ Quatre lettres sur le MexiqueChapitre 10 sur 31 · PIÈCE JUSTIFICATIVE, W · texte numérisé non relu

PIÈCE JUSTIFICATIVE, W

L'éminent membre de l'Académie des Sciences, M. Charles Sainte-Claire Deville, à qui j'ai communiqué la double traduction du Maîiuscrit Mexicain de l'an 1576, a bien voulu en prendre connaissance et me fourni r quelques notes à ce sujet. Bien que n'étant, comme il l'écrit dans sa lettre ci-jointe , que d'un caractère tout à fait interprétatif et jiullement positif, ces notes n'en sont pas moins un témoignage éclatant en faveur du sens géologique que présentent les histoires mexicaines dont les pages précédentes ne sont qu'un court exemple. Le Codex Chimalpopoca, dont j'achève la double interprétation, donnera les preuves les plus complètes de ce système extraordinaire, en apportant des détails tellement circonstanciés, qu'il sera impossible de méconnaître que les Mexicains ou leurs prédécesseurs avaient écrit, il y a plus de six mille ans, l'histoire géologique la. plus complète du cataclysme qui abîma la moitié du continent américain. Cette portion du continent, désignée sous le nom de Metztli ou du Croissant , est la terre d'où sont issues les petites Antilles, dont la grande courbe est encore souvent comparée à un autre Croissant. En reproduisant les notes, avec la lettre que l'illustre académicien a bien voulu m'adresser, je ne saurais

trop lui témoigner ici ma gratitude pour le service qu'il me rend, en mettant le public à même de comprendre immédiatement l'importance réelle des documents dont je donne une idée, dans mes Quatre Lettres, sous le double aspect de l'archéologie et de la géologie.

(Lettre de M. Charles Sainte- Claire Deville,)

Ce 9 mai 1858.

Monsieur et honoré collègue,

J'ai lu avec le plus vif intérêt le singulier et Irès-remarquable document que vous avez extrait des livres mexicains.

J'ai cherché, ainsi que vous m'en avez témoigné le désir, comment on pourrait expliquer par les iaits et les lieux l'interprétation géologique que vous faites de ce document, en l'appliquant à la chaîne volcanique des Antilles, et je vous remets sous ce pli les quelques réflexions que m'a suggérées cette comparaison.

Je n'ai pas besoin, d'ailleurs, d'insister sur le caractère tout à fait interprétatif Gi nullement positif de mes remarques, que je vous livre, sans aucune prétention à y voir la vérité absolue.

Veuillez agréer. Monsieur et honoré collègue , l'assurance de mes sentiments de haute considération et de sincère dévouement.

Ch. Sainte-Claire Deville.

Je me tiendrai à votre disposition si vous désiriez avoir encore un entretien à ce sujet.

OBBVATIOÏS DE M. CHIRLES SMffi-CLAM DEViLlE

1. En admettant le sens géologique proposé par M. Brasseur de Bourbourg, les deux premiers paragraphes ou alinéas semblent indiquer la composition des assises qui, formées d'à-

bord au fond de la mer, devaient être soulevées par la puissance volcanique, désignée ici sous le nom de Diablo.

2. Le Croissant représente bien la courbe des petites Antilles : les huit assises, soulevées plus tard par le feu, se déposaient au milieu de l'eau, s'y consolidaient au moyen de la chaleur de l'eau, et dans un endroit appelé : au milieu des vapeurs. Ces derniers mots semblent indiquer (ce qui est d'ailleurs à peu près nécessaire) que la mer des Antilles , au moment où son fond se couvrait des masses éruptives sous-marines qui forment la plus grande partie du relief actuel des îles, était un immense estuaire d'où se dégageaient des masses considérables de vapeurs {{).

3. Quant à l'énumération des huit assises ou formations soulevées par le feu, on peut reconnaître , dans la grande base^ les roches volcaniques anciennes (souvent décomposées et réduites à l'état argileux) sur lesquelles reposent les calcaires, qui forment, en effet, la seconde assise; dans les cailloux roulés^ les énormes couches de conglomérats qui constituent la masse principale des roches des Antilles; dans les sécrétions volcaniques, les laves et autres matériaux d'éruption : dans les choses percées d jour les pierres ponces (ou, d'après une autre interprétation de M. Brasseur de Bourbourg, dans les choses tordues comme des lianes, les laves tressées qui affectent si souvent la forme de cordages enroulés) ; enfin dans le cratère du Filet 7'etourné, qui forme la dernière assise, le cône de la Soufrière qui est entouré, comme par un vase ou un filet conique renversé par son cratère de soulèvement. — Un Pic, entouré de son cratère de soulèvement, que M. Léopold de Buch comparait gracieusement à un fruit mûr qui brise son enveloppe, peut aussi soutenir la comparaison d'un tout autre genre, que propose le texte mexicain. (Voy. la dernière partie de la note 6, page 420. Serpent nébuleux, etc.... féconde et fécondée.)

4. Les paragraphes suivants semblent raconter les soulèvements de toutes ces assises par les forces volcaniques, résidant dans les roches qui étaient dans la vapeur et tenaient le centre de l'enveloppe, et faisant monter l'incendie du fond du Croissant de l'eau aux lieux formés en courbes, c'est-à-dire déterminant la

(1) Comparez ces paroles à ce que je crois entrevoir de la mer des Antilles, dans ma Lettre Quatrième, page 329.

sortie des diverses îles qui s'arrondissent en courbe ou en croissant.

5. On voit très-bien, dans les quatrième et cinquième alinéas, les phases diverses de l'éruption. Les roches (comme celles du Monte-Nuovo, en 1538, ou comme celles de Santorin, en ce moment même) commencent à se soulever, poussant, au milieu des gaz, la puissance qui ouvre une déchirure. Quatre points d'éruption se déclarent ainsi, et projettent des entrailles de la terre une boule noire, flocons de vapeur et de cendres.

6. Le sol du Croissant s'agite par des tremblements de terre : du milieu de l'eau ou du miroir^ s'élancent avec force et par deux orifices des colonnes de gaz , et des laves venues d'en bas ou de V abîme (Voy. notes 5 et 6, page 413) s'étendent comme un vaste bouclier.

7. Mais le sol du Croissant s'étant gonflé démesurément , les feux du cratère se sont dégagés des eaux de la mer, ils ont érigé un cône (la Soufrière) et le />môfo (les forces éruptives) s'établissent à son sommet. A ce moment, une partie des huit assises qui s'étaient élevées avec les roches en fusion s'en détachent, et retournent sur elles-mêmes. En vain, la cohésion tend à les retenir adhérentes aux roches qui restent soulevées et qu'elles portaient, en partie, à leur surface : elles retombent dans l'abîme, et de l'immense faille qui se produit s'élève une grande quantité de résine enflammée.

8. Voilà donc les bords du Croissant dessinés : leurs mamelons de pierre bridante s'étendent en s'élevant , aux bords du Grand Bassin ; d'autres laves qui se solidifient par le refroidissement (couches-ensuite-de-glace : voy. pag. 420, note 2) s'étendent en grandissant entre les volcans et les soutenant les uns par les autres (1).

9. Ces montagnes brûlantes, suivant le conseil du Diablo, saisissent les bords du Grand Bassin, le long duquel elles s'établissent, reléguant plusloin et vers l'Est, les autres assises soulevées, et surtout les couches calcaires.

(1) Si l'on admettait, avec M. Brasseur de Bourbourg, que ce récit s'applique plus particulièrement à la Guadeloupe, le Cratère du Foie sortant des entrailles pourrait représenter les Pitons des deux mamelles, qui sont composés d'une roche vitreuse, sortie visqueuse , et aux pieds desquels ont coulé des laves modernes; le Cratère gwi lance des Fusées, serait la Citerne, qui est un cône de scories très-récent, et du pied duquel sont sorties les laves de Gantamerle el de la grande anse : et le cratère de la Déchirure serait la Soufrière.

iO. Maintenant qu'on ne peut plus les dire étendues dans la vapeur, car elles sont sorties des mers, elles sont les issus du Croissant^ elles revêtiront les cônes inférieurs de cendres et de vapeur: elles auront l'éruptionet l'éclat, ce qui remue le sol d'en bas, par les tremblements de terre, comme aussi le feu et tout ce qui s'élève en l'air. De volcans sous-marins, elles seront devenues des volcans aériens, et le plus actif sera le Pic central qui domine le vase ou son cratère de soulèvement.

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