SCENE II
(La vue s'étend le long du navire jusqu'au gouvernail, puis au delà du bord sur la mer et sur l'horizon. Au milieu du navire, autour du grand mât, sont étendus des marins, travaillant aux cordages; un peu plus loin , on aperçoit près de la poupe des chevaliers et des écuyers, également couchés'; à quelque distance, Tristan debout, les bras croisés, et pensif, regardant la mer. A ses pieds est étendu négligemment Kurwenal. Du haut du mât on entend de nouveau la voix du jeune marin.)
ISEULT, dont le regard a sur-le-champ trouvé Tristan, et reste fixement attaché sur lui, se parle à elle-même d'une voix sourde.
Élu pour "moi, — perdu pour moi, — noble, pur, vaillant et lâche : tête vouée à la mort î cœur voué à la mort !
(A Brangœne, avec un sourire inquiet.) Que penses-tu de ce serf?
BRANGŒNE, suivant son regard.
Lequel veux-tu dire?
Là-bas , le héros qui dérobe son regard au mien , qui détourne les yeux , plein de pudeur et de crainte : — dis , qu'en penses-tu ?
BRANGŒNE.
N'est-ce pas de Tristan que tu parles, chère dame, la