HISTOIRE MEXICAINE
SOUBIJB TRABUCTION
Nican ycuiliuhtica yn illa- C'est ici le commencement
tollo yn ompa huallaque ynMe- des histoires (1) de l'arrivée des
xica in itocayocan Aztlan:ca Mexicains, du lieu nommé Az-
a-nepantla yn ompa valleva- tlan (2) : c'est par le milieu de
que ca nauh calpoltin : auh l'eau qu'ils se mirent en che-
ynic valla macevaya acaltica ; min par ici (3), étant quatre
yn qui val-temaya ynim acxo- tribus (4) : et en venant ils ra-
yauh,ynoncanytocayocanQui- maient (5) dans des bateaux;
nevayan-Oztotl, oncan ca yn ils plaçaient, en venant, leurs
(1) Ycuiliuh-ii'Ca, traduit par, commencement, d'icuilia, applicatif d'icui, délier, dérouler, développer. Le sens dirait plus littéralement : sont déroulant les histoires, etc , ca, étant ici le verbe être sous forme de préposition. Tlalollo, pluriel de Uatolloll^ histoire; le i, qui précède, est un pronom possessif pluriel.
(2) Azllan, nom attribué par les traditions à la région qu'on croyait avoir été le berceau primitif des Mexicains et que longtemps j'ai cru indiquer l'Asie. Dans cette période, rien n'implique absolument que les Mexicains viennent d'Aztlan ou bien s'ils arrivent à Aztlan, la préposition ompa, qui indique simplement le mouvement de ou à, étant un composé de om, l'étendue, le lointain, et de pa, à, sur,etc.,omjpa, disant plutôt qu'on arrive de ou qu'on va loin, comme en français, au loin, au large,
(3) Vallehua, se mettre en chemin vers le lieu oîi est celui qui
{)arle, composé de val ou huai, vers ce lieu, par ici, et de e/twa, lever e pied, s'envoler, etc. (Comparez le val et aval, français).
(4) Etant quatre, ca nauh, deux vocables qui réunis signifient toute autre chose, mais où j'ai cherché vainement un sens différent qui pût s'accorder avec le reste du récit pseudo-historique; cela ne devient possible qu'avec la seconde traduction : la contradiction de quatre tribus reste donc.
(5) Ils ramaient, macevaya, verbe à l'imparfait, de maceva ou macehua, traduit, d'ordinaire, par danser, faire pénitence, etc., mais nulle part par le mot ramer que j'adopte ici. ils ne dansaient certainement pas dans leurs bateaux, en voyageant. Voilà pourquoi j'ai décomposé le mot; ma, signifie la main, le bras et ceua ouce/iwa,unir ou entrelacer, ce, un, étant le radical. Dans le travail des rameurs, les bras vont à l'unisson et semblent s'entrelacer, d'où le sens du verbe ramer que j'ai pris.
oncan quizque chicuey calpol- cabanes sur pilotis (1), au lieu tin. nommé la Grotte de Quineva-
yan (2); c'est là que vinrent à sortir les huit tribus (3).
C'est ici le développement des masses mises en fusion (4) par le feu ; elles vinrent des (lieux) issus du Croissant (5), de l'endroit appelé : Au milieu des va-
(1) Ici se présente une des plus grandes difficultés du texte, pris dans son sens ordinaire : c'est la traduction du mot acxoyauh, composé d'acxoyall, avec le signe w/i possessif. Molina ne le donne que dans d'autres composés et sans explication propre : mais Hernandez (^Hist. nat.) dit que c'est un arbre d'une essence absolument semblable à notre sapin, acxoyatl, seu abiete. Ceci ne répond encore à rien dans la phrase : car, que les Mexicains plaçassent ou baignassent, temaya, leurs sapins, n'explique rien, à moins que l'auteur anonyme n'ait voulu dire qu'ils plaçaient leurs «opins pour leurs bateaux à l'endroit désigné; mais jamais ce mot n'est pris ailleurs pour une embarcation. Dans mon embarras, j'ai analysé acxoyatl et j'y ai trouvé, ce qui remue ou vient, ayant le pied dans l'eau, ac-ao-yati', me souvenant en même temps des habitations lacustres, les premières bâties par les Mexicains, j'ai adopté la traduction ci-jointe, les pilotis étant des choses ayant le pied ou la base xo (sho) dans l'eau. Le lecteur peut observer ici que dans le mot xo (sho), pied ou base, qui fait xoc ou xoctli (shoctli), se trouvent tous les mots anglais identiques ou analogues, shod, shoe, shoot, shot, seuil, scutlle, etc.
(2) Ce lieu n'est désigné nulle part d'une manière particulière. On en verra l'explication plus loin.
(3) On le voit, plus haut, les Mexicains forment quatre tribus, ici ils en font huit; la contradiction ne disparaît que dans la traduction suivante.
(4)La différence de cette traduction à l'autre consiste surloutdans le mot i-tlaloUo, des histoires, qu'il faut lire ici i- tl'alollo, pour i-tla-atollo, la première syllabe tla, primitif de tialla, le feu ; atollo, d'atollotl, vient d'atolli, nom ordinaire d'une bouillie faite de farine de maïs ou de manioc, mais dont le sens réel s'applique à toute espèce de matière épaisse, liquide et bouillante, le mot exprimant précisément l'effet du bouillonnement, atolloll, dans les bulles de la pâte qui se gonfle par la force du feu, sans exprimer en aucune façon la composition de la matière bouillante. Peut-être faudrait-il lire encore i-llalollo, le commencement des (choses) remplies de courbes de feu, ou de la terre se gonflant par le feu, etc. Tous ces sens, d'ailleurs, sont identiques au fond.
(5) Issu du Croissant, tel est le sens que présente radicalement le mot Mexico, de me, radical de metl, dont je donne les étymologies à la Lettre deuxième, page 70; àexi, radical d'un grand nombre de mots et qui a le sens de sortir, de pousser hors d'autre chose; et de ca, verbe être, forme substantive, etc., ce qui est, ce qui s'est fait ou placé. Les Mexicains sont donc les issus du Croissant, qui ont
peurs (1); car c'est au milieu de l'eau que les assises poussées par le feu (2) vinrent à se soulever par ici, sans être bien épaisses (3). Et en venant elles conso-
poussé du Croissant enseveli sous les eaux, ce sont les petites Antilles qui lui ont succédé.
(i) Azllan, composé d'a2, dont je donne les étymologies diverses à la page 3H, et de llan, les dents, les bords, pour tan et lan, la terre, le lieu, mais devenu la préposition entre, parmi, au milieu de, etc. Asilan est donc l'Orcus, ce lieu d'où les gaz s'échappaient et d'où se soulevèrent les petites Antilles.
(2) Voici encore un vocable qui m'a présenté, d'abord, de grandes difficultés. Caipo/hn, dans le langage ordinaire, serait le pluriel de calpolli ou calpulli, casa ô sala grande, barrio, dit Molina, maison, grande salle ou quartier d'une ville, c'est-à-dire tribu. 11 convient donc d'analyser ce mot, eu entier, au singulier comme au pluriel. Si cal, primitif ordinaire de calli, est la maison, c'est d'abord la chaleur, comme je l'ai fait voir, page 205; de là les vocables latins calor^ etc.; pulli, radical, pul, identique avec pol, en mexicain : il se compose de pu, po, la vapeur, la fumée, de la même langue ; le canal par où ces vapeurs se dégagent, en quiche; et de ol, ul, venir, rouler. Pol et pul expriment donc ce qui va et vient avec la fumée ou la vapeur ; en mexicain, tout ce qui monte et s'abaisse, qui exhale ou absorbe, d'où tous les verbes qui en sont dérivés dans le groupe mexico-guatémalien, d'où le pull anglais, pul&are, latin, poulie, français, etc., bul, houle, bouillir, bouillonner, etc. ; car le p ou le & s'échangent constamment à l'origine des langues. Pulli est donc ce qui remue, enmontant et descendant comme tout ce qui va avec le calorique, cal-pulli. Observons, seulement, que ce vocable se présente au pluriel, calpoUin ; le pluriel existe réellement ici, mais deux lignes plus loin, le texte dit encore calpoUin, pour chaque tribu ou chaque verbe en particulier : c'est cette anomalie, si contraire aux règles de la bonne grammaire, en mexicain, qui m'a fait voir que calpoUin devait signitier autre chose que tribu et que lin n'était pas, dans ce cas, une marque de pluriel. Si je cherche à m'expliquer Un, d'après Molina, je ne le découvre nulle part, au premier abord : mais en y regardant de près, il se montre dans le mot tirnal, et ses composés, où il a le sens de chose gonflée, qui ensuite se perce comme un abcès, etc.; mais il est lui-même composé de tin et de mal : le premier vient des autres langues du groupe et s'analyse par ti-in ou ti-en, chose ou lieu renfermé, chose ou lieu caché, comme l'humeur dans un abcès, comme le feu dans la terre. Voilà pourquoi le quiche l'a gardé dans tinamitt, mur, enceinte, lieu fortihé et le mexicain dans tenamitl ou tename, qui ont la même signification, le tin ou le «en, faisant dans ces mots l'office de pierre ou d'assise de pierres, d'où j'ai tiré le mot couche ou assise qui parait bien être ici le véritable sens de tin dans calpoUin, assise, poussée par la chaleur.
(3) Sans être bien épaisses ou en couches peu épaisses, tel est le sens que présente le vocable canauh, qui signifie être quatre dans l'autre traduction, ca-nauh. C'est le passé du verbe canava, ni-tla, dit Molina, adelgazar tablas ô piedras anchas, 6 la loça quando la hazen;
lidaient leurs masses (1), au moyen de la chaleur de reau(2); elles établissaient, en venant, leurs bases étendues dans l'eau (3), à l'endroit appelé la Grotte de la Terre depuis Soulevée (4), aux lieux mêmes où surgirent les huit assises poussées par la chaleur.
IniccencalpollinVexotzinca, La première tribu (est celle)
inic on calpoltin Chalca; ini- desHuexotzincas (5), la seconde
qu'e calpoltin Xochimika, inic tribu des Chalcas (6); la troi-
nauh calpoltin Cuitlavaca ; inic sième tribu des Xochimilcas (7) ,
amincir, dégager des parties étrangères de grandes planches ou des pierres, ou la poterie quand on la fait. Le sens de la phrase est donc que les couches se soulevèrent ayant peu d'épaisseur et dégagées des matières qui ne leur étaient pas propres.
(i) Elles consolidaient leurs masses, macevaya, que j'ai expliqué plus haut, note (5), mais qui s'applique on ne peut mieux ici dans le sens que je lui donne. Ma-ce-vaya dit littéralement, bras-unis faisaient ; or les bras des couches terrestres sont leurs parties extérieures qui peuvent se toucher et s'unir, et s'unir c'est se consolider, se faii'c masse et compacte, deux mots exactement mexicains, macéra étant précisément le mot masser, comme le mot mastic, qui existe dans le ya-mazlic du nahuatl, etc., etc.
(2) Au moyen de la chaleur de l'eau, a-cal-ti-ca, vocable qui réuni comme plus haut, signifie, dans le langage ordinaire, dansouàcause du bateau, du canot, aralli.
(3) Etablissait, temaya, littéralement maniaient les pierres, les posaient, te-ma-ya. Leurs bases étendues dans l'eau ou s'étendant dans l'eau, ac-xo-yauh. Conf. note (1), page 404.
(4) A l'endroit de la Terre depuis ou ensuite soulevée, quîn-evayan ; il n'y a pas d'autre moyen de traduire ce vocable, çum, après, ensuite, eva ou ehua, lever le pied, partir, se soulever, s'envoler; yan,\e lieu où la chose se fait.
(o) Vexolzinca^ habitants de Huexolzxnco, lieu du cratère de la Grande-Base, nom du volcan de la Soufrière à la Guadeloupe, transféré par les émigrés mexicains au Popocatepetl, au pied duquel s'éleva la ville de Huexotzinco, l'une des puissantes cités aristocratiques du plateau de Cholollan, dit le plateau Aztèque par les modernes.
(6) Chalca, habitants de Chalco, lieu du calcaire, nom d'une des couches de l'île delà Guadeloupe, puis d'une ville et d'un Etat puissant, situé aux bords du lac du même nom et autour de Popocatepetl, à l'entrée sud-est de la grande vallée d'Anahuac.
(7) Xochimika, habitants de Xochimilco, lieu où l'on sème tout en bas de la Base, nom de la terre végétale et fertile où l'on ensemençait, m'il, qu'on retourne, d'où le mot mil ou milli, champ, terre ensemencée, et sans doute aussi le latin milium, notre mil et mil-
macuil calpoltin Mallinalca , i- la quatrième tribu des Cuitlanic chicuacen calpoltin Chichi- vacas (1); la cinquième tribu meca, inic chicon calpoltin Te- (est celle) des Mallinalcas (2); paneca ; inic chicue calpoltin la sixième tribu des Chichime- Matlatzinca. Yn oncan onoca yn cas (3) ; la septième tribu des €olhuacan oncan chaneque cat- Tepanecas (4); la huitième tribu ca, ynic hual-panoque in Az- des Matlatzincas (5). C'est là tlan. qu'elles étaient établies (6) en
Golhuacan (7); elles en étaient les habitants, depuis qu'elles y avaient débarqué, venant d'Aztlan.
La première assise poussée par la chaleur est celle
kl, etc. Xochimilco, était une cité considérable, sur le lac du même nom, près de Mexico.
(1) Cuitlavaca, habitants de Cuillahuac, Dans celui qui a les Excréments, de cuillall, excrément, déjection de l'homme ou de l'animal, mais que le chroniste mexicain applique ici aux déjections du volcan voisin de la Grande-Base, dont le cratère, tsin, était considéré comme l'anus de là montagne ; de là le nom de teo-cuillall, excréments divins, donné aux métaux précieux, l'or avec l'adjectif jaune, l'argent avec l'adjectif blanc. Cuillahuac était une ville importante de la vallée, aujourd'hui une bourgade du nom de Tlahuac, située à la jonction des deux lacs deChalco et de Xochimilco.
(2) Mallinalca, habitants de Malinalco, ville et province importante du royaume de Michoacan, à 20 lieues S. S. 0. de Mexico. Malinal est le nom commun de la liane, ou des cordes tordues, etc. Voir plus bas, note (5), page 408, pour son étymologie.
(3) Chichimecà, Chichimèques, nom donné aux anciens habitants des provinces septentrionales du Mexique jusqu'à la vallée d'Anahuac. Voir pour son étymologie, la Leth'e deuxième, page U2 et suiv. Le royaume d'Acolhuacan, dont Huexotla, d'abord, et Tezcoco ensuite furent les capitales, portait le nom de chichimèque.
(4) Tepaneca, ou Tepanèques, nom donné aux populations dont Âzcapotzaleo et ensuite Tlacopan, Tacuba, furent tour à tour les capitales dans la vallée. Voir pour l'étymologie, la note (7j, page suiv.
(5) Mallatzinca, ou Matlatzincas, nom des habitants de la province de Matlatzinco, dont Tolocan, aujourd'hui Toluca, était la cité principale. Voir page 408, note (8), pour l'étymologie de ce nom.
(6) Etablies, onoca, qui veut plutôt dire étendu, du verbe onoc identique avec \ejacere latin.
(7) Golhuacan, Lieu courbé, de ce qui est en courbe, de col, chose courbe, faisant coloa, colhua ou culhua, nom appliqué plus tard dans le sens d'ancêtre, parce que du Golhuacan primitif, des îles de la Courbe, vinrent les émigrés qui civilisèrent les habitants de la vallée d'Anahuac.
dont est (formé) le cratère de la Grande-Base (1); la seconde assise est le calcaire (2) ; la troisième assise est (ce dont se compose) la terre végétale sous la base (3) ; la quatrième assise est formée de sécrétions volcaniques (4); la cinquième assise est celle des (pierres) tordues (comme des) lianes (5) ; la sixième assise est celle des mottes gazeuses ou fumerolles (6) ; la septième assise est celle des cailloux roulés sur la roche ou le solide (7) ; la huitième assise poussée par la chaleur du feu est celle du cratère du Filet (8). Elles
(1) Huezoizinca, c'est-à-dire Ce qui est le volcan ou le cratère de grande base, hue-xo-tzin-ca.
(2) Chalca, Ce qui est le calcaire ; c'est l'examen de tous les vocables mexicains, commençant en chai, qui m'a fait découvrir le sens exact de ce mot ; il se trouve surtout dans chal-chi-huill, le jade, littéralement ce qui est sorti du fond du calcaire.
(3) L'étymologie du mot Xochimilca se trouve plus haut page 406 ; j'ajouterai seulement que ce nom signifie dans le langage ordinaire, ceux qui cultivent des fleurs, de xochiU, fleur, littéralement, ce qui vit sous la base, soit que ce nom s'applique au feu ou à la terre entraînée par le feu sous les flots, comparée à une fleur, à cause de sa beauté et de sa fertilité, soit qu'il désigne la région fertile et fleurie qui environne encore aujourd'hui le volcan de la Grande-Base, la Soufrière.
(4) Je renvoie pour ce nom à la note (1), plus haut, page 407.
(5) Des pierres tordues comme des lianes, ou bien comme des cordes, matlalzinca, du verbe malina, tordre, qui fait malinal, liane ou corde. Ou bien plus littéralement de choses tournées, percée à jour, de mal., primitif demamali., percer, tarauder, et de nal, de part en part, tout autour.
(6) J'ai expliqué plus haut, Lettre deitxihne, page 112, le sens de Chichimeca qui correspond à des boursouflures souterraines d'où se dégagent des vapeurs de toute espèce ; ce sont probablement des fumerolles.
(7) Cailloux roulés sur la roche, te-pa-ne-ca, littéralement ce qui est mêlé ensemble sur la pierre ; ou bien te-pan-e-ca, c'est-à-dire avec des petites pierres sur la roclie ou le solide, e, pour ell, le haricot, frijol, étant pris souvent dans le sens d'une petite pierre sur une surface, etc. Les deux sens du mot /ej^ancca s'accordent, d'ailleurs, avec l'interprétation qu'a bien voulu me donner M. Sainte-Claire Deville. Conf. plus bas, page 427, n° 3.
(8) Du Cratère du Filet, Mallalzînca, de Mallatl, le filet, les mailles, le sens paraissant s'appliquer à la forme intérieure du cratère, représenté dans les hiéroglyphes comme un filet.
étaient là formant des lits (1) aux lieux qui sont en Courbe (2) étaient depuis qu'elles étaient montées, venant du centre des vapeurs (3).
Oncan quin vallan-ti-quizque Comme elles étaient sur le
yn Golhuacan, yn o-quim itta- point d'arriver, par ici en Col-
que inchaneque, niman o-qu'il- huacan (4), les apercevant, ceux
buique yn Azteca : To-Tecui- qui y demeuraient dirent aux
yovane, can am-mo-huica, ma Aztèques (5) : Nos puissants Sei-
t'amech to viquilican? Niman gneurs (6), où allez- vous en-
o-qu'itoque in Azteca : Canin semble (7), que nous puissions
t'amech vicazque? Niman o- vous accompagner? Aussitôt les
qu'itoque in chicue calpoltin : Aztèques leur répondirent : En
C'amo , To - Tecuiyovane , ca quel endroit vous accompagne-
t'amech to-viquilizque. Auh ni- rions-nous? Puis les huit tribus
man qu'itoque in Azteca : Ca- leur dirent : Mais non , Nos
ye-qualli, ma t'amech t'o-vi- puissants Seigneurs, car c'est
quilican in Colhuacan. nous qui vous accompagnerons.
Et les Aztèques alors leur di-
(1) Formant des lits, ou se revêtant d'argile. Le mot chaneque, qui prennent demeure, qui font leur lit ou se revêtent d'argile, cha étant l'argile cuite, la poterie, dans son sens originel. Ces diCFérentes lectures peuvent également s'appliquer ici.
(2) Avant d'apparaître à la surface de l'eau, les couches poussées par la chaleur, sont censées s'habituer, se faire dans cette courbe où elles ne tarderont pas d'api)araître.
(3) Voir plus haut, note (1), page 405.
(4) L'obscurité règne constamment dans le récit interprété, selon la première manière: plus haut les tribus sont déjà arrivées à Colhuacan ; ici elles vont arriver, bien qu'on puisse également interpréter la phrase dans le sens qu'elles venaient d'arriver.
(5) Azteca, c'est-à-dire habitants d'Aztlan. La confusion continue ici. On pourrait aussi bien traduire que ce sont les tribus qui en voyant ceux qui demeuraient là, dirent aux Aztèques, etc.
(6) To-Tecuiyohuane, titre inconnu ailleurs, que je n'ai jamais vu qu'ici; c'est le vocatif de to-tecuiyohua, qui possède la puissance ou la royauté, la seigneurie signifiée par tecuiyotl; mais il fallait cette tournure, à cause de la seconde traduction.
(7) Huica {ni'ie), verbe qui signifie suivre, accompagner, et avec ni ila, porter ; il ne se trouve pas comme verbe réfléchi, mo-huica^ dans Molina; je l'ai traduit quelque peu différemment à cause de cela; mais l'explication de ces anomalies se trouve dans la seconde interprétation.
renl : C'est fort bien, nous vous suivons donc en Colhuacan (1).
Comme elles étaient sur le point de se produire au dehors (2), aux lieux qui se forment en Courbe, trouvant là ceux qui revêtent l'argile, elles disent à ceux qui étaient étendus dans la vapeur (3) : 0 vous qui tenez le centre de notre enveloppe (4), à quel endroit vous levez-vous (5), que nous puissions monter avec vous? Alors ceux qui étaient étendus dans la vapeur répondirent : Est-ce l'endroit où nous vous porterons (6)? Aussitôt les huit assises poussées par la chaleur, dirent : Mais non, ô vous qui tenez le centre de notre enveloppe , puisque c'est nous qui devons vous suivre dans notre voie (7). Alors ceux qui étaient étendus dans la vapeur dirent : Voilà l'amalgame terminé (8),
(1) Encore une de ces choses embarrassantes, comme toutes ces phrases énigmatiques des Védas, mais qui s'expliquent avec la seconde manière. Déjà ils sont arrivés deux fois à Colhuacan et voici qu'ils se préparent seulement à y aller.
(2) Se produire au dehors, hual-anli-quiza, littéralement sortir, pousser en avant par ici. Comparez anti ou an-ti, contre ou vers un lieu, avec le grec àwl.
(3) Les puissances de la nature parlent ici les unes avec les autres, non, sans doute, que les auteurs de ces récits aient eu l'intention de dramatiser ces faits, mais uniquement pour mieux les envelopper des voiles de la fiction pseudo-historique. Quant au mot Azieca, on ne peut guère l'interpréter autrement ici : il parait bien évident qu'il indique les assises de soulèvement elles-mêmes encore enveloppées des vapeurs qui les soulèvent. Voir pour ce nom et son étymologie, Lcltre quatrième, page 311.
(4) C'est bien le sens qu'il faut donner aux vocables to-tecuiyounne, se lisant ici l'o-te-cui-yo-hua-nc, littéralement, vous, ou toi tenant le centre enveloppant notre voie.
(5) Voir plus haut, note (7), page 409. ,
(6) Ou bien: A quel endroit nous (mêmes) vous accompagneronsnous?
(7) Le lecteur peut voir encore mieux ici que cette conversation n'est introduite que pour permettre de dérober l'histoire vraie sous une fiction.
(8) Voilà l'amalgame terminé, ca-ye-qualli, traduit d'ordinaire, par: Voilà qui est bien, c'est fort bien. Mais qiialli, qui a le sens de bien, de bon, est un participe passé de qua, manger, mastiquer,
voyons que nous montions l'incendie du fond du Croissant de l'eau (1) aux Lieux formés en Courbe.
Quin oncan qui vallan-ti- C'est donc là qu'ils vinrent quizque in Z)mô/o, yno-qui-mo- à sortir bientôt après, portant teotiaya in Vitzillopochtli yn en avant le Diable (2) Vitzillovallaque ce cihuatl ytoca Chi- pochtli (3' qu'ils avaient adopté malma, ompa qui hual-huica- pour leur dieu; ils accompaque in Aztlan nauhcan val- gnaient, en venant d'Aztlan, quiztiaque ynic val-nenenque. une femme, nommée Chimal-
ma (4); de quatre endroits ils sortaient (S), lorsqu'ils s'avançaient, en voyageant par ici.
C'est en ces lieux qu'ils commencent à se soulever, portant le diable en avant (6) : aussitôt que la vitalité
joindre les mâchoires, coa, doubler^ qui, au fond, a la même signification: en sorte que ce qui est bon, c'est ce qui est mangé, broyé, avalé, englouti, comme le Croissant, comme Osiris, le seul bon, dans 1 abîme, etc.
(1) Que nous montions l'incendie, to, embrasement qui signifie aussi nous réfléchi et encore, en le scindant, notre voie To, pour io-o. Du fond du Croissant de l'eau, ou de la source de l'eau, amech, qui signifie vous, mais qui, scindé à son tour, a-me-ch pour a-me-chi, vient à dire, du plus bas du croissant de l'eau, bien que me, le croissant, puisse signifler le départ originel, la source, mot d'où vient meya, couler, manar la fuente, dit Molina; mais le sens reste identique.
(2) Diahlo, le diable, l'électricité, la puissance de'Ia nature. M. Charles Sainte Ciaire-Deville y découvre la force éruptive.
(3) Vilzillopochlli ou Hinlzil-Opochtli^ le colibri Gaucher, dieu de la guerre et la divinité principale à Mexico.
(4) Chimalma, Main du Bouclier ou bien Qui prend le bouclier, nom qui est presque toujours écrit Chimahnan, Qui étend le bouclier, mais dont la nécessité d'une double interprétation oblige à varier l'orthographe.
(o) De quatre endroits ou de quatre quartiers difi'érents d'une même ville, selon le sens de nauhcan.
(6) Ce commencement de phrase difi"ère fort peu de celui de l'alinéa précédent. Dans le premier il y a: Oncan quin huallan-ti-quizque et dans le second: quin oncan qui huallan-ii-quizque ; mais la localisation du mot quin ensuite ou tout à l'heure, placé avant ou après oncan, là, en ce lieu, énonce en réalité une différence assez marquée, selon Carochi {Arte de la lengua Mexicana, etc. pag. 95, verso) ; d'ailleurs, dans le premier cas, le verbe est neutre; dans le second, avec qui, il est devenu actif.
de la fumée de la voie, formant le cône (1), a consolidé son terrain (2), ils s'avancent, ils poussent, en venant d'entre les gaz , la puissance qui ouvre une déchirure (3), appelée Celle qui saisit le Bouclier (4). En quatre endroits différents (5), ils se soulevaient et se fortifiaient mutuellement en venant (6).
Ce Tecpall xihuiti yn valle- En l'année Un silex (7), ils se vaque in Colhuacan : navintin mettent en chemin à Colhuayn qui val mamaque yn Diablo can (8) : ils sont quatre portant y ce tlacatl i-toca Quauh-Go- sur leurs épaules le Diable (9), vatl, ynic ome Apanecall, yni- le premier, nommé Quauh-Coqu'ey i-toca Tezca-Covacatl, vatl, le second Apanecatl, le ynic nahui ytoca Chimalman. troisième, nommé Tezca-Go-
vacatl, le quatrième, nommé Chimalman (10).
(1) La vitalité de la fumée de la voie, formant le cône, c'est Huilzil- Opochlli qui nous donne cette longue phrase, vilz, Tépieu, le cône, à cause de sa forme, il, tourner, o, la voie, ce qui est visible à la cime de ce cône, poch, la fumée, tli, ce qui vivifie ou anime, la vitalité du volcan qui pousse et excite la fumée, la puissance volcanique, peutêtre l'électricité.
(2) Consolidé son terrain, mo-leotiaya, traduit plus haut, adopté pour leur dieu, selon la grammaire. Mais leolia, faire dieu, déifier, dit aussi faire voie de pierre, pétrifier, donc consolider sa surface, mo pour soi, pour lui-même.
(3) Puissance qui a ouvert une déchirure, ce-ci-hiia-il, autrement une femme. Voir pour l'étymologie Lettre quatrième, page 261.
(4) Chi-mal-ma, Celle qui saisit le bouclier, mais littéralement, Main qui tourne du fond. Voir Letli-e deuxième, page 121.
(5) S'agit-il de quatre îles différentes qui auraient dû apparaître ou de quatre lieux différents de la même île?
(6) C'est à peu près le sens que paraît offrir ici val-nenenque.
(7) C'est toujours en Tannée Ce-Tccpatl, un silex, symbole du feu des volcans, que les annales mexicaines désignent comme celle de la fin de l'empire des Toltèques et le prélude de la puissance des Mexicains.
(8) Ici ils se mettent en chemin à Colhuacan, comment et pourquoi ou vers quel endroit, le texte ne le dit pas. Confusion toujours et incertitude. C'était l'histoire pour le peuple ! on en fait encore comme cela de nos jours.
(0) Quatre est toujours le nombre de ceux qui sont chargés de la divinité.
(10) Leurs noms sont Quauh-Covall, Serpent de l'Arbre; Apanecatl,
Ils font, en montant des entrailles (de la terre) le mouvement d'une boule noire tranchante (1) : ils se soulèvent à quatre , en venant aux Lieux formés en Courbe, et portent le Diable sur leurs épaules (2). L'un est une montagne appelée l'Agitation dans le sol du Croissant (3); le second est le Mouvement qui se fait par le souffle à la surface de l'Eau (4); le troisième est appelé la Vie qui est double sur le Miroir (5); le quatrième est appelé Qui étend le Bouclier (6).
In o-acico in quavitl y-tzin- Lorsqu'ils furent arrivés aux
Vent à la surface de l'Eau ; Tezca-Covacatl, Celui (jui vend le Miroir ou l'Homme double du Miroir; et Chimalman, Qui étend le Bouclier.
(i) La différence du sens dans cette phrase est fort remarquable. Elle provient surtout de ce qu'au lieu du substantif xUluHI, herbe, année ou turquoise, il y a xihuiti, verbe qui signifie devenir herbe ou année, expression peu ordinaire, à propos des années, dans les documents. Ce verbe, toutefois, dans son acception radicale, a le sens de pousser comme l'herbe, de sortir des entrailles de la terre, lequel s'applique au mot lec-patl. C'est là le silex, dans sa signification commune, mais tec-pall se compose de tec, primitif de lequi, couper, et depall, iirimii'\f de pallani, rouler, dont le radical estpa, sur, autour, qui fait encore paZ ou palli, terre noire, couleur noire, médecine, pilule, identique avec la palla italienne , le bal, tourner, du quiche, balle, balloti, etc., balon étant lui-même un mot haïtien, ayant absolument le même sens qu'en français. Le tecpall est donc le feu roulant avec la fumée comme une boule pour monter au cratère.
(2) En portant le diable, c'est-à-dire l'électricité dans ses diverses manifestations; car l'une se découvre dans la puissance volcanique, l'autre dans le souffle répandu sur l'Océan, l'autre dans la vague qui s'ouvre un passage, en formant la mer des Caraïbes.
(3) Une montagne, ce tlacail, un homme ou plutôt un qui vit d'eau et de feu : il est appelé l'Agitation dans le sol, quauh, l'arbre, le sol du Croissant, composé de co et d'à, l'eau de vase, faisant coa, ce qui est double, ce qui renfermait les deux puissances vitales comme le Croissant, ce qui portait des cornes comme un croissant, quauh on plutôt quahuitl, ce qui remue en sortant de l'eau de vase, ayant à la fois ces diverses significations.
(4) C'est là le sens étymologique d'apan-écall.
(5) Sens de lezca-cova-catl, où l'on pourrait, entre autres, trouver encore celui de la canne maîlresse(volcan), c'est-à-dire sur le miroir, la surface de la mer, etc.
(6) Qui étend le bouclier, ou plus étymologiquement qui étend ce qui s'est creusé d'en bas ou de l'abîme, chi-mal-man.
tla, niman oncan o-mo-tlalli- extrémités de l'Arbre (1), ils s'y
que:cencatomavacin quavitl; établirent aussitôt : l'Arbre
niman oncan con-tlallique yn grossit démesurément; alors ils
liai momoztli,ypan qui tlallique y fondèrent la pyramide en
m Diablo. Yn o-con-tlallique, terre{2),au sommet de laquelle
niman con-cuique ynim ihtac : ils colloquèrent le Diable (3).
auli niman-ye tla-quazquia, yn Dès qu'ils l'eurent placé, ils
niman yn-pam poztec yn qua- prirent aussitôt leur repas (4) :
vitl ; niman yc qui cauhque yn et voilà que comme ils allaient
qui quaya; cenca huecauhtica commencer à manger (5), le
in totollo-ti-catca. Auh niman tronc de l'Arbre craqua ; là-des-
yc quin notz in Diablo quim sus ils laissèrent ce qu'ils man-
ilhui : Xi quin navatican yn geaient; après avoir existé fort
amech vicaynchicuecalpoltin; longtemps, il succombait à la
xi quim ilhuican ca amo t'iaz- chaleur (6). Et aussitôt le Dia-
que, çannican ti-to-cuepazque. ble les appelant, leur dit : Avi-
Yn o-quim ilhuique, cefica tla- sez les huit tribus de vous ac-
(1) On pourrait dire aussi, Au milieu des racines de l'Arbre; mais l'un n'a pas plus de sens que l'autre.
(2) Pyramide en terre, momoztU ou mumuztli, donnant exactement l'idée du téocalli, à pans droits, chez les uns, à pans inclinés, chez les autres. Mumutzli qui est presqu'identique, signifie la graisse brillante de la marmite, allusion sans doute à la lave qui, sur la grande marmite de l'Océan, érigea la première pyramide, en soulevant la première montagne avec son cratère.
(3) Selon le sens ordinaire, cela veut dire (qu'ils placèrent la statue du dieu dans l'édicule au sommet du téocalli, comme on le voit dans quelques peintures.
(4) Ihlac que je traduis ici par repas, n'est pas une interprétation bien rigoureuse. Tel qu'il est orthographié, il n'existe pas dans le vocabulaire de Molina; mais il est probable qu'il est ici pour itlac, passé de illa, trouver, voir, regarder de loin, etc.; ce qui viendrait à dire que la phrase entière aie sens de prendre leur point de mire, pour une chose ou une autre, pour se reposer, pour manger, d'où la traduction de repas, puisqu'ils mangent.
(5) Commencer à manger, ila-quazquia pour tla-quaz-nequia, selon l'interprétation vulgaire.
(6) Phrase difficile, à cause du mot iolollo, qu'on ne trouve pas, redoublement ici de loUoll qu'on ne trouve pas davantage, mais qui doit avoir le sens de courbe, inclinaison, d'après ce que j'ai expliqué plus haut, leiire deuxième, pag. 119. Mais, selon la règle, donnée par Carochi (ir/e delà long. Mex. pag. 54rec/o),desmots terminant en ô, toUo, signifierait ici une chose remplie de courbes, où il y en a beaucoup, et si l'on traduit le to, précédent par chaleur, embrasement, on a des courbes, des lieux courbés tout plein de feu, etc., ou courbés, ou courbant sous la chaleur.
ocoxque yn yehuantin in chi- compagner; dites-leur que nous eue calpoltin; yn o-quin nava- ne partirons point, mais qu'ici tique, nimano-qu'itoque in chi- même nous nous transformecue calpoltin : To-Tecuiyovane, rons (1). Dès qu'ils le leur eucampan t'iazque, ca t'amech to- rent dit, ces huit tribus s'affliviquilia? Niman occeppa o- gèrent beaucoup ;etaprès qu'ils quim-ilhuique : Ca amo, ca ça les eurent avisées, les huit trian yazque. bus dirent aussitôt : Nos puissants Seigneurs, où donc ironsnous, que nous ayons l'honneur de vous accompagner (2). Alors ils leur dirent de nouveau :
Mais non, car c'est vous seulement qui partirez
Dès que les feux du cratère furent arrivés au sol du Croissant (3), ils s'y fixèrent. Le sol du Croissant s'étant gonflé démesurément (4), ils érigent un cône de terre et dessus ils élèvent le Diable (5). Ils en érigent encore deux autres (6), puis ils prennent leur élan (7) . Et comme la lave bouillonnait doublement (8) ,
(1) Cette phrase encore est confuse et contradictoire.
(2) Viquilia, selon le sens vulgaire, est ici le révërentiel du verbe vica, accompagner, etc.; de là le mot honneur de la traduction.
(3) 11 y a toujours de l'ambiguïté, bien que moins que dans la première version : le sens dit aussi bien : le feu du cratère, tzin-lla, est arrivé au sol du croissant, quahuitl, que : le croissant a saisi, atteint le feu du cratère.
(4) Tomahuac, gonflé et grossi, comme 4'arbre dont il est question dans le Popol-Vuh^ où les deux frères sont changés en singes. Conf, Lettre troisième, pag. 231. C'est le soulèvement de la terre qui commence à se produire.
(5) La première montagne où les puissances telluriques manifestent leur action.
(6) Ils en érigent encore deux autres ; c'est le sens que donnent les mots yn oc-on tlallique, ainsi lus, oc-on, encore deux, traduction non moins exacte que l'autre.
(7) C'est la seule bonne version que je trouve pour ynim ihlac qu'on peut encore mieux lire dans ce sens yni mihtac ou raitlac.
(8) Je fonde cette version principalement sur le mot zquia qui est ici pour izquia^ verbe qu'on ne trouve point dans Molina, dans sa simplicité, mais dont les racines existent identiques dans le mot « Iz-
voilà que la masse continentale du Croissant (1) éclata violemment (2) : à l'instant même, ils laissèrent aller (3) ce qu'il broyait, (le Croissant) ayant existé fort longtemps, succombait à l'intensité (4) de l'embrasement (qui le minait) . Et là-dessus, voilà que le Diable les réunit, en leur disant : Avisez ceux qui (sont) au fond de la Courbe de l'eau (5) de monter avec les huit assises, poussées par la chaleur, retournez-les sur ellesmêmes (6); car nous ne nous en irons pas, seulement ici nous nous transformerons. Dès qu'ils les eurent retournées, les mêmes couches (7) des huit assises, poussées par la chaleur, répandirent une grande quantité de résine enflammée (8) : dès qu'ils leur eurent
qui-atl^ bebida de maïs tostado y molido, dit Molina, boisson déniais grillé et moulu ensuite. Izqui est donc le maïs grillé et réduit en poudre; or le maïs étant une image commune pour la flamme et le feu, s'accorde on ne peut mieux avec Ha, le feu, et qua, broyer, doubler dans les mâchoires, etc.; de là la traduction que je fais ici de ce verbe lla-quazquia que je ne vois guère moyen d'interpréter différemment.
(1) Ynpam^ le tronc, et comme c'est le tronc d'une terre aussi vaste que la moitié de l'Amérique, je traduis par masse continentale, pour être plus clair.
(2) C'est l'éruption du sol qui se déchire.
(3) Cette phrase paraît être une allusion à la lave qu'il laisse aller, c'est-à-dire couler de toutes parts.
(4) C'est le même sens que j'ai expliqué plus haut, note (6), p. 414.
(5) Qui sont au fond delà Courbe de l'eau, yn a-me-ch, pour yn ame-chi, sens analytique d'amech qui ailleurs signifie vous, régime.
(6) C'est le sens que me paraît avoir ici ilhuican, du \erhe ilhui^ parler, dire, dans sa signification vulgaire, mais qui signifie radicalement, venir tournant : de là le nom du ciel, ilhuicall, qui a plutôt le sens de l'horizon, celui qui vient retournant, de la racine il. Il est bien évident qu'ilhui a ici un sens géologique pour lequel apparemment il y a une expression plus complète en français.
(7) Les mêmes couches yn yehuan-lm. Voir plus haut, note (2), pour l'explication de tin, page 405.
(8) Exactement le sens de tla-ocox-que pour tla-oco-ox-que, verbe composé de lia, feu, oco, primitif d'ocoll, le pin à résine si abondant en Amérique, et ox, r&cine d'oxitl, la térébenthine; participe passé en même temps du verbe oya, répandre, couler au large; que est la marque du pluriel. II est à remarquer ici que les terres ensevelies sous la mer des Caraïbes continuent à émettre une grande quantité de résine en-
permis de s'en aller, les huit assises, poussées par la chaleur, dirent : 0 vous qui tenez le centre de notre enveloppe (1) où donc irons -nous, puisque nous vous portons à notre surface (2)? Mais aussitôt ils répondirent pour la seconde fois : C'est votre affaire (3), car c'est vous seulement qui partirez.
Nican le at-to-val-peuhque Là-dessus les huit tribus ou-
yn chicue calpoltin , ompa quim vrirent de ce côté-ci notre route
on cauhque yn quahuitl y-tzin- par eau (4), laissant derrière
tlan, huecauh-ticaompacatca : elles les extrémités de l'Ar-
çatepan yn o-hual-peuhque, yn bre (5) où, durant longtemps,
otlica ympan o-acico yn tla- elles étaient restées : ensuite,
tlaca-tecolo Vey-Comitl ytlan dès qu'elles eurent commencé
huehuetzloque, yvan cequintin à venir, dans leur chemin, elles
Mizquitl y-tzintlan huehuetz- rencontrèrent à sa surface (6)
core actuellement. C'est à ce mélange de résines enflammées, dont il est question ici, que la fable fait allusion dans l'antiquité grecque^ en parlant des Héliades, dont les larmes se changèrent en éleclre, à la mort de Phaéton, leur frère, qui avait été tué, en conduisant imprudemment le char du soleil, son père. Phaéton est un volcan qui meurt et les Héliades sont les îles nouvelles, dont les yeux, c'est-à-dire les sources produisent Yélectre^ identique probablement avec le succin. Le nom d'eledor qu'on donne au soleil, est haïtien; il signifie « une chose céleste, sortant à l'état laiteux et se coagulant», el-ec-tor. he Codex Chimalpopoca est rempli de détails à ce sujet. Remarquons d'ailleurs, qu'en mexicain tla-ocoxque, ils répandirent de la résine bouillante ou enflammée, signifie dans le langage vulgaire, ils pleurèrent, ils versèrent des larmes.
(1) Conf. plus haut, note (4), page 410.
(2) To, Vo, notre voie, notre lieu, notre surface; vîquilîa, de révérenciel qu'il est, de l'autre manière, devient applicatif, dans cette version.
(3) Caàmo, mais non, ou bien ca am-o, c'est votre voie, votre lieu, votre aflaire.
(4) Notre route par eau, at-t'o^ ou bien encore at, par eau, io, nous, les huit tribus, commençâmes à venir, etc.
^ (5) Plus haut, il y a quahuitl y tzintla, au milieu des racines de l'arbre, tla, dans la version vraie indiquant le feu du cratère. Ici il y a y-tzin-ilan, ayant à peu près le même sens, dans la version ordinaire, dans, entre, etc., comme aussi pour l'autre ; car tlan ne peut jamais signifier le feu, mais les bords de quelque chose, etc.
(6) Phrase ambiguë ; on ne sait si ce sont les tribus ou bien les génies qui doivent être sujets du verbe acico et du verbe précédent.
loc[ue ; yehuantin in quin to- des génies ténébreux qui (1)
cayotia Mimixcoa, yn ce tlacatl étaient étendus aux bords de la
y-toca Xiuhneltzin, ynic orne Grande-Marmite (2), avec d'au-
y-toca Mimitzin , yniqu'ey in très qui étaient étendus de leur
civall yn veltiuh. Occeppa on- long aux extrémités de l'Aca-
can o-quin notz in Diablo in cia(3); c'étaient ceux qu'ensuite
Huitzillopochtli quim ilhui : on surnomma les Mixcoas (4),
Les mots ym-pan à leur surface ne sont pas moins embarrassants dans celte version.
(1) Génies ténébreux, tlatlacatecolo, d'ordinaire traduit par le mot diablo ou demonio, en espagnol. Ce vocable vient de tlaca-tecolotl, homme-hibou ; mais iecololl, ce qui remue la voie ou la surface courbe de la pierre, indique un volcan prêt à s'ouvrir, tla-ca, à cause du feu. De là la version de, mamelons de pierre brûlante, que je donne plus loin pour llalla-ca-lecolo.
(2) Aux bords de la Grande-Marmite, phrase mystérieuse et qui eût été à jamais incompréhensible, sans la découverte que j'ai faite de la duplicité dans le sens des mots et des hiéroglyphes. Cette grande marmite est représentée d'ordinaire par un cactusen forme de grosse boule, la bisnaga, qu'Emory classe sous le nom de cactus mam??iî7ana, voisine duiV. Vivipara, etc. Conf. Noies on a mililary Reconnaissance, etc., pag. 135. 11 est bien évident que cette image faisait allusion au sexe et à la fécondité de la femme ; elle était aussi le symbole mystérieux de la mer des Caraïbes, regardée comme le sexe de Xmucaiié ou d'Itzpapalotl, comme aussi du volcan de la Soufrière dans lequel s'élève l'autre cratère de soulèvement, auquel la légende paraît appliquer le nom de Mimitzin,
(3) MizquHl, l'acacia véritable des anciens, dit Hernandez, « verissima antiquorum acacia, » bien que ce ne soit pas l'arbre appelé vulgairement de ce nom parmi nous. C'est un arbre à feuilles légères comme des plumes d'oiseaux, donnant la gomme dite arabique, et c'est de sa forme et de ce produit que lui est venue son importance. Car c'est l'arbre qu'on voit si souvent représenté, dans les peintures, comme l'image des gaz et des vapeurs, la gomme, à son tour, étant celle des laves et des déjections enflammées des volcans. La présence du mizqidll dans cette histoire, l'importance donnée à lacacia chez les anciens, seraient inexplicables autrement : tout le mystère qui s'y rattache vient du symbole qu'il représentait. Ajoutons que l'étymologie de son nom, a son importance également à cet égard. Si la première syllabe miz, primitif de mizlli, lion, rappelle encore un des hiéroglyphes de l'antique Croissant, dans l'ensemble du nom analysé, m'izqui-tt, on retrouve, « le mouvement, la vie de ce qui s'est broyé, produit avec la vapeur. » Ainsi, si les bords ou les dents de la Grande-.'VIarmile sont les petites Antilles de la Courbe, les bords ou les dents de l'extrémité de l'acacia sont l'ensemble du fameux massif de la Soufrière, comparé ici à l'Acacia, aux feuilles dentelées et légères, à cause de ses vapeurs de toute espèce et surtout de ses fumerolles.
(4) Mimixcoa, redoublement et pluriel de MixcoaU,\e serpent nébu-
Xi quim on anacan yn Vey Co dont un homme, appelé Xiuhmitl yn tlan, cate yehuantin neltzin, le second appelé Miyac-achto tequitizque. mitzin (1), en troisième lieu la
femme, leur sœur (2). En cet endroit, le Diable Huitzillopochtli les convoqua de nouveau et leur dit : Saisissez-vous des • bords de la Grande-Marmite, car ce sont eux qui tout d'abord travailleront (3).
Là-dessus, les huit assises de soulèvement commencent à pousser en avant avec la chaleur de l'eau (4) , laissant en arrière les bords des cratères du Croissant (5), où elles avaient été durant longtemps (6); mais ensuite (7), dès qu'elles se furent poussées en avant, et que dans leur voie elles eurent gagné leur place (8), leurs mamelons de pierre brûlante s'éten-
leux, dans son sens ordinaire ; c'est un nom appliqué à une sorte de tourbillon de nuages, <o/7iarfo, phénomène assez commun au Mexique.
(1) Xiulmel et Mimich, deux héros de la légende fabuleuse du Mexique qui y jouent un grand rôle et dont l'histoire se trouve, avec tousses détails, dans le Codex Chimalpopoca.
(2) La sœur ainée, hueltiuh, n'est par nommée ici, l'expression de son nom eût dérangé la version suivante.
(3) Le lecteur peut voir que l'ensemble de tout ce récit devient de plus en plus confus et inintelligible; je comprends que M. Aubin ait reculé si souvent devant la publication de la traduction qu'il aurait pu en faire. Tout cela ne se comprend que dans la version vraie, celle qui concerne le cataclysme.
(4) At-to-hual-peuhque , me paraît bien rendu par cette version, at, pour atl, eau, to, la chaleur, le bouillonnement, huai, en avant, ou par ici, peuhque, de peua, commencer, se lever, se mettre en chemin, avec le sens de pousser vivement, etc.
(3) En arrière, c'est-à-dire, au fond de l'Océan^ ce sont les antiques cratères éteints de la terre ensevelie.
(6) C'est-à-dire après avoir été longtemps attachées au Croiisgant dont ces couches de terre soulevées faisaient partie.
(7) Mais ensuite, çalepan, vocable qui, dans son analyse, peut signifier encore, mais en arrière, et mieux, mais sur la roche, sur la pierre, sur le sol, ça-te-pan.
(8j Ym-pan, leur place, leur ligne, leur ordre, etc.
dirent, en s'élevant (1) aux bords du Grand-Bassin (2), et d'autres stigmates (3) s'étendirent, en se grandissant, entre les volcans de l'Acacia (4) ; ce sont les mêmes stigmates (5) qui furent surnommés depuis les serpents nébuleux (6), dont une montagne, appelée le Cratère du Foie sortant des Entrailles (7); le second,
(1) Conf. \)0\ir llatla-ca-tecolo, mamelons, etc., la note (1). page 118; s'étendaient en s'élevant, huehuetzioque, verbe composé que Molina ne donne point; il vient de huehue, redoublement de hue ou huey, grand, de<-, pour Hz ou izi, qui peut signifier deux choses fort diverses, et de toque, pluriel de loc, ce qui est étendu de son long. Si la racine de t' est Izi, le sens est jaillir, saillir, venir d'en bas avec ie gaz; si c'est ilz^ il s'agit probablement de la glace (w, îcf, glace dans nos langues germaniques), qui couvrait la mer des Caraïbes et le golfe du Mexique, comme le lecteur l'a vu dans le cours de la Lettre quatrième; le sens de huehue- tz-toque serait ainsi, que les couches se placèrent sous la glace, en grandissant.
(2) Cequin-tin, pluriel ordinaire de cequin, autre ; mais tin ici est un vocable séparé; donc d'autres stigmates, d'autres couches ou lieux composés de pierre, etc. A la rigueur, on pourrait peut-être encore traduire cc-quin-tin, par des « couches-ensuite-de-glace, ce, radical de cet!, étant la glace, encore mieux que Hz qui n'est que l'eau glacée, très-froide.
(3) Voir pour mizquitl la note ci-dessus (3), page 418.
(4) Le Grand-Bassin, hiiey-comitl, la Grande-Marmite, est un symbole du grand cratère, contenant le cratère de soulèvement, comme il peut l'être de la mer des Caraïbes.
(o) Yehuan-tin, pluriel de yehuan ; mais tin, comme dans cequintin, a ici un sens particulier. Je le rends par stigmate, bien qu'ailleurs je l'appelle couche, car c'est l'un et l'autre ; ce sont des assises solides, soulevées par la chaleur, qui stiginatise7it la surface de l'Océan.
(6) Serpents nébuleux, conf. page 418, note (4). Mimixcoa, toutefois, signifie analytiquementici, « tau de l'orbite desyeux qui s'élève ou qui s'élance.» ou bien «1* tau qui s'élance de l'orbite de son œil,» mi-m'ix-co-a ; c'est le nom donné aux nombreuses fumerolles du massif de la Soufrière, identiques probablement avec les Quatre cents Chichiriièques, ou les innombrables mamelons fumants, dont les pilons principaux sont appelés les chefs. L'œil, sous tous ses points de vue, soit l'œil ouvert dans l'Océan, l'œil ou le cratère du volcan, qui s'ouvre ou qui se ferme, joue un grand rôle dans toute cette mythologie, où il devient le cteis de la femme, l'œil rempli d'eau, source de la fécondité humaine ou terrestre, souvent symbolisée dans un œil ouvejH, avec la paupière d'en bas, gonflée de gouttelettes qui expriment l'eau ou la pluie. Le cratère en feu, c'est l'homme, le prince, le dieu fécondateur ; le cratère éteint et rempli d'eau, c'est la femme féconde et fécondée.
(7) Xiuh-7iel-tzin, le Seigneur véritable de la Turquoise, de l'Herbe ou de l'Année, voilà tous les sens apparents de ce nom. Mais si tzin.
appelé le Cratère qui lance des Fusées (1); le troisième étant ce qui est sur l'eau de la Déchirure qui s'étend considérablement (2). Là le Diable qui vit dans la fumée de la cime du cône leur dit (3) : Saisissez les bords du Grand-Bassin ; car ce sont ces mêmes stigmates qui abreuveront la pierre brûlante de la lave avec leur eau.
Auh ca niman oncan o- Et comme aussitôt en cet
quin cuepilli ynin toca yn endroit il leurrestitualeur nom
Azteca o - quini - ilhui : In aux Aztèques, il leur dit :Au-
axcan aocmo amo-toca yn jourd'hui, ce n'est plus là votre
am Azteca, ye am Mexica. nom , vous autres les Aztè-
Oncan o-quin nacaz-potoni- ques (Ij, mais vous êtes Mexi-
est l'anus ou le cratère, nel, composé de ne et d'el, signifie le foie mêlé, mélangé, xiuh, sorti du ventre ou des entrailles de la terre; ce foie mêlé ou mélangé ne peut caractériser ici que des déjections volcaniques dont 7iel était probablement l'expression géologique çn mexicain. C'est un des deux grands mornes de la Guadeloupe.
(1) Mimitzi7i, le Seigneur qui lance des Flèches, ou plutôt le Cratère qui lance des flèches ou qui s'élève en pic, les deux sens pouvant s'admettre. Xiuhnellzin et Mimitzin sont les deux principaux pitons de la Soufrière; les renseignements que me fournit le Codex Chinialjjopoca ne me laissent aucun doute à cet égard. J'ai tout lieu de ci'oire, d'après le même document, que Mimitzin qui continue à vivre longtemps est le grand pic de la Soufrière, et que Xiuhnellzin est celui, dit delà Cilerne, d'après la carte de M. Ch. Sainte-Claire Deville,son cœur ou son foie, son intérieur ayant été mangé par une femme, selon le document cité, c'est-à-dire ayant été rempli d'eau.
(2) Comme la sœur, huel-tiuh, celui ou celle qui s'étend beaucoup; ci-vall, qui a la déchirure, est avec les deux frères, et comme son nom indique une fente, une déchirure, tout à fait voisine de ces deux mornes, je suis porté à croire que c'est le ravin dit de la Grande- Fente, au même massif de la Soufrière, dont il est question dans le Rapport de M. Sainte-Claire Deville, inséré dans les Archives de la Commission scientifique du Mexique, tom. II, pag. 100.
(3) La puissance volcanique qui parle : le mot diablo, ainsi que je l'ai fait connaître plus haut, étant une interpolation espagnole, les conquérants de l'époque ne voulant admettre, même scientifiquement, que la puissance de Dieu ou bien celle du diable, bien que ce soit, après tout, la puissance divine en tous lieux. Mais comment dire aux Espagnols que Dieu était dans la fumée ! Le rédacteur mexicain inséra donc diablo dans son texte pour leur satisfaction.
(4) Ce texte est formel contre le nom d'Aztèque, employé si fré-
que ynic o-qui-cuique ynin toca yn Mexica : yvan oncan o-quim macac yn initl yvan tlahuilolli yva chitatli, yn tle yn aco yauh. Huel qui mina y Mexica ompa quiçaco in Cuextecatl -y- Chocayan yvan yn Cohuatl-y-Camac ypan yn Orne Calli xihuitl. Oncan ceppa ynpan mo'lpi yn xihuitl yn Cohuatly-Camac , Cohua-Tepetl icpac-huetz in tle-quahuitl ypan yn Orne Acatl xihuitl.
cains. C'est là qu'ils s'ornèrent les oreilles de plumes (2), après qu'ils eurent pris leur nom de Mexicains : là également il leur donna la flèche et les poudres brillantes (3), le réseau avec tout ce qui s'élève en l'air (4).
Les Mexicains tiraient donc fort bien, lorsqu'ils arrivèrent à Cuextecatl- y -Chocayan, ainsi qu'à Cohuatl-y-Camac (5), en l'année Deux Maisons. Là, pour la première fois, se fit la ligalure des années (6), à Cohuatly-Camac, et l'on alluma le feu sacré à la cime du mont Go-
quemment pour désigner les Mexicains ou les autres populations du Mexique; car, en prenant le récit, tel qu'il est dans la version pseudo-historique, il est évident qu'avant de sortir de Colhuacan, ils ne portaient plus le nom d'Aztèques.
(1) Polonîa, m-lla, dit Molina, poner a otro bizma con pluma menuda sobre la trementina, o emplumar a otro, c'est-à-dire mettre à autrui un emplâtre composé du duvet des oiseaux sur de la térébenthine ou couvrir quelqu'un de plumes. Ici le verbe paraît impersonnel, po^oni, qui a le sens de sentir mauvais; mais évidemment c'est le premier qu'il faut prendre pour la première version, nacazpolonique,\\% se couvrirent les oreilles de plumes, etc., tandis que pour la seconde version, les deux sens à la fois conviennent; voir plus loin la note à la suite de son texte.
(2) Poudres brillantes, traduction exacte ici, je crois, pour </a/mj7/j qui est la clarté et Téclat que l'on donnait aux chefs mexicains, en leur frottant le corps de poudres fines, rouge, jaune et noire, symboles du feu, de la flamme et de la fumée, au jour do leur couronnement. J'observerai, d'ailleurs, que llahuilolli, l'éclat, signifie radicalement, ce qui retourne du feu.
(3) Le réseau, chilatli, pour porter tous les projectiles qu'on lance en l'air, aco, en haut, iy.'m, pierre à aiguiser, en grec et en latin, comme le tecpatl, symbole du volcan qui s'élève, ix.-h, pointe, etc.
(4) On a vainement cherché où étaient ces lieux célèbres dans les annales mexicaines. La seconde version montrera que ce sont encore des désignations particulières à la Guadeloupe.
(5) Le vocable mo'lpi, de mo-Upia, se lier, s'attacher, ou plutôt xiuhrmolpUia, exprimait l'idée du cycle mexicain de cinquante-deux ans.
huatl (1), en l'année Deux-Cannes (2).
Et comme aussitôt en ces lieux, il leur rendit leur place, à ceux^ qui avaient été posés dans la Vapeur il leur dit : Ce n'est plus votre nom d'être ceux qui sont étendus dans la Vapeur, puisque vous êtes les Issus du Croissant (3). C'est là qu'ils revêtirent les cônes inférieurs de cendres et de vapeurs (4), après qu'ils eurent pris leur place, comme les Issus du Croissant ; là également il leur donna l'éruption et l'éclat (5) , ainsi que ce qui remue le sol d'en bas (6), le feu et tout ce qui s'élève dans l'air. Aussi les lancèrent-ils bien loin, ces Issus du Croissant, lorsqu'ils vinrent à se faire une issue à l'endroit où gémit celui qui étend sa nuque sur la mâchoire du serpent (7), à la cime du
(^i)Cohuatepec, Sur le mont du serpent, célèbre par la naissance du dieu Huilzilopochtli et le commencement de la chronologie mexicaine.
(2) Avec l'année Ome-Acall, ])e\i\-Cannes,nom emprunté aux Deux- Pitons du massif de la Soufrière. C'est la premièie du cycle mexicain. Si ce chiffre peut être considéré comme une date absolue, il signifierait que ce fut à la vingt-septième année après la catastrophe, qui datait de Ce-Tecpall, un silex, que les volcans se seraient rallumés.
(3) La puissance volcanique qui avait fait crouler les terres du Croissant dans l'abîme, rend leur place à ceux qui en sont les Issus, Mexica, c'est-à-dire aux terres qui remontèrent avec le massif de la Soufrière.
(4) Nacaz-potonique, conf. la note (4), page 422. Nacas, primitif àenacaztli, l'oreille. Ce sont leurs oreilles qu'ils couvrent de térébenthine et de plumes, ou de duvet ; or les oreilles des deux chefs (caput), ce sont les pitons inférieurs qui se couvrent de déjections et qui exhalent leurs vapeurs.
(5) L'éruption, mill, ce qui s'élance en tournant, la flèche, dans le langage ordinaire. L'éclat, ilahuilolli, ce qui vient du feu, etc. Conf. ci-dessus, note (2), page 422.
(6) Ce qui remue le sol d'en bas, chilatli, dans le langage ordinaire, le réseau qui, d'ailleurs, ainsi que me l'a observé M. Sainte-Claire Deville, peut faire allusion à ce ï'éseau de pitons qui environne le massif princi|)al. Mais dans son sens analytique chi-la-tli, c'est « ce qui vit, s'agite dans le sol au plus profond, » ou bien « ce qui remue l'eau en brûlant, etc., » chit-a-tli.
(7) L'endroit de celui qui gémit ou qui pleure, celui de la nuque,
morne des Deux Chaleurs (1), c'est là que pour la première fois (2), sur cette cime, la puissance volcanique se concentra (3) dans la mâchoire du serpent, au sommet du mont qui domine le vase (4) et que le feu éclata en l'an Deux-Cannes.
Cuex-teca-ll, la vie, la puissance étendue à la nuque, à la courbe, ichoc-a-yan, son endroit où l'eau frappe et gémit; sur la mâchoire du serpent, cette mâchoire de Cipaclli, de toutes ces îles qui sont les dents de sa mâchoire, de la gueule ouverte de l'abîme, toujours prête à engloutir. Tout cela, on le voit, s'applique à la courbe des petites Antilles où la Guadeloupe, avec ses deux grands pitons, joua un si grand rôle.
(1) Ypan in Ome-Calli xihuitl, dans l'année deux maisons ou bien sur la cime, ypan ; du morne , xi/iuill, c'es'. -à-dire de ce qui est issu du centre. Ome-Calli, des deux chaleurs, etc.
(2) Ceppa, pour la première fois, signifie aussi, avec c^ qui est inerte, ce qui s'est fait un par le froid, ou bien, la glace.
(3) Se concentra, se ceignit, mo'lpi, c'est encore le sens de ce mot dont les autres significations sont expliquées ci-dessus.
(4) Qui domine le vase, qui s'élève dans un autre cratère, sens de co-/iMa, qui pourrait à la rigueur s'interpréter encore par double, ce qui serait «sur la Montagne-Double, » toutes idées qui s'accordent, on ne peut mieux, avec celles qui concernent le massif de la Soufrière.