‹ Quatre millions pour un cœurChapitre 6 sur 14 · V - '\r grand jour les facultés de leur • intelligence · texte numérisé non relu

V - '\r grand jour les facultés de leur • intelligence

' ' d’autres absm’des préjugés qu’on ineulqjie ttiw ' V. .* . ■.;

üiicsr^,. -7. ■. ,.v ‘ ^ ; -i- ' ^

Au^i, quand le malheur’ Vient "à fondre sur- imé/ '

‘ ; ' •foraillei.on -voit des femmes élevées düps ces fauî. ' - •

■. : V ;• principes, des mères, „ oublier ravenir;de leurs $nr>‘ '\V ,

(j.‘ fjsmts,- moiu;ir de misère, un dé et une .aiguille dla';

V ' , ''main , plutôt que d’enfreindre, le préjugé qd’u.n^i.( ■

V fcnuiK) ii’qst point à sa plaçe en ^rfant des élVçtitea;' .

limit^ qu’on lui a assignées. , : .;• , \ ;'.• .; '. •”

i ■' ■■ Stqùelq'ues femmes, au temps des raéçompfés*e|»'v ■

!-, . des revers de la foi'tune, oiit osé, fouler aux pjedR.éest, ;

' .> préjugés ■odieux-, si- quelques ‘imes sont 8brtièS:vic^‘

' - , , fopieüsement de l’ornière, commune, si elfos onV " '

. vivre leurs enfants et vécu elles-mêmes du fru4'<ié' .

'•» '■ ■ -lottrs travaux et de<, leurs talents, gi on les.in)eyvot- ■ ' geaitj toutes vous diraient, à coup gûr:, qu’elfo^oni ' /

‘ ,p. depeette espèce,^ d’esclavage qui pèse surins 'femmes#

'.V ï] faut 1 q (lire, ce malheur d^une yiçàeoseûd^c^ - d

» Upn va se ,perpétuain dans:,le8..lamdlq$-

.■ .ii-'-o V

. , ' QUATRE MILLIONS TOUR UN CŒtrR .v ’ 135. ■ . ’ • -

sortie d’up pensionnat, l’esprit imbu de tout ce qu!on '

: lui apprend, se hâte d’y. envoyer, sa fille dês^son.bM , . . ;

âge, et ainsi- de suite, et le. mal va^ èn, .j^’ogres- ' ■ ,

' sant. . .

. • V* - , Madame Dalbert , tante d’Yvonne, dont nous ayons • h

•• ■' à, parler, était une de ces femmes ordinaire» que,

; .. l’éducation bornée d’un pensionnat livre au monde, ; ’

r . ,■ y arrivant avec une foule de talents de société,, sa- ..

./ f ‘ ■ luant avec gince, disant de ces riens qui ressemblent -%-v . « - à de l’esprit, et qui n’ont jamais exercé autrement.

. les facultés de leur imagination et de lepr cœui’’*';/^

. qiyen les appliquant à toutes les choses matérielle^;. ■

.-V- ''*'- de la vie. ‘ ‘

• Se marier le plus tôt possible, pour être appelée^ '

Madame; avoir des bijoux et un cachemire parait^ ■ .

* ces femmes-là le seul but et la seule fin de leurs ' '

. ■ .destinées. . ,

.• ^ Madame Dalbert avait subi l’influence de celte •' éducation -mauvaise et glissé sur celte pente funeste.: ' '

‘ elle avait soigné son extérieur, ses manières, sans ' ' s’in^iéter le moins du monde d’épurer et de per-> fectionner ses sentiments et ses idées. On ajurait pp ‘ ’ / , ■ la comparer à unp-.maison dégradée au dedans, tocQr ' - V -

haut en ruines, et qu’un vaniteux propriétaire aurait fait recrépir et badigeonner au dehors. *

, • Elle mettait un masque, pour ainsi parler, Oüand elle allait dans le monde, on la trouvait charmantè ; on l’aurait prise pour une sainte, tant' elle savait donner à sa voix de douces intonations ét se rendre'

- agréable à tous. ,

• ' Mais, si quelqu’un avait pu sé rendre invisible et .

• l’observer , ' lorsqu’elle rentrait chez elle, dâns le laisser-ailer de la famille; au coin du feu, il lui au-

• rdt été impossible de reconiiaître en' elle la femme ■ ijiii avait capté toutes les sympathies, tant il y avait ' ien elle alors de brusqueries dans les manières;

d’aerimonie dans les paroles et d’absence de cœur

• et de sensibilité. ' • ' ■

• M.'Dalbert, jeune homme d’un caractère faible, . . doux et affectueux, ayant de l’intelligence et du sa-

• ÿolr, se laissa prendre à tous les semblants de bonté

de cette jeune fille :'il sollicita sa main et l’obtint.' L’ange s’unit au démon. . ■ ' '

' • U ne tarda pas à envisager qu’à la place du bon-

heur intérieur qu’il attendait, il avait devant lui de

longs jours de tpistesseà profondes, de désespoirs

•* J fJ-

, QUATRE MILLIONS POUR UN CŒUR Ml',

concèntrés, de sourds découragements; toutes choses ■

, d’autant plus' tristes pour un homme de c.œur, qu'il ' avait a lutter silencieusement, à’ cacher ses mécomptes aux yeux de ceux qui l’aimaient et qui Tau- ,

" râîent'pu consoler; des mditFérents, qui trouvent ■certain charme à répandre le malheur d’autrui. Il

^ te

vivait donc sous une oppression continuelle, et re- ,‘grettait souvent d’avoir donné ainsi toute sa vie a une femme sans cœur, s

■ '•••M. Dalbert occupait au ministère de l’Intérieur une^ haute fonction, à laquelle étaient attachés des

émoluments considérables. Madamë Dalbert pou-

.vait’se permettre de se livrer à son goût excess^ ,

pour la toilette, pour les plaisirs coûteux. Elle en usa largement, si bien qu’à la tin .de l’année, non- ,

' seulement leS vingt mille francs provenant du labeur '' de son mari se trouvèrent absorbés, mais encore il

restait quelques dettes arriérées , qui attendaient pour être soldées le payement du trimestre à vÊ^ir,^ Dans cet état de choses, trois années s’étaient.

, écoulées, quand un enfant arriva dans ce triste • ménage. C’était un garçon: on le nomma Julien. ••

M.‘ Dalbert attacha -sur son ^ fils, qui venait de

^ naître, la dernière espéraru^e qui xait encore, ’ï ?•.■ v ' -,'y ' . * ■ ■ * ,

^ dans son cœur désolé. Il espéra que cet enfant adQU<? 1 ;> /

■: cirait le caractère, de sa mère, et que de cet . amoiw *; ...V '

.. '< maternel, de ce soleil vivifiant qui réclianffe le cœun..^ ! - • ■

' " ^e la femme, quelques lîèdes rayons s’égareraient •

• jusquq çurlui. En ceci encore il, éprouva une-dey- : ‘ ‘

/ • nière déçef)tiQn'. / ' - * .■

. L’amour maternel chez de semblables femmcsi quelque profond qu’il puisse être, 9Q concentré ex-;

• çUisivement sur l’enfant, non pas dans le but qu’il ; soit heureux, mais jout .simplement pour que InV- J-:’ • é'- V in ère .soit heureuse par lui. Tout s’enchaîne , et •

I lie dans un cœur mauvais, dans un esprit incullq;; ' ■ y •

■ • ' '.pour Concourir au même but : de rendre malheu-. !■. • ' *

\ reuse une famille entière. , • . . - V '

■ . Madame Dalfiert devait être une mère égoïste pt,- . '.V;*. '■ ■ ■ ‘ • ■

' 'V fnyole, et elle le'fut. , v

‘ V ' EUe aima passionnément ce petit être et l’éleva à ' .

■ , ' sa maihère.^Ses méchants petits instincts, alors (^u’Ü ,

n’avait encore que deux ans, étaient' considérés -

/' .'par elle comme l’indice d’une supériorilé native. .. .

-Elle ;1 adula, le flatta, s’eu fil l’esxdave : tout pour . - -

» \ - ; rt^-

. Q jutrtîi Qffô' ç-aU'«’;.,BS c (E1^; ■ •; ;

v/-3l^e*-W conduitevqn’elle - suivit i en vers' Ten^lf,:^’- ' . ; Elleÿ 's’extaskiit sur "sa- beauté. En effet 'îe pfetit

Julien avait 'un charmant visage. — Quatre ahs/ ' •■■ après uii/frèi'e 'fut donné à ce marmot. • '!

Le pauvre petit, qu’on nomma René, fut loiii' de satisfaire la vanité de sa 'mère. Il apportait en > ’ . '".Baissant une défeetuosité, qui- devait à jamaîsV.’, :i .. l’exdure du cœur de celle qui lui-' donna le jour;

■gôn épaule droite portait un vice de conformation' .

’. •' . . qui devait être pour lui, pauvre enfant, un stigmate indestructible, de réprobation maternelle, un signe- ■ dè malédiction. Disons-le'tout de suiter''René était V légèrement bossu !.. . . . '.s. •

.r. ■ cil arrivait,' hélas ! dans la vie entraînant avec lui'

, . ; ’ dCvS tristesses infinies, portant déjà sa croix ; il devait .

" i , ‘ignorer .la douceur des baisers et des sourires d’une’ .

' ; . ‘Bière, sourires et baisers qui sont aux petits enfant» ' • ; X i.ceque Jes rosées du ciel sont aux fleurs; la main de"- - sa md’e ne devait point soutenir ses pas chancelants,. , ■ ■ .aee premières lueurs d*’esprit n’exciter aucun ravii5- "

' '> SKimênt'dans le cœur maternel; une douce caresse '• ne devait point. sécher sur ses jduesles larmes quhl verserait;-' enfin il devait grandir et- s’élever .seul. ■" -

*io.

Seul! mon Dieu!' Non cependant, il ne devait pas ffli être tout â fait ainsi : il eut tout entier le eœur de . son père. • . . - .

: C’élait beaucoup sans doute ; ce n’était pourtant ^

■ pas'asséz'! ' •" ^ v

\ Chaque jour cette mère établissait des comparaisons entre la grâce et la gentillesse du premier-né av.eè la défectuosité à peine apparenté du- petit' ■infirme, comme elle l’appelait : tout les rayonne- • ments de son cœur tombaient sur Julien ; toutes les,

' 'Colères allaient atteindre le pauvre René. '

Et cependant^ malgré ce sceau réprobateur à' l’épaule, il avait quelque chose de si doux, de si,

, onctueux, pour ainsi parler, dans sa physionomie

enhmtine, qn’on se sentait tout .attendri, tout ému en le regardant. Sa tête était superbement belle; tout' . ppfant, il possédait déjà une de ces beautés plas- V tiques, que Dieu fait resplendir sur le- front de ses' élus ; ses graqds yeux bleus un peu humides, comme si les larmes de ce jeune coaur y montaient lente- . mont une à mie, recelaient déjà une mélancolie touchante et si pénétrante qu’elle effaçait toute préven- , tion. contre lui; ses yeux étaient, souvent abaissés.

■ ' . • “ , ^ Digitiz^ by CqO^I^ j

• ' * qtUATKB Mj ll/ons pouk Cn CaîUR^;, V <31 ,

y^rs le sol et voilés par de longs cils noirs : op eût v

dit qu’il voulait s’habituer de bonne héure à fuir le j

grand jour et à. se retirer tout en soi ; son sourire' ,

était une caresse; son front était large et un peu ;

bombé ; sop visage du plus bel ovale et d’une blan-

cheur mate, n’accusait pourtant pas l’absence de la .

santé ; la force et la vigueur étaient empreintes sur ses

joues, et ses veines bleuissaient sous la transparence \

,dçsa,peau. ' . . .

Tel était à peu près Réné lorsqu’il était encore, qn bas âge. Incomparablement plus beau que son frère^ " il possédait en lui ce que ne soupçonnait par sà ‘ *

mère: toutes les' qualités du cœur et de l’esprit» toutes choses qui manquaient à Julien. ‘ ’

Ces deux enfants furent partagés entre le mari et la femme-: Julien était l’idole -de madame Dnlbert^- ' • ,

• M. Dalbert adorait René. C’était lui, l’homme, le

père, qui prodiguait au pauvre enfant tous les soina- •, >

• que sa débilité enfantine réclamait. Plus tard il pré-^ » ^ ‘ • •

sida à sa première éducation : tous les instants • ' ' -

dérobés à ses occupations journalières, il lés consa- . «

crait à René. Enfermés tous deux dans une chambre ' ' ' ' •

pour échapper aux railleries de madan|e Dalbert, ils\ ,

\T ' ■ 4 '- , ., tV-’ ■ ' , >/•.’• " *'• •

“Se 'livraient ensômble 'eri liberté, à' dé ''petits -jeur,' ^ .

■ U '•<ie‘d’olices- causeries. Il s^echappàlt dàbs ces'' '". >. -

■ ■ . ; instants -là des lèvres ’du père de ces paroles si'

douces et si tendres qu’elles allaient' réjouir et ravï-’^ ‘ '■

' . '.ver'le cœur du petit. Cet amour de son père était,’ .. ' ;

' ■ ppiîr René le seul rayon qui échauffait ét éclairait le' . ' •

„ 'conimencement si sombre de son existence. Sous là v * . ?•

.. * bienfaisante influence de ces tendresses, il traversa ' ’■

' ' ■ 'ses premières années sans une privation absolue ‘dés ‘ •' '/joies de renfance. Quelquefois sa/ douce voix se tei- •.

• I • : ’ pliait d’une gaieté qui ravissait le père et les éclats de ‘ .. .V

: ’sbn rire enfantin eT charmant allaient retentir 'dans’'

. ^ '' toute la maison. Mais sitôt que M. Dalbert prenait son ’ / . ' diapeaû pour sortir, René retrouvait ses tristesses '3. ‘

,, ’.vV et'réprenait, en s’asseyant sûr sâ'petite cbaiW, son ■ Httitude triste ét mélancolique : silencieux et rêveur,’

^ - >. 1 enfant s'absorbait durant l’absence de son unique .

... . :\/amiV dans des pensées que Dieu seul et lui connais'- ' •

' •• -.-'.saient. •

: L’âge viiit où les deux enfants fiu’ent envoyés

-■ -"dans 'le même collège. Julien ayaît alors douze ans;.

Kéné n’en comptait que buit.x

Habitué* .iV'l’ôisitété et à ïa’raollesse, infatué déjà'- •

tiüAT-^E Millions poüe ün. ccble

.fi

, ■ ‘fy /• ’• do- la beauté 'de ses lraits,'-qiii, selon sa mère, devaient '

. >'- ;‘,tenir beu.de science', Julien’ se laissa dépasserdans

■y . ; -ses éludes par René, qui avait déjà, Compris toute

^ ,rimportance d’une sérieuse instruction,, Sès progrès. '

furent rapides, bien que là encore, au collège, son '

cœur eût été douloureusement atteint ; ses corapa- • •gnons d’étude, tous jaloux de son mérité, n’ayapi ••; .,s,! 'rien autre à lui reprocher, l'appelaient parfois,. V. ‘ .

iT ■ • • > .V-

• • ■ ;non jtas par son nom de René, mais bien par son ‘

" ■. •' ■ infirmité ; et cependant,.il faut le dire^malgré cette-

. défectuosité, à peine apparente aux regaj-ds, René' ;.•

' n’avait point éprouvé de. retard dans sa croissance'-'.;-'

' *. \ sa taille s’était développée, élevée ; elle avait même^ * ' - ' une certaine grâce que n’ont pas ordinairement les -

'• - •' ' êtres qui apportent en naissant ce défaut à l'épauletj-

. défaut, hélas! qui dans le monde inspire la raillerie, . *''*

• bien plus que la pitié. • ' ■ ^ T

;■ . A part donc celte épaule plus bombée que l’autié','/ -,'j

René était grand, bien fait; ses bras n’avaient paS:;', .

: cette longueur démesurée, disgracieuse dans les in- V dividus qui sont alRigés de cette difformité ;• il aurait ,' • ' , •' ■ semblé méïne que celte déviation lui avait élédonnéei, .

' tout e.xpj'ès par la nature pour lui iJi'éter de la' grâcéi y;

! qüa'tr'p M4LLi<i>rs poür i>n OŒtnf V-

■ w . A'. séize ans il avait te.riïïieô. $esètudes; îl'sdi'tit'clù '

• collège^ Jiuîe.n , ’ <Jüe sa ,mèi*e, avait rappelé aüprètf <•

, d'efie, Kavait' quitté 1111 an environ avant son jeûne/* . ■ . j

* , v; .frère. Il ' en • était 'Tëvenu.igncn'ant ', babillant .sur •• • ' !

■ lôiitte's choses, sé. posant en connaisseur, émérite ' : am'QUïêuX:dé litwûéme, offrant, eii un nl6t, lé.type . .. ' . si cdmmun-aûjourd’hûi de toutes les ignorances po8> / * 'J'

. . ^bles, recoüveilns d’un vérnis séduisant. — TëV était. : ■ • * •

• -à* peu près Julien: vj, •

• ./.^M^i)albert■censidé^;‘ait Berté côrrime son seul bù-» ' .. ' > ; '

vrage. li en était fier, il comprenàit qûé. c’était à son- , .

amour si constaiitV à ses conseils éclairés, d sa sollô • r. • '•

■ ’* citudé paternelle que ce pauvrè enffmtdevait sa cbn- * ^ ■ • V ,

• 1 ‘ sistance dans* la vie , et qué privé commé il l’avait ; ./ . /;

. ■ \ été dé ï'affectîoa êt des soins de sa mère, il avait ■

. . ' t^isé dans son amour, à lui cette énergie , cette. • . •

-force morale, le ‘courage de vaincre par l’instruction'.^ '■ . •

/ -^* et le; travail, celte espèce de paresse , qui s’empare s ; • • '

des êtres souffreteux,' paresse fatale qui', en éngour- '' ‘ . •

' . ’diSsânt les facultés de rèsptil, brise tous les ressorts

.. ûdé ià,'.plû.s belte. organisation .physique. ^ Quant à '• . *

. . Julien, ' Mi palbert.n’j' songeait guère que pour dé- , *

‘ ''plorer Téduc.âtiôn'-qüé sa. mère avait dirigée, et; ; <

*Dl|jivec)'î)yl.T. ■ JgU'

' QUATRE . 'MILLH)N5 VOÜR rX ' 13S /

(juaqt aux •sentinî€nts du cœur, il mesurait sou ‘ \ , . •'

• cheïnimt pour ' lui sur le, peu de témoignage que;'

Julien lui donnait du sien. ' ■ ’ ' • ' T ' ‘ •

: ' - JPe leur côte, 'les deux frères n’avàient point :en* . . r ‘ semble des rapports ’ affectueux , tant s’en fàuk;- , . ;■ /'Toutes les tendresses fraternelles qui avaient surgi. ,

. chez- llené, lavaient dû s’attiédir ,une à une. sous la'. ,

■ ; froide indifférence de. Juliebi Tous depx enfants de '• ^ •

■ la méme..maisQn> tous deux condisciples' dans le - •

même collège, unis comme ils l’étaient par les liens , ‘

; .du sang, qiie de raisons pour s’aimer!...' René seii^^ • • , tait tout cela; mais Julien n’avait jamais trouvé dans •

\ - son coeur un < sentiment affectueux pour son jeubc ;.'‘fiçère ; souvent niéme, .il falat le dire, soit jalousie de' \ . //. ^ la èüpérioHté.de" René, dans les études,' ou bien de - /. " ' ‘la ‘beauté de ses ti*aitSj Julien avait osé se mêler' / au petit groupe “de rieui's du collège qui insultaient ' .

.René. Dans une nature mauvaise, ce,tte"offensecrueDé

. ' n’eût jamais été oubliée ni pardonnée ; chez René elle • . . .

.. . s’effaça promptement , et il semblait n’attendre qiie :

- quelques paroles affectueuses de son frère pour dé- ‘

• ; ^ yerser aussitôt sur lui les effluves. de tendresse qu^jl,-- * ' • vgsffdait secrètement dansles profondeurs dé son âme'. ’

'• Cfe, QUATRE MILLIONS POUR UN C6EÛR . . ■ '

V " Quel- autre nom donner qùe celui de wra//iewr à la •

, situation de René? Refouler au fond de son- cœur ’ ’ •* .

' ‘ tous les élans de la tendresse dont on est consumé

dans la crainte de n’oLtenir qu’un mot de mépris ; .

ne parler, n’agir qu’en tâtonnant , pour ainsi- dire, -

, -c'est, en vérité un étrange et cruel malaise: René j'- / l’éprouvait- à chaque instant de la journée : il souf- ‘ ; / • ,:frait en silence et il attendait. • ' ’r'

'du’attendait-il hélas! le pauvre enfant? Sans.-

*1 • ^ , fc * ;

' ' , doute un nouvel anneau' qui - allait se souder à la* • l . ‘ , . ' : , •

■ '* chaîne de tous ses mécomptes et de ses malheurs.

^ interrogé par son père sur l’état qu’il aimerait à; .

' • /' embrasser, René avoua son goût pour les arts : la'- . ^

' ' sculpture souriait à son imagination rêveuse. U eut-' ' • '

•• '• aussitôt de bons maîtres, et là encore, dans l'atelier

. .comme sur les bancs du collège;,' il fit des progrès l-, .

surprenants. C’est que le pauvre garçon mettait de' ... '

> ■ l’ardeur en toutes choses , c’est qu’il versait sur tout . . \

• ce qu’il faisait, sur tout ce qui sortait de sa pensée et '

. • de ses doigts,' en un mot, sur son travail, le senti-

• . ment, la force,' la- grandeur qui étaient en lui- et,' ' ^

. • qu’il ne devait, hélas ! appliquer, il seihblait, qu’aux . ,•

^ ;objetn matériels deJa vie*'. - -îr a,.' ' - ' .

■ ■ • ■ ■ ./ ■ » !■ — I ■.«. I È m ,, m.m *«| ■ Il I, , ,

• ; , ’ QtTATRE MltLlONS POUR UN CŒUR '• 137

• . . • . Il n’y avait guère qu’une année qu’il faisait partie . ■

; •^Vy^ d'un atelier de sculpture^il avdit alors dlx-sept ans^ ' '

• — r’quand son cœurdôjà tant éprouvé ressentit une de . ;

V * • • \ ,*.ces souifrances, une de ces douleurs dont le sôuve-

^ |nir est indélébile, ineflkçable : M. Dalbert, au bôîit de" .huit jours de niîdadie, vit avec eifroi’sa' demièi'e' ^

. '^> heure, prête à sonner, .j- ^ ' . - . , - ' r '

Vn matin que René- était seul avec lui dané la ' r ’ , diarnbi’e du malade : , . • - .

• ■ , ’ ^ f ;r- René, lui dit-il tout à coup, René, je te laisse ...

' '■ en arrière de. moi, seul sur la terre, seul avec Dieu, * :

; • •• . mou souvenir et la pauvi-eté... Quelle trislesse pour '

moi, cher fils! Toi, le seub.être qui m’ait aimé d®ïi r. •

‘ ce monde... Donne-moi un dernier embrassement.;

■ . Succombant à ses émotions douloureuses j pRji • ‘

. pdlqquele pioribond, René, sans articuler une sèilk^ ' ’

, • parole -r il ne le; pouvait pas — «ans verser une lamnet •• ‘ . i

' -.-iln’y en avait plus dans son cœur —René se^ncèiR; '‘X'J . ' .sur.Jeiit, enlaça son père tout entier dans .ses bi’a»,''*:''' .. *

'■ r' ;cotnnie s’il se fût apprêté à le 8ui(vre par.delâ la ’Vîe..'v ] . ^

,■ , • 11‘perdit ainsi connaissance sur.le corps de son' pèrey"-’ . y. ;'v qui exhalait le dernier soupir.- ± *•

. !i • ç,. Il- fut .rappelé bientôt au sentihieut dé;sa douleUr^’ - 1 ,

• ' !■ .. » .-'Pigttizgd by -50gli

- 3a\ . , tIVATRE MiLL-tOîtS .PaüR.UN (!ÂE0R-.'“ . •

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