VIII AVANT-PROPOS
propre s'efface peu à peu. Le monde civilisé est soumis aujourd'hui dans son entier à une espèce de brassage, qui n'en fait qu'une seule et même unité. Aucune race, aucune nation, ne peut prendre part dans ce vaste mouvement, et conserver en même temps la fraîcheur de sa couleur locale. La grande expérience qui s'accomplissait au delà des mers, d'une société forte de tous les engins et de toutes les puissances de la civilisation, et délivrée de la compression exagérée des individualités et de l'excès du formalisme, restera probablement inachevée. Elle disparaîtra avant même d'être parvenue à terme.
Quel spectacle nous aurait-elle réservé? Quel problème social aurait-elle résolu? Nous serons apparemment condamnés à l'ignorer. S'agissait-il d'une étape nouvelle dans la route du progrès, ou bien d'une simple variété de développement de groupe, dont il n'y a pas lieu de regretter la disparition? Nous n'entendons pas le décider.
Mais si cette forme sociale différente ou un peu différente de la nôtre n'a été vouée qu'à une existence passagère, les tableaux où on la représente en ont d'autant plus plus de valeur. Sans doute il restera toujours quelque chose des effets de l'isolement dans lequel les colons anglo-saxons des États-Unis se sont développés pendant deux siècles. Il en restera surtout ce qui s'accorde le plus intimement avec les caractères de la race, par exemple la place importante garantie à l'initiative individuelle. Longtemps encore les grandes prairies vierges mettront les colons en contact avec la nature, au loin de la vieille société. Mais ces espaces finiront par se remplir. Les immigrants arrivent dans le Nouveau Monde avec une affluence qui a un caractère permanent; et la nation américaine ne sera bien-