‹ Quatre mois an Texas notes de voyageChapitre 6 sur 23 · X AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X AVANT-PROPOS

arrivant dans un pays distinct, ils sont frappés dès Tabord de tout ce qui leur manque ; ils cherchent les objets dont ils se sont servis toute leur vie, qui sont devenus nécessaires à leurs besoins essentiels, et sans lesquels leur existence n'a plus pour eux de valeur, tandis qu'ils ignorent ou repoussent ce que le pays dans lequel ils arrivent est susceptible de leur donner. Cette impression résultant du changement d'habitudes est profonde, et produit bien vite chez l'homme illettré un état de véritable irritation, surtout lorsque cet homme est arrivé à un certain âge. Cet effet désastreux du déplacement ne diminue qu'avec le degré d'éducation.

Mais à ce premier désappointement, qui est infaillible, vient aussi infailliblement se joindre celui des désillusions causées par les conditions du travail. Ce ne sont plus les mêmes méthodes, les mêmes outils, les mêmes séries d'opérations auxquels l'émigrant était accoutumé dans son pays. Il ne sait plus son état, et pour un homme qui n'est pas exercé à apprendre des choses nouvelles, il y a là une difficulté qui le déconcerte et l'irrite. D'ailleurs tout émigrant que l'on fait venir aux États-Unis croit toujours qu'on lui a promis beaucoup plus qu'on ne lui donne là-bas. Il s'est figuré monts et merveilles, et il se trouve en présence de la réalité.

Il en résulte un état de mécontentement et bientôt d'exaltation qui, aux Etats-Unis, est passé en proverbe. J'ai souvent entendu dire : exaspéré comme un émigrant désappointé. Alors celui qui se regarde comme victime écrit dans son pays pour décrier la compagnie, en donnant à celle-ci tous les torts ; il est même arrivé fréquemment qu'il se livrait à des voies de fait envers les agents de cette compagnie. Il passe son temps à

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