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CONCLUSION

Les tristes événements que nous avons vu se produire en Belgique il y a quelques mois, ont fait naître dans l'esprit de tout patriote la préoccupation de la recherche des moyens propres à améliorer la situation chaque jour plus malheureuse de l'ouvrier. Les hommes politiques et les économistes ont tour à tour préconisé telle ou telle manière d'arriver à une solution plus ou moins complète et plus ou moins pacifique de la question, mais, à mon humble sens, tous viennent se heurter contre un fait brutal qui n'a pas été assez pris en considération dans l'étude du problème, c'est-à-dire l'énorme densité de la population sur ce petit coin de terre que nous habitons. Gomme le disait fort bien l'infatigable secrétaire général de la Société belge de Géographie, M. Du Fief, lors de la dernière assemblée générale de la Société, « la population relative de la Belgique, 494 habitants par kilomètre carré, est hors de proportion avec ses moyens d'existence possible » . Or, cette proportion ne fait qu'augmenter d'année en année ; tous les ans la population de notre pays s'accroît de un pour cent environ et le moment n'est pas très éloigné où près de sept millions d'habitants occuperont notre étroit territoire. Chaque nouveau venu doit naturellement se nourrir, se vêtir et se loger, et ce n'est que par le travail qu'il peut arriver à subvenir à ces premiers besoins de l'existence. Mais nous savons combien il est difficile, aujourd'hui déjà, pour les populations qui précèdent cette société future, de se procurer le travail nécessaire ; la difficulté sera bien plus grande encore dans l'avenir, et cette difficulté ne fera que croître en raison du nombre des années et de la

généralisation des mesures protectionnistes en matière de commerce et d'industrie, qui, à l'heure présente, se font jour presque partout.

Nous n'avons plus de terres à défricher ; il n'existe pas un coin du pays qui ne soit exploité. Le nombre d'individus engagés dans les travaux agricoles est donc arrivé à sa limite maximum.

La concurrence étrangère nous dispute avec acharnement et non sans succès les débouchés de notre industrie dans les régions lointaines : ici encore on ne peut songer à un accroissement possible du nombre des travailleurs ; il y aurait lieu plutôt de souhaiter le voir diminuer.

Il y a surabondance de bras en Belgique, et on aura beau accumuler remèdes sur remèdes, compliquer les rouages administratifs en faveur de l'agriculture, du commerce et de l'industrie, rendre l'intervention de l'État plus efficace dans les démêlés entre patrons et ouvriers, on aura beau réunir les efforts et la bonne volonté de tous pour aboutir à des solutions momentanées plus ou moins acceptables, chaque fois qu'un pas de plus aura été fait pour conjurer la crise, celle-ci surgira de nouveau bientôt après, car elle sera toujours à l'état latent, toujours prête à éclater. La population ne cessant de s'augmenter dans une proportion assez forte, et chaque surcroît d'habitants venant évidemment réduire d'autant la part de travail et de ressources de la masse, on ne pourra que tourner dans un cercle vicieux, sans parvenir jamais à conjurer le mal. Un seul remède, à mon avis, est de nature à donner un résultat : 1 émigration. De même que dans une chambre où il y a place pour cinq personnes seulement, où la provision d'air est insuffisante pour en réunir davantage et permettre à dix personnes, par exemple, de respirer à Taise, de même dans un pays il y a une limite do densité de population qu'on ne peut dépasser sans que toute la société en souffre; la lutte pour l'existence devient alors des plus ardentes, des plus

aiguës, à mesure que le nombre des lutteurs augmente, et rien, si ce n'est Fémigration, ne peut en atténuer les tristes conséquences.

Comme le disait M. Prins, il y a quelques jours à peine, en un langage clair et sensé, « une préoccupation qui s'impose à la Belgique, comme, sous le nom de politique coloniale, elle s'impose en ce moment à tous les États, c'est la nécessité de l'émigration. Nous avons des ouvriers sans travail et sans pain. Que faut-il en faire?... Le vrai remède pour un pays trop peuplé, c'est de déverser son trop-plein dans des régions moins encombrées... 11 faut choisir des contrées où la lutte pour la vie soit moins vive qu'en Belgique. Il n'en manque certes pas; l'Australie et l'Amérique acceptent des bras; la Nouvelle-Zélande et les îles de l'océan Pacifique sont ouvertes au travail, et bien que le Belge ne soit pas émigrant, il devra bien se résigner à s'expatrier. A côté de l'émigration des gens aisés qui partent pour accroître leur fortune, il y a celle des malheureux qui partent pour ne pas mourir de faim. Jusqu'à présent, ce genre d'émigration a été toujours à la merci d'exploiteurs qui spéculaient sur la misère ; il faut que les autorités agissent, qu'elles organisent l'émigration, contrôlent le départ et le transport et veillent sur les premiers pas des émigrés (1). »

Il faut donc favoriser l'émigration vers les contrées lointaines, dans des pays où, comme le Texas, on compte à peine deux habitants par kilomètre carré, où le sol, encore vierge pour ainsi dire, est fertile et propre à tous genres de cultures. Je ne parle pas du Congo, qui ne pourra devenir pays d'émigration que dans un avenir encore éloigné, et dont le climat dans les terres basses est fort malsain ; mais dans les deux Amériques notamment, n'existe-il pas des territoires immenses qui appellent le travailleur et qui offrent à son

(1) Revue de Belgique, livraison du 15 avril 1886.

activité toutes les variétés de labeur? Certaines de ces régions ont en plus l'avantage de jouir d un admirable climat, auquel s'adapterait aisément lorganisme de l'habitant de nos contrées, it dont l'influence sur sa santé serait même des plus bienfaisantes.

L'émigration telle que. je l'entends — et M. Prins est aussi de cet avis — devrait être organisée sous le patronage du gouvernement. Il ne s'agirait évidemment pas de renouveler l'affaire de rAdels-Yeréin, dont j'ai parlé en racontant l'histoire de la petite ville de New-Braunfels, située entre San-Anlonio et Austin. L'émigrant serait mis en rapport avec des agents officiels, établis depuis de longues années dans les pays où il se rendrait, en connaissant à fond la langue, les mœurs, les ressources, et, déplus, fort entendus en affaires. Il ne serait plus la proie d'individus ou de sociétés sans scrupule, dont l'unique souci est de pressurer le pauvre -expatrié autant que faire se peut, puis, cette besogne accomplie, de l'abandonner au milieu d'un monde inconnu, découragé, aigri, parfois dénué de tout moyen d'existence.

Le Texas est, pour nous autres Belges, l'un des pays d'immigration les plus recommandables. La terre y est à si bon marché et en général si fertile, les facilités pour l'élevage du bétail et pour la culture y sont si grandes, le climat en est si agréable et si sain, et la majeure partie de l'État est actuellement si facilement accessible par chemin de fer et par bateau, qu'il présente réellement aux émigrants des avantages exceptionnels.

Comme nous l'avons vu déjà, le Texas a une superficie de 713,350 kilomètres carrés et toutes les variétés possibles de sol et de productions naturelles. Cette superficie est équivalente à 24 fois celle de la Belgique, pour une population plus que trois fois moindre. Près de 200,000 kilomètres carrés sont susceptibles d'être cultivés, mais 120,000 seulement constituent des terres de premier choix. Jusqu'ici on n'a défriché

que 30,000 kilomètres carrés environ; et encore, pour une bonne part, le défrichement n'a-t-il été fait qu'imparfaitement et sans beaucoup de soins.

Dans la région côtière du Texas on peut récolter le coton, la canne à sucre, le riz, la patate douce et des fruits, entre autres la banane, l'olive, la figue, l'orange, le citron, la goyave, la pêche, le raisin, etc. (1)

Le Texas oriental est sablonneux et d'une fertilité médiocre, maïs il renferme d'immenses forêts. Le commerce de bois y est très productif.

Le centre du Texas est très riche et il possède, sur une largeur de plus de 300 kilomètres, la meilleure région cotonfiière de tous les États-Unis. L'ouest du Texas central est éminemment favorable à la culture des céréales ; le tabac, le chanvre, la ramie, le lin y viennent bien également, lorsqu'ils sont cultivés avec soin. Les petits fruits et les légumes sont particulièrement d'un bon rapport dans cette zone. Les pêches, les cerises et le raisin y sont d'excellente qualité et ce dernier peut servir à la fabrication d'un vin très agréable. La culture de la pêche, faite avec intelligence, peut à elle seule conduire assez rapidement à la fortune. On consomme des quantités effrayantes de pêches aux États-Unis. C'est par centaines de mille qu'on en vend chaque jour, en été, dans les grandes villes du Nord. A certains moments, le samedi surtout, on ne voit dans les rues que gens porteurs de paniers de pêches, coquettement recouverts de gaz rouge. A Chicago, le marché aux pêches occupe plusieurs larges rues et les paniers s'y entassent en nombre incalculable. Par les chaleurs accablantes de juillet et d'août, rien n'est plus rafraîchissant qu'un de ces fruits savoureux.

La culture des légumes est également très fructueuse au Texas ; actuellement elle y est en quelque sorte inconnue ou

(1) Plusieurs des renseignements donnés dans ce chapitre, sur les ress'inrce& qu'offre le Texas, sont tirés de l'ouvrage de Brockett déjà cité : Dur WesUrn Empire,

très peu répandue. Un émigrant qui s'installerait dans le voisinage d une petite ville ou d'un village de l'ouest, notamment dans le pays minier, et qui consacrerait 10 à 20 ares de sa ferme à la culture bien entendue des légumes, réaliserait une assez belle fortune en peu d'années. Les légumes à cultiver sont les asperges, les céleris, les pois, les haricots, les pommes de terre nouvelles, les salsifis, les choux-fleurs, les choux ordinaires, les oignons, les carottes, les navets, l'ail, les poireaux, les courges, etc. Aujourd'hui tous ces légumes viennent du nord, d'où ils sont expédiés au Texas par trains entiers; mais ils perdent naturellement beaucoup de leur fraîcheur avant d'être arrivés à destination.

La canne et le sorgho fournissent d'énormes quantités de sucre au Texas, mais la récolte de la première y est toujours assez incertaine. La canne n'est pas une plante indigène au pays et elle n'y arrive jamais à complète maturité. Elle s'y propage au moyen de boutures, qui s'épuisent au bout de peu d'années et qui ont besoin d'être renouvelées par des importations de provenance plus méridionale. La canne, au surplus, est très sensible aux variations de climat, et c'est pour cette cause que la récolte peut parfois manquer complètement. Le sorgho, au contraire, ne souffre pas des changements de température et mûrit rapidement.

Le Texas occidental est plutôt une terre de pâturages que de labour, et le nord-ouest du territoire, comme j'ai eu maintes fois Toccasion de le dire, est comparativement un désert; ses terrains miniers méritent cependant d'attirer un certain nombre d'émigrants.

L'élevage du bétail s'ajoute généralement à la culture des terres au Texas et donne lieu à de beaux bénéfices, mais il exige, pour réussir sur une vaste échelle, une connaissance approfondie des affaires et une grande science du métier, à défaut de capitaux considérables. L'homme qui débute avec un petit pécule seulement, mais qui prend beaucoup de soin de

son bétail, qui s efforce de lui procurer de bonne et abondante nourriture et qui le surveille constamment pour éviter les désertions, pourra se trouver, après un laps de dix à douze ans, à la tête de troupeaux qui lui rapporteront d*importants revenus chaque année.

Au Texas, l'éleveur jouit d'avantages particuliers. Il a d'abord pour lui le climat, qui le dispense de pourvoir à la nourriture de ses bêtes en hiver ; ensuite la libre jouissance de la prairie vierge. Lorsque les troupeaux deviennent trop nombreux, il peut les faire garder par des conducteurs, à raison d'un homme par 1,500 ou 2,000 têtes. Ces conducteurs reçoivent un salaire de 12 à 18 dollars par mois.

Le prix coûtant d'une vache et de son veau varie de 8 à 15 dollars; celui d'une bête seule de 4 à 7 dollars.

Il y a des éleveurs qui possèdent de 40,000 à 100,000 têtes de bétail, plus 15,000 à 20,000 chevaux et 20,000 à 50,000 moutons, à côté d'autres qui n'ont que 80 à 100 vaches, 2 ou 3 taureaux, et peut-être 100 ou 200 moulons. Mais bien souvent, tel propriétaire qui aujourd'hui compte ses troupeaux par dizaines de mille têtes, a débuté, il y a 25 ou 30 ans, dans des conditions aussi modestes que celles où se trouve actuellement son humble voisin. On entend parfois citer des cas intéressants de fortunes immenses ainsi acquises par des individus sans ressources, mais courageux et actifs. En 1855, un Irlandais s'engagea comme domestique chez un éleveur. Il était logé et nourri, et en échange de gages en argent, il fut convenu qu'il recevrait chaque mois une vache et son veau. Vingt-cinq ans après il envoyait lui-même chaque année, au marché, de 15 à 20,000 têtes. Un matelot, de condition tout à fait inférieure, qui avait abandonné la mer pour s'occuper de l'élève du bétail, possède en ce moment six steamers sur le Rio-Grande, 80,000 vaches, bœufs et veaux, 25,000 chevaux, 12,000 moutons et 150,000 acres de terres (60,000 hectares). Thomas O'Connor, soldat de la

guerre d'émancipation du Texas, licencié en 1837, avait pour tout avoir, au moment de sa libération, son cheval, sa selle, deux pistolets d'arçon, dont un en mauvais état, et un vieux rifle ; il vendit ces maigres biens et se fit éleveur ; quarante ans plus tard il était propriétaire de 80,000 bestiaux, de 500 chevaux de selle ou de trait, et de 26,664 acres de terre. En 1851, un gentleman du nom d'Adams vint s'établir près de San-Anlonio ; son avoir consistait en 200 têtes de bétail ; en 1877, à sa mort, ses fils vendirent le ranche qu'il possédait et qui contenait 68,000 têtes.

L'un des exemples les plus célèbres de fortune rapide faite dans l'élevage de bétail, est celui de Richard King, surnommé the CattleKing of Texas (le roi du bétail du Texas). Il vint se fixer au Texas en 1858, apportant avec lui un riche capital d'énergie et d'activité au travail, mais pas un sou vaillant en poche. C'était un ancien garçon de cabine à bord d'un bateau de cabotage. A l'heure présente, son ranche de Santa-Gertrudis renferme 100,000 têtes de bétail, 10,000 chevaux, 7,000 moutons et 8,000 chèvres; 300 gardeurs et vaqueros (vachers) sont nécessaires pour surveiller ces troupeaux immenses.

Certains grands ranches couvrent des superficies de 50 à 100 milles carrés (13,000 à 26,000 hectares), et présentent un développement de fences ou de clôtures qui atteint ou dépasse 50 kilomètres.

Des quantités énormes de bétail sont dirigées chaque année du Texas vers les marchés du Nord ou expédiées par bateaux à la Nouvelle-Orléans et ailleurs. Les troupeaux envoyés dans le Nord vont par voie de terre, à travers les plaines sans fin, sous la conduite d'escouades de cow boys, placés eux-mêmes sous le contrôle d'un capitaine et d'officiers choisis dans leurs rangs. Ces troupeaux voyagent à raison de 15 milles par jour environ (25 kilomètres), et plus rapidement encore lorsqu'ils ne rencontrent pas trop souvent de rivières ou de ruisseaux sur leur route.

Il résulte de renseignements publiés par le Bureau de statistique de Washington que le nombre total du bétail existant au Texas et dans la région des ranches située au nord de cet État, est de 16,500,000 ou presque 28 p. c. de la valeur totale du bétail existant aux États-Unis.

Le nombre des animaux de boucherie expédiés du Texas et des ranches du Nord, en 1884, s'est élevé à 1,025,000, ou à 75 p. c. de la valeur des exportations en bétail et produits dérivés, effectués des États-Unis à destination de l'étranger (1).

Les éleveurs qui commencent sur une modeste échelle, avec un capital d'une quinzaine de mille francs, par exemple, peuvent au moyen de cette somme acquérir 200 acres de terre, 100 vaches avec leurs veaux et 2 bons taureaux d'Hereford ou de Durham. Au bout de douze ans, ainsi que Font prouvé de nombreuses expériences, ce petit troupeau se sera accru de plus de 14,000 têtes. En vendant chaque année une partie des bêtes, et à l'expiration des douze ans le troupeau tout entier, le total des recettes accumulées atteindra le chiffre de 100,000 dollars, sans compter le prix du ranche, dont la valeur aura certainement plus que doublé dans l'espace de temps que nous considérons. Déduisant de cette somme le salaire des conducteurs devenus nécessaires après quelques années d'exploitation, on arrive encore à un chiffre de plus de 95,000 dollars, ce qui représente un beau bénéfice. La nourriture, comprenant le laitage, le beurre, le fromage, les légumes, le pain, la viande, le gibier, etc., aura évidemment été obtenue sur place, sans bourse délier*

Les gains sont naturellement plus considérables encore, lorsqu'il s'agit de vastes ranches bien entretenus, peuplés d'un nombreux bétail. Certaines sociétés, fondées dans le but de pratiquer l'élève du bétail en grand, réalisent, au bout de sept ans seulement d'exploitation ^ des bénéfices de 50 p. c.

(1) Journal de la Société agricole du Brabant, 29^ année, p. 744

du capital engagé ; ces bénéfices vont toujours en croissant et peuvent atteindre 100 p. c. après la dixième année.

L'élevage des chevaux est aussi une importante branche d'industrie au Texas. La plupart des chevaux élevés dans les ranches de ce pays sont des mustangs (nom donné aux descendants des chevaux espagnols introduits au Mexique il y a trois siècles), très vigoureux et d un bon emploi, mais vicieux et rusés, ou le produit de croisements entre ceux-ci et les chevaux américains de haute taille ; cette race de chevaux — on les appelle communément bronchos — est un peu plus forte et moins difficile à manier que le mustang, mais elle n'est pas aussi dure à la fatigue. Les pomas des Indiens appartiennent à cette classe.

L'élevage des mules est également très fructueux, plus fructueux même que celui des chevaux, parce que la mule a une marche plus assurée, plus ferme que le cheval, et qu elle coûte moins cher à nourrir. Elle rend surtout de grands services dans les districts miniers. D'une manière générale, le prix des mules est supérieur à celui des chevaux.

Il y a diverses manières d'obtenir des terres au Texas : 1^ en acquérant la qualité de colon conformément à la loi du homestead ou du foyer ; 2** en se procurant un certificat; 3° en achetant directement des terres à l'État.

D'après le premier mode, tout chef de famille qui ne possède pas encore de propriété peut acquérir un titre de 160 acres (65 hectares environ), et tout célibataire, âgé de 18 ans au moins, 80 acres, mais à la condition de s'établir immédiatement sur le terrain cédé et de le cultiver pendant trois années consécutives. On peut faire soi-même le choix des terres en s'adressant au surveyor (géomètre-arpenteur officiel) du comté où l'on veut se fixer. Après trois ans d'occupation, le colon est déclaré propriétaire du lût. Les frais d'enregistrement et de mesurage s'élèvent de 75 à 100 francs.

Dans le second système, on cherche à se procurer des certificats de cession de terres, certificats délivrés anciennement aux soldats de la guerre d'indépendance du Texas ou à des compagnies d'irrigation et de chemins de fer. La valeur de ces certificats dépend naturellement de la superficie et de la fertilité des terres qu'ils concèdent à leurs possesseurs. Un certificat de 200 acres, par exemple, peut valoir de 20 à 70 dollars, mais les terres auxquelles il donne droit ne sont généralement pas de première qualité.

Par le troisième mode, enfin, on achète les terres directement à l'État, qui emploie les sommes perçues à constituer le fonds gouvernemental des écoles publiques, de l'université et des asiles. Les terres de cette espèce sont rangées parmi les plus fertiles et on peut s'en rendre acquéreur par lots de 80 à 460 acres, à raison de un dollar ou un dollar et demi l'acre.

Une dernière manière de se procurer des terres, mais sans intervention aucune de l'État, est de s'adresser aux compagnies de chemins de fer qui ont créé les grandes lignes du Far- West. Le gouvernement a généreusement abandonné à ces compagnies de vastes étendues de prairies situées de chaque côté des voies établies, jusqu'à une distance de 10 milles (16 kilom.). Ces concessions forment des bandes de terrains de 20 milles de large, se développant parfois sur des espaces immenses. Chaque ligne a son tarif de prix, lesquels varient suivant la situation, la distance aux marchés, la fertilité du sol et la durée du crédit accordé. Au Texas, les prix sont de 2 à 5 dollars l'acre, avec long crédit. Dans la région du NO., peu propre à la culture, mais qui peut fournir de bons pâturages, les prix sont encore moins élevés.

Il y a au Texas de l'occupation certaine pour diverses classes d'artisans : pour les charpentiers, les peintres, les vitriers, les plombiers, les carrossiers, les selliers et les fourreurs, les boulangers et les bouchers, les serruriers, les

charrons, les forgerons et surtout les mécaniciens. L'ouvrier de ferme peut toujours se procurer de l'ouvrage, sauf au cœur de l'hiver, pendant une période de deux mois tout au plus. Dans les districts miniers, il y a du travail en abondance pour des bras alertes et vigoureux. Par contre, certains métiers n'ont pas grande chance de succès : tels sont ceux de cuisinier, de pâtissier, de charretier, de plafonneur, de jardinier, de paveur, etc. .

L'ouvrier qui habite les petites villes ou qui est employé dans les grandes fermes ou sur les ranches, a cet immense avantage de pouvoir se loger à peu de frais, en allant s'installer dans la prairie ; il peut aussi acquérir un lopin de terre pour une bagatelle : son champ lui fournira presque tout ce dont il a besoin pour sa nourriture. Avec le temps ce morceau de terre augmentera de valeur et il constituera un petit capital qu'un esprit actif et d'initiative saura aisément faire fructifier, sans trop de dépenses et en se donnant peu de peine.

L'individu qui désire émigrer doit avoir moins de 45 ans, car passé cet âge on a contracté des habitudes et un genre de vie dont il est fort difficile de se départir.

Il faut aussi jouir d'une bonne santé, et ne pas bouder au travail, parce que pour réussir aux États-Unis il faut déployer une grande activité en .toutes choses et en toutes circonstances. Ce sont du reste les plus ardents à la tâche qui, dans ce pays, l'emportent dans la lutte pour l'existence. Il ne faut pas, surtout, se décourager si, au début, on rencontre quelques difficultés et même quelques revers. L'homme persévérant et courageux doit finir par réussir. Lorsqu'on a une famille, il est presque nécessaire de posséder un petit pécule, afin de pouvoir parer aux premiers frais d'installation et s'assurer de quoi vivre pour soi et les siens dans les premiers temps La devise help yourself doit être bien présente à l'esprit de l'émigrant, car aux États-Unis on ne trouve

généralement pas le temps de s'occuper les uns des autres. Les débuts sont assez durs pour celui qui, en arrivant, se trouve absolument dénué de ressources, parce que pour lui tout est à créer; mais il a cette satisfaction d*être entièrement libre et indépendant, d'organiser sa vie comme il l'entend et de pouvoir se déplacer aisément si l'endroit qu'il a choisi tout d'abord ne répond pas à son attente. Si c'est un homme de volonté, il sera pénétré de l'idée qu'après un petit nombre d'années de travail sa position sera notablement améliorée. Et même, pendant cette première période de rude labeur et d'existence plus ou moins précaire, il sera plus heureux qu'il ne l'était dans son pays, et sa vie matérielle sera moins misérable. Auparavant il n'avait pas chaque jour de quoi manger, parce que l'ouvrage faisait souvent défaut ; ici il ne sera jamais talonné par la faim, parce qu'il y a place au soleil pour des milliers d'individus et que les voies sont largement ouvertes à tous ceux qui ont du courage, de l'esprit d'entreprise et la volonté de parvenir.

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