‹ Quatremère de Quincy et son intervention dans les artsChapitre 165 sur 396 · e lettre, p. 208, et 4*^, p- a25-23o · texte numérisé non relu

e lettre, p. 208, et 4*^, p- a25-23o

lyO LES INSTITUTIONS

par la Renaissance : ritalianisation. Les Lettres laissent percer une double crainte : transportées chez nous par le larcin de Bonaparte, la vertu des œuvres gréco-romaines ou italiennes ' risque, ou d'être absorbée dans l'indépendance du génie national qui est vicieux en son fond, ou de le réduire à l'esclavage, au plagiat". Si Ton veut que leur marque, marque de suprême perfection, s'aperçoive même dans l'originalité de nos artistes, nul autre moyen que de les laisser chez elles et d'aller les y vénérer.

C'est pourquoi Quatremère déclare en un post-scriptum tenir en réserve un projet qui permettra, sans spolier Rome, d'établir entre la France et Paris des relations artistiques. Nous les connaissons par ailleurs : ce sont les moulages d'antiques", dont ses amis Giraud et Dufourny donnent l'exemple en grand, et c'est la réorganisation de l'Académie de France à Rome, dont il sera de 1816 à 1889 le patron vigilant. Est-ce un résultat de son opuscule .^ Sans doute la Révolution n'avait jamais contesté le principe de l'italiani-

1. Cf. de Pommereul, État des objets d'art envoyés aux divers musées français ci conquis par les armées de la République pendant la guerre de la liberté (dans la traduction de VArt de voir dans les Beaux-Arts, de Milizia, Paris, an VI, p, 275- 3o4) : parmi les antiques du Capitole, le Tireur d'épine, l'Amour et Psyché, l'Antinous; du Vatican, le Laocoon, la Melpomène, Gerès, le Nil, le Tibre, Antinous, Meleagre, le Torse, le Discobole, le Faune flûteur, Sardanapale, Apollon Githarède, J. César en Pontife, Uranie, le Discobole courbé, Vénus, Gléopàtré, les INIuses, Ménandre, Posidippe, le gladiateur mourant, etc.. — Parmi les italiens, i5 Raphaël, 17 Pérugin, 3 Dominiquin, 28 Guerchin, [\ Gorrège, 2 Luini, lo G. Rcni, 3 Garofalo, 3 Albane, 3 Parmesan, 2 Salvat- Rosa, 3 J. Romain, 3 Garavagc, 3 Baroccio, 5 Annibal Garrache, 8 Louis Garrache, 2 Ant. Garrache, 3 August. Garrache, 6 Titien, 9 Véronèse, 4 Tintoret, 6 Mantegna, 2 Tempesta, etc.. Ainsi, en 1798, c'est le wr^ et le xvijc siècles italiens qui sont déjà apportés en bloc à Paris, et ce sont les Bolonais qui occupent la plus grande place. — Pour les apports ultérieurs, cf. les tables du Moniteur, surtout an XI, p. 1201 et 1287, an XII, p. 39, 4o sq., et Gh. Saunier, Les conquêtes artistiques de la Révolution et de l'Empire, Paris, 1902.

2. b^ lettre, p. 239, et l'article sur le Pugilateur de Canova, i8o4 (plaintes sur les plagiats de l'antique).

3. La Société républicaine des Arts (Lapauze, Prochs-verbaux de la Commune des Arts, p. 227) en demandait, le 23 pluviôse an II, parce qu'on ne pouvait avoir les originaux : Quatremère en demande pour éviter de déplacer ces derïiiers.

LES PREMIÈRES CAMPAGNES (l^QJ-lSlÔ) I7I

sation des artistes par les soins du gouvernement ; mais elle l'avait singulièrement affaibli. Or un an après les Lettres, le 25 ventôse an V, le concours pour le Prix de Rome est rouvert ^

Après avoir lancé sa protestation (début 1796), Quatremère cherche à en obtenir un elTet. Il 1 envoie d abord à Bonaparte à l'armée d'Italie ; point de réponse, et les enlèvements déjà commencés ne s'arrêtent plus ^ Mais le public, qui a lu le Rédacteur, s'est ému. Quatremère avait formellement provoqué le débat en invitant le Directoire à consulter les artistes sur les déplacements \ Aussitôt dans le Rédacteur, dans le Journal Littéraire, dans le Journal de Paris, dans le Moniteur, une polémique ardente s'élève^. Elle est si bien suscitée par les Lettres que, dans la septième, Quatremère s'applaudit du tumulte qu'il a soulevé et réplique aux adversaires.

Ceux-ci sont parfois isolés, comme Girodet ', Peyre", de PommereuF. Mais le Directoire, ému de la campagne de Quatremère, semble bien avoir exercé une pression sur les journaux à sa dévotion, sur le Journal de Paris^ , sur le Rédacteur^ surtout, qui, après le réquisitoire, enregistre la plaidoirie. En trois articles il répond du tac au tac : la thèse incriminée, dit Lebrun, n'est ni d'un Français, ni d'un ré-

1. Cf. F. Benoit, L'ArL français sous la Révolution et l'Empire, p. i55.

2. Rédacteur, i/j mai, 6 juin, 2 juillet : le Rédacteur est alors officiel, du moins pour les annonces.

3. 6" lettre, p. 258: «pourquoi ne pas interroger sur les conséquences... ceux que leurs talents appelleraient à une telle délibération » ?

t\. Lemarq. Dclaborde, directeur des Archives sous le second Empire, affirme, naturellement, que le « manifeste d'opposition... n'eut aucun écho « (Monuments Historiques, Paris, 1866, p. cv).

5. Lettre à Bonaparte, s. d., publiée par Goupin (Œuvres de Girodet, 1825, t. II, p. 285).

6. C'est qu'il veut bâtir un Muséum (Mém. de l'Institut, Littéral, et Beaux- Arts, t. I, p. 667 sq.).

7. Réflexions sur la sculpture..., suivies des institutions propres à les faire fleurir en France, Paris, an VI.

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