‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 81 sur 163 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

LOHENGRIN, ayant encore un pied dans la nacelle, s'incline devant

le cygne.

Maintenant, mon cygne aimé, grâce te soit rendue ! Retourne à travers Tonde lointaine, aux lieux d'où m'a apporté ta nacelle, ne reviens que pour notre bonheur ! Que pour cela ton service soit accompli fidèlement! Adieu, adieu, cygne chéri !

(Le cygne tourne la nacelle et remonte le fleuve; Loliengrin le suit pendant un instant d'un œil mélancolique.)

LES HOMMES et LES FEMMES, émus et chuchotant doucement.

Nous ressentons un heureux et doux saisissement ! Quelle puissance bienfaisanle nous tient sous son charme ! — Qu'il est beau, qu'il est majestueux à voir celui qu'un tel prodige a amené sur la rive !

LOHENGRIN

(il s'est avancé d'un pas lent et solennel vers le devant de la scène, et s'incline devant le roi.)

Salut, roi Henri ! Puisse Dieu assister ton épée de ses bénédictions ! Ton nom, glorieux et grand, ne périra iamais sur la terre !

LE ROI

Merci ! Si je reconnais bien la puissance qui t'a conduit sur cette terre, tu viens à nous par l'ordre de Dieu?

LOHENGRIN, s'avançant davantage au milieu.

C'est pour combattre en faveur d'une jeune fille, sur qui pèse

190 LOHENGRIN

une accusation terrible, que je suis envoyé; permets que je voie maintenant si sa confiance répond à la mienne. — Parle donc, Eisa de Brabant. Si je te suis choisi pour combattant, veux-tu le fier, sans craindre et sans frémir, à ma défense ?

ELSA

(Restée sans mouvement, depuis qu'elle a aperçu Lohengrin, comme sous l'empire d'un charme enchanteur, les yeux attachés sur lui ; elle semble se réveiller à sa parole, et tombe à ses pieds, subjuguée par un sentiment délicieux.)

Mon héros ! mon sauveur ! emmène-moi ! je te donne tout ce que je suis !

LOHENGRIN

Si je remporte pour toi la victoire, veux-tu que je sois ton époux ?

ELSA

Regarde, me voici à tes pieds : je m'abandonne à toi, mon corps et mon âme t'appartiennent.

LOHENGRIN

Eisa, si tu veux que je m'appelle ton époux, que je défende ta terre et tes sujets, et que rien ne me séparé plus de toi, il faut que tu me fasses une promesse : Jamais tu ne m'interrogeras, jamais tu ne chercheras à savoir, ni de quelles contrées j'arrive, ni quel est mon nom et quelle est ma nature.

ELSA

Jamais, seigneur, tu n'entendras de moi cette question.

Page 1