‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 122 sur 163 · SCENE PREMIERE VOIX d'un jeune marin · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE VOIX d'un jeune marin

(La voix semble venir du haut d'un mât.)

Le regard erre vers l'occident, le navire glisse vers l'orient ; le vent frais souffle vers le sol natal : enfant d'Irlande, où estu? est-ce le souffle de tes soupirs qui enfle mes voiles? souffle \ souffle, ô vent! Je souffre, ah! je souffre, mon enfant» fille d'Irlande, fille charmante et sauvage!

1 II y a ici entre les mots allemands qui veulent dire souffle , et je souffre, une assonance expressive, qu'il nous a été impossible de rendre.

ISEULT, tressaillant.

Qui ose donc me railler?

(Elle porte autour d'elle des yeux hagards.) Brangœne, est-ce toi? dis, où sommes-nous?

BRANGŒNE, à l'ouverture de la tente.

Des bandes bleues s'étendent au couchant ; le navire glisse et vogue à pleines voiles ; avant le soir, la mer tranquille va nous porter sans péril à la terre,

Quelle terre ?

BRANGŒNE.

Les verts rivages de Cornouailles.

Jamais! ni aujourd'hui, ni demain!

BRANGŒNE laisse tomber la tapisserie^ et, frappée d'étonnemertt, s'approche rapidement d'iseult.

Qu'entends-je! ô maîtresse!

JSEULT, se parlant à elle-même avec exaltation.

Race dégénérée, indigne des ancêtres ! Où as-tu égaré, ô mère, la puissance de régner sur la mer et la tempête? O magie, art abaissé, qui ne broies plus que des breuvages de baume ! réveilletoi à mon appel, puissance intrépide, lève-toi du cœur où tu t'es réfugiée! Entendez ma volonté, vents dociles ! Vite au combat

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