‹ Quatre mois an Texas notes de voyageChapitre 10 sur 23 · XIV AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XIV AVANT-PROPOS

contact qu'avec des hommes qui parlent leur langue, de manière à retarder le moment où ils apprendront l'anglais et pourront faire leurs affaires eux-mêmes. Nous en avons connu qui depuis plus de dix ans vivaient dans cette déplorable tutelle, sans savoir encore le premier mot de la langue du pays.

Qui peut raisonnablement espérer de prospérer dans un pays lointain, au milieu d'une population dont il n'entend pas le langage, je dirai même dans un pays dont il est incapable de lire les journaux? Il reste étranger aux coutumes, aux marchés qui se présentent et dont il pourrait profiter, aux dispositions essentielles des lois et règlements, qui souvent le prennent à Timproviste. Il ne peut obtenir directement un seul renseignement; il ne peut traiter lui-même aucune de ses affaires, quelque peu importantes qu'elles soient. En un mot, c'est un sourd et muet dans la société.

Le cercle dans lequel les émigrants de langue allemande peuvent se faire entendre n'est pas aussi circonscrit. Mais pour ceux de langue française ou wallonne, et pour ceux de langue néerlandaise, ignorer l'anglais en arrivant aux États-Unis c'est, surtout pour l'homme de métier, se livrer à une misère à peu près certaine. Munir l'émigrant de l'outil qui lui sera nécessaire avant tous les autres, le langage, serait donc à nos yeux un des plus précieux services qu'on pourrait lui rendre. Ce service, évalué en argent, lui vaudrait plus que tous les subsides et toutes les concessions gratuites dont aucune société d'encouragement pourrait le gratifier.

Je ne m'étendrai pas davantage sur ce point : ce n'est pas le lieu d'entrer dans le détail de ce que ces cours devraient être. Nous sommes d'ailleurs bien

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