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Tel est le modèle du sanctuaire par excellence, de la pyramide, au sommet de laquelle s'élèvera plus tard l'édicule, demeure et centre du feu sacré qui renouvela le globe. Vous en retrouvez une autre image dans l'étuve souterraine des habitants du Nouveau- Mexique : là, c'est la religion du feu qui couve dans les entrailles de la terre : mais si ce feu est placé en haut du monument, s'il apparaît à la porte du sanctuaire sur l'autel au double vase, c'est-à-dire ayant la forme de nos sabliers , eh bien ! alors , ce double vase sera l'image du feu volcanique, dont le cratère dominait naguère le vase de l'Océan ; ce sera la religion du feu visible, comme chez les Parsis et chez les anciens Irlandais. La pyramide, son nom l'indique sufûsam-
ment, c'est l'autel où le feu brûle, au dedans comme au dehors, c'est le téocalli, c'est-à-dire la chaleur de la voie pétrifiée. La chambre royale qu'elle renferme dans ses fondations n'est pas un tombeau, c'est le foyer souterrain, l'image de celui qui brûla sous la montagne, longtemps avant que d'éclater, et ce chemin étroit, ce puits par où l'on y descendait, c'était le symbole de l'issue que le feu se creusa, pour arriver à se montrer à la cime ou au flanc de la montagne.
Je ne suis ni géologue, ni architecte; mais je crois pouvoir répéter avec raison : Etudiez la géologie et vous comprendrez les merveilles de l'architecture. Les cônes qui se dressent sur les montagnes vous donneront les formes de tous les tiimuli\ les rochers suspendus, comme par enchantement, les uns au-dessus des autres, dans le Nouveau-Mexique et les Montagnes- Rocheuses, vous expliqueront l'origine des Dolmen et des Menhir; ces colonnades basaltiques que vous admirez dans la grotte des Fromages, à Bertrich-Baden, vous donneront la clef de ces colonnes étranges que renferment les grottes taillées de l'Inde et les belles colonnes de la grotte de Fingal, celle d'une foule d'autres monuments analogues. Toutes ces formes se retrouvent dans les âpres cantons du Nouveau-Mexique, par où passèrent, probablement, les tribus que le trop-plein de la population ou la persécution obligea d'émigrer à l'ouest et au nord des États-Unis, puis de là au nord-est. C'est en nous reportant en arrière, en étudiant la nature des contrées, à travers lesquelles les migrations anciennes dirigèrent leur marche, que nous comprendrons ces monuments bizarres que le voyageur retrouve dans le monde entier : ces monuments étaient à la fois les symboles d'une patrie loin-
taine et des prodiges opérés parles volcans, ces dieux des nations primitives.
Ne serait-ce pas encore, en contemplant les assises diverses, projetées parle feu volcanique dans les soulèvements successifs des montagnes, que les architectes des temps antiques auraient voulu exprimer la puissance de cette redoutable divinité, en construisant les pyramides de Cholollan et de Téotihuacan, dont les masses excitent encore aujourd'hui l'étonnement des voyageurs? Ce qui est certain, c'est que le sanctuaire de Kinich-Kakmo, « l'Ara de feu sur l'œil du Soleil, » érigé comme un immense phallus sur sa plate-forme gigantesque à Izamal; c'est que la pyramide du Devin à Uxmal, étaient, l'un et l'autre, des monuments commémoratifs du pic de Turu-Queira, où le feu était ressuscité, comme le phénix, des cendres de son père. J'achève ce qui concerne l'architecture, en ajoutant que si les cônes volcaniques servirent de modèle aux temples et aux palais, de même que les cratères de soulèvement et le contournement des laves avaient inspiré aux artistes de l'âge de bronze, les dessins de la céramique, ce fut dans le travail des mines, en inspectant d'un œil curieux les merveilles de la cristallisation , que ces artistes apprirent également à copier la nature, pour décorer leurs monuments civils ou religieux. C'est à la partie minéralogique du même volume de M. Boudant que je vous renvoie. Ouvrez-le, en particulier, à la page 42, et convenez que ces croix, ces rosaces, ces damiers élégants qu'il vous offre, ne sauraient être mieux appropriés qu'à décorer les palais destinés à remplacer les grottes primitives. Allez à Mayapan,àUxmal, àLabnà, parcourez les magnifiques ruines du Yucatan, jetez les yeux sur les restes du beau palais, existant à Huexotla, à quelques lieues de
Mexico, et vous demeurerez convaincu que c'est la nature, encore une fois, que c'est la nature toujours, qui a inspiré toutes ces belles choses; c'est elle qui ne cessera d'inspirer le génie, tant qu'il voudra la prendre pour guide et pour modèle.
§ 17. A la pyramide dont je viens de vous montrer l'origine, à la pyramide, symbole du volcan et du foyer caché, viennent se joindre naturellement les Stèles, ces colonnes phéniciennes, dont les colonnes, érigées au confluent du Carare et du Magdalena, étaient une des premières représentations. Si Kuscli en était l'origine, c'est à Kusch, au nombril delà terre, au primitif Me-xi-co^ « au nombril , au centre issu du Croissant, » exprimé par ce nom, qu'il faut les chercher. Kuscli est « le cœur et le centre, » qux^ dans la langue quichée, c'«.r, « le souffle qui est », qui, après le cataclysme, exista à l'île de Turu-Queira et ensuite à Haïti, au Cibao, le premier, considéré comme le centre de la religion et de l'amour, le second, comme le centre et le cœur de l'or. Movers, se laissant guider, dit M. d'Eckstein (1), par l'analogie des Kiones (ou Stelai) des colonnes dont parlent les Grecs, avec le mot sémitique Chijnn, porte son attention sur le passage du prophète Amos (2) où il est question de ce Chijun, qu'il compare (non sans raison) à la colonne d'un Héraclès syro-babylonien. Cette colonne est celle de l'autel du dieu du feu, qui est lui-même une colonne aspirante, soit obélisque, soit pyramide. W a très-certainement son origine dans le souterrain, au lieu de la caverne, de la tombe, du vieux dragon, de l'Ahir
(1) Sur les sources de laCosmog. de Sanchoniaihon, pag. 236.
(2) Amos, cap. V, v. 20.
Budhnyah, que nous savons être enroulé autour de la racine de l'arbre du monde, couché dans le fondement humide de toutes les existences. Nous savons qu'il soulève, comme Sheclm, les colonnes du ciel et de la terre, ici du nombril de l'Océan, là de l'intérieur de la montagne centrale. Les conceptions d'un Atlas et d'un Héraklès d'origine céphène s'unissent ici nécessairement. Elles se divisent ultérieurement. Héraklès figure l'action, le principe mobile, le guide de la colonie terrestreetde la colonie maritime; Atlas est le principe cosmique de la fondation, de l'établissement même. »
Ici M. d'Eckstein a saisi avec sa pénétration ordinaire le caractère de l'Héraklès, de la vague déifiée, de la vague animée, vivante, principe si éminemment mobile, qui fut le guide des colonies sur les eaux des fleuves comme à la surface de l'Océan. Atlas ^ ce nom si essentiellement nahuatl et qui se retrouve dans un si grand nombre de mots mexicains, Jilas est réellement, comme il le dit, le principe cosmique de la fondation et de la ruine ; car c'est lui, c'est a-tl-az, la vapeur, le gaz, la vie de l'eau, tout ce que ce nom renferme, étymologiquement, de significations diverses, qui ont présidé à la destruction du primitif jiztlaii, de l'arbre, miné par le feu, descendu sous les flots, puis à la formation de la terre nouvelle sortie de l'Océan, dont elle redevint le centre et le nombril, jusqu'à ce que le titre en eût été transféré à Haïti, où il demeura attaché au 677>(ifo jusqu'à l'époque de Colomb.
Mais avant d'entreprendre définitivement l'examen des colonnes phéniciennes, où l'Atlas joue un des rôles principaux, je crois devoir vous faire connaître quelques détails d'un grand intérêt étymologique et qui pourront s'appliquer plus d'une fois au sujet qui nous occupe. Ils rentrent dans l'étude que Bunsen
s'était proposée, en écrivant ses esquisses grammaticales sur l'Egypte, continuées depuis par M. Birch, dans l'édition anglaise de son ouvrage. Seulement, au lieu de commencer avec des mots consonnants, c'està-dire formés d'une voyelle et d'une consonne affixe ou suffixe, je vous parlerai, tout d'abord, des voyelles et du sens profond qu'elles révèlent, à l'origine, dans les langues du groupe mexico-guatémalien. Non que je veuille entreprendre de vous donner ici une leçon d'étymologie, ni chercher à dériver toutes les langues d'une seule, tel n'est pas mon dessein ; je n'ai aucune prétention à cet égard. Je veux seulement vous montrer, par quelques courts exemples, ce qu'il y aurait à gagner, à étudier tant soit peu les étymologies ou les racines de ce groupe intéressant dans l'intérêt des noms scientifiques ou religieux des peuples de l'antiquité, unique langue que je crois pouvoir rattacher entièrement aux langues du groupe mexicain. Dans son essai de comparaison entre l'ancien égyptien et les langues sémitiques, M. Birch établit, comme bases principales de ces langues, les voyelles, «, /, w; je n'en prendrai pas davantage et je les examinerai avec lui. Ces voyelles, dit-il (1), offrent toutes trois le sens d'entrer, d'aller, de venir, bien que u soit la plus ancienne : d'accord avec lui, je découvre le même sens à ces voyelles dans le groupe mexico-guatémalien; mais je vais davantage au fond de la question, et à l'aide du scalpel américain, je les analyse dans les idées qui en sont composées ou qu'elles expriment, dans leur simplicité, chacune d'elles m'offrant un substantif complet. A, c'est à la fois l'eau, ou lajambe; c'est ensuite l'assimilation à quelque chose, etc., c'est
(1) Hierogîyphic Grammar, appendix (A), pag. 747.
aussi une exclamation de joie ou d'étonnement. /, c'est la vie, l'activité, qui entre ou qui sort, en haïtien; c'est l'embryon, le petit-fils de la femme, en quiche; c'est l'action de boire, d'avaler, de faire entrer un liquide, en mexicain. JJ (prononcez ou) est l'étendue d'une superficie circonscrite, la voie extérieure, c'est comme une forme ronde à laquelle revient l'o, pour le quiche comme pour le mexicain. Si de a et d'/, je fais e, comme ai, en français, je trouve que e a le sens d'une chose poussant en dehors, telle que la dent, la pointe, le signe, la chose possédée, le fil d'un instrument tranchant, en quiche; c'est aussi un mot énonçant pluralité et, en mexicain, le nombre trois, qui est celui des trois premières pointes qui poussèrent à la suite du cataclysme, devenant bientôt des montagnes sur l'île de Turu-Queira. Voilà d'où vient le hiéroglyphe de la lettre E dans l'alphabet de Landa, un des signes d'Isis, le vase aux trois îles.
Combinons maintenant ces différentes voyelles avec les consonnes affixes et suffixes et voyons, par quelques exemples, comment, dans le groupe mexicoguatémalien, chaque consonne, avec l'inflexion merveilleuse qui lui est propre, développe sa puissance, en affectant tour à tour toutes les voyelles auxquelles elle s'affixe ou se suffixe, tout en gardant, au fond, malgré ses nombreuses variations, son sens fondamental. Telle la note tonique, dans la musique, qui reste invariablement la même au milieu des variations multiples de l'air avec lequel elle a commencé. Ah^ c'est en quiche la respiration, l'eau courante, le hamac, l'année; au, en mexicain, entraîne un sens approximatif dans des mots composés. Ba est la demeure, la taupe, le père, l'ancêtre par excellence, en quiche et en maya, la bouchée, la bave, l'écume.
etc. Be, c'est le pas, la marche, le chemin, en quiche et en maya; hue ou ve, en mexicain, ce qui avance ou grandit. Eb, en maya, est ce qui descend ; c'est en quiche un signe du pluriel, et eu^ signifie ce qui est caché, tandis qu'en mexicain, c'est ce qui monte ou qui va s'enlever. Ib, en quiche (en mexicain ihui)^ est ce qui remue, ce sont les nerfs; c'est le fœtus en maya. Bi, est la parole et le nom en quiche ; ajoutez-y le diminutif j: ou sh, Qi vous avez bix (bish), le chant, l'étincelle. Ob ou op, variante de ab et de ap, est ce qui ouvre ou qui monte; itbouup, lesouffle, letuyau. Bo, bu, c'est l'humide, po, pu, la vapeur, la fumée, et par extension toute chose méphitique, corrompue, puante, etc. Je n'en finirais pas, si j'entreprenais de vous donner ici le tableau de la variété des idées que donnent ces consonnances, suivant l'application des consonnes à droite ou à gauche des voyelles ; mais au besoin, vous en trouverez une partie dans le petit vocabulaire qui se trouve à la suite de ma grammaire quichée, au moins pour ce qui concerne cette langue. Il est, cependant, une forme que je crois utile de vous amener encore ici, c'est celle qui se combine au moyen de la lettre Z et qui est d'autant plus intéressante pour nous, qu'elle paraît donner l'étymologie d'un assez grand nombre de vocables français et latins. Je prends, d'abord, al qui donne, en quiche et en maya, tout ce qui a quelque poids; par exemple, l'enfant déjà formé dans le ventre de sa mère ; de là, l'enfant, en général, le petit de tous les animaux, des oiseaux, et une foule de substantifs et de verbes y ayant rapport, particulièrement avec le sens du verbe latin alere, etc. El est, en haïtien, le fils, la racine qui pousse; en quiche, ce qui sort en s'élevant; en maya, cequi s'élève en brûlant, comme la flamme ou comme
le soleil; en nahuatl, eZ, exprime l'activité, c'est le foie et quelquefois le cœur. //, tout ce qui est crochu, tortu, retourné; toute chose qui revient sur elle-même, par extension, tout ce qui est visible ou qui devient mauvais. 01, ce qui se meut en roulant, le cœur, la vie, etc. ; de là, olU, ulli, pour la gomme élastique, pour certaines résines huileuses {oleum, l'huile, en latin, îiV/iv, la matière en grec). De là, en mexicain, ollin, trembler, mouvoir, molin ou molinia, se mouvoir, tourner, s'agiter avec rapidité (d'où molinum^ ce qui tourne autour, molin-um). Le quiche, toutefois, a conservé d'oZ et à' ni un plus grand nombre de composés. Avec b, qui fait bol, il vous donne une chose ronde, une boule, une coupe ronde, etc., etbiil, fait bouillir, bouillonner.
Renversez le vocable et vousy avez lob, chosegrande et ronde, toute sorte de fruit; affixez-y lec' pour ca, être ou ce qui est, et vous trouvez clob, ou bien avec qo, ce qui subsiste, qo-lob, qlob, d'où les mois globe et de plus, club, massue, etc., en anglais. Passons au c, avec oZ, je découvre col, résine, colle, pelote, chose suspendue, en quiche : en maya le champcultivé, la culture et le verbe labourer, comme le latin colère, etc.; en mexicain ce qui va tortueusement, en serpentant, etc. , d'où Colhuacan. Dans cul (prononcez couï), la gorge, le col ou le cou, le chant, les verbes couler, coller, oindre, en quiche [colare, en latin). Chol (prononcez tchol), écorcher, écosser, identique avec les mots scholl, shell, etc., de l'Europe : éclabousser, sauter, etc., en mexicain. Hol, dénuder, écorcher; hul, trou, abîme, profondeur, et par extension, éclat, splendeur, en quiche. Loi, le chant de la cigale, lui, siffler, vociférer, à comparer avec l'anglais lull. Mol, amasser, amollir ; mul, multiplier, augmenter, à com-
parer avec les mots identiques en latin. Nol, sage {no- ^cere en latin) . Pol, remplir, gonfler; pul, pousser, écumer, bouillir, enflammer, à comparer comme tous les autres au latin et à d'autres langues de l'Europe. i?o/, scintiller; rul (roui), descendre en roulant. Zol ou sol^ tourner sur soi comme le soleil paraît le faire. Zul ou sul^ tourner, salir, souiller. Toi, courber, ôter; tul, découvrir, dénuder, abandonner. Tzol, rendre, traduire, retourner ; tzul, entrelacer. Fol, refuser d'obéir, littéralement son propre cœur, sa volonté [vol-iuitas). Fui, marmotter, gronder. Xol (prononcez .*^/zoZ), espace, intervalle, mesure; xul (prononcez shouï), descendre, finir, musique. Yol, la vie, oindre, glisser, etc.
A la vue de cette prodigieuse faculté d'analyse et de composition, dont vous ne trouvez l'équivalent dans aucune langue connue de l'ancien monde, on a le droit de s'étonner, au premier abord, que celles du groupe mexico-guatémalien aient pu conserver, durant tant de siècles, cette simplicité primitive, sans s'altérer ni s'éloigner davantage de leur source originelle. Ceci provient évidemment des mêmes causes dont j'ai parlé plus haut. Souvenons-nous, en effet, que chacun des vocables qui semblent en avoir été les types primordiaux, ont été, dès leur berceau, revêtus d'un hiéroglyphe oii les initiés de la sagesse antique lisaient à la fois le mythe et la notion sacrée dont il était le voile.
Ce qui manque aujourd'hui, pour que le monde savant puisse se convaincre entièrement que c'est en Amérique et non dans l'Inde, qu'il faut chercher l'origine de la civilisation et des termes qui en sont la parole et l'écho, ce sont deux ou trois vocabulaires, l'un de la langue maya, auquel on joindrait ce qui reste de
l'ancienne langue des Antilles, un autre de la langue quichée et de ses dialectes et un troisième de la langue nahuatl. Le soin de mettre au jour les deux premiers m'avait été confié par la Commission scientifique du Mexique : tous les éléments en sont préparés; mais je suis seul et sans aide aucun pour leur exécution ; je ne suis donc pas pour le moment à même de m'en occuper, et je ne saurais abandonner gratuitement le résultat de tant d'années de travaux. Le troisième avait été commencé sous les auspices de la Commission ; il a été depuis abandonné. Il devait consister dans le vocabulaire mexicain-espagnol de Molina, dans lequel on aurait fondu les vocables manquants qui se trouvent dans le vocabulaire espagnol-mexicain. Ce qu'il eût fallu, en outre, c'est la distinction des racines de la langue nahuatl, avec leur sens primordial, dont la connaissance est indispensable pour son intelligence complète et qu'on ne saurait acquérir qu'au moyen des principales langues du groupe mexico-guatémalien.
§ 18. Je ne saurais trop le répéter. Monsieur, ce n'est qu'en abandonnant la routine suivie depuis deux mille ans , routine qui fait dériver d'Asie toutes les connaissances humaines, que la science arrivera à retrouver le fil d'Ariane perdu dans le labyrinthe des nations. Les termes techniques, expressions des idées religieuses et artistiques dans les langues du groupe indo-persan, y sont aussi éloignés de leur source que les bouches du Nil de leur origine mystérieuse : ce sont des ruisseaux qui ont couru par monts et par vaux, depuis leur point de départ, se rejoignant parfois, se mêlant à d'autres, pour grossir sans doute des fleuves majestueux, mais dont les eaux sont aujourd'hui trop troubles ou dont le lit est trop encaissé, pour que vous
puissiez découvrir au fond les grains d'or venus de J'Occident. Les langues de ce groupe, les langues indoeuropéennes, puisque tel est le nom qu'on leur donne, se sont mêlées trop souvent avec celles de l'Amérique, et vous ne retrouverez les véritables affinités de leur technologie religieuse, qu'en refaisant d'un bout à l'autre leur arbre généalogique. Reprenez donc tous ces ruisseaux séparément; au lieu de diriger vos regards vers l'Orient, partez de l'Inde et retournez-les vers l'Occident. Quelquefois, en cherchant à découvrir la trace que vous aurez aperçue un instant, vous vous trouverez brusquement arrêté : c'est une pierre qui aura, dans le chemin, fait couler le ruisseau américain à droite ou à gauche. Ne vous découragez pas : continuez patiemment à remonter son cours, et, en arrivant en Europe ou dans l'Afrique septentrionale, vous aurez déjà plus de facilité à vous conduire dans le labyrinthe, les sables d'or se distingueront mieux sur le lit du ruisseau dont l'eau sera moins trouble.
Au rebours de ce qui s'est fait jusqu'aujourd'hui, revenant d'une erreur qui est celle des siècles, et qui n'est imputable à personne, il faut que vous cherchiez à découvrir les origines de la technologie sacrée du sanscrit, de l'arya, du zend ou du pehlvi, ainsi que des langues sémitiques, non l'une dans l'autre, mais dans les débris des langues de Kusch ou de la Scythie, en Egypte, dans les montagnes de l'Atlas, et dans les groupes que j'appellerai latino-européens. Quand vous aurez fait ce travail, vous aurez l'océan Atlantique devant vous. Ne craignez rien. Traversez-le avec M. Onffroy deThoron, d'un côté, avec M. Buschmann, de l'autre, en y mettant un peu de critique, et suivez M. de Charencey ; interrogez tour à tour toutes
les langues formelles de l'Amérique, depuis le groupe aymara-qquichua jusqu'au groupe mexico-guatémalien; dans le premier, vous découvrirez la plus grande partie des racines religieuses des langues égyptienne et sémitiques, dans le second, la plupart des autres.
Cela dit, je reprends le thème commencé un peu plus haut et qui devient plus facile, grâce à l'analyse des voyelles radicales. Bunsen à la main, j'entre en matière avec le fragment de Philon, où il est question de Mu)T, dont ce savant croit devoir faire Môkh, nom énigmatique, au sujet duquel les savants ont beaucoup discuté, et que le philosophe d'Alexandrie dit avoir été interprété « boue, vase, putridité, venant de l'humidité ou de l'eau, » et commerexpliqueM.Renan(l), « une pourriture résultant de la décomposition, et qui ne saurait guère désigner une boue féconde, contenant les germes de tous les êtres, » ainsi que l'énonce le texte de Philon. Je vais, à mon tour, essayer de vous en donner l'explication, dans le sens des choses américaines. Mo, en langue nahuatl, est le « soi, » Têtre par excellence, devenu, selon la langue moderne, l'impersonnel dans les verbes mexicains. 3Iu, en quiche, est la terre humide, la pourriture, tout ce qui est vermoulu, d'où, dans la même langue, uiuk, la putréfaction, le champignon et tout ce qui croît humide et chaud, la sépulture enfin, le cadavre et l'abîme. Mok, qui n'est qu'une variante de ces significations, exprime l'amas que fait la pourriture ou le travail des vers; c'est un cadavre enseveli, sans son linceul ou ses bandelettes. Ajoutons que Tîiok est en même temps le poing et la poignée d'une épce, comme j'ai déjà eu l'occasion de
(1) Mémoire sur l'origine et le caractère véritable de l'histoire phéni' cienne qui porte le noju de Sanchoniathon, pag. 254.
le dire, et que mo a également le sens d'un épervier, Toiseau d'Horus, la vague ou la surface de la mer. Ainsi qu'en hébreu, mo et mw, en quiche, s'appliquait à la terre en général, comme à la boue primitive, à ce mélange putride qui couve sous les eaux d'un marécage. De là, en m.aya, moth, se cacher, se tapir au fond de quelque chose, moth ou bien, pour expliquer Fw, mo-ot ou mo-ut, boue sortant, ot ou ut étant la voie, inférieure, la forme, le moule ou l'instrument qui déchire pour ouvrir {out en anglais). En quiche, mot signifie mettre en pièces, mut se dit de l'œuf qui éclate et de la douleur qui déchire le cœur, et de ces deux vocables sortent une foule de composés où le français surtout aurait son profit. Vous voyez combien toutes ces idées s'accordent avec le récit mexicain et quiche de la catastrophe finale, où les îles, apparaissant aux yeux des hommes, échappés au naufrage, « le soleil, la lune et les étoiles brillèrent, » exactement comme dans le récit de Sanchoniathon, où « l'œuf éclatant, tout en sortit; et le soleil » et la lune, et les étoiles et les grandes constellations » brillèrent, » suivant la traduction de M. Renan (1). Mot se retrouve dans un autre nom qui n'a pas donné moins de tablature aux anciens qu'aux modernes ; je veux parler d'Omorôka, qui rappelle immédiatement celui d'Oûcomoco (oshomoco), Xînukané (shmuca.né), en langue quichée, la terre mère et nourricière personnifiée dans Isis, l'Amérique méridionale, dont il a été déjà question plus d'une fois. Ce nom, selon Bunsen, estd'accord, dans son interprétation, avec le sens qu'en donne l'arménien moderne, où Am-arqâ ou Om-orgô, signifie la terre-mère ou la mère de la terre. Ouvrons
([)Mémoire sur Vorigine de Vhist. phénicienne, etc. pag. 275,
maintenant le vocabulaire mexicain, changeons les r exif et nous découvrons aussitôt Onioyoco, « le lieu de la surface centrale des deux » ou « de la voie centrale de Vom, » c'est-à-dire de l'Arbre mystique, ce qui marche parfaitement d'accord avec le reste, le Hom ou VOmeyocan étant le lieu des trois, le paradis terrestre des Mexicains, suivant l'interprète de la Copie Vaticane. En quiche Omoroco, sans aspiration, nous donne « l'oiseau perceur brillant sur l'eau, om-or-oco >•> ; avec l'aspiration, Jwm-ojo-co, « l'Arbre (la terre du Croissant) percée d'une gorge, d'une voie. » Continuons avec Philondont je ne prends que quelques noms ; car l'ensemble de ses textes m'entraînerait au delà de mes limites, et je le réserve pour une autre occasion. De Ru-ah, par exemple, on a raison de faire l'esprit, pjieiwia, selon le quiche : il peut venir également de ro,ru, ronfler, résonner, etc., et de ah, celui qui a, le possesseur, la canne ou le volcan, ce qui ferait donc celui du ronflement ou le ronfleur; il pourrait venir également de rii-ab, ronflement du souffle ou de l'eau, ou de ru-ab, la voie du souffle. Suivant la traduction de M. Renan (1) : « Il y avait aussi des êtres » vivants privés de sentiment, et de ces êtres vivants » naquirent des êtres intelligents et on les appela » Zophésamin. » D'après ce que nous avons vu ensemble des régions échappées à la catastrophe ou des îles qui surgirent ensuite, il y a tout lieu de croire que ces régions étaient elles-mêmes les êtres vivants, mais privés de raison ; et que les intelligents furent précisément ceux qui en firent leur ancre de salut, appelés avec raison « les observateurs des cieux », Zophesamîn ; car ce furent eux qui instituèrent le
(l) Mémoire sur l'origine de l'hist. phénic. etc. pag. 275.
calendrier et qui se donnèrent, comme aux grandes Antilles, le nom de soutiens du ciel. »
«Dans la quatrième cosmogonie, continue l'écrivain » grec (1), Oiilom et Kadmon (Alom, Qaholom, dans » le quiche, ceux qui engendrent et qui donnent l'être) » engendrèrent des fils qui s'appelèrent Lumière, Feu » et Flamme, et ceux-ci inventèrent l'usage du feu, » en frottant l'un contre l'autre deux morceaux de » bois. » Ai-je besoin devons expliquer encore le sens de ces paroles? VOuhnn, où vous retrouvez ]'«leuh quiclié, le luum maya, la terre (u-liim, ou bien ii-luum, sa terre), le Kadmon, l'avide, l'engioutisseur frappant, coupant, brûlant, qatmiin, suivant le quiche, sont les pères du genre humain ; car la vague, la mer personnifiée dans Kadmon, rompt, brise la terre primitive et devient ainsi le créateur de la nouvelle; c'est ce que disent exactement les noms correspondants du Popol-Vuh, « Ohm, Qah-olom^ l'engendreur et celui qui déchire Pengendreur. » Us sont les pères de la Lumière, du Feu et de la Flamme, ce que nous n'avons vu que trop déjà dans les pages précédentes, de même que le frottement des deux morceaux de bois par ces génies de la terre, qui paraissent si souvent dans les peintures mexicaines. Quant à leurs noms, en phénicien ou en hébreu, vous en aurez l'explication, dès que vous voudrez vous donner la peine de la chercher; ils existent, ainsi que tous les autres , dans les vocabulaires du groupe mexico-guatémalien. « Et ils eurent des fils, poursuit » l'écrivain d'Alexandrie , qui s'appelèrent Kaseh , » Lehanon, Siryon et Thabor, et ils étaient des géants » sur la terre, » c'est-à-dire les géants des îles, des
(1) Ibid, pag. 276.
grandes Antilles, avec lesquelles ces quatre noms s'identifient, après avoir personnifié probablement les pics les plus élevés de l'île de Turu-Queira. Suivant le quiche, le premier, Kaz-eh signifierait « le Vivificateur » ; le second Leb-aji-on, « celui qui se lève rapide et rouge », le troisième, Siijo/i, « qui se lève solitaire dans un cercle », nom qui rappelle celui de Soraia ou de terre du soir que donne à Cuba la tradition haïtienne. Dans Thabor, enfin, je trouve «la terre du percement », ou « le chef du travail minier », tka-bor, etc. Tout le reste du texte de cette cosmogonie suit à l'avenant; Onso vous donne u-ço, en mexicain « la voie de la déchirure ». C'est lui qui invente les vêtements de peau et les navires, afin de pouvoir naviguer sur cette déchirure immense , et Sito/i, « la chaleur de la déchirure, » rappelle la plupart des mythes dont je vous ai donné précédemment l'exphcation.
§ 19. Arrivons aux deux colonnes, aux deux piliers de l'Hercule phénicien, dont le nom Hamunim a. donné lieu à Movers de faire de si savants travaux, ^«wz^/z/m, ce mot dans lequel onavu, ce semble, au premier abord, un pilier, selon l'hébreu ou le phénicien, trouve une étymologie analogue dans la langue quichée : en effet, ha-mun vient d'abord de ha, qui est alternativement l'eau ou la maison, la demeure, et de mun, serviteur, esclave, gourmand, engloutisseur; il signifie donc à la fois « le serviteur ou l'engloutisseur de l'eau ou delà demeure, » idées qui répondent toutes à l'Océan engloutissant la demeure, la terre primitive, ou à la vague, esclave, serviteur et maître de cet océan, Tezcatlipoca, la divinité terrible avec laquelle, ainsi que vous l'avez vu, s'identifient Hercule aussi
bien qu'Horus. ^Isâsha-moTi a de même que ha-men ou amen, en quiche et en maya, le sens de fondateur, de pilier, dé fondement de la maison ou de l'eau, sens qui correspondent à l'idée phénicienne, en même temps qu'à Vamenti des Egyptiens. J'ajouterai maintenant que le suffixe im, pluriel antique en quiche, comme en hébreu, signifie radicalement les deux tétons, d'où l'idée plurielle, et qu'il fait allusion à deux pics en forme de tétons, existant sans doute à la Guadeloupe ou aux volcans des petites Antilles, apparaissant aur dessus de VHanmn, c'est-à-dire du fondement des colonnes de l'eau.
Je continue avec l'explication de quelques autres noms également intéressants. Ainsi Khusor, que vous traduisez par « l'ouvrier, l'artiste », se traduirait du quiche qutz-or, « celui qui perce le dur, le noyau de la pierre », ou de qux-or (cush-or), « qui perce le cœur, le noyau » de la terre, ce qui correspond à l'ouvrier mineur, tailleur de pierre, etc. Cain ou qa-yin me donne « celui qui ajoute à ses deux mains, celui qui instrumente, qui outille avec ses mains. » Tuhal répond grammaticalement aux mots « constructeur de maisons avec des pierres, » du mot tuh, la mine ou la carrière, composé de m, la surface ronde, faisant vh, souffle intérieur, sarbacane, tube, puis avec //, préposition contractée en t\ faisant tuh, dans le tube, dans le trou ; de là tuhuha, faire sauter les pierres avec un instrument, etc. Je doute qu'aucune autre langue au monde vous donne des étymologies aussi complètes. Prenons encore, en passant, les Beihyles (beytil) , que M. Renan traduit par pierres vivantes, la langue quichée me donne encore be-ît-il, chemin ou voie de ce qui vit ou remue, en tournant ou bien en sortant, si vous mettez el pour //, nom parfaitement appliqué
aux pierres vivantes, c'est-à-dire aux volcans de Turu-Queira ou des autres îles. Un autre nom qui n'est pas moins curieux dans le même sens, c'est celui de Belzébub, le dieu des mouches, selon sa traduction de l'hébreu, mais qui, dans le quiche signifie le « chemin sortant tortueux du volcan ou du tuyau, » et en Tnaya, le « chemin sortant rapide des mamelons, » beel'Zeb-ub. Jetez les yeux sur les planches 3 et 10 du Codex Borgia, et voyez avec quelle facilité on a pu alternativement faire de ces gaz, sortant des fumerolles, soit des mouches, soit des diablotins, en portant les regards sur un document analogue. Quant à Cjdik, père des Cabires, dont il a été déjà question, son nom se présente on ne peut plus à propos pour confirmer le reste. 11 est composé de ci, si, ço ou su, la déchirure, et de tic, au centre (de ii-co), devenu plus tard un suffixe exprimant la qualification et la forme adjective, identique avec notre ique; de là tous les suffixes en îque ou icus, connus en français comme en latin. Pour ce qui concerne les Cabires, je vous renvoie à ce que j'ai dit plus haut.
Afin de ne pas m'étendre plus longuement sur une matière dont je ne veux vous entretenir qu'en passant, et pour vous donner une simple idée de l'utilité des langues américaines, dans l'ordre de l'histoire et de la linguistique générales, je vais clore cette longue lettre avec quelques explications rapides, relatives aux principales divinités des cosmogonies phéniciennes et aux origines de l'alphabet. C'est ainsi que lao ou Yao, dont Bunsen a fait la matière d'une note fort importante, n'est autre chose que le dieu mexicain Yao ou Yaod^ le dieu de la guerre, sous certains aspects, la guerre même, comme l'exprime son nom, ou plutôt « la voie, la surface de l'eau », la vague
furieuse, ainsi que j'ai eu le plaisir de vous le démontrer plus haut, à propos du dieu Tezcatlipoca. C'est Indra, cet « Indra au beau nez » , dont il est si souvent question dans le Véda, et dont le nez apparaît toujours d'une longueur si démesurée, ainsi que sa lèvre inférieure, dans les peintures mexicaines. Tel est le sens de lao ou Yau, ainsi que l'écrit Clément d'Alexandrie, identique avec la-be^ selon l'orthographe samaritaine qui correspond ici à l'orthographe de la langue quichée, ia-be, marche ou voie de l'eau, comme ja-o en mexicain, lequel signifie encore la surface en marche.
Les herubim, phéniciens, kerubîm en hébreu, appartiennent à la même langue : ils y expriment exactement le sens que leur donne la tradition sacrée de « flammes tournantes », et Bunsen a deviné juste en les identifiant avec des volcans, existant à l'ouest de la terre, que la puissance divine avait à jamais dérobée aux regards des hommes, en l'abîmant au fond des flots. C'étaient bien des volcans ; car her-ub-im, suivant la première orthographe, signifie « les tétons (les sommets) des tubes (ou volcans) enflammés », et ker-ub-im, « les sommets des volcans tournoyant. » Ces volcans. Monsieur, sont ceux de la Guadeloupe ou des autres petites Antilles, allumés à la suite de la catastrophe et dont les serpents de feu ou de fumée devinrent les premiers symboles parlants, les premiers signes de l'alphabet. Quetzal-Coatl, Tant, Hermès, Cadmus, tous hommes fameux, ces instituteurs de la civilisation et des arts, ces inventeurs des lettres, ne font qu'un avec les petites Antilles où les hommes reçurent leurs premiers enseignements, avec les grandes îles où ces enseignements se perfectionnèrent, avant la séparation des nations et des familles de nations.
C'est sur l'arête du grand serpent CipactU, sur le dos du crocodile, c'est en Colhuacafi, sur ce serpentement de pays ou sur ce pays serpenté, accidenté de montagnes, ainsi que le dit son nom, que les hommes apprirent à lire dans la nature et à rendre leurs pensées par des symboles. Voilà pourquoi l'invention des lettres de l'alphabet phénicien, suivant Philon (1), est mêlée avec l'idée du serpent, « ce reptile par ses mouvements étant le prototype des différentes formes » des caractères. A première vue, ces serpents expriment l'idée de l'eau, de la fumée ou du feu, serpentant tortueux à la surface de la terre ou au firmament, tels que les peintures nous les montrent ; c'est ainsi que le signe du langage est rendu par une languette alternativement rouge, blanche ou jaune, suivant qu'elle exprime encore le feu, le gaz ou la flamme. Vous pouvez les voir fréquemment figurés ainsi dans les documents mexicains. Dans le MS. Troano et le Codex de Dresde, des espèces de plumes aux couleurs de terre d'ombre pâle, comme le feuillage du mizquid (acacia mexicain), analogue à celui du sapin, sert à rendre encore l'idée des gaz et des vapeurs, et certains gaz sojit exprimés même avec les couleurs qui leur sont propres. L'abeille, ainsi que la fourmi, présente des traits analogues, et exprime en outre, comme celle-ci, le travail dans les mines d'or. Le grand instructeur des peuples, ce fut donc, je le répète, la nature elle-même dans ses merveilles, et Ta-utj a la terre dehors » ou Ta-a-ut, « la terre hors de l'eau, » Tet, « celui qui fait des signes ou « qui est sur le signe, » suivant la langue quichée, c'est lui, c'est la
(1) Conf. Bunsen, Egypt's place in universal hislory, vol. IV, pag. .288.
nature, dans ses éléments divers, qui inventa les arts dans les grottes creusées sous les grandes stèles, c'est-à-dire dans les montagnes des Antilles, aux nobles silhouettes, découpées en serpents. « Toutes ces » choses, continue Philon, au sujet des lettres phé- » niciennes(l), furent le résultat des doctrines de » Taaut, et achevèrent de former le philosophème » de la nature, tel qu'il est actuellement devant » nos yeux. Les lettres sont ces choses formées au » moyen de serpents. Lorsque ensuite ils bâtirent » des temples, ils leur assignèrent une place dans le » lieu saint, en instituant différentes cérémonies et » solennités en leur honneur, comme aux dieux su- » prêmes, anx régulateurs de l'univers. »
Sappuyant sur ces données. Bunsen remarque que les formes courbées de différentes manières furent l'origine des premières lettres, ajoutant que chaque lettre est, en même temps, l'initiale des noms des dieux renfermés dans le hiéroglyphe de la lettre. Movers se fonde sur les mêmes notions, pour prouver que les vingt-deux lettres de l'alphabet phénicien représentent, selon leur ordre, les vingt-deux principales divinités, ce que Bunsen combat pour différentes "raisons. Sans vouloir établir, en ce moment, une comparaison complète entre les caractères phéniciens, hébreux ou égyptiens, et ceux du calendrier maya, conservé par Landa, j'ai raison toutefois de vous assurer que cette comparaison peut se faire aisément et que les caractères mayas donnent plus d'une fois l'explication des autres. C'est là seulement qu'on trouve les signes primordiaux, enseignés par Taaut, c'est-à-dire par la nature, au sortir des catastrophes
(1) Philon., etc., ap. Bunsen, Egypt's place, etc. pag. 289.
du cataclysme. Les premiers sont les vingt signes des jours mayas ou mexicains: ils sont les symboles d'autant de phénomènes, identifiés d'abord avec les lieux où jls s'accomplirent, avec les montagnes, dont les arêtes se soulevèrent, semblables à des serpents, aux yeux des populations émerveillées, et dont chacune se personnifia ensuite avec chacun des vingt héros ou dieux que les traditions- mettent à la tète de la civilisation américaine. Les vingt-sept caractères de l'alphabet donnent des résultats analogues et se retrouvent en grande partie dans les signes des jours. Je veux vous en citer quelques-.uns en exemple.
A^ oii Bunsen découvre El et Adonî, traduit par lui le Fort^ le Seigneur, le Puissant (1), est représenté dans mon alphabet par trois caractères différents. Le premier ^5*]fe ' ^^^® J^ \o\\?> ai fait connaître comme le signe C^ff du Croissant, le Manik, légèrement modifié, vous offre à sa surface une tache noire qui paraît être celle du volcan de la Lune, Metztli, et plus bas un autre signe plus considérable que je crois être celui du grand volcan de Nanahuatl, Le caractère entier est donc le symbole de Quetzal-Coati, de la terre engloutie sous les flots; il est par conséquent celui à'Osiris et à'Jdoni ou Adonis, dont les femmes syriennes pleuraient la mort; toutefois, ce qu'il a de particulier, c'est que la traduction du mot Adoni, d'après le groupe des langues mexico-guatémaliennes, offre diverses idées toutes en rapport avec l'idée principale, mais surtout avec le dieu ressuscité, la terre sortie de l'eau. A-don-i, a-dan-i, d'après l'antique haïtien, signifie « celui qui possède ou qui est le maître de la terre sèche de la vie ; » A-ton-i, en mexicain, « qui boit
(1) Egypl'splace in universal history, vol. IV, pag. 290 et suiv.
la chaleur de l'eau; » et A-ton-i, en quiche, « l'Eau battant le Petit-Fils ou l'Embryon. » Ce petit-fils, cet embryon, c'est celui du grand Arbre, vous le savez déjà, c'est le volcan, reparaissant à la surface des eaux avec le véritable Seigneur des populations sauvées du naufrage, le véritable El, « celui qui sort en s'élevant à l'horizon », soleil ou volcan. C'est lui que vous retrouvez dans le second A de l'alphabet maya, assez mal reproduit par Landa fp::^ , mais qui représente une tête d'épervier, sym- VH^ bole d'Horus ou de la vague, dont l'œil est précisément le grand volcan, environné des points qui indiquent les autres. Le troisième A enfin, dans l'alphabet maya, est une sorte de botte, jambe ou patte, qui paraît identique avec le signe donné pour le mois Tititl, dans la planche hiéroglyphique, reproduite, ainsi que je vous l'ai dit plus haut, par M. le général Doutrelaine (1). Le commentateur anonyme de ce monument curieux n'écrivait donc rien à tort, quoi qu'en disent nos Archives de la Commission, et tout ce qu'il a écrit, est la preuve qu'il était parfaitement initié aux antiques mystères de son pays. Cette jambe, en effet, est une patte de sarigue ou de lapin, hiéroglyphe de la terre engloutie, que notre honorable collègue a pris pour une bourse, d'après l'idée que semble en donner Sahagun. Tititl ou t'iti-tl, «la vitalité dans le ventre, » c'est-à-dire la vitalité centrale, se rapportait à cette vitalité qui anima la terre, avant et aprèsle cataclysme, dont les eaux sont signifiées par la tète d'animal, chat, tigre ou chacal, qui surmonte la patte en question. Le signe hébraïque, correspondant au caractère phé-
(1) Rapport sur le MS. Mex. de la Coll. Boban, dans les Archives de la Comm. scient. duMexique, tom. III, pag. 127-128.
nicien, d'après Bunsen, est Aleph, k, le taureau, figuré par une tête avec des cornes, symbole à la fois dlsis et d'Osiris, comme de la terre du Croissant.
B, a, signe de Bêth-el, maison du Fort, s'interpréterait d'après le quiche, par « qui sort en déchirant sa voie « Bê-it-îl ou Bet-u-el, « chemin de l'oiseau sortant », ou encore « chemin de ce qui sort en déchirant, en ouvrant, d'oili bet, déchirer, ouvrir violemment, identique avec le mexicain /?e^ Dans l'alphabet maya il est exprimé par le signe yrrr\ , qui vous présente la voie indiquée par deux mÏIV lignes ver^ ticales et la trace du pied, symbole du feu montant d'en bas. D, le t hébraïque qui fait Daleth ou Dagon, rendu par un poisson ou par une femme au corps de poisson, suivant les auteurs cités par Bunsen, exprime l'idée de la pêche et de l'agriculture, sans que ni les uns ni les autres parviennent à se rendre compte du fondement de ces idées. Mais il se découvre dans le sens que le groupe mexico-guatémalien lui assigne. Da ou Dan, comme vous l'avez vu, c'est la terre sèche, le poisson qui apparaît sur l'eau comme les îles après le cataclysme, identique avec le serpent Taaut, c'est-à-dire avec ce groupe d'îles figuré comme un serpent cO , où l'agriculture et la pêche constituèrent immédiatement l'alimentation des nouveaux habitants. C'est là ce fameux Ciilal-XonecuilU des Mexicains, « le contourné ou le crochet de pointes sur la base des terres de la Déchirure» les sept étoiles du chariot, où Ma-Dan-Inô joue précisément le rôle de la déesse poisson, de la Derketo phénicienne, dont le nom, suivant la signification quichée, se rapporte encore à la prostitution la plus effrénée {Ter-que-to, qui suit l'anus du patient). Le d n'existant pas dans la langue maya, le t ou ih, qui le remplace, se trouve
exprimé par le signe ^^^ , qui est celui de la localitéqui s'élève. Quant p ^ au son i>rt/e</^ phénicien, la porte, il concerne- ^*û>^ rait ici la porte de l'Océan ou de la terre, également s-ignifiée par les îles élevées, telles qu'une barrière, entre l'un et l'autre élément. B, rendu par Ha-t-el, le ténébreux, l'invisible, le Hadès, est entièrement d'accord avec le caractère ^de l'alphabet maya; ha, l'eau; et avec le quiche ^rt, signifiant à la fois l'eau et la demeure, la maison ; t'el exprime l'action de sortir et tel est l'épaule, les reins. Ha-t-el serait ainsi le fond ou l'issue de l'eau, l'abîme, le Hadès où le Croissant est enseveli, le H étant représenté par le signe OC\ qui semble être un paquet prètàêtreemporté. \^ V, dont l'alphabet fait vu ou'yrt7w,lamer, est si^ représenté par un crochet conforme au second u maya q. ; signifiant un crochet t, un collier, une attache \ en langue quichée, d'oùle pronom possessif, mon t et son. Remarquez d'ailleurs que vau, dans la même langue, et vnh en maya ont également le sens d'accrocher, de clouer, d'attacher; vam, en outre, est « ma ou sa gloutonne, ma ou sa gourmande, mon ou son araignée », c'est-àdire l'abîme de l'Océan, comme je l'ai expliqué ailleurs. Le CouKh, 3, signe de KabaroM Cahir, est identique avec le quiche et le maya, comme vous l'avez vu plus haut. Il est symbolisé dans l'alphabet de Landa par le caractère , sorte de Croissant, dentelé de sept pointes, t qu'on ne saurait rapporter qu'au nombre des sept ^ Cabiresouvolcans.il est probable qu'il représente, à la fois, le verbe substantif, être, identique dans la plupart des langues du groupe, primitif de cama ou camac, bouche en nahuatl, les îles étant comme la mâchoire du caïman Cipactli, la
porte et la bouche de l'Océan. A son tour, la lettre L, rendue par Liliih, en phénicien, c'est-à-dire la nuit, ou bien « ce qui s'étend tout autour », a pour correspondant en quiche //, s'étendre doucement comme un liquide, d'où lila, arroser, en langue maya. Dans cette langue, deux caractères différents indiquent la lettre l; le premier ressemble souvent à un animal couché, analogue à un lapin, sur lequel se montrent des traits, rappelant sans doute les volcans qui éclatèrent sur le grand lapin du Croissant. Le second est une image qui parfois ressemble au Tecpatl ou silex, signe du jet volcanique ; mais d'autres fois il consiste en une simple ligne contournée, semblable à une fronde, tantôt fermée, tantôt ouverte et armée d'une pierre prête à être lancée; ailleurs, la fronde devient presque un serpent dont les mouvements rappellent tout ce que Philon dit de l'origine des caractères ^^^Q • Cette fronde, exprimée par le mot el, est ^^33 le symbole de l'eau s'étendant autour des deux méditerranées américaines, en les creusant et devenant en dernier lieu l'un des deux vases dont il est question plus haut.
Pour terminer cet examen, déjà plus étendu que je n'eusse voulu le faire, je n'ajouterai plus que les deux lettres N et P, qui oifrent un grand intérêt. La première qui vient se prononcer Nun, poisson, a pour correspondant, dans le groupe mexico-guatémalien, le mot nun ou non qui signifie muet (tel le poisson) et pour signe le r^ , debout comme un serpent et qui paraît fort ^ souvent identique avec l'f/rœw^. Ainsi que je vous l'indique un peu plus haut, ce signe est celui de CoViua-can, c'est-à-dire « des Régions formant une Courbe », ou des petites Antilles ; sous cet aspect, il se rapporte donc directement aux poissons
qui en étaient les images et qui avaient précisément pour divinité principale l'Aphrodite mexicaine, dont les attributs se retrouvent dans le nom de riaii, de nen, vulve, en nahuatl, comme dans les expressions nen et nin du quiche, allusives aux amours et à la lubricité. C'est surtout sous ce point de vue que la lettre N du groupe mexico-guatémalien correspond aux deux autres noms, identifiés avec cette lettre par les commentateurs de l'alphabet phénicien, iVa/w^z^w etWIiamah (Nahamah), Grâce et Aphrodite. En effet, le premier se traduirait du quiche par « le Premier Amour du phallus», ne-ma-un^ le second par «la première demeure de la Puissance {iie-ha-mah), le centre, le nœudde la nation » {nak-amag), ou bien « le Centre ou le Foyer obscène de la canne » (nah-amalï). Ces interprétations, auxquelles je pourrais encore en ajouter d'autres analogues, répondent toutes, on ne peut mieux, comme vous le voyez, au groupe des petites Antilles, mais surtout au massif volcanique de Turu-Queira, où la religion de l'amour eut son berceau, à l'origine même du renouvellement du monde. Le signe qui représente le caractère N dans l'alphabet maya a d'ailleurs un rapport frappant avec le caractère phénicien i/, à l'extrémité inférieure duquel on distingue même un petit cône, souvenir peut-être de l'île dont le volcan avait donné lieu à tant de mythes. J'observerai encore à ce sujet que ce hiéroglyphe, en tant que symbole de la vie, se personnifiait dans Quetzal-Coatl, le Serpent-Dressé, VUrœus, le symbole de la royauté chez les Egyptiens comme il l'était au Mexique, où vous le remarquerez plus d'une fois, formant la partie supérieure du bâton royal ou sacerdotal, semblable au haut de la crosse de nos évèques. De là le sens profond du
mot quiche et maya nab, premier, principal, chef, sacré, saint, oint, bon, doux, enchanteur, merveilleux, nab, ce qui est en avant, aigu, qui domine, qui se montre au-dessus, nib, ce qui est précieux, brillant, jaune comme de l'or, pointu, qui s'élève et qui s'accumule, etc., tous sens qui vont parfaitement ensemble et où vous retrouvez l'origine de plus d'un mot égyptien. C'est qu'en effet tous s'appliquent on ne peut mieux à ce serpent d'îles et de montagnes, merveilleux dans leur apparition, le salut de tous, le berceau et la source de la vie, les premières terres en avant vers l'abîme, les dernières en venant de la terre ferme vers l'Océan.
La lettre P, dans Patah ou Ptâh, celui qui ouvre, est représentée en hébreu par une bouche ouverte d. Dans le groupe des langues mexico-guatémaliennes, pa signifie « à, sur, dans, » avec le sens primitif de planter, ficher, etc., comme, par exemple, a-pa ou a-pan ^ dans ou sur l'eau, mot, devenu l'eau seulement, en sanscrit. En maya, /j^^, c'est ouvrir, découvrir, déclarer, rendre clair et manifeste, d'où patah, « celui qui ouvre, qui déclare, » exactement comme en hébreu et en phénicien. En quiche, pat a un sens plus éloigné, mais analogue ; il veut dire étendre des lacs, prendre la bète fauve ou l'oiseau, le faire \oir; patah, imposer, déclarer un tribut; en nsihusiil pat , primitif inusité de patla, élargir, étendre, faire voir, etc., et de pailani, \o\er, se manifester dans l'air. Dans Bunsen, l'explication du P est suivie du senspeh, bouche (ouverte), dont l'analogue se retrouve dans le nahuatl pe, rompre pour sortir, d'où /?e72«rt, vaincre, conquérir, renverser, commencer, et pe, venir, en quiche, opposé à be, aller. Toutes ces idées sont exprimées dans le maya, par le double pp ou le p explosif, re-
- 38o — présenté par le signe rrp. , qui vous montre une tête sans œil, ou bien Ltj | dont l'œil se trouve entre les deux lignes ^-^ verticales du centre, symbole du chemin qui s'ouvre par la force. Les lèvres, au contraire du signe hébraïque, sont fermées hermétiquement, pour montrer qu'elles ne s'ouvriront que parla violence, comme l'exprime le son de la lettre ppa, soit que le Patak, l'ouvreur, désigne le feu, s'ouvrant un passage dans la terre, soit qu'il désigne la vague, rompant le sol du continent, soit les deux réunis dans la vapeur où Tezcatlipoca s'identifie avec le bûcher de Nanahuatl, Hercule avec Bacchus. Ces exemples suffisent, je pense, pour vous faire comprendre toute l'importance étymologique et historique des langues du groupe mexico-guatémalien et la nécessité pour les savants d'en approfondir les origines. Car, s'il est vrai, ainsi que l'énonce Philon, que le serpent soit le Taaut, le symbole primitif, le signe du premier alphabet, ce serpent, vous en avez l'explication complète dans les sept îles, berceaux de la civilisation et des arts, dont l'ensemble donne l'image du premier Taaut, du premier serpent, de même que chacune a fourni l'élément d'un des hiéroglyphes primordiaux. J'ajouterai même ici une coïncidence qui n'est pas à dédaigner au milieu de tant d'autres témoignages, c'est que s'il est vrai, comme l'énonce Bunsen (1), qu'après l'invention des premières lettres, trois autres auraient été ajoutées par Àram, eh bien ! Monsieur, ces trois pourraient bien être les hiéroglyphes des trois grandes Antilles, survivant au naufrage ; car c'est précisément vers les rivages où abordèrent ensuite les tribus émigrées de Madan-Inô, que se trouvait
(1) Egypl's place inuniversal history^ yoh IV, page 277.
la province portant le nom hébraïque à'Jram-Jna^ « la Fleur d'Aram, » située au sud-ouest de Haïti (1).
§ 20. Bien qu'ayant une origine commune et un berceau commun, l'alphabet, de même que la langue issue du cataclysme, paraît avoir suivi la marche de la religion et s'être scindé, dès son berceau, en deux brancheségalementopposées. Les caractères, conservés par Landa, les signes nombreux contenus dans le Manuscrit Troano, dans le Manuscrit Mexicain^ n° 2, de la Bibliothèque impériale et dans le Codex mexicain de Dresde^ offrent bien certainement les éléments les plus anciens sur lesquels les autres alphabets furent fondés, en ce sens que c'est là seulement que se retrouvent les esquisses géographiques qui leur ont servi de base. Les signes de l'écriture figurative du Mexique, proprement dite, et les hiéroglyphes égyptiens sont ceux qui s'en rapprochent davantage. Au second rang viennent les caractères runiques, auxquels sont apparentés de fort près les caractères, dits cunéiformes, et dont les traces se retrouvent dans l'alphabet maya, plus complètement qu'on ne pourrait se l'imaginer, au premier abord. Toutes les notions que je possède me conduisent à conclure que ces deux écritures, c'est-àdire la runique et la cunéiforme, sont sœurs et qu'elles doivent, ainsi que les langues dont elles sont l'expression figurée, avoir suivi la même route, au sortir du berceau primitif. Rappelez-vous, je vous prie, que la grande famille des Scythes, dont les Mèdes paraissent avoir été une branche considérable, tenaient pour un de leurs principaux symboles une flèche ou un épieu, celui-ci, signe du cône volcanique,
(I) Petr. Martyr, de relus Océan, decad. III, lib. vu, pag. 285,
qu'on retrouve dans le nom de Huitzil-Opochtli, cellelà signe du feu qui en éclatait. Tel l'épieu du Mars des Romains, au Quirinal ; telle la lance des Germains qui, ainsi que l'épieu, était tour à tour l'arme delà guerre, de la chasse ou du travail. C'est cette dernière idée qui se retrouve dans le nom à' Hyper-Boréens donné simultanément aux Scythes, le mot bor, travail ou servage, homme du domaine dans la langue haïtienne, identifiant, ainsi que je vous l'ai déjà fait voir, la notion du travail des mines et des pierres précieuses, bor^ trouer, percer, forer, en quiche, avec plusieurs régions septentrionales du monde européen, dont le nom se reconnaît encore aujourd'hui dans ceux de la Prusse (Borussia) et de Brousse, en Asie Mineure. Abor, identique avec Jbarîs, le fameux prophète hyperboréen, signifie, dans la même langue, « le Maître ou le Seigneur des hommes du domaine. » Or, c'est là un nom auquel on peut rattacher, sous beaucoup de rapports, celui des Abares ou A\>ares, et par opposition celui des Boréejis, Bar, For, Var, Barbar, Bur, en suivant l'idée qu'en donne M. d'Eckstein, dans son travail sur les Gares (1), qui auraient été tour à tour les rivaux, les maîtres et les esclaves des Boréens, prédécesseurs américains des Boréens d'Europe ou Hyper-Boréens dont Abor ou Abaris était la personnification par excellence. Geux-ci, de leur côté, auraient été les représentants primitifs de la grande famille scythique [scyth ou seth), adorateurs de la lumière, unie à la vague victorieuse dont Tonatiuh, nuance de Tezcatlipoca, était l'expression en Amérique, comme Apollon en Grèce, était la nuance d'Her-
(1) Les Gares ou Cariens de l'AntîquUé, Extr.de la Revue Archéoloqique,^3Xi. II, § 13.
cule. Les Hyper-Boréens , esclaves d'abord de la race brune ou rouge, ensuite ses maîtres, mais en lutte continue avec elle, se retrouveraient, peut-être, en Europe et ensuite en Asie, dans la Did que M. d'Eckstein présente comme le symbole de la race aryenne, par opposition à Aditi, l'Amérique méridionale, bien que Diti, Tit ou Titi, selon le quiche, paraisse identique avec Xpiyacoc, image du golfe du Mexique et de toutes les contrées de l'Amérique du Nord.
D'après des aperçus que l'ensemble de toutes ces traditions laisse entrevoir, les premiers Gares ne seraient que des métis, issus du mélange des races échappées au cataclysme sur les Antilles. Leur vie aventureuse et leurs expéditions lointaines sur la mer, leurs habitudes de piraterie, leurs mœurs désordonnées, s'expliqueraient alors, jusqu'à un certain point, par le fait de leur naissance. De là, peut-être encore, la disparition complète des Gares de l'antiquité, après avoir été, pendant plusieurs siècles, les maîtres de la Méditerranée. Quant auxBoréens, c'est par l'Amérique du Nord qu'ils durent gagner les contrées septentrionales de l'Europe, d'où les Hyper-Boréens s'étendirent sur les vastes régions, désignées depuis sous le nom de Scythie, à l'est jusqu'aux confins de l'Asie, etau Midi, jusqu'aux bouches du Z>o/z, Tan ou Tandis des anciens, d'oii ils auraient occupé tous les contours de la mer Noire. Greuzer (1) avait déjà cru reconnaître qu'Abaris pouvait être un Druide du Nord et le pays des Hyper-Boréens les îles Hébrides; mais ce nom, ainsi que tous les noms attachés aux berceaux des différents peuples, avait suivi la marche des migrations antiques, et, de l'extrémité de la Floride il
(I) Religions de V Antiquité, tom. II,pag. 237.
avait fini par s'étendre à toutes les contrées septentrionales de l'Europe. C'est de ces contrées que descendirent les Olen, portant le culte d'Apollon et àHlithya, Vllan-Cueiil et V Ilama-TeciuU des Mexicains; c'est ce nom que vous retrouvez dans Vllma et Vllama- Rinen des traditions finnoises, avec l'histoire complète des volcans du cataclysme, symbolisés par les six œufs d'or, déposés dans \q genou de la mère de l'onde (1). D'accord avec toutes les données qui précèdent, Creuzer n'ajoute-t-il pas (2) que « les sept dieux de la semaine, dans la religion Scandinave primitive, sont aussi les sept éléments de l'écriture runique? Dans les sept lettres, décorées du nom d'Abaris et de Pythagore, cet axiome, dit-il encore, se rencontre : Que l'œil a de l'analogie avec le feu. » Qui ne reconnaîtrait là l'idée mexicaine de l'œil humain, signifiant le cratère du volcan, figuré dans le signe Imix, l'œil du téton
Qou de la mamelle de la langue maya, c'est-àdire l'ouverture du mamelon de la montagne? c'est ce signe, dans lequel on découvre encore les quatre flèches, symboles des quatre grandes Antilles, des quatre premiers volcans, allumés après le cataclysme ou des jets de feu du cratère principal, représenté en haut de ce hiéroglyphe, peut-être de toutes ces choses à la fois. Abaris parcourt la Grèce, porté sur une flèche, comme encore aujourd'hui dans les légendes de nos campagnes, la sorcière sur son manche à balai. Il voyage dans les régions de l'air : c'est un inspiré qui rend des oracles, qui compose des chants de conjuration, d'expiation et d'initiation, comme Votan, chez les Tzendales, comme Quetzal-
(1) La Kalevala, épopée nationale de la Finlande et des peuples finnois, etc. trad. de M. Léouzon-Leduc, tom. I, Paris, 1067, pag. 6-7.
(2) Religions de l'Antiquité, tora. II, pag. 268.
Coati au Mexique, qui, ainsi qu'eux, compose une théogonie, etc. » D'un autre côté, « les runes sont en grande partie des flèches, des caractères en forme de flèches, continue Creuzer j> , de même que les caractères cunéiformes, tous sont des flèches, lancées dans des directions différentes. Voilà pourquoi le premier signe de l'année toltèque, dans le système des partisans de Tezcatlipoca, l'une des deux grandes fractions rivales de la religion antique, au lieu de Cé-Jcatl, une Canne, est Ce- Tecpatl, un Silex, un fer de lance, une flèche, un épieu, le symbole du feu A , de l'éruption volcanique, que vous retrouvez fl^ d'abord dans le signe Edznab, que je vous ai ^^ fait connaître plus haut; ensuite dans le signe de la lettre a O -<? (dz),Ia fronde ouverte, armée de trois flèches (rTr^ O" de trois traits, qui fontégalement allusion \^:^ à la fameuse marmite soutenue parles trois pierres du foyer domestique, puis enfin dans le caractère z ou c, représenté par le signe ^m^ , où vous voyez trois pointes de flèches super V^ posées au centre, mais dont l'idée première se rapporte au sifflement du gaz ou du feu sortant de la terre.
« Les runes, suivant l'étymologie du nom, continue le savant allemand (1), les runes s'écoulent, s'échappent comme le temps. Elles sont pour ainsi dire la flèche de la parole, qui blesse et guérit à la fois, pareille aux traits, c'est-à-dire aux rayons ensemble meurtriers et salutaires du soleil, ou plutôt, comme le tecpatl, ce silex qui s'élance de la bouche du volcan, signifié par une tête humaine; elles symbolisent le feu, le gaz ou la fumée, le verbe de la terre, de même que la parole, exprimée par le même signe, est la flèche de
(1) Religions de VAntiquilé, tom. II, pag. 268.
l'âme humaine. «Le soleil, lui-même, ajoute Creuzer, le soleil, ce grand chronomètre, trace en caractères de feu , sous la voûte céleste, les types primitifs de l'écriture durant les sept jours de la semaine. C'est par eux que le prêtre du soleil est à la fois scribe sacré et ^oyant^ c'est-à-dire prophète ; car, dans les sept éléments divins de l'écriture solaire ou planétaire, toutes choses sont révélées à ses yeux. Gomme la flèche du soleil, la flèche de l'écriture, lumineuse aussi et prophétique, vole de peuple en peuple le long des fleuves, dans le cours de la durée, portant de toutes parts la doctrine, les prescriptions salutaires, les consolations et la vraie lumière. En un mot, Abaris voyageant sur sa flèche, Q?>iRuna, le voyant, le scribe, le prophète et le sauveur, mais en même temps l'écriture, véhicule de toutes les connaissances et le salut. Il figure dans la tradition des Grecs et dans celle des Germains à la fois, comme une rune parlante du culte antique de la lumière, selon la primitive croyance qui embrasse le Grèce et le Nord.
» Abaris serait donc au fond, selon nous, une personnification de l'écriture et de la doctrine qu'elle renferme, des bienfaits de cette doctrine et de la science ou sagesse, en général; enfin, de la propagation de l'écriture et de la sagesse descendant des hauteurs du Caucase, pour éclairer les Grecs aussi bien que les Scythes. » Les idées exprimées dans cette longue citation, empruntée à l'illustre Allemand, ne paraissent pas avoir été entièrement partagées par son savant traducteur (1). Des découvertes récentes, le déchiffrement, entre autres, de l'inscription runique du lion, en marbre pentélique, du Pirée, transporté à Venise (2),
(1) Guigniaut-Creuzer, Religions, etc., pag. 268, note 2.
(2) Rafn, Inscriplion runique du Pirée, Copenhague, 1856.
donneraient, toutefois, raison à Greuzer. Il y a tout lieu de croire que cette inscription se rattachait à l'histoire des populations qui, sous le nom générique de Scythes ou d'Hyper-Boréens, descendirent dans l'Asie Mineure et dans la Grèce aux époques pré-historiques et que les races, dites pélasgiques, étaient loin de leur être étrangères. Pour moi, il me paraît hors de doute que les contours de la Méditerranée furent colonisés alternativement par des migrations atlantiques, les unes hyperboréennes , c'est-à-dire dont la marche avait pris une direction septentrionale, de l'ouest à l'est, les autres méridionales, ainsi que je l'ai intimé plus haut.
§ 21 . Les migrations les plus considérables me paraissent, néanmoins, avoir été les premières. Carie nom des Hyper-Boréens que je vous montrais, il y a un instant, dans celui de Brousse et des Prussiens, se retrouve avec l'idée du travail, mais, en particulier, de l'industrie métallurgique, dans une foule de noms, dont je m'étonne que les Allemands, d'ordinaire si sagaces dans ce genre de recherches, n'aient pas encore fait l'objet de leurs études. Je veux parler d'abord du nom d'Jmbramns que les Gares donnaient à Mercure, selon Etienne de Byzance, et de celui à'Imbros, l'assesseur mystique des Gabires. Le premier correspond entièrement au quiche im-bora-mux (mush ou mus) , signifiant les grains ou les pépites de l'eau forant les mamelons ou les mines, et le second au vocable îm-bor-oz, souffle perçant les mamelons, etc. Si je consulte Hésiode , je découvre dans sa Théogonie, le nom de Bpôvr/iç (boron-tetz) donné aux Gyclopes; vous le retrouvez dans celui des Bryges, 4>p'j-]fe;, ou Phrygiens (boruges), dont le pays, berceau
des Cabires, suivant un grand nombre d'auteurs anciens, renfermait une ville d'A^rrupa, Astyra, célèbre par ses mines d'or, ainsi que le pays d'Aztlan, d'où ils étaient partis originairement. Enfin , vous pouvez le voir et le décomposer dans tous les mots qui ont servi de glossaire au bronze et à l'airain, dafts briinia (borunia), pour Zor/crt, cuirasse , brunus (borunus), selon Ducange, brun, comme les hommes qui les premiers le travaillèrent; dans le iruppiyo;, burrichus, le roux des Grecs, notre mot bourrique, breimen, brûler, en allemand, identique âupuren, buren du dialecte cholmaya; comme lebronnen flamand pour la source, l'eau qui perce, qui fore, tous ayant, comme vous le voyez, un rapport direct avec le bor guiché et haïtien, avec l'île de Borriquen, Porto-Rico, d'où probablement s'éloignèrent les Boréens , au jour de la grande dispersion.
Donnez-vous la peine de rechercher toutes les notions qui concernent les Hyper-Boréens et les Scythes, étudiez-les sans parti pris et vous verrez quelle lumière puissante il en découlera sur le berceau des nations de l'Europe et de l'Asie. Les vieilles traditions de l'Orient sont remplies des mêmes souvenirs. Elles vous parlent d'une mer obscure, d'une région ténébreuse, où sont les îles Fortunées, où se trouve la fontaine de vie. Ce qui n'est pas moins remarquable, c'est ce qu'elles disent de l'île Sèche et du grand continent qui est au delà des montagnes de Cafi^). « La terre où nous sommes est environnée de l'Océan, » disait au sixième siècle le moine Cosmas (3), qui avait » longtemps voyagé en Asie. Mais au delà de cet Océan
(1) D'Eckstein, De quelques légendes brahmaniques, etc. pag. 311.
(2) D'Herbelot, Bibliothèque Orientale, pag. 383-593.
(3) Cosm. Indico-Pleust,, in Coll. Patrum, tom. II, pag. 188.
» est une autre terre qui touche aux murs du ciel ; » c'est dans cette terre où l'homme a été créé, où fut » le paradis terrestre. Au temps du déluge, Noé fut » porté par l'arche darts latefreque sa postérité ha- » bite aujourd'hui (1). » Cette île Sèche, ce, continent, ce sont ces îles qui apparurent, après le cataclysme, c'est Mci-Dan-Inô, c'est le continent américain d'où les Boréens passèrent dans celui-ci, portant avec eux leurs dieux et les notions antiques de leur origine. Il y a tout lieu de croire que ce furent des essaims, détachés de ces grandes migrations septentrionales, qui laissèrent en Afrique ces monuments étranges dont M. Bourguigniat se propose d'écrire l'histoire. Venus des vallées du Mississippi et de l'Ohio, on les suit jusqu'aux confins du Sahara, où les archéologues peuvent aller étudier ces môles immenses de terre et de pierre tassées, en forme de Croissant, de Serpents et d'autres animaux, dont la configuration, identique en Algérie, en Angleterre et aux Etats-Unis, serait à jamais restée une énigme insoluble, sans l'intelligence que les documents mexicains répandent sur l'histoire du monde entier. Ces signes gigantesques sont, Monsieur, des monuments commémoratifs du cataclysme dont je vous ai fait connaître les principaux épisodes. Ce sont des souvenirs de la terre antique du Croissant, ensevelie sous les eaux, aussi bien que de la terre Sèche et des îles étendues en Serpent ou en Scorpion, etc., à la surface des flots, à l'entrée de la mer des Antilles et du golfe du Mexique.
Ces monuments grossiers ne seraient pas autrement explicables. C'est aux mêmes souvenirs qu'il
(1) On sait que Colomb, écrivant à la reine Isabelle, s'imaginait également avoir trouvé le Paradis terrestre, en découvrant les terres du Para.
faut remonter pour comprendre la construction des pyramides, en Egypte, aussi bien qu'en Amérique, ainsi que de tant d'autres monuments épars à la surface du globe. Que les Hykshos, à qui des égyptologues les attribuent, soient entrés en Egypte par l'est ou par l'ouest, il n'importe : ils n'avaient pas moins les Antilles pour berceau. On ne tardera pas à découvrir s'ils appartenaient aux essaims qui vinrent directement d'Amérique en Afrique, en passant , par le sud, des côtes du Brésil aux Canaries et à la Mauritanie; ou bien, s'ils faisaient partie de ceux qui descendirent par la Celtique et l'Ibérie aux bords de la Méditerranée. Peut-être n'étaient-ils, après tout, que des groupes détachés des populations nomades qui, sous le nom de Scythes, de Mèdes ou de Bryges, conquirent tour à tour la plupart des royaumes de l'Asie. Rappelez-vous, d'ailleurs, ce qu'en dit Diodore (1), et c'est un passage auquel les égyptologues n'ont pas fait suffisamment d'attention, que les successeurs des Scythes, « renommés parleur courage et leur habileté » stratégique, étendirent leurs conquêtes au delà du » Tanaïs jusqu'à la Thrace; et, portant leurs armes » sur un autre point, pénétrèrent en Egypte jusqu'au » Nil. « Comparez les traits de ces Scythes à ceux dont Brugsch a dit (2) que « le roi, les membres de sa » famille, les grands fonctionnaires, les guerriers, en- » fin toute la population de la nouvelle résidence (à » Thèbes), ont presque l'aspect d'une race étran- » gère..., » et cherchez à reconnaître si ces derniers étaient issus d'une race libyenne ou d'une famille touranienne quelconque {touran, toulan^ tiilan, tollan).
(1) Bihliot. hist. lib. Il, § xliii.
(2) Histoire d'Egypte, etc., pag. 118.
Quoi qu'il en soit, il est certain qu'en Egypte, comme en Grèce ou en Asie, les antiques rivalités de ces différents peuples, nées sur d'autres rivages, se rallumèrent souvent, lorsque les nations issues de leurs colonies, se retrouvèrent en contact dans ces contrées ou dans les îles de la Méditerranée. Ce sont toutes ces migrations, entreprises dans des sens si divers, c'est ce contact où leurs idées politiques et religieuses se virent de nouveau en présence, ce sont les guerres qui en furent la conséquence, ainsi que la fusion qui s'opéra, à diverses reprises, entre ces nations et leurs symboles religieux, qui seuls sont capables de jeter la lumière sur l'ère des Hykshos en Egypte et sur les établissements primitifs des Phéniciens; ce sont ces faits qui expliqueront à la fois les origines de la Grèce et de l'Italie, ainsi que les bouleversements dont ces régions furent le théâtre aux époques anté-historiques. Lorsque les études savantes, partant d'un point de vue plus élevé, auront planté leur premier jalon aux lieux où l'histoire prit naissance, lorsque les hommes qui sont appelés à les diriger, abdiquant les idées étroites d'une routine, envieuse de tout progrès, oseront fixer franchement leurs yeux sur la lumière et parler sans arrière-pensée, alors cette lumière se fera tout à fait, elle éclatera partout. On comparera les symboles religieux des différents peuples de l'antiquité aux phénomènes qui présidèrent à leur berceau ; on étudiera les hiéroglyphes de toutes sortes qui servirent à en envelopper la signification primitive, et on finira par se rendre ainsi compte du dessein primordial des sociétés antiques, dont nous avons hérité la civilisation. On étudiera les chiffres mystérieux sur lesquels sont basés tant de systèmes politiques, astronomiques et religieux ; on étudiera le chiffre quatre identique
avec la croix + et avec le signe ^ , hiéroglyphes l'un et l'autre du tremblement de ^ terre et du cataclysme, d'où sortit le nouvel ordre de choses. On saura ainsi comment l'idée de mort et de résurrection s'y trouve attachée : on comprendra l'idée de la fondation primordiale par quatre, ainsi qu'à Babylone, celle de la Roma quadraia, semblable en tout au carré du plan d'Izamal, et de Ti-Hoo, etc., où des quatre édifices principaux, monuments symboliques des quatre grandes îles, partaient quatre grandes rues coupant la cité en croix. De là, d'après un système religieux différent, le chiffre sept, les sept tribus, les sept monts qui, dans plus d'une de ces cités quadriformes, remplaça l'idée première ; chiffre sept, identique avec celui des petites Antilles, chiffre sept des sept chefs toltèques, ou neuf des neuf rois de Tollan, ou bien des neuf chefs chichimèques, chiffre dont le détail, peu important en apparence, est cependant d'un haut intérêt historique. Car c'est ce détail qui donnera raison de la plupart des énigmes archéologiques et religieuses : on y trouvera l'origine des incarnations des dieux indous, comme du nombre quatre et cinq des soleils mexicains.
On comprendra ainsi l'idée qui présida à la fondation des plus anciennes villes du monde, en Europe, en Asie, comme en Amérique ; pourquoi les deux grandes pyramides de Téotihuacan, la Lune d'abord, ensuite le Soleil, pourquoi ce grand nombre de téocalli, parsemés dans sa vaste enceinte, et le but que s'étaient proposé ses fondateurs. On saura pourquoi les deux jumeaux à Rome sont figurés, allaités par une louve, frères et rivaux, dont l'un est tué par l'autre, et dont le dernier disparaît avec un coup de foudre ; comme en tant d'autres choses, on y retrouvera le couple originel de Quetzal-Coatl et de Tezcatlipoca,
nourris dans le corps de la grande louve du Croissant, symbolisé, à son tour, dans le mundus, ce monde par excellence, symbole sacré de la Lune, mond, né de l'abîme, la bouche, mund, mun-t, meiiy meiit-i, etc., l'englouti de l'Océan engloutisseur, comme le mundus dans la cave de l'équipement du mont Palatin, sous le siège primitif de l'établissement urbain (1). Car c'était là le mundus où les premiers habitants de Rome, ainsi que les Mexicains, en souvenir de la fiction relative à l'ensevelissement de Xochitl, portaient, à une certaine époque de l'année, une provision de tous les objets servant à l'usage domestique, auxquels ils ajoutaient une motte de la terre nationale et chérie.
Toutes ces choses. Monsieur, on ne tardera pas à les comprendre, et l'Allemagne, si sincère et si ardente dans ses investigations historiques, saisira, je n'en doute pas , avec empressement , le flambeau qu'un concours heureux de circonstances me permet de mettre, le premier, entre les mains du monde savant. Toutes ces choses, je le répète, s'éclairciront, en y mettant un peu de patience et de bonne volonté. « Que l'on suive la voie de la vraie critique historique (2), qui se rend compte de l'ensemble des faits dont je viens d'indiquer la nature, et de sa correspondance intime avec l'établissement géographique et la tradition des peuples ; que l'on sache réunir la perception la plus individuelle des fables ou des mythes à l'appréciation des institutions de la vie religieuse et domestique de chaque branche de peuple, sans brouter à perpétuité la même feuille de la négation incré-
(1) Momsen, Ilisloîre Romaine, trad, de T. de Guérie, tom. I, pag. 61.
(2) D'Eckstein, De quelques Légendes brahmaniques, etc., Oct. Nov. 1853, pag. 3H.
dule ou de raffirmation superstitieuse sur l'arbre d'une science inféconde, et je ne doute pas de la lumière qui pourra en résulter pour l'histoire approximative d'une des plus primitives expansions de la vieille espèce humaine? »
C'est en citant les paroles de l'illustre Danois, que j'ai interrogé si souvent durant mon travail, paroles dont la vérité et le sens profond n'échapperont à personne, que je termine cette longue lettre.
Agréez, etc.
Paris, 3 avril 1868.