Jupit. Olymp., Avant-propos, p xxv
6. Cf. aussi les pi. I, III, VI. — Il possède le J. Martin Magner's Bericht ueher die JEcjinetischen Bildu}erke, Stuttgart, 181 7.
d'Egine, dégageant ainsi l'élément dorien de l'idée jusque-là compacte et confuse de l'art hellénique \
Sa curiosité de rarchaïsme a eu une conséquence inattendue : c'est d'y faire rentrer insensiblement l'art de Phidias en le rapprochant de ses sources. Vinckelmann, qui éprouve pour Phidias plus de vénération que d'attrait, le confondait déjà dans l'époque héroïque ^ Quatremère a beau le faire précéder de trois siècles au moins d'enfance et d'adolescence artistiques : il montre fortement ce qu'il a reçu dans ce qu'il fait. Sa statuaire d'or et d'ivoire est un souvenir direct des mannequins somptueusement habillés ou coloriés par les prêtres. En révélant en lui, avec une précision scientifique, le sculpteur de ces colosses de douze et quatorze mètres, soutenus par des armatures, d'une magnificence barbare, d'un goût étrange, qui étincelaient dans la pénombre de l'hypèthre, il l'enfonce dans le monde à demi-asiatique d'Homère. (( En réintroduisant la couleur dans la statuaire, M. Quatremère de Quincy, dit Sainte-Beuve, a par là même éclairé et restitué directement l'Olympe homérique, lequel en sort comme repeint d'une nouvelle fraîcheur, avec sa variété brillante de déités aux yeux bleuâtres, aux cheveux dorés, avec son luxe de dénominations et d'épithètes nées du sanctuaire \ » Dans cet ouvrage, bien plus suggestif encore qu'explicite, on voit l'art de Phidias plonger ses racines dans la civilisation qui ciselait dans le cèdre, l'or et l'ivoire du coffre de Kypselos, au VII*' siècle, l'Artemis persique, et des zones horizontales de figures auxquelles Quatremère essaie de donner, par intuition, symétrie et hiératisme. Lorsqu'il aura vu, en 1818, les marbres du Parthénon, alors il rapprochera Phidias, le ramènera vers la claire lumière de l'Attique. C est aussi
1. 5^ lettre à Ganova, éd. i836, p. io3. — Boettiger, dans sa Dissertation sur le style d'Egine : « Le Jupiter Olympien a fait faire un pas de géant à la science des arts « (cité par Letronne, Journal des Savants, 1818, p. 101).
2. Hist. de l'Art, liv. IV, chap, vi, p. 25. Son style est « carré et angulaire », sans grâce.
3. Portraits contemporains, édit. 18/17, t. III, p. 487 (écrit en 1 843). Il oppose le Jup. Olymp, à « l'ancienne idée de la statuaire réputée classique, toute de marbre uniforme et de froide blancheur ».
dans les ruines du Parthënon que Beulé proteste contre l'évocation de cet art quasi-oriental*.
L'effet du Jupiter Olympien, accompagné de planches en couleur, fut très grand en France et en Europe. Il renversait les idées établies sur la sculpture antique depuis la Renaissance, et renforcées par les statues conquises pour le Louvre sur les galeries italiennes. Les antiquaires, la première émotion passée, furent gagnés. On leur rajeunissait 1 antiquité ; elle n'était plus académique, poncive, vieillotte, mais joyeuse et jeune, et tout à fait en harmonie avec la vivacité et la fraîcheur d'imagination du peuple. Car c'est ici une des explications de Quatremère, et aussi un de ses retours mélancoliques vers l'art contemporain : si cet art grec n'avait point la timidité du nôtre, c'est qu'il était en contact avec les besoins religieux de la foule. L'art social a toujours verdeur, spontanéité, hardiesse^. Yisconti, Em. David, Sclnveighœuser, Gerhard, Bœttiger, Cicognara, Semper... exprimèrent leur admiration. Cicognara traduit en italien un extrait de l'ouvrage, en faisant valoir que la polychromie est dans l'art italien, des étrusques à Canova, une tradition continue. Letronneen fait les honneurs aux antiquaires dans le JoMrn«/c/e5 Savants^, Raoul Rochette y exprime un franc éloge \ le Magazin pittoresque en vulgarise les nouveautés pour le grand public'. Clarac, disciple de Quatremère, conservateur au Louvre des antiques monochromes oii se mêlaient quelques bustes polylithes de FEmpirc, déclare que Quatremère (( a travaillé de concert avec Phidias. Il écrivait tandis que 1 autre scul23tait'^ )). Beulé, tout pénétré du Jupiter Olympien,
1. Rcv. des Deux Mondes, janv.-fcvr. i856, p. 568. — En revanche cf. M. Gollignon (Arc/iéoL grecque, s. d., p. 71) : « Les églises byzantines, Saint- Marc de Venise, par exemple, peuvent seules nous donner une idée de ce qu'était la décoration du naos grec ». C'est exactement l'impression que nous en donne Quatremère.