Cf. notre étude sur la Doctrine de Quatremère
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ne serait pas à signaler, si là encore l'intéiêt de l'art ou du génie ne lui avait paru en jeu \ La conter n'est pas notre objet ^ ; l'important, c'est que les hérétiques furent encore les architectes. Décidément, c'est d'eux et de l'architecture que sont parties toutes les libérations. Cette fois encore Vernet leur est clandestinement favorable. Quatremère et l'Académie voient dans le mariage des pensionnaires un « dérèglement »
funeste aux études et aux bonnes doctrines. Quand on
est capable, comme Baltard, de coucher hors de l'Ecole, on est nécessairement, en art, un novateur. Mais Quatremère voit encore de plus haut: ((l'Académie, écrit-il au ministre, pense qu'il est à désirer que ceux qui, dans la jeunesse, se livrent aux arts du dessin, puissent être exempts des soucis qui accompagnent souvent l'état du mariage ^ » Il est tout près de croire que le mariage éteint le talent. Il sut un gré infini à Ingres d'avoir arrangé cette affaire délicate en conciliant son devoir de directeur avec (( celui de père ». (( L'Aca- j demie s'en repose entièrement sur votre sagesse, sur le bon I esprit dont elle sait que vous êtes animé et dont votre lettre ! lui donne une nouvelle garantie... Le temps est aussi un médecin, mais, dit l'italien, e an medicoche va pian piano "^ . » Nous voici arrivés à la direction d'Ingres. Selon le sens de la précédente lettre, elle fut pour Quatremère une convalescence heureuse. Enfin recommencent entre l'Ecole de Rome
1. A signaler encore le dissentiment au sujet de la décoration que Vernet veut faire donner à Lemonnier, secrétaire-bibliothécaire de l'Académie de France à Rome, et à quelques élèves méritants, et que Quatremère refuse comme étant « anticipée » pour des artistes « en état d'élèves )) (Lettre de Quatremère à H. Vernet, 26 juin i83o, Arch. Ac. B.-A.). — H. Vernet écrit au ministre ses regrets profonds pour la démission et le départ de Lemonnier (7 nov. i83o, Arch. Nat., F"^^ 612, dossier Mauduit).
2. Garrez, Léveil et Baltard sont mariés et habitent hors de l'Académie. — Voir Arch. del'Ac. B.-A. : partie dans le dossier 1 834, partie dans celui de i835. — Le cas s'était présenté au xvriic siècle (cf. la communication de M. J. Guiffrey, Biillei. de la Soc. de l'Hist. de l'Art franc., 1909, p. loG).
3. Lettre du 16 août i83/i, citée intégralement dans H Ldi^diine, Nouvelle Revue, 1909, p. 192-19/4 — Il n'y a point là, comme le pense cet historien, perfidie ni haine, mais une doctrine ferme (cf. la Notice sur Prudhon).
4. Archives de l'Art français, 3" série, t. 16, 1900, p. 176, et Proc.-verb. de l'Acad., 2 août i83/i, 28 février et 4 juillet i835.
et le secrétaire perpétuelles rapports directs (( qui n'auraient jamais dû être interrompus ' ». Cette correspondance, quoique espacée, est pour lui un besoin profond : c'est le lien entre la pupille et la tutrice, celle-ci déléguant à Quatremère son rôle de sollicitude. La vacance du poste prononcée, il fait part au ministre du désir formel de l'Académie que (( les relations soient désormais conslantes et régulières » ; Thiers le rassure. Ingres, nommé sur la présentation de l'Académie \ où il est persona grata depuis 182,3, apporte à Rome une docilité touchante à l'égard de l'auguste assemblée et de son secrétaire perpétuel. H y a entie ces deux hommes un tel accord théorique sur l'excellence des institutions académiques, en particulier de celle de Rome, sur « les saines doctrines », sur la direction à donner aux travaux des pensionnaires, que leur correspondance en reçoit, sauf un vif incident, comme une plénitude d'harmonie, une abondance de cœur. Aux formules de déférence répondent les formules de haute satisfaction, les unes et les autres pénétrées de sincérité. L'Académie, pour Ingres, est une autorité sacro-sainte. Il rend hommage à « la sagesse des principes qui y sont enseignés », à sa (( direction sage et protectrice ». Aussi garde-t-il un (( fidèle souvenir de ses bonnes doctrines », et une profonde gratitude pour (( l'honorable mission que ses suffrages lui ont confiée ». 11 est touchant de voir Jean-Dominique Ingres, si volontaire, si entêté de ses idées personnelles, et si bourru à les défendre, s'incliner avec cet abandon de soi devant la compagnie qui représente à ses yeux la tradition, la culte de l'antiquité, des maîtres, et du dessin.
Quatremère devait nécessairement hériter de ce prestige. (( En faisant à l'Académie, lui écrit Ingres, l'envoi des ouvrages des pensionnaires du Roi, je ne veux pas négliger l'occasion de vous exprimer toute la reconnaissancequej éprouve
1. Rapport de Quatremère au ministre, ii oct. i834 (Arch. Ac. B.-A.).
2. Cf. sa lettre de candidature, du i6 mai i834 (Arch. Ac. B.-A.), très dévote à l'Ecole de Rome. — Le gouvernement penchait vers Garnier (^Moniteur, 26 mai ; et VArtîste, i834, t. 7, p. 224)- L'Académie ajouta à Ingres Garnier et Heim, puis Schnetz, Langlois et Granger.
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de l'appui bienveillant que a^ous prêtez auprès d'elle à ma direction. Je ne puis méconnaître, dans la sanction dont elle a jusqu'ici revêtu mes demandes, l'effet de votre obligeante sollicitude. Veuillez bien, Monsieur, me la continuer, car l'approbation d'un juge aussi sage et aussi éclairé que vous est l'encouragement que je suis le plus jaloux et le plus heureux de méritera » Et, en une autre circonstance: « Monsieur et illustre confrère, le bienveillant appui que vous prêtez à ma direction m'est un trop précieux gage de votre estime pour que je n'éprouve pas le besoin de vous offrir en cette occasion l'expression particulière de ma reconnaissance. J'espère, Monsieur, qu'en me continuant votre appui, vous voudrez bien m'éclairer de vos lumières sur tout ce que vous croirez utile à l'Ecole et dans l'intérêt de l'art. Vous ne pouvez pas douter de l'empressement que je mettrai toujours à recueillir vos bons conseils et du zèle que j'aurais à les mettre à profit. — Agréez, je vous prie, Monsieur et illustre confrère, l'assurance des sentiments de respect et d'entier dévouement de votre très-humble et très-honoré confrère^. ))
Quatremère ne demeure pas en reste : il lui fait part avec complaisance du plaisir et de l'intérêt que l'Académie prend à ses lettres. « Toutes les questions d'art que vous lui soumettez sont empreintes d'un tel caractère de force, déraison et de convenance, qu'elle s'est toujours empressée de se ranger à vos avis ^ » Ailleurs, c'est de la reconnaissance « pour les soins éclairés que vous ne cessez d'apporter dans l'administration du bel établissement dont la direction vous est confiée^. )) Une fois, une fois seulement, ce duo affectueux est interrompu par le rogue secrétaire perpétuel : il lui reproche de n'avoir pas assez surveillé le choix du modèle pour la copie des peintres et des sculpteurs, ni exigé des graveurs les figures
1. Lettre du i4 juin i836 (^Arch. de l'Art français, 3*' série, 1900).