Revue de Paris, i833, mai
5. Mémoires de l'Institut, Acad. des Tnscr., 2*^ série, iVntiquités de la France, t. 1, 1843, extrêmement incomplet.
a dressé un de ses beaux exemplaires au cœur même du Paris studieux.
En sculpture, son premier souci depuis i8i 6, partagé par la jeune Restauration, est d'aider à relever les statues équestres abattues par la Révolution. Elles étaient un genre très attachant de la sculpture française, une réminiscence de Rome, une des beautés de Paris *. Du reste, n'est-ce pas de la statuaire monumentale, de destination publique, et par conséquent de haut goût? 11 a poussé en i8oi le Conseil général ^ à remplacer les anciennes, loua très haut devant les artistes réunis aux funérailles de Moitié en 1810 l'initiative de l'Empereur de dresser celle du général d'Hautpoul, et donna lui-même à Ganova l'idée d'exécuter pour Paris celle de l'Empereur, qui devintà Naples la statue équestre de Charles III. Nul n'a plus que lui stimulé le zèle universel qui, de 1816 à 1820, veut installer dans Paris et dans les grandes villes de province les effigies de nos rois.
Avec tous ses contemporains il aime le bronze, matière plus noble encore que le marbre aux yeux de classiques qui conçoivent volontiers les choses sous l'aspect d'éternité. C'est aussi un métal romain. Il s'était préparé en étudiant de près en 1791 l'alliage et la fonte pour la renommée de Dejoux, dont il voulait couronner le Panthéon ; en 181 5 il y était revenu dans le Jupiter Olympien à propos de la toreutique grecque ; en 18 17 il évoque ses études sur le métal et la fonte du quadrige de Corinthe ^ : toutes ces enquêtes sont pour assurer aux œuvres qui vont s'exécuter sous ses yeux la perfection matérielle et artistique de leurs prototypes. Il a cherché une autre compétence : la science plastique du cheval. L'Empire n'avait pas créé de statue équestre ; même dans ses bas-reliefs, comme celui du tombeau de Desaix parMoitte ou le quadrige de la Victoire par Cartellier, il est inhabile à
1. Journal des Savants, 1819, p. 4o3, 4i2. — Cf. aussi Castcllan, Des Statues équestres, dans le Moniteur, i8i4, n"* 126 et i34; et les documents réunis par Lafolie (Arch. Nat., F^' 565 II).
2. Séance du 29 germinal an IX. 3 Journal des Savants, juin 1817.
la représentation modelée du cheval. Avant la révélation des marbres du Parthénon, il ne connaît de modèles, comme Quatremère (en dehors des dessins de Carrey), que les colosses de Montecavallo, le cheval de Marc-Aurèle, et les chevaux (( de Venise^ », qui « doivent servir de modèle aux artistes » : l'engouement pour ceux-ci est si vif que, selon J. Lebreton et Quatremère, l'arc du Carrousel n'est que pour servir de piédestal à leur groupe ^ Mais 1816 révèle les chevaux des Panathénées: Quatremère va, en 1818, à Londres les dessiner, surtout les frémissantes têtes du fronton oriental, et analyse leur beauté, dans les Lettres à Canova, avec une sagacité que l'admiiation n'émoussepas^ Vive dut être sa joie de recevoir en hommage pour la Bibliothèque de l'Académie la (( Comparaison entre la tête d'un des chevaux de Venise et la tête du cheval d'Elgin du Parthénon », accompagnée de deux curieux dessins de Landseer. et ofTerteparle peintre anglais Haydon \ Il y retrouvait, précisée par un artiste à propos d'un détail, la conclusion qui lui était chère: l'inhnie supériorité de l'hellénisme duv*^ siècle sur l'époque grécoromaine. Malgré tout il faudra attendre jusqu'à Cortot et à sa statue de LouisXIIl àla placedes Vosges pourrencontrer, dans une statue équestre de Paris, le premier effet des leçons du Parthénon, le premier cheval naturel et vivant.
Son nom est inséparable de l'histoire du Henri IV du Pont- Neuf \ En 181 4 il entre dans le comité des souscripteurs qui confie l'exécution à Lemot, élève de son ami Dejoux : le déplaisir lui était donc épargné delà voir attribuée à Houdon,
1. Corps massif, ample poitrail, une patte antérieure et une patte postérieure soulevées, tête très petite et légèrement tournée, c'est le type classique.
2. Rapporta l'Empereur^ 1808, p. 194 : Lebreton se félicite à cause de cela que l'arc soit petit ; on peut mieux les étudier !