ACTE I
soulevez l'ouragan, le tourbillon furieux des orages déchaînés ! Arrachez à son sommeil cette mer rêveuse, éveillez du fond de l'abîme ses avides et implacables furies ; montrez-lui la proie que je lui offre; faites voler en éclats ce navire insolent ; qu'il soit brisé et qu'elle engloutisse ses débris ! Et ce qu'il abrite de vivant, tout ce qui respire, je vous l'abandonne, ô vents, pour récompense !
BRANGŒNE, dans le plus grand effroi, s* empressant autour d'iseult.
Malheur! hélas t hélas! Catastrophe que j'ai pressentie! Iseult, ma maîtresse ! cher cœur ! que m'as-tu caché si longtemps ? Pas une larme versée pour ton père, pour ta mère; à peine un salut accordé à ceux que tu quittais ; glacée et muette à l'heure du départ, pâle et silencieuse pendant la traversée, sans aliment, sans sommeil, éperdue, anéantie, immobile et souffrante, que n'ai-je pas éprouvé à te voir ainsi, réduite à n'être plus rien pour toi, à rester, comme une étrangère, à tes côtés? Oh! dis-moi maintenant ce qui t'attriste; dis-moi, dis-moi tes douleurs. Iseult, gracieuse et bien-aimée maîtresse ! pour qu'elle se croie digne encore de ta confiance, confre-toi à Brangœne.
De l'air! de l'air! mon cœur suffoque. Ouvre, ouvre cette tenture toute grande.
(Brangœne écarte précipitamment les tentures du milieu.)
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25Zj TRISTAN ET ISEULT