SCENE III
(Le Hollandais s'avance lentement sur le devant de la scène.)
DALAND s'approche, après s'être un instant arrêté sur le seuil.
Mon enfant, me voici sur le seuil... Quoi! pas un embrassement? pas un baiser? tu restes à ta place, enchaînée par un charme... Est-ce là, Senta, l'accueil que je mérite?
SENTA, dès que Daland est arrivé près d'elle, lui prend la main.
Au nom de Dieu, salut. (L'attirant plus près d'elle.) Mon père, parle, quel est cet étranger ?
DALAND, souriant.
Tu veux le savoir?... Tu peux, mon enfant, souhaiter la bienvenue à cet étranger. C'est un marin, comme moi; il réclame l'hospitalité. Depuis longtemps sans foyers, toujours en de lointains voyages, il a amassé dans des contrées étrangères de riches trésors. Repoussé de sa patrie, il offre des trésors pour prix d'un abri : parle, Senta, te sera-t-il pénible que cet étranger habite sous notre toit?
(Senta incline la tète en signe de consentement; Daland se tourne vers le
Hollandais.)
Dites, ai-je exagéré son éloge? vous la voyez elle-même.
Plaît-elle à vos yeux ? Est-il encore besoin de renouveler mes louanges ? Avouez qu'elle est l'ornement de son sexe !
(Le Hollandais fait un mouvement d'assentiment.)
Montre-toi, mon enfant, bonne pour notre hôte ; avec un toit, il réclame aussi le don gracieux de ton cœur. Tends-lui la main, car tu dois le saluer ton fiancé, et, si tu réponds aux vœux de ton père, demain ton époux.
(Senta tressaille douloureusement; mais son attitude reste calme. Daland tire une parure et la montre à sa fille.)
Vois cette chaîne, cette agrafe ; près de ce qu'il possède, ce n'est rien. Ces choses n'excitent-elles pas tes désirs ardents ? Elle sont à toi, si tu veux échanger l'anneau avec lui.
(Senta, sans prendre garde aux paroles de son père , demeure les yeux fixés sur le Hollandais, et celui-ci, de son côté, sans entendre Daland, est absorbé dans la contemplation de la jeune fille. — Daland s'en aperçoit, et les considère tous les deux.)
Mais aucun ne répond... Serais-je importun à cette heure? Oui, c'est cela! Il vaut mieux les laisser seuls. (ASenta.) Puissestu gagner ce noble cœur ! Crois-moi, un tel bonheur ne s'offre pas deux fois. (Au Hollandais.) Restez seuls ici ! je m'éloigne ; croyez-moi, elle est aussi fidèle que belle !
(il s'éloigne lentement, en les considérant tous les deux avec complaisance, — Senta et le Hollandais restent seuls.)
LE HOLLANDAIS, profondément ému, chantant avec Senta.
Comme du lointain des temps passés, les traits de cette jeune fille parlent à mon cœur; telle je l'ai rêvée depuis des éternités d'angoisses, telle mes yeux la voient devant moi. Du fond