‹ QuatrevingttreizeChapitre 42 sur 45 · UA.RA.T DANS LA COCLISSB. S · texte numérisé non relu

UA.RA.T DANS LA COCLISSB. S

— Moi?

— Puisque tu étais marquis.

— Jamais.

— Bah!

— Mon père était soldat, mon grand-père était tisserand.

— Qu’est-ce que tu nous chantes là, Montant?

— Je ne m’appelle pas Montaut.

— Comment donc t’appelles-tu?

— Je m’appelle Maribon.

— Au fait, dit Chabot, cela m’est égal.

£t il ajouta entre ses dents :

— C’est à qui ne sera pas marquis.

Marat s’était arrêté dans le couloir de gauche et regardait Montaut et Chabot.

, Toutes les fois que Marat entrait, il y avait une rumeur; mais loin de lui. Autour de lui on se taisait. Marat n’y prenait pas garde. Il dédaignait « le coassement du marais. »

Dans la pénombre des bancs obscurs d’en bas, Conpé de l’Oise, Prunelle, Villars, évêque, qui plus tard fut membre de l’Académie française, Boutrouê, PelL^ Plaichard, Bonet, Thibaudeau, Valdruche, se le montraient du doigt.

— Tiens, Marat I

— Il n’est donc pas malade?

— Si, puisqu’il est en robe de chambre.

— En robe de chambre?

Pardieu oui!

— Il se permet tout!

— Il ose venir ainsi à la Convention !

— Puisqu’un jour il y est venu coiffé de lauriers, il peut bien y venir en robe de chambre!

— Face de cuivre et dents de vert-de-gris.

— Sa robe de chambre parait neuve.

— En quoi est-elle?

— En reps.

— Rayé.

— Regardez donc les revers.

— Ils sont en peau.

— De tigre.

— Non, d’hermine.

— Fausse.

— Et il a des bas !

— C’est étrange.

— Et des souliers à boucles.

— D’argent!

MAR.Vr DANS LA COULlSSli.

— Voilà ce que les sabots de Gamboulas ne lui pardonneront pas.

Sur d’autres bancs on affectait de ne pas voir Marat. On causait d’autre chose. Santhonax abordait Dussaulx?

— Vous savez, Dussaulx?

— Quoi ?

— Le ci-devant comte de Brienne?

— Qui était à la Force avec le ci-devant duc de Villeroy?

— Oui.

— Je les ai connus tous les deux. Eh bien?

— Ils avaient si grand’peur qu’ils saluaient tous les bonnets rouges de tous les guichetiers, et qu’un jour ils ont refusé de jouer une partie de piquet parce qu’on leur présentait un jeu de cartes à rois et à reines.

— Eh bien?

— On les a guillotinés hier.

— Tous les deux?

— Tous les deux.

— En somme, comment avaient-ils été dans la prison?

— Lâches.

— Et comment ont-ils été sur l’échafaud?

— Intrépides.

Et Dussaulx jetait cette exclamation :

— Mourir est plus facile que vivre.

Barère était en train de lire un rapport : il s’agissait de la Vendée. Neuf cents hommes du Morbihan étaient partis avec du canon pour secourir Nantes. Redon était menacé par les paysans. Paimbœuf était attaqué. Une station navale croisait à Maindrin pour empêcher les descentes.

Depuis Ingrande jusqu'à Maure, toute la rive gauche de la Loire était hérissée de batteries royalistes. Trois mille paysans étaient maîtres de Pornic. Ils criaient Vivent les Anglais! Une lettre de Santerre à la Convention, que Barère lisait, se terminait ainsi : « Sept mille paysans ont attaqué Vannes. Nous les avons repoussés, et ils ont laissé dans nos mains quatre canons... »

— Et combien de prisonniers? interrompit une voix.

Barère continua... — Post-scriptum de la lettre : « Nous n’avons pas de prisonniers, parce que nous n’en faisons plus*. »

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