‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 89 sur 163 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

ORTRUDE

La force de Dieu ? ah ! ah ! Un jour, un seul, laisse-moi faire ici, et je veux te montrer à découvert quel faible Dieu est celui qui le prolége.

FRÉDÉRIC, frissonnant secrètement.

Voyante indomptable! Veux-tu donc encore par tes secrets artifices égarer mon esprit ?

ORTRUDE, montrant le Paias, où règne maintenant l'obscurité.

Gorgés de plaisirs, ils sont allés chercher sur leurs lits un repos voluptueux. Viens à côté de moi! Voici l'heure, où vont luire mes yeux de voyante.

(Frédéric s'approclie alors de plus en plus d'Ortrude, comme s'il obéissait à un attrait étrange, et abaisse son oreille jusqu'à elle.)

ORTRUDE

Sais -tu qui est ce héros qu'un cygne a conduit ici sur la rive ?

FRÉDÉRIC

Non!

ORTRUDE

Que donnerais-tu donc pour le savoir, si je te disais qu'une fois forcé à dire son nom et sa race, il perd aussitôt toute la puissance que lui prête par force un enchantement?

Ah! je comprends maintenant sa défense!

202 LOHENGRIN

ORTRUDE

Écoute encore! Personne ici n'a la puissance de lui arracher son secret, hormis celle à qui il a si rigoureusement défendu de lui adresser cette question.

FRÉDÉRIC

11 faudrait donc amener Eisa à ne pas lui épargner cette question?

ORTRUDE

Ah ! que tu me comprends vite et bien !

FRÉDÉRIC

Mais comment y parvenir ?

ORTRUDE

Écoute ! Il faut avant tout ne pas fuir d'ici : affile pour cela ton esprit! Pour éveiller en elle un "juste soupçon, présente-toi, accuse-le d'avoir, par un charme, trompé le tribunal.

FRÉDÉRIC, avec une fureur croissante.

Ah ! charme j ruse et perfidie !...

ORTRUDE

Si tu échoues, il reste alors un moyen de violence.

FRÉDÉRIC

De violence !

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