Débats, 17 avril i85o
influence est naturellement réservé aux élèves des Ecoles de Paris et de Rome, oii s'apprend, non le génie parfois si dangereux, mais la règle, qui seule peut assurer la perfection. A eux il tâche et parvient à faire réserver, de i8i6 à i83o, la plupart des travaux publics : chaque rapport sur les envois de Rome est un rappel de ce devoir au gouvernement ^ ; après i83o l'efTort des artistes non-romains se lèvera contre ce privilège, qui durait encore avec intermittences.
Hors de l'Académie, oii il est le truchement officiel des artistes devant le gouvernement et le public, il les retrouve au Conseil honoraire des Musées, dans les jurys de l'exposition, dans les nombreuses commissions transitoires formées par le ministre, par le préfet de la Seine ; par exemple, en mai i83o, il préside une commission composée d'Ingres, de Gérard, Bosio et Mme Jacotot, pour se proncer sur l'authenticité d'un petit tableau de Raphaël proposé à l'achat du Louvre. Chez cet abstrait, le culte de l'art devient parfois tendresse pour les artistes : il s'occupe d'alléger les frais du convoi de Prudhon en laveur de sa veuve ^ apostille la demande d'une place pour le fdsde Renou, son ancien adversaire, la demandede la croix pour Blondel, etc.. . '. Honneurs ou immunités lui paraissent pour eux des droits. Sa sollicitude condescend quelquefois jusqu'aux non-romains, jusqu'au sculpteur Bra, par exemple, qui lui dit sa reconnaissance ; il patronne avec Gérard le pauvre Ducornet, élève de Lethière, né sans bras, et qui peint avec ses pieds des tableaux de coloris riche et puissant, déjà romantique'. Marni, candidat à la succession de Lemot, porte témoignage de son (( bon cœur et de son aménité », et Rey, le consultant sur la publication de ses « Monuments de Vienne », ne cache pas que (( vouloir des conseils et un appui dans la carrière des
I. Cf. particulièrement les Rapports de 1818 et de 1826 : « d'utiles travaux et de glorieuses récompenses leur sont réservés » à leur retour. — (c Etes-vous allé à Rome ? dcmande-t-on, au ministère, aux artistes qui vont demander des commandes)) (L'Artiste, i83/i, t. VIT, p. 29).