AVANT-PROPOS. XIII
partie de la traversée. Mais qu'on se garde soigneusement de se mêler de sa destination, et de Tinviter sur les terres d'une compagnie quelconque.
Plusieurs de nos compatriotes vivent encore qui ont échappé aux désastres de la colonie de Green Bay, dans le Wisconsin. Des efforts avaient été faits pour y amener des Nivellois, qui se sont trouvés désorientés par la nouveauté des procédés de défrichement qu'il fallait suivre, et par l'attente, cependant inévitable, de la première récolte. Livrés à eux-mêmes ils auraient certainement mieux calculé, et ils auraient pris leurs mesures. Appelés, poussés par des intéressés, ils sont allés se livrer en proie aux fièvres et à la misère.
Au reste il y aurait, à nos yeux, quelque chose de plus utile aux émigrants que toute l'assistance pécuniaire qui pourrait jamais être mise à leur disposition : ce serait la création, dans nos communes populeuses, de cours d'anglais à la portée de tous, donnés gratuitement. Par là on pourvoirait l'émigrant d'un secours permanent, qui lui serait, pour ses débuts surtout, d'une incalculable valeur. Aux États-Unis, ceux qui ne parlent pas l'anglais sont exploités sans merci par ceux qui savent cette langue. En arrivant ils tombent entre les mains de compatriotes qui leur font mille protestations, mais qui n'ont d'autre but que celui de vivre à leurs dépens. Ils commencent par les loger chez eux à des prix exorbitants et en les traitant fort mal ; ils font semblant de leur chercher du travail et de n'en point trouver ; puis quand ils voient que leur petit pécule est épuisé, ils les font entrer dans l'atelier d'un compère, qui affecte de les prendre par compassion et leur donne à peine un morceau de pain, tandis qu'il paye secrètement chaque semaine une forte prime à celui qui les a amenés. Entretemps on ne les met en