Arch. Nat., F'*'-V, Seine i (les trois premiers cahiers
3. C'est alors en effet que s'est posée tragiquement la question de la destination des œuvres d'art, avec l'aliénation des biens ecclésiastiques (2 nov. 1789), la confiscation des biens des émigrés (9 nov. 1791), les conquêtes (1795-181 2). Cf. les Proc.-verb. de la commission des Monuments, publiés par Al. Tuetey dans les Nouvelles Arch. de l'Art français, 3"^ série, vol. 17 et 18.
4. Grégoire, dans son discours de 1794 à la Convention, cite l'internement de Quatremère et les mutilations de monuments comme des faits de même portée.
5. Il convoque la commission des monuments pour collaborer au sauvetage (Tueley, Répertoire des sources manuscrites de l'histoire de Paris, t. YI, p. 288). C'est l'époque oii il dit du Muséum du Louvre en formation : « j'ai beaucoup de
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1 792 il S y rend avec Prieur et Pastoret, au nom du Comité, pour faire choix des plus médiocres tableaux qui l'encombrent et en autoriser la ventée Ce n'est pour cette fois qu'épuration, non appauvrissement ; mais, Tannée suivante, il se propose de tirer de (( cette richesse nationale» les marbres précieux arrachés aux Eglises de Paris pour en orner le pavement du Panthéon '^ ; sans doute le Musée n'est encore qu'un dépôt et les marbres des Eglises vont à une destination laïque : il n'en reste pas moins qu'il inaugure en 1793 les restitutions 011 le Musée finira par se vider. En 1796, les Lettres sur le déplacement des œuvres d'art de l'Italie atteignent, derrière Bonaparte, Lenoir, et d'autant plus sûrement, que le dogme de l'italianisme ne pouvait qu'être dangereux à son recueil de 1 art français. Lenoir ne signe pas la pétition des artistes contre les spoliations italiennes, écho direct des Lettres de Quatremère ; en revanche il signe la pétition adverse, inspirée parle gouvernement, qu'elle félicite et encourage. Il trouve bon que Bonaparte ^ fasse pour les chefsd'œuvre de Rome ce que lui-même fait pour les monuments français. C'est alors, alors seulement, que Deseine entre en lice avec une Lettre au Directoire oh ii demande la dispersion du Musée de Lenoir, et qui n'est qu'une déduction des Le^- /re5 de Quatremère'^.
Celui-ci n'oubliera pas le signataire de la contre-pétition. Voici le Consulat ; le pamphlétaire de naguère est redevenu
doutes sur l'cfTet que produira cette cumulation de tant d'objets dans un même lieu )> {Considérât., 1791, p. 161).
1. Guillaume, Proces-verbaux du comité d'Instruction publique de la Léfjislative, p. 33i.
2. Rapport fait au directoire du département... le 2*^ jour de l'an II..., Paris, s. d. (1798).
3. Voir son Rapport au Premier Consul sur le Mus. des Mon. français, iSoi (Arch.du Musée des Mon. franc., t. l,p. 229). C'est une apologie des enlèvements-
f\. Cf. aussi (Archives du Musée des Monuments fronçais, t. I, p. 02) l'initiative de Biarez, architecte, du 18 messidor an IV.
eii dépit de son pamphlet même, un personnage officiel. En l'an VIII, appelé par son ami, le préfet de la Seine Frochot, au Conseil général du département, c'est à lui que ses collègues du (( bureau des améliorations » commettent le soin de veiller aux richesses d'art et à la beauté de Paris. Pour l'embellir, il propose bien quelques monuments nouveaux, mais il fait surtout appel aux œuvres anciennes : il veut (( la restitution des tombeaux aux particuliers, surtout aux églises )), qui sont les véritables musées'. Avis à Lenoir !
C'est, en effet, l'anathème lancé de l'Hôtel de ville, du cœur même de Paris, à ce « séquestre universel dont sont frappés tous les objets pieux de la vénération pubhque qui décoraient les temples, et cet emmagasinement inutile où se trouvent encombrés tant d'ouvrages d'art qui formaient dans leur ancienne destination une des richesses de cette ville. Je veux parler de ce prétendu Conservatoire, où s'entassent journellement tous les débris des temples, de ce dépôt rue des Petits-Auguslins, véritable cimetière des arts, où une foule d'objets sans valeur pour l'étude..., désormais sans rapport avec les idées qui leur donnaient la vie, formeraient le plus burlesque s il n'était le plus indécent de tous les recueils^ ». Pour que son agression soit plus sûre, il l'enveloppe d'impartialité, affecte de louer a le zèle industrieux » de Lenoir, (( tuteur d'une foule d'ouvrages que n'eût pas épargnés le fanatisme politique et religieux». Mais le compliment dut paraître amer à celui-ci ; maintenant que l'orage est passé, Quatremère demande qu'on disperse ce « sérail de monuments » faits pour la publicité, non pour le huis-clos. Classique intransigeant, il a beau jeu à piétiner ces (( figures jadis sacrées, qui n'ont pas assez de mérite pour attirer les regards du connaisseur et ne semblent exposées qu'à lapiostitution des censures pubhques ». Pour finir, c'est le vœu impatient que le local sacrilège soit vendu.
1. Rapport fait au Conseil général... le i5 thermidor an VIII, sur l'Instruction publique, la restitution des tombeaux, mausolées, etc., I^aris, an VIIT, in-8".
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L'origine officielle et essentiellemenl parisienne de l'attaque, l'autorité de l'agresseur, la renaissance du sentiment religieux et le triomphe du goût classique, pouvaient être fatals à Lenoir '. Mais il a de hauts appuis, et il sait se défendre. Il riposte même par le défi : c'est l'année où il négocié pour le transfert dans son Musée des 260 colonnes du cloître des Célestins ^ Circonvenu, Chaptal, ministre de l'Intérieur, en mal de projets sur l'Instruction publique, sollicite du Gonseil général des vues précises sur « les dépôts de sciences et
f d'arts à compléter, les musées, les conservatoires à favoriser^ yy. Avec les meilleures intentions du monde, c'était rejeter Lenoir entre les bras de l'adversaire !
Le Conseil charge en effet Quatremère des « aperçus » . sollicités. Le terrible conseiller les lui soumet le 29 germi-
^ nal an IX. Il a sa façon à lui de céder à la pression indiscrètement officielle de Chaptal : c'est de dresser contre les Musées un réquisitoire* d'une vigueur de pensée et d'accent
1, Publié à part et dans la presse, le Rapport de l'an VIII émeut l'opinion : dans la Décade (t. XXVIT, p. 42/1-/137) Landon y contredit, mais Ethnicus y donne une adhésion enthousiaste et en reproduit des extraits ; il va jusqu'à demander la restitution des antiques du Louvre, « les dieux de ses pères ».