‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 20 sur 163 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

de ma nuit profonde, j'ai bien levé aussi vers une femme des yeux pleins de désir ; la malice de Satan m'a laissé, hélas ! un cœur palpitant, pour que j'aie le sentiment toujours présent de mon supplice. Le sombre feu dont je me sens embrasé, faut-il, infortuné! lui donner le nom d'amour? hélas! non. C'est l'attente inquiète de la délivrance : puissé-je la devoir à un ange comme cette jeune fille ?

SENTA, chantant avec le Hollandais.

Suis-je perdue à cette heure dans un songe étrange? Ce que je vois n'est-il qu'illusion ? Ai-je habité jusqu'à présent des espaces décevants? Le jour du réveil vient-il de luire pour moi? Il est devant moi, avec ses traits pleins de souffrance; ces empreintes de la douleur amère parlent à mon cœur : serais-je trompée par la voix d'une pitié profonde? Tel je l'ai vu mille fois, tel il est devant moi. Les douleurs qui brûlent dans mon sein, cet ardent désir, ah! de quel nom l'appeler? Le terme après lequel ton cœur désolé soupire, la délivrance, puisse-t-elle, infortuné, t'être obtenue par moi !

LE HOLLANDAIS, s'approchant un peu de Senta.

Ne vas-tu pas dédaigner le choix de ton père ? La promesse qu'il a faite, parle, la confirmerais-tu? Pourrais-tu te dévouer à moi pour jamais, et tendre la main à l'étranger? Après une vie de tortures, trouverais-je dans ta fidélité le repos longtemps attendu?

SENTA

Qui que tu sois , quel que soit le supplice auquel ton destin cruel à pu te vouer, quel que soit aussi le sort que je me prépare, toujours j'obéirai à mon père.

LE HOLLANDAIS

Quoi! sans réserve? pourrais-tu être pénétrée pour mes douleurs d'une pitié si profonde?

SENTA, se parlant à demi à elle-même.

Oh ! quelles douleurs ! puissé-je Rapporter un adoucissement !

LE HOLLANDAIS, qui ï'a entendue.

Délicieuse mélodie dans mes agitations et mes ténèbres! Tu es un ange ! L'amour d'un ange sait consoler jusqu'aux maudits.

(Le Hollandais chante avec Senta.)

Oh ! s'il me restait encore un espoir de délivrance ! Etre éternel, qu'elle en seit l'instrument !

SENTA, se parlant à elle-même, et chantant avec le Hollandais.

Ah ! s'il lui restait encore un espoir de délivrance, puissé-je seulement en être l'instrument !

LE HOLLANDAIS

Si tu pouvais pressentir le destin dont tu vas être la proie avec moi ! Tu saurais alors quel sacrifice tu me fais en me jurant fidélité! Devant le sort auquel tu veux te vouer, ta jeunesse reculerait en frissonnant, si la plus belle vertu de la femme, la sainte fidélité, n'est pas une vertu que tu puisses appeler tienne 1

SENTA

Je connais les devoirs sacrés de la femme, rassure-toi donc,

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