Id., 27 prairial an V
6. Rapport fait par M. Quatremère à l'Assemblée nationale au nom d'une commission... sur l'exemption du droit de patente en faveur des peintres, sculpteurs, graveurs..., dans la séance du i3 messidor an V, Paris, Imprimerie Nationale, messidor an V. — Cf. aussi le Moniteur du 21 messidor et du i3 thermidor.
mais l'art, qui ne se propose que le plaisir du goût, en est-il une? Le gain y est un mobile si secondaire ! Non : « la production des œuvres d'art n'en est pas le commerce Il est impossible de laissera la fois la peinture à l'Institut et sur les rôles du percepteur »'. Un député l'interrompt pour assimiler l'artiste au médecin et au cbirurgien, si peu payés : lui aussi gagne de l'argent avec son pinceau! Encouragé par des murmures de protestation, Quatremère relève ce langage « affligeant », survivance du (( vandalisme » de naguère, et cela (( dans un moment où les artistes ont tout perdu à la Révolution )). Il présente un projet de décret appuyé par Tarbé, combattu par Fabre de l'Aude, qui reproche aux artistes de Paris de chercher toujours à se soustraire aux charges publiques alors que dans les départements le talent paie son impôt, et entend le Conseil arrêter qu'il n'y a pas lieu de délibérer sur son projet. Les temps n'étaient pas venus ; mais déjà, sous la nette argumentation, on voit se lever l'image encore un peu indécise de Fêtre exceptionnel, de l'Elu, dont l'œuvre doit échapper, par sa qualité même, aux charges qui pèsent sur la production et l'échange. On sent qu'il irait volontiers jusqu'à le dispenser de tout impôt; il a en tous cas cherché à soustraire plusieurs artistes au service militaire. Voilà ressuscites en faveur de cet aimé des dieux, par un néoplatonicien d'instinct ou de conscience, les privilèges abolis.
Son idée de l'artiste, et des grâces d'état qui sont en lui, s'amplifie avec la Restauration. Choisi par les académiciens comme secrétaire perpétuel, il a presque charge d'âmes. Nous savons avec quelle sollicitude il veilUe sur leur éclosion. (( Il allait, dit Barrière, au-devant de tout jeune mérite avec une encourageante affection^ ». Le meilleur de son
1 . «La loi des patentes est tyrannique à l'égard des artistes parce qu'elle impose ce qui, dans la nature, n'est pas imposable, arbitraire puisque son assiette ne peut être déterminée, vexatoire parce qu'elle assujettit à un droit égal les produits les plus inégaux qu'on puisse imaginer, immorale parce qu'elle place l'homme entre son intérêt et la loi )).