GÉOGRAPHIE SOMMAIRE DD TEXAS
Histoire. — Le Texas (on prononce Techas en espagnol) tire probablement son nom d'un village indien appelé Texas, sur la rivière Neches. Ce mot signifie, dans le langage des Peaux-Rouges, ami * .
En 1685, un chevalier français, Robert de la Salle, vint avec quelques compagnons s'établir à Matagorda- Bay, et y bâtit une forteresse à laquelle il donna le nom de Saint-Louis, en l'honneur du roi de France. Cette petite colonie fut bientôt exterminée par les maladies
1. Une partie des renseignements consignés dans ce chapitre et dans les «oiTants ont été tirés du grand et bel ouvrage de L.-P. Brockett : Our HPUtem impire, or ihe New West beyotui the Mississippi ; the laiest and mosi eomprehensive tcork on the states and territories tcest of the Mississippi, Philadelphie, 1882 ; in-8o.
et par Thostllité des sauvages ; La Salle lui-même périt sous les coups d'un de ses compagnons mutinés.
Quelques années plus tard, en 1689, l'Espagne chercha à occuper le Texas ; elle y fonda un établissement près de l'endroit où avait débarqué La Salle, mais les colons qu'elle y avait amenés disparurent rapidement, par les mômes causes qui avaient décimé leurs prédécesseurs français.
Dans l'intervalle des années 1690 et 1720, des missionnaires catholiques espagnols vinrent à leur tour, et réussirent, avec l'aide d'Indiens convertis, à construire plusieurs missions (églises et dépendances), défendues par des forteresses. Celles-ci étaient gardées par des soldats, envoyés d'Espagne pour protéger les missionnaires.
Après de nombreuses vicissitudes, les missions espagnoles furent, dans l'espace d'un siècle, abandonnées l'une après l'autre.
La France renonça à ses droits sur le Texas en 1763, l'Espagne en 1821.
Ce pays passa alors aux mains du Mexique.
Malgré les efforts tentés pendant près de 130 ans pour le civiliser, rien ou presque rien n'avait été accompli. Le Texas était aussi sauvage, aussi éloigné de toute
civilisation, en 1821, qu'il Tétait en 1685, lorsque La Salle mit le pied sur la côte.
A partir de 1821, une autre ère conunence pour cette terre inhospitalière. S. -F. Austin y introduit quelque» colons venus des États du Nord. Son entreprise étant assez rapidement couronnée de succès, il consacre sa vie entière à cette œuvre de colonisation. Il lui fallut, pour persévérer dans cette voie, déployer une énergie et un courage indomptables, car il n'eut pas toujours affaire à des gens honnêtes et reconnaissants. De 3000 habitants que comptait la population du Texas en 1821 , elle était montée à 20 000 en 1830.
A partir de ce moment, le gouvernement mexicain, alarmé du développement rapide de la jeune colonie, chercha par tous les moyens à l'enrayer. Le dictateur Bustamente promulgua d'abord un décret par lequeF tous contrats existants étaient suspendus dans leur exécution, et défendant aux citoyens des États-Unis, sous les pénalités les plus sévères, de venir encore s'établir dans le pays. Ces mesures, toutefois, ne produisirent pas l'effet qu'on en attendait, et le flot de l'immigration ne cessa de s'accroître.
En 1833, un conseil des Texans tenu à San-Felipe décida la remise d'une adresse au pouvoir central de
Mexico, avec demande d-obtenir une organisation d'État séparée. Cette démarche n'obtint pas de réponse définie. La situation se prolongea ainsi jusqu'en 1835, époque où l'effervescence des citoyens, provoquée par la méconnaissance de leurs droits, prit un caractère des plus menaçants vis-à-vis de l'autorité-mère. C'est alors f[ue le dictateur Santa-Anna jugea opportun de réprimer cet esprit révolutionnaire par l'envoi de troupes. Dès ce jour les hostilités entre le Texas et le Mexique furent ouvertes ; elles ne se terminèrent qu'en 1836, par la défaite complète de Tarmée mexicaine et la capture de son général en chef, Santa-Anna. L'indépendance du Texas était assurée. Un gouvernement provisoire fut constitué et quelques mois plus tard la républi(iue proclamée.
Cet état de choses se maintint jusqu en 18-45, donc pendant près de dix ans. Dans le courant de février de cette année, le Texas fut annexé pacifiquement aux États-Unis. Le siège de la législature, qui d'abord avait été fixé il San-Felipe, puis successivement dans plusieurs autres villes, fut, en 1850, établi h Austin, conformément à la majorité des suffrages émis par les citoyens. De nouvelles élections consacrèrent définiti* vement cette décision en 1870.
SuPERFiaE ET ASPECT GÉNÉRAL. — Le Texas est le plus vaste des États de l'Union. Il est compris entre les parallèles de 25" 51' et de 36° oO', et entre les méridiens de 93» 27' et de 106'» 43'. Sa superficie est de 713 350 kilomètres carrés ; il est donc aussi grand que l'Empire allemand, la Belgique, la Hollande, le Danemark et la Suisse réunis. Il dépasse d'un tiers le territoire de la République française. On conçoit qu'un aussi vaste développement de pays doive donner lieu à une grande variété de climat, de sol et de produits.
Le Texas est aussi le plus méridional des États américains. Au sud-ouest, il touche au Mexique, dont il formait encore une province il y a quarante ans à peine. Sa plus grande longueur, du SE. au NO., est d'environ 1 300 kilomètres : sa plus grande largeur, de 1 250 kilomètres.
Il constitue un immense plan incliné, à pente douce. La partie baignée par le golfe du Mexique, jusqu'à 100 ou 130 kilomètres dans l'intérieur des terres, est de même niveau que la mer. Plus loin le sol devient ondulé, offrant çà et là des alternatives d'élévations et de dépressions, puis il monte d'une manière unifonne, mais lente. Cet accroissement d'altitude ne se continue cependant que dans les régions de Fouest et du nord-
ouest ; partout ailleurs il s'arrête dès qu'on atteint 200 à 300 mètres de hauteur. A l'ouest et au nord-ouest apparaissent quelques chaînes de montagnes, peu élevées d'ailleurs ; les plus hautes ne dépassent pas 4 500 mètres d'altitude. La plupart d'entre elles renferment dans leur sein de l'argent, du plomb et du cuivre.
Un assez gi^and nombre do fleuves et de rivières arrosent le Texas. Une seule région, appelée Llano estacado (littéralement : plaine jalonnée, parce que les routes y sont remplacées par des pieux placés de distance en distance), comprenant toute la partie nordouest de l'État, en est complètement dépourvue. Ces cours d'eau ont tous, à l'exception de la Rivière canadienne et de la Rivière rouge, une direction générale NO. -SE. Aucun d'eux n'est navigable sur un long parcours.
Climat. — Le climat du Texas est, selon la latitude, ou sous-tropical ou tempéré. Dans le sud, près du golfe du Mexique, la température moyenne de l'année varie entre 20 et 22« C. environ ; dans le nord, près des bords de la Red-River, elle est encore de 18" ; mais elle diminue plus rapidement lorsqu'on aborde le Llano estacado, au NO. : là elle n'est plus que de 15°.
En été, depuis la côte jusqu'à la frontière indienne, le thermomètre se tient moyennement entre 27 et 29* ; dans le Llano estacado, entre 24 et 27®.
En hiver, les températures moyennes des mêmes régions sont respectivement de 11 à 16° (du N. au S.),
et de 2 à 4« (au NO.).
Août est d'une manière générale le mois le plus chaud,
janvier le mois le plus froid.
Dans certaines années exceptionnelles on a vu, au sud du territoire, le mercure s'élever aussi haut que 46° C. en été et que 32*» en hiver. Au N. et au NO. il est déjà descendu, en janvier, à — 20° C.
Dans la partie centrale, on observe rarement de la neige et de la glace ; dans l'extrême sud, on n'en voit pour ainsi dire jamais. Le nord reçoit en moyenne une ou deux chutes de neige par an, formant sur le sol une couche de 3 à 8 centimètres.
Le climat du Texas est surtout célèbre par ses northers, ou vents forts et froids du quart N. ; nous en reparlerons au chapitre qui sera consacré spécialement à San- Antonio.
Les pluies sont peu abondantes au Texas ; elles vont en diminuant quand on marche du SE. au NO. A la côte on recueille annuellement 1 mètre d'eau, à San-
Antonio 800™"», et dans le Llano estacado de 500 à 700™". A l'extrême SO., entre le Rio-Grande et le Nouveau- Mexique, la sécheresse est plus grande encore ; le pluviomètre ne reçoit que de 200 à SSO™" de pluie dans Je cours d'une année. C'est l'une des régions du globe remarquables par la rareté et la pauvreté des précipitations atmosphériques.
C'est en été et en automne qu'il tombe le plus d'eau. Le maximum a lieu en septembre, le minimum en janvier. On compte 60 jours pluvieux en moyenne par année.
Productions du sol. — Dans les districts baignés par les eaux de la mer, le sol et le climat sont surtout favorables à la culture de la canne à sucre, du coton, du riz et de certains fruits ou légumes des contrées sous-tropicales.
La partie orientale du Texas est très boisée ; c'est elle qui fournit au pays de plaine tout le bois de construction dont il a besoin. Plus de la moitié de sa surface est couverte de forêts. Les principales espèces d'arbres qui y croissent sont le sapin (de forte taille), plusieurs variétés de chênes, le frêne, l'orme, le noyer noir, le noisetier, le pacanier, le sureau ; sur les bords de la mer grandissent le magnolia, le cyprès, le palmier
nain, etc. Les ressources naturelles de cette région comprennent aussi le minerai de fer et le lignite. Dans les vallées, on récolte le coton et le maïs ; sur les plateaux, des fruits et des légumes d'excellente qualité.
Le centre et le nord du Texas ne forment qu'une suite de riches prairies, coupées de forêts par places. Sur les rives des nombreuses rivières qui y déroulent leurs cours croissent de beaux et puissants arbres, au feuillage sombre et touffu, foimant contraste avec l'aspect de ceux que Ton rencontre sur les versants des vallées.
L'ouest et le sud-ouest du Texas sont des régions essentiellement pastorales. On y trouve peu d'arbres. Les herbes luxuriantes et épaisses qui s'y développent naturellement font de cette partie du pays la terre promise du nombreux bétail qu'elle nourrit. Elle renferme aussi divers dépôts de minerais.
Une seule partie du Texas est stérile : c'est le Llano estacadOjdont nous avons déjà parlé.Cctte région encore très peu connue est aussi appelée, à cause de sa configuration, « la queue de la poêle du Texas ». L'eau y est rare ; la sécheresse du climat y est d'ailleurs exceptionnelle, et rappelle celle des déserts de l'Afrique et de l'Asie centrale. Le sol est rarement rafraîchi par la pluie, qui toujours y est peu abondante. La principale
richesse de cette terre aride consiste dans ses productions minérales ; elle renferme de l'argent, du plomb, <iu cuivre, du fer, et peut-être même de For.
Dans le Texas central la prairie vierge domine et .s'étend à perte de vue. Ce n'est pas la prairie telle que nous nous la représentons communément, c'est-à-dire couverte d'herbes plus ou moins hautes. La prairie texane est non seulement herbeuse, mais aussi boisée. On n'y voit pas de grands arbres touffus, serrés, mais des arbustes, de petits arbres, assez distants les uns des autres, tels que Talgarobe, le persimon, des cactus d'espèces diverses, parfois le ricin ; les endroits où le sol possède quelque humidité sont recouverts de -chênes, de cèdres, de pacaniers peu élevés. Une quantité innombrable de plantes de tous genres croissent également mêlées aux herbes. Il serait difficile d'imaginer dans nos pays d'Europe quelcjue chose d'analogue è. cette végétation et à cette nature toutes spéciales. C'est un vrai parc naturel d'une étendue immense, plus beau dans certaines de ses parties que nos plus beaux parcs -européens. La main de l'homme n'a pas passé par là ; vous ne rencontrez que de paisibles troupeaux de bœufs ou de chevaux ; vous pouvez voyager des journées entières sans trouver trace d'habitation. L'air qui passe
au-dessus de cette végétation est naturellement chargé de principes vivifiants qui le rendent très salubre. Il n'existe pas de grands cours d'eau, de lacs, de marais, qui, par leurs émanations, pourraient altérer sa pureté. A mesure qu'on se rapproche de la frontière mexicaine, les arbres deviennent de plus en plus rares. On ne traverse plus que d'immenses chapparals, aux nom^ breux buissons de cactus élevés, à colonnes ou à larges feuilles.
GÉOLOGIE. — Au point de vue de la nature géologique du sol, on rencontre également une grande diversité au Texas. La zone qui confine au golfe du Mexique est formée de terres d'alluvion ; au delà, jusqu'à 300 et 450 kilomètres dans l'intérieur, existent des formations tertiaires ; elles se prolongent dans l'est aussi loin que la Red-River. Toute cette région est basse et peu accidentée ; elle est d'une fertilité extraordinaire. De temps à autre on relève des traces d'anciennes formations, mais peu développées. Le crétacé s'observe au nord et à l'ouest, sans qu'on sache exactement où il cesse ; certains géologues pensent qu'aux limites septentrionales et occidentales du Texas des formations jurassiques apparaissent. On rencontre aussi, tout au nord, des
terrains carbonifères qui s'étendent à l'est jusqu'au ter-
ritoire indien. Cette région embrasse un espace de 75 000 kilomètres carrés ; elle est entrecoupée çà et là de permien.
A l'extrême ouest, dans les régions inconnues voisines du Rio-Grande et du Nouveau-Mexique, les diverses formations géologiques, à l'exception du tertiaire, sont représentées. On y trouve tous les produits des éruptions plutoniques, surmontés et flanqués de roches jurassiques et crétacées. Peut-être les roches basaltiques prédominent-elles. Leurs dimensions sont parfois gigantesques ; plusieurs affectent la forme de falaises perpendiculaires, se développant sur une longueur de plusieurs kilomètres, et atteignent plus de 300 mètres de hauteur. C'est, paraît-il, au point de vue pittoresque, l'une des plus merveilleuses contrées du monde. Sous le rapport géologique, certainement, il n'en existe pas de plus intéressante. Bientôt, espéronsle, on pourra s'y rendre aussi facilement qu'au Yellowstone-Park, une autre merveille des États-Unis, dont les beautés naturelles commencent à être de plus en plus accessibles.
Richesses minérales. — Nous avons dit déjà combien le Texas était riche en productions minérales. Les terrains tertiaires y renferment de nombreux dépôts de
minerais de fer, principalement de la limonite. Dans l'éocène on trouve de vastes dépôts de lignite, d'excellente qualité pour la fabrication du gaz, ainsi que du gypse. Le terrain crétacé contient également de gi*andes quantités de gypse, et, à l'infini, de la pierre calcaire à bâtir. Le gypse est assez pur pour en faire du plâtre de Paris, mais on n'en a pas tiré parti dans ce but jusqu'ici. Le Texas s'approvisionne de ce produit à Terre-Neuve, alors qu'il en possède en abondance, et d'aussi bonne qualité, chez lui. On n'a jamais trouvé de craie dans le système crétacé de ce pays.
La région granitique et métamorphique possède de son côté de grandes richesses minérales. Les dépôts de minerai de fer y sont des plus vastes et les minerais des meilleurs. Ces minerais sont magnétiques et spéculaires, et ils forment parfois d'énormes blocs que l'on croirait constitués de fer massif. Le sol du Texas renferme assez de fer pour suffire, non seulement aux besoins propres du pays entier, mais aussi à ceux des États qui l'entourent. Le cuivre, l'argent et l'or sont peu abondants. Le marbre l'est davantage. Le plus important dépôt se trouve aux Marble Falls du Rio- Colorado, où, sur un long parcours, la rivière se fraye un passage entre les hautes marailles et des montagnes
de marbre. Il n'est pas rare, dans cette région, de rencontrer de misérables huttes ou des cabanes entourées de clôtures faites avec les marbres les plus fins et les plus purs. Les teintes dominantes sont le blanc uni ou le blanc tacheté de rouge ou de bleu ; la teinte noire vient ensuite.
Enfin, on rencontre dans le nord-ouest du Texas de nombreuses salines, auxquelles des roches siluriennes donnent naissance. C'est là aussi que repose le plus vaste dépôt de gypse du monde. Il est large de plus de 300 kil. et sa profondeur est inconnue. Toutes les variétés de gypse s'y coudoient, depuis l'albâtre le plus fin et la sélénite jusqu'aux fonnes massives communes. Il y a là des quantités suffisantes de cette matière pour en pourvoir l'univers entier pendant des siècles. Toutes les rivières qui traversent cette remarquable région ont leurs eaux imprégnées de ce minéral et de sel, quelques-unes à tel point que les animaux ne veulent en boire. L'un des bras du Brazos est beaucoup plus salé que l'Océan lui-même.
De grandes richesses minérales inconnues existent très probablement dans l'extrême Far- West texan, près des contreforts des Montagnes Rocheuses. Il y a lieu de supposer que l'argent, le cuivre et le plomb y sont assez abondants.
Faune. — Les plaines du Texas étaient autrefois le séjour d'immenses troupeaux de buffalos et d'antilopes; aujourd'hui on ne rencontre plus ces animaux que dans les districts du nord-ouest, et leur nombre va diminuant d'année en année. Les prairies de l'ouest servent encore d'asile au mustang ou cheval sauvage. Dans les parties boisées et peu fréquentées par l'homme, on trouve le loup gris, beaucoup plus féroce et plus vigou* reux que son congénère du nord, l'ours noir, le puma ou cagouar, le jaguar ou tigre américain, le chat sauvage et le lynx. Les forêts abondent en daims, en pécaris, ratons, sarigues, renards, lièvres, écureuils et chacals.
La gent empluméc est représentée par les espèces suivantes : la dinde sauvage, le faisan, la caille, la bécasse, le courlis, diverses sortes do canards sauvages, d'oies, de sarcelles, de cygnes, et une grande variété d'oiseaux remarquables par la beauté de leur chant ou l'éclat de leur plumage. Parmi les oiseaux de proie, nous citerons le vautour royal et plusieurs autres espèces de vautours, l'aigle, le faucon, le milan, le pélican, le héron, le martin-pôcheur, le flamant, la grue, etc.
Les fleuves et les rivières sont la demeure d'un
grand nombre de poissons, parmi lesquels la perche se recommande particulièrement par sa chaii* délicate ; les eaux des golfes et des baies renferment toutes les variétés de poissons de mer. Les huîtres de Galveston sont fort renommées. Les alligators, les tortues, etc., sont nombreux dans le cours inférieur des rivières et des bayous (bras des rivières côtières). On peut voir sur la côte, mais moins fréquemment, la grande tortue de mer, le morse, l'octopus et le marsouin.
Les serpents pullulent, et tous les genres ont leurs représentants : serpents à sonnettes, serpents de mocassin, têtes cuivrées, vipères, serpents noirs ou boas américains, et plusieurs autres espèces encore, non venimeuses. Les lézards sont aussi très répandus, de môme que le caméléon, le crapaud et la grenouille à corne, la salamandre.
Quant aux insectes, c'est par myriades qu'il faut les compter, et la morsure de certains est des plus dangereuses. Sans parler de ce mortel ennemi du voyageur européen fraîchement débarqué dans le» pays chauds, — je veux dire le moustique, — on a le désagrément, au Texas, d'être en butte aux attaques du centipède, du scoi'pion, de la tarentule, de la chique, etc. Plusieurs espèces sont surtout à craindre pour les chevaux et les
bêtes à cornes, comme ledeviVs /lorse (diable du cheval), ou pour la végétation, comme les énormes sauterelles qui s'ébattent dans la prairie.
Industrie manufacturière. — Bien que le Texas possède, ainsi que nous Tavons vu plus haut, des richesses minérales incalculables, l'extraction et l'exploitation de toutes ces productions naturelles de la terre n'ont pas encore pris le développement dont elles sont susceptibles. Cela tient évidemment à diverses causes, parmi lesquelles la faible densité de la population, l'insuffisance des moyens de communication et le prix élevé de la main-d'œuvre sont les principales. Nous avons déjà parlé des mines d'or, d'argent, de cuivre, de charbon, de sel gemme et de plomb que l'on trouve dans ce pays ; de ses carrières de marbre, d'ardoises, de gypse, de stéatite ou pierre savonneuse. Malheureusement, l'esprit d'entreprise ne s'est pas encore porté vers l'industrie. Même dans l'état actuel des choses, le nombre de manufactures de genres divers pourrait être plus que décuplé. Le Texas dépend trop encore de l'extérieur pour les produits manufacturés.
Productions agriculturales. — Nous avons déjà touché quelques mots de ce genre de productions. Il arrivera probablement un jour où le Texas pro-
— séduira assez de coton pour en vêtir le monde entier, assez de froment et assez de bétail pour le nourrir. Ce n'est qu'une question de temps. On peut se rendre compte, par là, des ressources inépuisables qui sont encore à exploiter dans ce pays, car il est bien loin encore d'avoir atteint le maximum de prospérité que l'avenir lui réserve.
Voici quelle est, d'après les dernières statistiques (4879), l'évaluation totale en dollars (le dollar vaut 5 fr. 25 c. environ) des produits agricoles du Texas :
Maïs 30 073 940
Froment 3 972 330
Seigle 32 400
Avoine 2 456 750
Pommes de terre 400158
Foin 1524 840
Coton 33 862 500
Total. . . . 72 322 918
Voici également le tableau de la richesse du Texas en bétail (janvier 1880) :
Chevaux 963 900
Mules et ânes 191000
Vaches laitières 566 280
Bœufs 4464000
Moutons 5198400
Porcs 1M7 860
Ces 13 301 440 têtes de bétail représentent une valeur approximative de 105 000 000 de dollars.
Les immenses prairies du Texas sont éminemment favorables à l'élève du bétail, mais les éleveurs ne tirent pas de cette situation privilégiée tous les avantages qu'elle pourrait leur procurer. Ils ne peuvent encore lutter avec les États voisins pour la taille, le poids et la fécondité des animaux qu'ils livrent. Le même défaut se remarque du reste en toutes choses : manque d'organisation, de prévoyance, de calcul. On s'inquiète assez peu de perfectionner les moyens d'exploitation des ressources du pays. La civilisation industrielle et commerciale, si je puis m'exprimer ainsi, n'a pas encore passé par là. Le Texas n'a pas cessé d'être une terre vierge, où l'on travaille un peu à tort et h travers, sans esprit de suite, chacun de son côté. Les grandes associations, les grands capitaux n'ont pas encore pris complète possession de ce domaine et mis en œuvre toutes ses richesses. Avec une végétation des plus luxuriantes et le climat le plus propice à l'élève du bétail, le Texas en est encore à produire des chevaux, des bœufs, des moutons et des porcs appartenant
^ux plus pauvres spécimens de l'espèce. Le riche fermier, il est vrai, vous répondra qu'il ne voit nulle nécessité de se donner tant de peine pour améliorer cet état de choses ; sa fortune s'accroît rapidement et il n'aurait que faire de tant d'argent. Quand on se place au point de vue purement personnel, on conçoit cette manière de raisonner, mais il faut convenir qu'au point de vue général c'est un piètre argument.
Disons quelques mots du coton, ce puissant facteur •de la richesse au Texas, appelé à jouer un grand rôle dans les destinées futures de ce pays. Les Texans ne le nomment jamais autrement que King Cotton, le roi coton. C'est leur roi, en effet, puisqu'il règne en maître sur le progrès de la fortune publique.
Il y a plus de cent ans qu'un premier envoi de coton de quelque importance partit d'Amérique vers l'Europe. Les États-Unis ont célébré cet anniversaire dans le courant de l'année 1884, par une exposition de l'industne cotonnière qui a eu lieu à la Nouvelle-Orléans.
On sait que le cotonnier est une plante des pays tropicaux, a Avant que le Nouveau-Monde ne nous fût connu, il croissait spontanément dans toutes les régions comprises entre le Mexique et les côtes du Pérou, et lorsque les Espagnols s'emparèrent de ces deux em-
pires, ils y trouvèrent des étoffes faites de coton, et si belles qu'ils les envoyèrent à la cour de Madrid comme l'un des plus beaux trophées de leur conquête.
« Du Mexique, la culture du cotonnier se répandit peu à peu dans les États méridionaux de PAmérique du Nord. Elle y resta longtemps restreinte à Tomement des jardins, ou utilisée seulement pour les besoins domestiques. Toutefois, à partir de 1784, la culture du cotonnier prit aux États-Unis une extension rapide. C'est dans les territoires riverains de l'Atlantique que la culture nouvelle s'était développée d'abord ; mais on s'aperçut que les plaines de la vallée du Mississipi n'étaient pas moins fertiles. Aussi la récolte, qui était en i 823-24 de 509 156 balles, dépassait-elle le premier million en 1830-31, le deuxième en 1839-40, le troisième en 1851-52, le quatrième en 1858-59, le cinquième en 1878-79, le sixième en 1880-81 ; la campagne qui se termine nous apportera la production inconnue jusqu'à ce jour de plus de 7 millions do balles : 71 balles d'un côté, 7 000 000 de l'autre, tels sont les points do départ et d'arrivée dans une période de 100 ans K »
1. Sur la production du coton en Amérique, par L. Deschamps (dans la TeTue Lu Mondes, 3« sér., t. VIII, p. 10).
Le Texas est admirablement situé au point de vue de la culture du coton. ^ Les pluies y sont modérées, les gelées pour ainsi dire inconnues dans le sud, et son sol, là où croît le cotonnier, est formé d'alluvions reposant sur une couche de terrains crétacés. Ce sol est sans rival pour sa fertilité, et ses ondulations a se prêtent admirablement à l'écoulement des eaux ; chaque mètre carré de superficie fournit une production toujours régulière et égale d.
Chemins de fer et voies navigables. — Le Texas a sur le golfe du Mexique une ligne de côtes se développant sur une longueur de plus de 600 kilomètres ; mais, à part Galveston, il ne s'y trouve pas de ports bien importants. Comme nous l'avons signalé précédemment, aucune des rivières du pays n'est navigable sur un parcours de quelque étendue.
Quatre grandes lignes de chemin de fer traversent le teri'itoire texan :
L'une part de Saint-Louis et vient aboutir au Rio- Grande, à la frontière mexicaine ; de là elle pénètre au Mexique et se termine à Mexico môme, mettant ainsi cette ville en communication directe avec tous les centres importants des États-Unis. On peut se rendre aujourd'hui de Mexico à New-York en une huitaine de jours.
Une autre ligne va de»Kansas-City à Gai veston ; c'est •celle que nous avons suivie pour arriver à San-Antonio.
Une troisième, la South-Pacific, a son point de départ à la Nouvelle-Orléans ; elle traverse toute la partie méridionale du Texas et va aboutir à Sah-Francisco.
La quatrième, enfin, a la ville de Dallas conmie on- ^ gine, et se dirige sur El Poso, à la limite du Texas, du Mexique et du Nouveau-Mexique, où elle rejoint la ligne du South-Pacific.
D'autres lignes, mais secondaires, relient ces quatre grandes voies entre elles ou s'y embranchent. Vers i880, le nombre des lignes était de 26, sur un développement de plus de 4 000 kilomètres. Plusieurs lignes nouvelles sont venues, depuis, s'ajouter à celles-là.
Population. — La population du Texas augmente rapidement.
Son accroissement n'est cependant pas à comparer à celui que l'on constate dans certains États du Nord, où, grâce au voisinage plus immédiat de l'Atlantique, l'émigration européenne s'est portée de prime abord. Voici, depuis le commencement du siècle, les diverses étapes du mouvement dc^la population texane :
iSOC 7 000 habitants.
1836 52 670 habitants.
C'est là, incontestablement, un accroissement des plus remarquables.
En 1870, la population blanche était un peu plus du double de la population noire. Les chiffres pour 1880 font défaut, mais selon toute probabilité la proportion des blancs a été en augmentant.
Également en 1870, les étrangers n'étaient qu'au nombre de 62 420 ; mais d'année en année, il en vient davantage.
Dans ces derniers temps l'émigration vers le Texas a pris une extension considérable. L'Allemagne surtout lui fournit de nombreux contingents. Plusieurs villes texanes sont presque exclusivement peuplées d'Allemands ; les autres nationalités : anglaise, irlandaise, française, Scandinave, etc., sont beaucoup moins représentées.
Dans le sud-ouest, on trouve toute une population mexicaine et indo-mexicaine, ainsi que quelques tribus
d'Indiens. On recrute dans ces deux dernières classes les cow'hoys (gardeurs de vaches), les bergers, les conducteurs do chariots ou d'attelages, etc.
La valeur totale de la propriété imposée a été estimée approximativement à 450 000 000 de dollars.
Instruction. — L'instruction n'est évidemment pas aussi développée au Texas que dans certains États du nord-est de l'Union. L'enseignement n'y est môme pas encore établi sur des bases solides, et les fonds dont il dispose sont loin d'être importants. Il existe un school fund (caisse scolaire) dont les revenus, en 1880, s'élevaient à la somme de iOO 000 dollars seulement.
Les renseignements statistiques sur le nombre d'écoles, de professeurs, d'élèves, etc., laissent quelque peu à désirer. En i879, il y avait environ 225 000 enfants en âge d'école, mais 150 000 seulement sur lesbancs. Les écoles organisées étaient au nombre de 4 633, dont 905 pour les noii^s ; mais le recensement n'indique que 4 330 instituteurs, soit 303 de moins que le nombre d'écoles. Il y avait 2 895 instituteurs blancset 562 noirs, 760 institutrices blanches et 113 noires. Le traitement moyen des premiers était de 42 dollars (220 fr. environ) par mois, celui des secondes de 33 dollars (170 fr. en Villon).
Il existe au Texas cinq établissements ayant le nom d'universités, mais qui sont loin d'être organisés comme tels, et quatre collèges. Dans la plupart de ces institutions les jeunes filles sont reçues au môme titre que les jeunes gens.
On compte enfin un institut militaire, un collège agricole et mécanique, une école de théologie, une école de jurisprudence et une école de médecine, de môme que des établissements pour sourds-muets et aveugles. Toutes ces institutions ont une existence très modeste.
Confessions religieuses. — Il faut remonter à Tannée 1875 pour avoir des renseignements un peu certains sur la population des diflërentes confessions religieuses au Texas. On n'a ainsi qu'une idée du nombre relatif de personnes appartenant aujourd'hui à chacune d'elles.