SCENE PREMIERE
FRÉDÉRIC, se levant tout à coup.
Debout, compagne de ma honte ! Le jour, à son lever, ne doit plus nous voir ici.
ORTRUDE, sans changer d'attitude.
Je ne puis partir; je suis enchaînée ici. Laisse-moi sucer aux
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splendeurs de cette fête de nos ennemis un poison redoutable et mortel, qui finisse notre honte et leurs joies !
FRÉDÉRIC, se plaçant devant Ortrudc d'un air sombre.
Femme redoutable ! qu'est-ce qui m'enchaîne encore à tes côtés? Pourquoi ne pas te laisser seule, ne pas fuir loin, bien loin d'ici, — eu des lieux où ma conscience retrouve le repos? Par toi il a fallu perdre mon honneur, ma gloire; pour moi désormais plus d'éloges, l'opprobre est mon héroïsme ! Je suis au ban du monde ; j'ai vu mon épée brisée en éclats ; mon écusson fracassé, mon foyer paternel maudit ! De quelque côté que je me tourne, je suis condamné, banni. De peur que mon regard ne le souille, le brigand même me fuit. Que n'ai-je choisi la mort au lieu de cet exil et de cette misère ! C'en est fait de mon honneur! Mon honneur, mon honneur est perdu !
(En proie au délire de la douleur, il tombe sur le sol. Les cors et les trompettes retentissent de nouveau dans le palais.)
ORTKUDE.
(Toujours dans la même attitude, après un long silence et sans regarder Frédéric, qui se relève lentement.)
Qu'est-ce qui te fait t'égarer ainsi dans ces plaintes sauvages ?
FRÉDÉRIC
(il laisse échapper un mouvement violent contre Ortrude.)
C'est qu'on ne m'ait pas laissé une arme pour te frapper toimême !