TROISIEME CHAPITRE
Exposé des opératiou» œilitairas et de% rflations politiques dans la province d'Orau, depuis le i\ janvier iS3^ jusqu'au i*' avril suivant.
La tranquillité des esprits résulte dans une armée de la prévoyance du chef. Ses dispositions doivent être telles que les troupes aient toujours le teins nécessaire pour assurer leur présence utile sur le terrain en cas d'attaque , et que les prises d'armes pa- ^ai^'scnt• plutôt provoquées par la volonté de rofficiergénéral que par l'exigence des évènemens.
Dès mon arrivée à Oran ^ la situation des affaires me fut clairement indiquée par une disposition mo^ raie, commune à l'armée et a la population. Chacun était préoccupé des évènemens de la guerre et de ses besoins personnels. Il y avait donc des dangers immédiats à redouter et des besoins impérieux à satisfaire.
Cependant nul sentiment de crainte , ni même d'inquiétude , ne dominait les troupes ; mais elles manquaient de repos d'esprit et de calme , et la population était sur le qui vive.
L'état d'anxiété, que je viens de signaler, tenait à l'uisuffisance des postes extérieurs qui ne formaient pas un système de défense complet. Non seulement leur rayon d'action était trop limité, mais l'espace de
terrain compris clans leur développement n'en recevait pas sur tous les points une protection efficace. La redoute du Figuier, simple poste d'observation, isolé à une distance de trois lieues dans la plaine, ne pouvait la protéger et u^était susceptible que d'une défense passive. D'un autre côté, les renforts, qui sortaient d'Oran , arrivaient toujours trop tard pour arrêter les déprédations des Arabes maraudeurs. Je plaçai un bataillon à la position dite du petit lac, position qui domine le lieu des embuscades ordinaires des Arabes. En cas d'une simple tentative sur les troupeaux, cette troupe était suffisante pour faire marclier un fort détacbement qui ne pouvait être compromis. En effet , d'une part il avait pour point d'appui la Maisan-Carrée et la redoute de Sidi-Chabal; de Tautre , la position de Sidi-iVbd-el-Kader*, enfin, et plus en avant la redoute du Figuier; et il pouvait, dans tous les cas, opposer à l'attaque, quelque imprévue et énergique qu'elle pût être, une résistance assez prolongée pour donner le tems aux troupes sorties d'Oran, d'arriver sur le lieu du combat.
Jai indiqué à l'occasion de la position critique des Douairs et Smélas , nos alUés , l'utilité du point de Mezergin pour assurer leur subsistance ; mais je ne me fusse pas décidé à donner à ce poste l'importance militaire qu'il a acquise aujourdliui , s'il.ne s'était pas atlacbé directement et essentiellement à la défense du territoire d'Oran proprement dit. Le poste du Figuier ne peut observer que dans la direction de Mascara ou la route supérieure de Tlemcen ; il ne
peut avoir aucune connaissance de ce qui se passe vers Alezergin et Erédia, roule directe de celle dernière ville. La situation de Mezcrgin , à trois Jieues d'Oran, sous Tabri d'une chaîne de collines du haut desquelles on peut surveiller tout ce qui sort de la place, Tabondance des eaux pcrmetiaient auxiVrabes de s y réunir. De là, ils pouvaient, à volonté, se jeter dans la plaine d'Oran , ou dans le Gaméra et lllaffra ; ils tenaient ainsi, en échec, les Arabes, nos alliés , qui ne pouvaient, sans danger, s'éloigner de la portée du canon d'Oran. L'occupation de Mezcrgin par l'armée française couvrait les débouchés de la plaine. Sur le revers opposé des collines qui la couvrent de ce côté, elle éclairait l'accès des gorges de THaffra et du Gaméra. Effectivement, de ce poste, la vue s'étend, d'une part, au-delà deBrédia; et de l'autre, jusqu'au pied de la chaîne de montagnes qui s'élève de l'autre côté du lac Segba : ce dernier forme, en avant deMezergin^ un glacis de deux lieues d'étendue, et pas un cavalier arabe ne peut paraître sans être aussitôt découvert. Ce système d'observation devait être complété par un poste placé au point culminant de la chaîne de collines qui s'élève en arrière de Mezcrgin et d^où Ton découvre tout à la fois ce dernier point , la redoute du Figuier, la ville et toute la plaine d'Oran., A peu de dislance, devait se trouver le point d'intersection de la route d'Oran à Mezcrgin , et de deux autres routes, l'une venant de Sidi-Abd-el-Kadcr , l'autre des Figuiers ; mais ces travaux n'existaient encore qu'en projet, lorsqu'au mois d'avril je perdis , de fait, la
direciion des afTaires de la province, et leur exécu-
lioii fut abandonnée.
Au moment de l'occupation de Mezergin, les Ara- Les, nos alliés, s^éiant, ainsi que Je Tai dit, établis sur les pentes inférieures qui , de riiaffra. et du Gaméra, descendent dans la plaine, la sécurité complète du territoire d'Oran fut rétablie. Nos ennemis avaient a franchir pour nous attaquer un terrain entièrement découvert, sans cesse éclairé par les cavaliers, nos alliés, qui le parcouraient dans tous les sens.
Non-seulement mes opérations avaient eu un résultat immédiat, mais Tcxpérience a prouvé que pas une des dispositions que j'avais prises n'était inutile pour Tavenir. Lorsque Abd-el-Kader , avec G, 000 chevaux , se présenta le 22 mai devant Oran , il ne put, comme par le passé, établir ses cavaliers dans les replis du terrain qui avoisine la Maison-Carrée. La redoute du petit lac s'y opposait-, obligé de se présenter de front entre Oran et le Figuier, il s'établit de sa personne à la position de Sidi-Abd-el-Kader. Mais^ forcé alors d'attaquer les positions, en avant d'Oran, de front, et par un terrain découvert, il n'osa s'y aventurer : à deux heures, il avait effectué sa retraite. Le poste de Mezergin devint le point d'appui et de départ de toutes, les opérations de la division active, soit avant, soit après la paix de la Tafna. Les travaux que j'avais fait exécuter, eurent le double avantage de préparer les troupes qui arrivaient de France , aux fatigues de la campagne , et de leur épargner ce travail a Fépoque des chaleurs.
Après avoir assuré la tranqiiillilé du lerritolre , il fallait préparer l'avenir de Tannée . Je m occupai des mesures nécessaires pour remoalei' la cavalerie et réorganiser Je matériel de l'artillerie, du génie et de l'administration. J'adressai, à ce sujet, des rapports détaillés à Alger. Non-seulement j'y exposai les besoins, mais j'y indiquais les moyens d'y subvenir. On ne peut douter que mes vues ne fussent bien conçues et utiles, car toutes ont été adoptées par monsieur le Ministre de la guerre, et mises à exécution.
Avant mon arrivée^ les travaux du génie avaient été subordonnés à toutes les cbances des évèncmens journaliers et des moindres mouvemens des troupes. Cette faute se répétait chaque année, depuis le départ du général Boyer dont le principe était, qn^'A fallait faire son nid. On oubliait qu'il s'agissait des premiers besoins de l'armée. Je donnai, aux ouvriers qu'on lirait des corps, une organisation permanente, de manière que les travaux prirent , de ce jour, une marche régulière et non interrompue. J'étais résolu de maintenir invariablement cet ordre.
La position des Douairs et des Smélas, nos alliés, fixa ensuite mon attention. Avant de rendre compte de la ligne de conduite que je crus devoir suivre à leur égard, je dirai quelques mots de ces tribus et de leur origine.
Les Turcs, conquérans et oppresseurs de l'Algérie, peu nombreux et disséminés sur un vasie territoire, puisant de rares et lointains renforts dans l' Asie-Mineure, durent chercher dans les ressorts d'une poli-
tique asUiciense et cruelle la force qui manquait à leur autorité. Diviser pour régner fut leur plus constante maxime. Fomenter les haines de tribus à tribus, îicheter à prix d'or le secours de quelques populations arabes pour combattre les autres et la race indomptée des Kabyles j tels furent les moyens qu'ils mirent en oeuvre, et avec l'aide desquels ils parvinrent à oblenir, je ne dirai pas la soumission et lobéissance des indigènes, mais le paiement foicé des impôts et la sécurité sous les murs de leurs villes.
Parmi les tribus que les Turcs entretenaient à leur solde dans la province d^Oran et qui étaient désignées sous la dénomination commune deMugzin, les plus puissantes et les plus aguerries étaient les Douairs, les Smélas, lesGarabas et quelques autres moins importantes, confondues avec ces derniers. Ce sont aussi les plus rapprochées d'Oran.
Pendant que les Garabas suivaient les étendards d'Abd-el-Kader, les Smélas et les Douairs lui disputaient l'empire. Vaincu par eux, l'Emir ne trouva son salut que dans l'appui de la France; on sait com-' ment il Yen récompensa à la Macta. Vainqueur , à son tour, il rejeta ses adversaires sous les murs d'Oran, dont le territoire leur fut un asile jusqu^au traité de la Tafna.
Devenus nos alliés, lesDouairs et les Smélas partagèrent nos combats et nos périls; leur dévouement résista aux privations de la faim et aux attaques réitérées que leur méritèrent de la part d'Abd-el-Kadei' sa haine invétérée contre eux, et leur union avec nous.
Braves et belliqueux, leur gouvernement est féodal: chez eux on retrouve toute la hiérarchie du moyen-âge et les mœurs chevaleresques faiblement tempérées par l'influence de l'islamisme. L'autorité de leur chef est le seul lien politique qui les unisse^, le seul pouvoir qui soutienne l'ordre public. En ce moment, leur suzerain et leur patriarche est Mustapha-Ben-Ismaël. Ce noble vieillard^ d'un corps et d'une ame robuste, guerrier intrépide et politique, habile, possède le coup-d'œil de l'aigle, et conserve, à près de quatre-vingts ans, toute la vigueur et Ténergie de la jeunesse. Autour de lui se groupent les membres de sa famille, la plus noble et la plus puissante des Douairs ; el Mezary, également remarquable sous le double rapport politique et militaire, et IsmaëlBen-Kadi, le modèle des chevaliers arabes par sa bravoure, son adresse et sa loyauté.
Jusqu'à ce moment, les Douairs et les Smélas, acr colés en quelque sorte , plutôt que réunis à l'armée, française, avaient vécu à côté de nous sans se ressentir de l'influence de la supériorité de ^os institutions. On les avait jugés, non à leur valeur réelle, mais sur l'apparence. Long-tems l'autorité en avait fait peu de cas. Quelle estime, en effet, accorder à des hommes demi-nus, vivant sous des tentes enfumées et mangeant avec leurs doigts. On avait méconnu leur énergie morale, tout ce qu'il pouvait y avoir d'avenir dans les guerriers qui étaient a leur tête Le compétiteur d'Abd-el-Kader, celui qui l'avait mis à deux doigts de sa perte, était négligé par
veux qui commandalenl àOran. On n'avait pas compris le lien social de ces peuples, elvu, sous le burnus blanc qui couvre leurs chefs , riierminc des grands vassaux du moyen-àge ; el à cet égard loubli des convenances a élé porlc si loin, que les che\^alicrs arabes ont ëlé forcés a venir recevoir à côlé de leurs serfs e,l gens d'armes^ la solde de simple cavalier que la France accordait à ces derniers. Je n'ai point à me faire un sembable reproche ; el sans jamais déroger à la dignité du commandement, j'ai donné à iVIustapha- Ben-Ismaël, leur chef, loutes les marques de déférence et d'estime qui pouvaieul le satisfaire et que méritent sa dignité, son âge et son caractère. Ainsi, lorsqu^il me présenta son fils âgé de neuf ans et auquel il venait de confier un cheval pour la première fois, je fis présent à l'enfant d'un sabre. Ce don flalta l'esprit belliqueux du père, qui me demanda de faire inscrire sur le rôle des cavaliers l'enfant auquel je venais de donner des armes. J'y consentis, et bientôt cet exemple fut suivi par plusieurs des principaux chefs, jaloux de mettre leurs fils a la solde de la France, ce qui habituait ainsi ces Arabes à se regarder dès leur jeune âge comme ses alliés et ses auxiliaires.
Je m'occupai donc spécialement d'assurer un avenir aux Douairs et Smélas. En cela j'accomplissais les intentions justes et sages , manifestées par monsieur le maréchal Clauzel , quand a l'époque où il m'appelait au commandement d'Oran , il indemnisait leur fidélité et soulageait leur misère , en leur accordant des rations et une solde. Dès la fin de février, j'avais
fait faire le dénombrement des hommes en état de porter les armes et dresser les états nominatifs. Ils étaient au nombre de 600 cavaliers et 2,700 fantassins. Je comptais proposer de leur donner une organisation régulière, en rapport avec Tautorité de leurs chefs ; c'était un moyen d'exercer une surveillance sur la conduite de ces derniers a l'égard de la population sur laquelle ils dominaient , non pour arrêter l'effet de leurs pouvoirs , mais pour en régler l'action par l'influence de nos idées d'ordre et de justice. Un autre a préféré attaquer ce pouvoir dans ses racines ; j'ai le droit de lui demander ce qu'il veut mettre a la place.
J'avais également donné une organisation régulière aux transports auxiliaires ; c'était encore un moyen d'influence et d'intervention : mais on a continué , comme par le passé, à réunir les bêtes de somme des Arabes, en un troupeau qu'on répartissait au moment même, selon les besoins du service.
Je ne sais si je me trompe, mais je crois avoir lieu de penser que mes prévisions militaires et administratives étaient la juste conséquence des besoins du présent et des évènemens à venir. Voyons si ma conduite dans les affaires politiques , auxquelles se rattache déjà ma conduite avec les Arabes nos alliés, est restée au-dessous des circonstances qui se sont présentées, et si j'ai su en retirer les avantages qui pouvaient en résulter.
Tous ceux qui ont habité Alger , savent que Ben- Durand était l'oukil d'Abd-el-Kader et qu'il était re-
véiu de lou le sa confiance. Son arrivée à Oran devait donc me donner beaucoup à penser. Comment se fesait-il qu'Abd-el-Kader, dont tous les efforts tendaient à nous isoler des populations arabes, à nous ôier la dis* position de toutes les ressources locales , renonçait , tout-à-coup, à ce système et offrait de remettre, en nos mains, ce qui manquait pour suffire à nos besoins et rendre nos armées mobiles. Au premier moment, j'ai pensé qu'il voulait se jouer de nous et nous donner de fausses espérances pour nous détourner de chcrcber au loin , ce qu'il nous promettait sur les lieux, gagner du tems, et nous faire perdre la campagne de 1 837 ; à moins cependant qu'il n'y eût , dans ses relations avec Alger, quelque rapprochement que* j'ignorais, ce qui, du reste, n'était pas en opposition avec ma première pensée.
Toutefois je ne tardai pas à pénétrer ce qu'il pouvait y avoir de vrai ou de faux dans mes prévisions à cet égard. Abd-el-Kader n^1urait pas repoussé toute transaction qui lui aurait présenté la compensation des avantages que lui-même nous eût accordés; mais il sentait très bien que ce qu'il aurait donné pour satisfaire nos besoins, pouvait lui être préjudiciable sous quelques rapports; tandis que ce qu'il aurait donné au delà de nos exigences du moment, profitait à lui seul, par l'importance des sommes qu'il aurait reçues : aussi j'ai lieu de penser , qu'il nous eût livré dix mille télés de bétail pour de l'argent, et au delà de mille chevaux pour de la poudre. Ceci n'avait pas été compris. Quelle que fût d'ailleurs la pensée d'Abd-el-Kader dans la
mission qu'il avait donnée à Durand , il serait par trop niais d'y voir autre chose que des vues d'intérêt tout personnel , bien conçues : la lecture du quatrième chapitre éclairera le lecteur à ce sujet.
La présence de Ben Durand dans la province d'Oran, se rattachait donc, ainsi que je l'avais pressenti, aux démonstrations pacifiques d'Abd-el-Kader : j'en trouvai la preuve dans une lettre par laquelle il autorisait Durand à l'achat des bestiaux. Ce fut le point de départ pour arriver au ravitaillement de Tlemcen, par voie de négociation. Mais ce n'éiait pas en paraissant le désirer, que je pouvais l'obtenir. Pour convaincre Durand que je ne voulais pas en entendre parler, je fis valoir tous les motifs d ambition qui peuvent animer un officier-général ; toutefois , je me laissai entraîner à son opinion.
Les motifs qu'il fesait valoir pour me décider a accepter sa proposition de ravitaillement , étaient fondés en raison.
Abd-cl-Kader manifestait ses intentions de paix , non-seulement par de belles paroles, mais par des faits. Des propositions de paix avaient été transmises à Paris. Tous les prisonniers Français, sans exception, avaient été renvoyés sans condition d'échange, et il autorisait Durand àapprovisionner la province d'Oran.
D'un autre coté, une trêve tacite était le résultat des circonstances que je viens de relater. J'ignorais les intentions du gouvernement ; il était donc convenable de ne pas jeter le trouble dans cette situation toute nouvelle: c'est dans les cas douteux qu'il
convient de s'abstenir. Je devais accepter, mais en conservant rigoureusement le statu quo. Je m'imposai donc l'obligation de n'avoir, avec Abd-el-Kader, aucuns rapports directs; de ne pirridre^ à son égard ^ aucun engagement , de manière à rester libre avant, comme après le ravitaillement , d'agir ainsi que les besoins du service l'exigeraient. Indépendamment de ces motifs tout politiques , ceux particuliers aux circonstances dans lesquelles je me trouvais placé , étaient nan moins déterminans.
i o L^épuisement des chevaux de toutes armes et des transports réguliers de l'armée ;
2® Moyens de transport auxiliaires momentanément hors de service 5
3<> Manque total de vivres-viande ;
4° Pluies continuelles qui se sont prolongées dans les premiers mois de 1837, au delà du terme ordinaire;
5<^ J'acquérais ainsi le tems nécessaire pour réorganiser l'armée ; et enfin j'épargnais les fatigues et le sang du soldat, et les deniers du trésor, sous le double rapport de la détérioration du matériel de l'armée et l'habillement des troupes; et enfin, une partie de la dépense effective en argent.
En effet , l'expédition , le prix des denrées non compris, aurait occasionné un déboursé de soixantetrois mille quatre cent cinquante-six fr. 63,456
Le ravitaillement fut conclu, le prix des denrées et le transport compris , pour trente-six mille huit cent six fr 36,806
Économie 26,650
Certes, le ravitaillement deTlenicen est une ojjélalion heureuse sous tous les rapports, et la négociar tien en a été conduite avec quelque chose de plus que du honheur. On pouvait y trouver Toccasion d'un feuilleton honorahle ; cependant les journaux ont gardé le silence , et ce fait est passé inaperçu. La question d économie , dans ces tems de calculs et d'ordre pour les dépenses puhliques , pouvait devenir l'occasion d'un peu de popularité. 11 est tel législateur en uniforme, qui ne l'eût pas négligé j mais j'ai toujours dédaigné, pour ne pas dire plus, ces démonstrations d'apparat et les vaines, apparences dont plusieurs cherchent à lustrer leur réputation.
J'ai réservé l'article du ravitaillement de Tlemcen pour la fin de ce chapitre, car il se rapporte, tout à la fois, aux opérations militaires, à l'administration, parce qu'il est le complément de l'œuvre de mon commandement et qu'il caractérise la situation dans laquelle le commandant de la division active de la province d'Oran est arrivé.
En résumé , quand j'ai pris le commandement y l'armée et k population étaient sans sécurité; elle leur a été donnée. Les Européens et les Arahes étaient sans territoire \ je leur ai assuré la lihre jouissance de douze lieues carrées de terrain. L'armée, la population et les Arabes souffraient les plus cruelles privations y l'abondance leur a été rendue La guerre était aux portes de la ville ; sans faire la paix , fai fait jouir de tous ses avantages; et l'on pourra même faire cette remarque : qu'arrivé le 1 4 janvier , dès le 5 fé-
vrier toutes les mesures principales étaient prises, et que j'avais adressé au ministre , un rapport sur la politique et les projets d'Abd-el-Kader , auquel je n'ai rien eu depuis à ajouter, si ce n'est de signaler leur accomplissement.
Enfin, lorsque le lieutenant-général, commandant la division active, vint se saisir du commandement, tout était préparé pour entrer en campagne. Mais cet officier-général, préoccupé d'un ordre d'idées tout-àfait différent et en dehors de toutes les instructions que j'avais reçues, voulait entrer dans un système tout nouveau , dont le premier pas devait être l'abandon de la Tafna.