Réfutation..., passim
3. Même reproche de vouloir régenter les arts dans la « Lettre d'un artiste à M*** député... sur les nouveaux écrits qui ont rapport aux Beaux- Arts... », Paris, mai 179 1, anonyme (Biblioth. Ecole B -A.).
f\. Pastoret avait déjà assuré le nouveau député que ses efforts seraient secondés par David (Assemblée électorale, 21 septembre 1791).
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II. — La campagne contre le déplacement des œuvres d'art de ritalie (1796), — Le dogme de rUalianisation.
Dans son plan d'une Ecole des Arts du dessin Quatremère avait religieusement respecté le grand dogme de la pédagogie académique : la suprématie de l'art italien, le voyage nécessaire en Italie. L'occasion s'offre à lui pour le défendre.
Le 1 4 fructidor an II Grégoire \ dans son rapport à la Convention, s'écriait : (( l'école flamande se lève en masse pour venir orner nos musées » ; et le 3 vendémiaire an III le Moniteur annonce l'arrivée des Grayer, V. Dyck, et Rubens, conquis par l'armée du Nord. G'est donc la Gonvention qui. a commencé les « déplacements », et ce sont les Flandres qui sont les premières victimes. Récemment sorti des Madelonnettes, Quatremère n'en a rien ignoré. Pourtant il ne souffle mot.
Mais, dans l'hiver de 1796, proscrit de vendémiaire, caché encore aux Madelonnettes ou chez lui, il apprend que Bonaparte s'apprêteà dépouiller l'Italie ^ Gette fois il se sent frappé au cœur, et entreprend, pour sauver l'intégrité de ses trésors et la vertu de son enseignement sur place, une campagne
1, Décade (lo vendémiaire an III).
2. C'est donc avant les « déprédations « que les lettres ont été écrites. En effet, selon Quatremère lui-même (Avant-propos de l'édit. de i836, p. xii) elles furent composées lorsque Bonaparte, « vainqueur dans le Nord de l'Italie, après son premier succès commençait à menacer Rome « de la spoliation. D'ailleurs il déclare les avoir écrites dans sa cachette, à la prière de Miranda, qui venait clandestinement le visiter. Or il avait été condamné à mort par coutumace et s'était caché le 28 vendémiaire an IV — 1 5 octobre 1795; il fut acquitté en juillet 1796. G'est donc vraisemblablement tout à fait au début de 1796, que les Lettres ont été composées. A cette date, les spoliations, même dans le Nord de l'Italie, commencent à peine, puisque Bonaparte, qui n'est entré en Italie qu'en mars, écrit en mai (Le Rédacteur, an IV, n» i5i, \[\ mai) au Directoire : « Il me serait utile d'avoir trois ou quatre artistes connus pour recueillir les monuments des Beaux-Arts ». Mais en été elles ont commencé puisque, le 3 messidor, il annonce au directoire le départ des tableaux de Parme, de Modène, de Bologne, en particulier de la Sainte- Cécile, « qu'on dit être le chefd'œuvre de Michel-Ange ! « (^Rédacteur, an IV, n» 200, 2 juillet).
dont les échos se répercutent dans le reste de son œuvre jusqu'en i836 '. De sa cachette il écrit au général Miranda^ sept lettres que celui-ci fait paraître dans le Rédacteur \ et que Quatremère va recueillir en hrochure après son acquittement (juillet 1796) pour donner le plus de puhlicité possible au crime et à la protestation. Elles sont un acte de courage'. Il est, à cette date, le seul à élever la voix, et non contre un fait accompli, mais, ce qui est le plus dangereux, contre un projet que lélite de la nation caresse avec le général. Ecrites de verve, avec un perpétuel bonheur d'expression, c'est un monument de haine pour le « fripon ^ » , et d'amour passionné pour la sacro-sainte Italie. Quand il s'agit de la terra madré cet austère s'échauffe. Les arguments du logicien s'enveloppent d'enthousiasme. Revenu d'outre-monts depuis douze ans, il en a rapporté, comme tant d'autres, un souvenir enchanté, qui insinue quelque poésie dans son œuvre sèche. Jamais le dogme de l'Ecole, italianisme, romanisme, expatriation nécessaire pour nos artistes, n'a trouvé un plus éloquent catéchisme. Elles ont contribué à fixer ce dogme, ému l'opinion et agi sur les événements eux-mêmes.
Quatremère idéologue n'oublie pas d'opposer à Bonaparte les arguments de la justice et du droit. Mais l'abus de la force n'est jamais plus odieux que lorsqu'il s'exerce sur les œuvres du génie. « L'intérêt dont il s'agit est celui de la civilisation,
T. i8i4, le Jupiter Olympien (Avant-propos) ; 181 5, les Considérations morales; 1816, Journal des Savants, décembre, p. 226; 1816-1837, les Notices Historiques, passim ; 188/4, Canova, p. 74 ; i836, Lettres sur l'enlèvement des ouvrages de l'art antique à Athènes et à Rome.
1. Lettré et philosophe, Miranda écrit de son côté à Quatremère des « Lettres sur l'abus des conquêtes dans une République», Paris, 1796, et est proscrit cette même année (cf. Miranda dans la Révolution française. Recueil de documents inédits de ijg2 à ijgS, 1889, in-8").
3. Nous n'avons pas réussi à les trouver dans les t. I, II, III (i 795-1 796). Il est vrai que le t. I de la Bibliothèque Nationale (Le- 906) ne contient que les nos 1-9Ô.
4. Cette l'e édition n'est signée que des initiales A. Q. et ne porte pas en tête le nom suspect de Miranda. Cela ne diminue que très peu « le courage et l'honneur » d'avoir protesté (cf. J. Guiffrey, Journal des Savants, 1908, p. 658)-
5. Cf. les éloges significatifs de M. Gabriel Dcvillc (Histoire Socialiste, t. V, p. 211).
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du perfectionnement des moyens de bonheur et déplaisir, de l'amélioration de l'espèce humaine ^ » Comme il conçoit tout, en philanthrope du xviii' siècle, sous l'aspect de l'universel, il voit dans l'Europe une (( République fraternelle des arts » où les patries disparaissent. Ce qui est à l'Italie et à Rome appartient à tous : mais elles doivent rester, comme chaque nation en pareil cas, les gardiennes du lot de trésors que « la faveur spéciale de la nature » leur a confié. Elles ne sont que les custodes de notre Muséum.
A ses yeux, la propriété des œuvres d'art exécutées par les aïeux et trouvées dans le sol est la plus nationale de ton tes ^ De là à solliciter des lois prohibitives à leur émigration il n'y avait qu'un pas ^ : l'idée est partout dans les Lettres: Il souhaite inaliénables les galeries italiennes. L'Italie a depuis réalisé plus complètement le vœu de celui des Français qui l'a le plus jalousement aimée.
La conséquence, c'est, pour les artistes, la nécessité de s'y expatrier. L'Italie n'est pas seulement nécessaire, elle est obligatoire : car elle est le « Séminaire des Arts..., le Muséum intégral ^ )). Chaque époque l'a enrichie, de l'antiquité à Canova ; même au moyen âge, elle n'a pas connu tout à fait la barbarie dont souffre l'Europe", et c'est chez elle que la Renaissance s'est faite. L'extrême division en Etats rivaux, le zèle personnel des Papes ont accru sa richesse. Des Ecoles se sont formées, qui offrent chacune une « variété locale dans la manière de voir et d'imiter la nature " » . Jamais collection publique ou privée, en France ni ailleurs, ne permettra d'en approfondir le génie puisqu'on n'y retrouvera pas l'accord de leur vision propre, de leur dessin, de leur couleur, avec le climat, le pays et les mœurs. EtQuatremère conclut
1. Nous citons d'après l'édit. de i836 j i'''^ lettre, p. 176, 178, iSi.