Proc. -verb. de la Commune des Arts, 16 ventôse an II
propre histoire, les uns veulent qu'on signale cette pétition parmi ses « actions morales », les autres qu'on la taise comme une honte'; tous, passionnés pour ou contre cet homme, dont la personnalité puissante ne laisse personne indifférent, devinent en lui le classique épris de choix, de perfection, par conséquent d'exclusivisme. L'idée de Commune des Arts et l'idée d'élite étaient incompatibles.
Devant les assemblées égalitaires il proclame et défend l'éminente dignité de l'artiste : en faveur de celui-ci les lois doivent fléchir. En 1792 il demande à la Législative, pour ceux d'entre eux qui auraient besoin de sortir de France, l'exception à la loi du séquestre sur les biens des émigrés ^ Ceux qui ne partent que « pour l'avantage des Arts », fautil les dépouiller durant leur absence? Un démocrate demandant qu'ils justifient de lettres d'apprentissage, il bondit sous le blasphème. Est-ce que Cassas, qui, arrivé depuis huit jours, rapporte d'Egypte une magnifique collection de dessins^, pouvait justifier de lettres d'apprentissage PQuatremère discerne très bien dans l'esprit de la Révolution la manie de tout faire rentrer dans une classification commune, l'art 011 le génie a part comme les métiers qui s'apprennent. Il proteste d'ailleurs contre la répugnance de l'assemblée pour les questions d'art et de science. Mais un mot, un cri révèle le fond de sa pensée : « il y a en Italie six cents artistes qui ne pourront pas justifier de lettres d'apprentissage ! » Voilà bien le grave danger : intercepter l'Italie à ceux qui veulent s'affranchir du goût français. L'Assemblée, sur ses instances, admet l'exception pour les artistes notoirement connus avant leur départ pour s'être destinés à l'étude de quelques arts...* ».