Op. cit., p. 189-196 (2 germinal an IX
LES TRAVAUX d'aRT ET EMBELLISSEMENTS DE PARIS 6l
ciellenient patronnée au conseil général, près du ministre de l'intérieur Ctiaptal qui a demandé des aperçus sur un projet d'instruction publique, par l'estliéticien idéaliste le plus hostile qui fut jamais aux sujets et aux costumes modernes, surtout aux uniformes, la peinture militaire que Gros, Lejeune, Vigneron, Langlois, Girodet et Gérard eux-mêmes, H. Vernet, illustrent ou vont illustrer, et la sculpture militaire dont Cartellier, Espercieux, Ilamey, Lesueur et surtout Chinard, J.-E. Dumont\ Foucou, Moutoni vont décorer l'arc du Carrousel (1806- 1808); tantôt, pour perfectionner la race chevaline, on empruntera aux Anglais leurs courses de chevaux : et voilà stimulé le genre que traitent ou vont traiter C. Vernet^ et Géricault; tantôt on organisera une exposition solennelle de l'agriculture et de l'industrie : et voilà consacré par le Conseil général l'immense effort que l'Empire entreprend pour insinuer la beauté aux objets usuels ^ Mais son accès de modernisme dura peu: les articles ?,uvV Idéal en i8o5 font justice de la couleur locale, de la (( singerie », que les fêtes impériales étalent dans les rues de Paris.
Laissons de côté ce rapport de renégat au Conseil général. Tout Quatremère est dans celui qu'il rédige sur la fête de Simonneau. Ici l'art, vivant idéogramme, est, plus encore qu'au Panthéon, de destination publique. Après 181 5, Quatremère et la Restauration feront effort pour lui laisser ce caractère : seulement, au lieu de le développer dans la rue sous forme de cortège, ils le figeront sur la place publique en statues, dans les églises en tableaux ; dans ces deux cas on aura sauvegardé l'art, chargé d'exprimer des idées et de
1. On aimerait à savoir ce qa'il a pensé du Carabinier de Chinard et du Sapeur de Dumont, qui sont la négation la plus pittoresque et la plus puissante de toutes ses idées sur la sculpture monumentale,
2. Cf. ce qu'il dit de son talent à peindre les che\ aux (^Notice historique,
3. Cf. le concours de l'an X institué par l'ancienne Classe de littérature et des
Beaux-Arts de l'Institut sur « l'Inlluence de la peinture sur les arts d'industrie commerciale », la répartition des prix en 180:4, et la thèse du Mémoire primé d'Am. Duval (Z^t'cut/e, an XIII, t. /j3, p. 170 sq.).
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donner des leçons, contre l'amour excessif de soi-même, c'est-à-dire de la forme; il ne sera plus qu'un langage transposé. C'est donc l'allégorie qui règne dans ces fêtes telles que les conçoit Quatremère; sans doute il n'est ici que le complice de son temps, mais son originalité est d'y porter encore plus d'abstraction. Le ii juillet 1791 la personne de Voltaire dominait encore la cérémonie à lui consacrée : gisant sur le lit funèbre, ou assis dans son fauteuil tel que le sculpta Houdon, vivant, parlant presque, il apportait du réel fortement caractérisé dans le parti décoratif de la cérémonie; dans celle du ilx janvier 1798 Michel Lepelletier était le héros ; mais dans la fête que Quatremère organise en l'honneur de Simonneau, celui-ci disparaît devant la Loi, l'individu est absorbé dans la majesté du principe.
Enfin il a sa façon à lui de s'inspirer de l'antique. Si le bas-relief doit être en « style de procession » , le cortège civique est un bas-relief qui marche ; gravité, symétrie, rythme lent, règlent le développement des personnages dans la rue ou sur la pierre. Il est hanté des Panathénées, qu'il connaît parles dessins de Carrey; à côté d'elles Rome lui offre ses triomphes, avec le cortège classique des chars, étendards et trophées. La fête de Simonneau fut précisément « un triomphe..., le triomphe de la Loi^ » ; grâce à Molinos et à Legrand, que dirige Quatremère, (( nous n'avons plus rien à envier, dit Raucher, aux fêtes triomphales de l'ancienne Rome^ . )) Les bas-reliefs de Tare de Titus et de la colonne Trajane ne sont pas son unique modèle ; nulle part il n'invoque les cartons de Mantegna, mais il a longuement pratiqué le »SoA7(^e de Polifile^ , qu'il voudrait, ainsi que le traducteur Legrand, revoir entre les mains de nos architectes et décorateurs. A côté des descriptions et dessins d'architecture, comment n'eût-il pas cédé à l'attrait de ces trionfi qui