ACTE III
Vous avez tous entendu sa promesse de ne jamais me demander qui je suis. Elle a brisé son serment sacré, elle a prêté son cœur aux conseils de la perfidie ! Pour prix des questions obstinées que le doute lui a suggérées, que la réponse ne lui soit pas déniée plus longtemps : j'ai pu la refuser aux exigences importunes de l'ennemi ; il faut proclamer à cette heure mon nom et ma nature. Comprenez donc maintenant si j'ai lieu de redouter la lumière : en face du monde, du roi et de l'empire, je dévoile loyalement mon secret. Écoutez, et dites si ma noblesse n'égale pas la vôtre !
TOUS LES HOMMES et TOUTES LES FEMMES.
Quel mystère inouï vais-je apprendre maintenant? que n'a-t-il pu s'abstenir de cette révélation forcée !
LOHENGRIN, majestueux et transfiguré, regardant au loin devant lui.
Dans une terre éloignée, inaccessible à vos pas, est un burg nommé Montsalvat Un temple lumineux s'élève au milieu, un temple précieux auquel la terre n'a rien de comparable. Dans ce temple est gardé, comme le Saint des saints, un vase a-uguste et merveilleux ; pour être confié aux soins des plus purs parmi les hommes, il fut apporté sur terre par une troupe d'anges . Chaque année descend du ciel une colombe pour rendre à sa vertu miraculeuse une force nouvelle. Il s'appelle le Graal, et une foi sans tache et bienheureuse se répand par lui dans l'âme de ses chevaliers. Quiconque est choisi pour servir le Graal est aus-
2Z[0 LOHENGRIN
sitôt revêtu d'une puissance surnaturelle ; même celui qui est par lui envoyé dans une terre lointaine, chargé de la mission de défendre le droit de la vertu, n'est pas dépouillé de sa force sacrée, autant que reste inconnue sa qualité de chevalier du Graal ; mais telle est la nature sublime de cette vertu du saint Graal, que, dévoilée, elle fuit aussitôt les regards profanes; c'est pourquoi vous ne devez concevoir nul doute envers son chevalier ; s'il est reconnu par vous, il lui faut vous quitter sur-le-champ. Écoutez maintenant comment je récompense la question interdite ! Je vous ai été envoyé par le Graal ; mon père, Parcival, porte sa couronne; moi, son chevalier, j'ai nom Lohengrin.
TOUS LES GUERRIERS et LES FEMMES, remplis d'étonnement et se regardant avec une émotion profonde.
A ce témoignage éclatant de son auguste nature, mon œil bru* lant laisse échapper de douces et saintes larmes.
ELSA, anéantie.
Comme le sol vacille sous moi ! Quelle nuit profonde ! A moi de l'air ! de l'air, je suffoque !
(Elle est près de tomber; Lohengrin la prend entre ses bras.)
LOHENGRIN, avec un saisissement douloureux.
Eisa ! qu'as-tu fait? Lorsque mes yeux te virent pour la première foi, je me sentis pour toi enflammé d'amour, et aussitôt un bonheur nouveau me fut révélé ; le pouvoir auguste, les miracles de ma nature, la force que m'assure mon secret, je voulus tout consacrer au service du cœur le plus pur : pourquoi m'astu arraché mon secret? Maintenant, hélas l il faut me séparer de toi à jamais